LE CORPS MENTAL

par ARTHUR E. POWELL



Partie 2 de 2

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Traduit de l'anglais

Titre original anglais : "The Mental Body"

Les Éditions Adyar - 4 Square Rapp, Paris VII

1929


TABLE DES MATIÈRES
Chapitres   Page
  Introduction
9
1 Description générale
11
2 Essence élémentale mentale
15
3 Composition et structure
18
4 Fonctions
24
5 Exemples typiques
35
6 Kama-Manas (désir et mental)
45
7 Ondes de pensées
56
8 Formes-Pensées
62
9 Le mécanisme de la transmission de la pensée
78
10 La transmission de la pensée (inconsciemment)
81
11 La transmission de la pensée
90
12 Les centres de pensée
100
13 La conscience physique (ou la conscience de veille)
104
14 Facultés
127
15 La concentration
141
16 La méditation
156
 
17 La contemplation
178
18 La vie pendant le sommeil
186
19 Le Mâyâvi-rûpa
189
20 Dévachan: Principes
191
21 Dévachan: Durée et intensité
205
22 Dévachan: Autres particularités
211
23 Le premier ciel (Septième sous-plan)
225
24 Le deuxième ciel (sixième sous-plan)
228
25 Le troisième ciel (cinquième sous-plan)
232
26 Le quatrième ciel (quatrième sous-plan)
235
27 Le plan mental
240
28 Les annales akasiques
258
29 Les habitants du plan mental
268
30 La mort du corps mental
281
31 La personnalité et l'Ego
283
32 Re-naissance
307
33 Les disciples
316
34 Conclusion
337

 

 

CHAPITRE - 17 -

LA CONTEMPLATION

La contemplation est la troisième étape d'une série qui comprend:

1. La concentration, ou action de fixer l'attention sur un objet.

2. La méditation, ou éveil de l'activité de la conscience en ce qui concerne cet objet exclusivement, considération de cet objet à tous les points de vue, essai de pénétration de sa signification, d'atteindre une pensée nouvelle et plus profonde ou bien de recevoir quelque lumière intuitionnelle sur cet objet.

3. La contemplation, ou action de centrer sur cet objet la conscience active, tandis que toutes les activités de conscience inférieures sont arrêtées, et fixation de l’attention pendant un certain temps sur la lumière reçue. C'est en somme la concentration au sommet de la ligne de pensée de la méditation.

Dans la terminologie hindoue, ces étapes sont désignées comme suit:

1. Pratyahara: l'étape préliminaire comprenant le parfait contrôle des sens.

2. Dharana: la concentration.

3. Dhyana: la méditation.

4. Samadhi: la contemplation.

Dharana, Dhyana et Samadhi sont compris dans le nom collectif Sannyama.

Dans la méditation, nous découvrons ce qu'est l'objet, comparé aux autres objets, et dans ses rapports avec eux. Nous poursuivons ce processus de raisonnement jusqu'à ce que nous ne puissions plus raisonner ni trouver d'argument [Page 179] nouveau à propos de l'objet; alors nous arrêtons le processus, et, toute comparaison et toute argumentation stoppées, nous fixons activement l'attention sur l'objet en nous efforçant de pénétrer l’infini qui nous semble l'entourer. Voilà la contemplation.

Le commençant fera bien de ne pas oublier que l’apprentissage de la méditation peut être l'affaire d'une vie entière; il est donc sage de ne pas s'attendre à atteindre le niveau de la pure contemplation dans les premiers efforts.

On peut encore définir la contemplation comme étant le fait de maintenir la conscience sur un objet et de l’attirer en soi de sorte que le penseur devienne un avec cet objet.

Quand le mental est bien entraîné et est capable de rester concentré sur un objet pendant un certain temps, s'il peut se détacher de l'objet tout en maintenant le mental dans cette attitude d'attention fixe, mais sans que l'attention soit dirigée sur quoi que ce soit, alors le stade de la contemplation est atteint.

Dans cette condition, le corps mental ne présente aucune image; ses matériaux sont là, solidement tenus; il ne reçoit aucune impression, il est parfaitement calme comme la surface d'un lac tranquille. Cet état ne peut pas durer; il est forcément limité à un temps très court, de même que l'état critique des chimistes, le point de séparation entre deux états de la matière.

Autrement dit, lorsque le corps mental est calme, la conscience s'en échappe en traversant le "centre laya" ou point neutre de contact entre le corps mental et le corps causal.

Ce passage est accompagné d'un évanouissement momentané, ou perte de conscience, résultat inévitable de la disparition des objets de conscience familiers, suivie de l’activité de la conscience dans le corps supérieur. La disparition des objets de conscience appartenant aux mondes inférieurs est ainsi suivie de l'apparition des objets de conscience du monde supérieur. [Page 180]

L'égo peut alors façonner le corps mental suivant ses propres pensées élevées, et le pénétrer de ses propres vibrations. Il peut le façonner d'après les visions qu'il a pu obtenir de plans supérieurs au sien, et ainsi faire descendre dans la conscience inférieure des idées auxquelles le corps mental aurait été sans cela incapable de répondre.

Telles sont les inspirations du génie qui surgissent dans l'esprit avec une lumière éclatante, et qui illuminent tout un monde. L'homme qui les communique au monde pourrait à peine dire lui-même, dans son état d'esprit ordinaire, comment elles lui sont venues; il sait seulement que par quelque étrange manière,

" ….. la puissance qui vibre en moi-même
"Parle par mes lèvres et fait mouvoir ma main".

L'extase et les visions des Saints de tous les âges, et de tous les credos, sont de même nature. Dans ce cas, la prière prolongée dans laquelle le Saint s'est absorbé, a produit les conditions nécessaires en ce qui concerne le cerveau. Les avenues des sens ont été fermées par l'intensité de la concentration intérieure, et l'état réalisé délibérément par le Raja Yogi est alors atteint involontairement et spasmodiquement.

On a décrit la transition entre la méditation et la contemplation comme étant le passage de la méditation "avec semence" à la méditation "sans semence". Le mental étant pacifié, il est maintenu fermement sur le point le plus élevé du raisonnement, le dernier maillon de la chaîne des arguments, ou la pensée centrale de tout le processus. Cela est la méditation avec semence.

Alors l'étudiant se détache de toutes choses, mais en maintenant le mental alerte et vigoureux sur la position acquise, le plus haut point atteint. Cela est la méditation sans semence. Restant en équilibre, attendant dans le silence et dans le vide, l'homme est dans le "nuage". Alors, brusquement se produit un changement indescriptible [Page 181] et inoubliable. Cela est la contemplation qui conduit à l'illumination.

Ainsi, par exemple, l'étudiant qui pratique la contemplation sur l'homme idéal, sur un Maître, ayant formé une image du Maître, la contemple avec extase, et il est rempli de sa gloire et de sa beauté. Alors, tendant ses efforts vers Lui, il essaye d'élever sa conscience jusqu'à l'idéal, de s'immerger dans cet idéal et de ne faire qu'un avec lui.

L'évanouissement momentané mentionné plus haut est appelé en Sanscrit le Dharma-Megha, ou le nuage de la vérité; les mystiques Occidentaux l'appellent "le nuage sur la montagne", ou "le nuage sur le sanctuaire", ou "le nuage sur le siège de miséricorde". L'homme a la sensation d'être entouré d'un brouillard dense; il a conscience de ne pas être seul, mais il est incapable de voir. Alors le nuage se dissipe progressivement, et la conscience du plan supérieur s'éveille. Mais avant d'en arriver là, il semble à l'homme que sa vie lui échappe, qu'il est suspendu dans le vide le plus obscur, effroyablement seul. Mais "reste calme, et sache que je suis Dieu". Dans le silence profond, la Voix du Soi sera entendue, la Beauté du Soi sera vue. Le nuage disparaîtra et le Soi pourra enfin se manifester.

Avant qu'il soit possible de passer de la méditation à la contemplation, les désirs et les espoirs doivent être entièrement abandonnés, du moins pendant les périodes d'exercice, autrement dit, il faut que Kama soit complètement maîtrisé. Le mental ne peut pas être un taudis que le désir occupe: chaque désir est une semence d'où peut naître la colère, l'erreur, l'impureté, le ressentiment, la convoitise, la négligence, le mécontentement, la paresse, l'ignorance, etc. Tant que le désir ou l'espoir subsistent, toutes ces violations de la loi sont possibles.

Tant que durent les souhaits et les désirs non satisfaits, l'homme peut être entraîné hors du chemin qu'il s'est tracé. Le courant de pensée cherche toujours à [Page 182] s'écouler par les petits canaux laissés ouverts par les désirs non satisfaits et les pensées indécises. Tous les désirs non satisfaits, tous les problèmes non résolus ouvrent une bouche avide pour demander votre attention; il en résulte ceci: lorsque pendant la méditation le courant de pensée rencontre une difficulté, il se détourne pour faire face à ces appels. Remontons jusqu'à la source de ces chaînes de pensée interrompues, et nous trouverons des désirs non satisfaits et des problèmes non résolus.

La contemplation commence lorsque l’activité consciente s'exerce pour ainsi dire à angle droit de l'activité ordinaire qui cherche à comprendre une chose par rapport aux autres choses de même nature (du même plan). Dans la contemplation, l'activité consciente, au contraire, traverse les différents plans d'existence de cette chose et pénètre jusqu'à sa nature subtile intérieure. Dès que l'attention cesse d'être divisée par les activités de la comparaison, le mental se meut tout d'une pièce, et il paraît immobile comme une toupie qui tourne rapidement sur son axe.

Dans la contemplation, l'homme cesse de penser à l’objet; il vaut même mieux éviter de commencer par considérer l'objet et le soi comme deux choses différentes en rapport l'une avec l'autre, car il en résulterait une tendance à colorer l'idée par des sentiments. Il faut s'efforcer d'atteindre un détachement de soi tel que la contemplation parte de l'intérieur de l'objet lui-même, tout en conservant un enthousiasme et une énergie mentale inaltérables tout le long de la ligne de pensée. Il faut que la conscience se tienne là bien équilibrée, comme l'oiseau qui plane, regardant droit devant soi, sans jamais penser à rebrousser chemin.

Dans la contemplation, la pensée est poussée intérieurement jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus avancer; elle est ensuite maintenue au point qu'elle a atteint, sans revenir en arrière, sans tourner à droite ou à gauche, sachant [Page 183] qu'il y a quelque chose là, bien qu'elle soit incapable de saisir clairement ce que c'est. Dans cette contemplation, il n'y a rien qui ressemble au sommeil ou à l'inaction mentale; c'est, au contraire, une recherche ardente, un effort prolongé pour voir dans le vague quelque chose de défini, sans pour cela descendre dans les régions inférieures de l'activité consciente ordinaire où la vision est habituellement claire et précise.

Un dévot pratiquerait la contemplation d'une manière analogue, mais son activité serait alors du domaine émotionnel au lieu d'être du domaine de la pensée.

Dans la contemplation de sa propre nature intérieure, l’étudiant rejette l’idée d'identité de lui-même avec les corps extérieurs et le mental. En faisant cela, il ne se prive pas d'attributs; il se débarrasse de limitations. Le mental est plus vif et plus libre que le corps, et au delà du mental se trouve "l’Esprit" qui est encore plus vif et plus libre. L'amour s'épanouit plus facilement dans la quiétude du coeur que dans n'importe quelle expression extérieure, mais dans l'Esprit au delà du mental, son épanouissement est divinement certain. La raison et le jugement corrigent toujours les données douteuses des sens; la vision de l’esprit discerne la vérité sans organe et sans l'aide du mental.

La clef du succès à toutes les étapes de la pratique est la suivante: stopper les activités inférieures et, en même temps, laisser subsister dans toute sa plénitude le flux de l'énergie consciente. En premier lieu, il faut rendre le mental inférieur vigoureux et alerte, puis il faut stopper son activité et utiliser l'élan obtenu à exercer et à développer les facultés supérieures.

Suivant les enseignements de l’antique science du Yoga, lorsque les processus du mental pensant sont stoppés par la volonté active, l'homme se trouve dans un état de conscience nouveau qui dépasse la pensée ordinaire et la gouverne, de même que la pensée dépasse les désirs et fait un choix parmi eux, de même que le [Page 184] désir pousse à des actions ou à des efforts particuliers. Cet état de conscience supérieur ne peut pas être décrit en termes du mental inférieur; mais sa réalisation signifie que l'homme est conscient d'être quelque chose de supérieur au mental et à la pensée, et cela bien que l'activité mentale continue, de même que les gens cultivés reconnaissent qu'ils ne sont pas leur corps physique, même pendant que ce corps est actif.

Il y a donc un autre état d'existence, ou plutôt une autre conception féconde de la vie qui dépasse le mental avec ses processus fastidieux de discernement, de comparaison et de relations de cause à effet entre les choses. Cet état supérieur ne peut être réalisé que quand les activités de la conscience sont poussées avec toute leur vigueur et leur ferveur terrestres, au delà de la vie ralentie dans laquelle elles s'exercent normalement. Cette conscience supérieure sera acquise par tous les hommes tôt au tard; quand elle vient à quelqu'un, toute sa vie lui paraît changée.

A mesure que l'étudiant s'enrichit en expériences spirituelles grâce à la méditation, il découvre de nouvelles phases de conscience qui s'ouvrent à lui graduellement. En fixant son aspiration sur un idéal, il commence par devenir conscient de l'influence que cet idéal rayonne sur lui. Et tandis qu'il fait un effort extrême pour atteindre l'objet de sa dévotion, pendant un court instant, les portes du Ciel s'ouvrent devant lui, et il est uni à son idéal et imprégné de sa gloire. Il dépasse les formes du mental et il fait un effort intense pour aller plus loin. Alors il réalise cet état d'extase de l'Esprit dans lequel les limites de la personnalité ont disparu, et toute ombre de séparativité s'évanouit dans l'union parfaite de l'objet et du chercheur.

Comme il est dit dans La Voix du Silence : "Tu ne peux marcher sur le Sentier avant d’être devenu ce Sentier lui-même... Vois, tu es devenu la lumière, tu es devenu le son, tu es ton Maître et ton Dieu. Tu es toi-même [Page 185] l'objet de tes recherches; la voix ininterrompue qui résonne pendant l'éternité, sans changement, sans péché, les sept sons dans l'un".

Il serait vain d'essayer de décrire ces expériences, car elles sont bien au delà de toute description verbale. Les mots ne sont que des poteaux indicateurs qui montrent le chemin vers la gloire ineffable pour que le pèlerin sache où diriger ses pas. [Page 186]

CHAPITRE - 18 -

LA VIE PENDANT LE SOMMEIL

Bien des gens sont gênés par des courants de pensées errantes lorsqu'ils essayent de s'endormir. Dans un tel cas, une coque mentale peut les délivrer des pensées d'origine extérieure. Cette coque n'a pas besoin de durer longtemps, car elle est nécessaire seulement pendant que l'homme s'endort.

L'homme emporte cette coque mentale avec lui quand il quitte son corps physique, mais elle a accompli le travail auquel elle était destinée, car son seul objet était justement de permettre à l'homme de quitter son corps.

Tant que l'homme est dans son corps physique, l'action mentale sur les particules du cerveau peut facilement l'empêcher de quitter son corps. Mais dès qu'il l'a quitté, la même action ne peut pas l'y faire revenir.

Lorsque la coque se désagrège, le courant de pensées errantes reprend généralement son influence, mais comme l'homme n'est plus dans son corps physique, le repos de celui-ci n'est pas troublé.

Il est très rare qu'une personne ordinaire endormie ou une personne psychique en état de transe atteigne le plan mental. Il faut que la personne en question ait une pureté de vie et d'intentions très grande, et même dans ce cas, il n'y a pas pleine conscience, mais simplement faculté de recevoir des impressions.

Voici un exemple illustrant la possibilité d'atteindre le plan mental pendant le sommeil. Une personne au mental très pur, et possédant des facultés psychiques considérables bien que non éduquées, fut approchée pendant son sommeil, et une pensée-image fut présentée à son mental. Elle éprouva alors une joie si intense, et les pensées évoquées par la contemplation de cette image [Page 187] furent si élevées et si spirituelles, que sa conscience passa aussitôt dans le corps mental, c'est-à-dire qu'elle "s'éleva" jusqu'au plan mental. Bien qu'elle fut alors dans un océan de lumière et de couleur, elle était si absorbée par sa propre pensée qu'elle n'était consciente de rien d'autre. Elle resta dans cet état pendant plusieurs heures sans avoir conscience de la fuite du temps. Il est clair que dans ce cas la personne était bien consciente sur le plan mental, mais qu'elle n’avait pas conscience de l'existence de ce plan.

Vraisemblablement, une telle expérience n'est possible que dans le cas d'un développement psychique assez avancé; la même condition serait encore plus indispensable pour qu'un sujet mesmérisé puisse toucher le plan mental pendant la transe.

L'homme moyen peut rarement atteindre le plan mental parce que son corps mental n'est pas parfaitement développé pour servir de véhicule de conscience séparé. En fait, il ne peut servir de véhicule que chez ceux qui ont été spécialement exercés par des instructeurs appartenant à la Grande Fraternité des Initiés.

Nous pouvons répéter ici ce que nous avons dit au chapitre 14, à savoir que jusqu'à la Première Initiation, l'homme travaille la nuit dans son corps astral mais dès que le corps mental est prêt, le travail dans le corps mental commence. Lorsque le corps mental est complètement organisé, il constitue un véhicule beaucoup plus souple que le corps astral, et bien des choses impossibles sur le plan astral peuvent alors être accomplies.

Bien que l'homme vive après la mort physique dans le monde céleste, c'est-à-dire sur le plan mental, il est enfermé dans une coque faite de ses propres pensées. Cela ne peut pas être appelé libre fonctionnement sur le plan mental, car l'homme n'est pas libre de se mouvoir ni d'observer ce qui se passe autour de lui.

L'homme capable de fonctionner librement sur le plan mental a accès à toute la gloire et la beauté de ce plan, et même lorsqu'il travaille sur le plan astral, il possède [Page 188] un sens de compréhension propre au plan mental qui ouvre à lui les horizons merveilleux de la connaissance et le met pratiquement à l'abri de l'erreur.

Lorsqu'il fonctionne dans son corps mental, l'homme laisse son corps astral avec son corps physique; s'il désire se montrer sur le plan mental, il ne se sert pas de son propre corps astral, mais, par une simple opération de la volonté, il matérialise un corps temporaire. Une telle matérialisation astrale est appelée "Mâyâvi-rûpa", et sa formation nécessite généralement pour la première fois l'aide d'un Maître qualifié. (Cette question sera traitée dans le prochain chapitre.)

La vie pendant le sommeil peut être employée utilement d'une autre manière: à résoudre des problèmes. Cette méthode est employée par beaucoup de gens, bien que ce soit, en général, inconsciemment. Le proverbe "La nuit porte conseil" fait directement allusion à cette méthode. Le problème à résoudre doit être tranquillement maintenu devant l'esprit avant de s'endormir; il ne faut pas argumenter ni discuter, car cela empêcherait le sommeil de venir; il faut simplement avoir la pensée du problème présente à l'esprit. Alors, pendant le sommeil, le Penseur libéré du corps physique et du cerveau s'occupe du problème. En général, il imprime la solution sur le cerveau, de sorte qu'elle est présente à la conscience au réveil. C'est une bonne précaution d'avoir à portée de la main un crayon et du papier pour noter la solution dès le réveil, car une pensée obtenue de cette manière est facilement submergée par le puissant stimulus du monde physique, et elle n'est pas facilement retrouvée. [Page 189]

CHAPITRE - 19 -

LE MAYAVIROUPA

Mâyâvi-rûpa signifie littéralement "corps illusoire". C'est un corps astral temporaire formé par une personne capable de fonctionner dans son corps mental. Il peut ressembler au corps physique, mais ce n'est pas nécessaire; la forme qui lui est donnée dépend du but poursuivi par son créateur. Il peut être rendu à volonté visible ou invisible sur le plan physique; il peut être rendu identique à un véritable corps physique, chaud et ferme au toucher aussi bien que visible, capable de tenir une conversation, enfin impossible à distinguer d'un corps physique ordinaire.

L'avantage du mâyâvi-rûpa est d'être insensible aux enchantements du monde astral, contrairement au corps astral ordinaire; aucun enchantement astral, ni aucune illusion astrale ne peuvent le décevoir.

Avec le pouvoir de former le mâyâvi-rûpa, l'homme est capable de passer instantanément du plan mental au plan astral et inversement, tout en conservant l’usage des facultés puissantes et des sens pénétrants du plan mental. La matérialisation astrale n'est nécessaire que dans le cas où l'homme désire être vu par des habitants du monde astral. Lorsque le travail est terminé sur le plan astral, l’homme retourne au monde mental, et le mâyâvi-rûpa disparaît, ses éléments reviennent dans la circulation générale de matière astrale, où ils avaient été prélevés par la volonté de l'élève.

Un homme dans le mâyâvi-rûpa peut employer la méthode de transmission de la pensée propre au plan mental, du moins lorsqu'il s'agit pour lui de comprendre un autre homme; mais, bien entendu, s'il s'agit de transmettre sa propre pensée à une autre personne, il est [Page 190] limité par le degré de développement du corps astral de cette personne.

Il est nécessaire que le Maître montre à Son élève comment on forme le mâyâvi-rûpa, après quoi l'élève peut le former tout seul, bien que ce soit pour lui assez difficile pendant quelque temps.

Après la Seconde Initiation, de rapides progrès sont faits dans le développement du corps mental, et c'est à ce moment que l'élève apprend à utiliser le mâyâvi-rûpa [Page 191]

CHAPITRE - 20 -

DEVACHAN : PRINCIPES

La première partie de la vie qui fait suite à la mort physique a été décrite dans Le Corps astral. Nous reprenons maintenant notre étude au moment où l'homme laisse son corps astral sur le plan astral, c'est-à-dire "s'élève" jusqu'au plan mental. C'est alors qu'il pénètre dans ce que l'on appelle le monde céleste. Ce monde est généralement appelé parles théosophes "Dévachan", ce qui signifie littéralement la région brillante; il est aussi désigné en sanscrit par le mot Devasthān, ou la région des Dieux; c'est le Svarga des Hindous, le Sukhāvati des Bouddhistes, le Ciel des Zoroastriens, des Chrétiens et Mahométans; on l’a appelé aussi le "Nirvana des petites gens". Le principe fondamental du dévachan est d'être un monde de pensée.

Un homme en dévachan est appelé Devachanī.

(Le mot dévachan est étymologiquement inexact, et peut, par suite, prêter à confusion. Cependant, il fait si solidement partie de la terminologie théosophique que le compilateur l’a conservé dans ce volume. Il a du moins le mérite d'être moins vague que "monde céleste". - A. E. Powell)

Dans les anciens livres, dévachan est décrit comme une partie réservée du monde mental d'où toute peine et toute souffrance sont exclues par les soins des grandes intelligences spirituelles qui gouvernent l'évolution humaine. C'est le lieu de repos béni où l’homme assimile paisiblement les fruits de sa vie physique.

En réalité, dévachan n'est pas une partie réservée du plan mental. Mais chaque homme, comme nous allons le voir, s'enferme lui-même dans une coque et, par suite, ne prend pas part à la vie du plan mental; il ne se [Page 192] meut pas librement et n'a pas de rapports avec les gens comme sur le plan astral.

 Une autre manière d'envisager ce qui a été appelé le gardien artificiel du dévachan ou ce qui isole chaque individu, est de se rappeler que la totalité de la matière kâmique ou astrale a été abandonnée. L'homme n'a donc aucun véhicule, aucun moyen de communication avec les mondes inférieurs. Pratiquement, ces mondes n'existent pas pour lui.

La séparation finale du corps mental et du corps astral ne comporte aucune espèce de souffrance; d'ailleurs, il est impossible à l'homme ordinaire de comprendre ce qui se passe; il perçoit seulement qu'il tombe doucement dans un état de repos délicieux.

En général, l'homme passe par une période d'inconscience analogue à celle qui suit la mort physique; la durée de cette période peut varier dans des limites très larges, puis l'homme s'éveille graduellement.

Cette période d'inconscience est une période de gestation qui ressemble à celle qui précède la naissance physique; elle est nécessaire pour la formation de l'égo dévachanique destiné à la vie en dévachan. Une partie de cette période semble destinée à l'absorption par l'atome astral, permanent de tout ce qui doit être transmis aux incarnations futures, et une autre partie semble être destinée à la vivification de la matière du corps mental pour l'existence séparée qui va commencer.

Lorsque l'homme s'éveille après cette seconde mort, sa première impression est une félicité et une vitalité indescriptibles, une telle joie de vivre qu'il n'a pas besoin d'autre chose pour le moment que de vivre. Une telle félicité appartient à l'essence de la vie dans tous les mondes supérieurs du système. La vie astrale présente des possibilités de bonheur très supérieures à tout ce que nous connaissons sur terre, mais la vie céleste procure une félicité qui n'a aucun rapport avec la vie astrale la plus belle. Il en est de même chaque fois que l'on passe d'un monde au monde supérieur. Et cela est vrai, non [Page 193] seulement de l'état de félicité, mais aussi de la sagesse et de la largeur de vues. La vie céleste est tellement plus large et plus riche que la vie astrale que toute comparaison entre elles est impossible.

Lorsque le dormeur s'éveille en dévachan, les nuances les plus délicates saluent ses yeux qui s'ouvrent, l'air semble être lui-même musique et couleur, l'être vivant est tout entier imprégné de lumière et d'harmonie. Alors à travers le brouillard doré apparaissent les visages de ceux qu'il a aimés sur la terre, idéalisés par la beauté qu'expriment leurs émotions les plus nobles et les plus élevées, délivrés des troubles et des passions des mondes inférieurs. Nul ne peut décrire en termes exacts la félicité de cet éveil dans le monde céleste.

L'intensité de cette félicité est la principale caractéristique de la vie céleste. Non seulement le mal et la souffrance y sont, par suite de la nature des choses, impossibles, non seulement l'homme n'est environné que de créatures heureuses, mais ce monde est celui dans lequel l'homme est destiné à jouir de la plus haute félicité spirituelle dont il est capable, celui où les aspirations sont comblées.

Cette impression de joie universelle toute puissante n'abandonne jamais l'homme en dévachan; rien sur terre qui ressemble au dévachan; rien qui puisse servir d'image du dévachan; la vitalité spirituelle extraordinaire du monde céleste est indescriptible.

Diverses tentatives ont été faites pour décrire le monde céleste, mais chacune d'elles a échoué parce qu'il est par nature indescriptible au moyen du langage physique. Ainsi les Bouddhistes et les Hindous parlent d'arbres d'or et d'argent avec des pierres précieuses en guise de fruits; le scribe Juif, ayant vécu dans une ville magnifique, parle de rues d'or et d'argent; les écrivains Théosophes modernes tirent leurs images des colorations du coucher du soleil et des beautés du ciel et de l'océan. Chacun s'efforce de dépeindre la vérité trop grande par les mots, par l'emploi d'images familières à son esprit. [Page 194]

La situation de l'homme dans le monde céleste diffère beaucoup de celle qu'il avait dans le monde astral. Dans le monde astral, il se servait d'un corps auquel il était parfaitement habitué, ayant acquis cette habitude par son utilisation pendant le sommeil. Mais il n'a pas encore utilisé le véhicule mental, et, d'ailleurs, ce véhicule est loin d'être pleinement développé. C'est cela qui le sépare dans une large mesure du monde qui l'entoure au lieu de lui permettre de le voir.

Pendant sa vie de purgatoire sur le plan astral, la partie inférieure de sa nature a été rejetée; il ne lui reste plus que les pensées les plus nobles, les aspirations les plus élevées et les plus altruistes qu'il entretient pendant sa vie terrestre.

Dans le monde astral, il peut avoir eu une vie assez agréable. Bien que limitée; il peut aussi avoir souffert considérablement. Mais en dévachan, il récolte les résultats de ses pensées et sentiments altruistes seulement; la vie dévachanique ne peut donc être que félicité.

Comme l’a dit un Maître, dévachan "est la terre où il n'y a ni larmes ni soupirs; où il n'y a pas de mariage libre ou forcé; et où le juste réalise pleinement sa perfection".

Les pensées qui s'amoncellent autour du Devachanī forment une sorte de coque à travers laquelle il échange des vibrations avec la matière mentale extérieure. Ces pensées sont les pouvoirs qui lui permettent d'attirer à lui les ressources infinies du monde céleste. Elles lui servent de fenêtres à travers lesquelles il contemple la beauté du monde céleste, et aussi à travers lesquelles lui arrivent les réponses des énergies extérieures.

Tout homme supérieur au sauvage le plus primitif a éprouvé, ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, un sentiment altruiste pur; ce sentiment constitue maintenant une fenêtre.

Ce serait commettre une erreur que de regarder cette coque de pensées comme une limitation. Son rôle n'est pas d'empêcher l'homme de percevoir les vibrations du [Page 195] plan; il est au contraire de permettre à l’homme de pouvoir réagir aux influences qu'il est capable d'apprécier. Le plan mental (comme nous le verrons au chapitre 27) est un reflet du Mental Divin, un réservoir infini où le Devachanī est en mesure de puiser tout ce qui correspond aux pensées et aux aspirations générées pendant sa vie physique et astrale.

Dans le monde céleste supérieur, ces limitations - nous conservons ce mot provisoirement - n'existent plus; mais nous ne nous occuperons pas de ce monde dans ce volume.

Tout homme a accès au monde céleste, et il en profite suivant ses propres capacités développées par ses efforts antérieurs. Suivant l'image orientale, chaque homme apporte sa propre coupe; certaines sont grandes; d'autres sont petites. Mais, grande ou petite, chaque coupe est remplie jusqu'aux bords; l'océan de félicité est plus que suffisant pour emplir toutes les coupes.

 L'homme ordinaire n'est pas capable d'une grande activité dans le monde céleste; il est plutôt dans un état réceptif, et la vision qu'il a des choses extérieures à sa propre coque de pensées est très limitée. Ses pensées et aspirations sont bornées, et il ne peut pas en former brusquement de nouvelles; c'est pourquoi il profite assez peu des forces vivantes qui l'entourent et des puissants habitants angéliques du monde mental, bien que nombre d'entre eux répondent facilement aux aspirations humaines.

L'homme qui pendant sa vie terrestre n'a prêté attention qu'aux choses physiques dispose d'un nombre restreint de fenêtres pour regarder le monde qui l'entoure maintenant. Au contraire, l'homme qui est intéressé aux arts, à la musique, à la philosophie, a accès à une source infinie de réjouissance et d'étude. Les bénéfices qu'il en retire ne sont limités que par son propre pouvoir de perception.

Il y a un grand nombre de gens dont les seules pensées élevées sont celles qui se rapportent à l’affection [Page 196] et à la dévotion. Un homme qui en aime un autre profondément, ou qui ressent une dévotion puissante pour une divinité personnelle, forme une forte image mentale de son ami, ou de la divinité, et inévitablement, emporte cette image avec lui dans le monde mental, car elle appartient à ce plan.

Alors se produit un phénomène remarquable. L'amour qui a formé et conservé l'image est une force très puissante; assez puissante pour pouvoir atteindre l'égo de l'ami et agir sur lui. Cet égo existe sur le plan mental supérieur, et c'est lui qui est véritablement l'homme aimé, et non le corps physique, qui n'est qu'une représentation partielle. L'égo de l'ami, percevant la vibration, y répond immédiatement et vient animer la forme-pensée qui a été créée pour lui. L'ami de l'homme est donc bien réellement présent, et avec plus de vie que jamais.

Peu importe que l'ami soit ce que nous appelons vivant ou mort; car l'appel est fait, non au fragment d'ami qui se trouve pour quelque temps emprisonné dans un corps physique, mais à l'homme lui-même à son propre niveau. L'égo ne manque jamais de répondre; et celui qui a cent amis peut simultanément et pleinement répondre à l’affection de chacun d'eux, car l'égo est capable d'imprégner une infinité de représentations à un niveau inférieur.

Chaque homme dans sa vie céleste a donc autour de lui les formes-pensées vivifiées de tous les amis dont il désire la compagnie. Bien plus, ses amis sont toujours pour lui au mieux, puisque c'est lui qui a créé les formes-pensées au travers desquelles ils se manifestent.

Dans le monde physique, nous avons l'habitude de penser à nos amis comme s'ils n'étaient que les manifestations limitées que nous connaissons sur le plan physique. Dans le monde céleste, au contraire, nous sommes beaucoup plus près de la réalité, car nous nous sommes rapprochés de deux plans de la patrie de l'égo lui-même

Il y a une différence très importante entre les vies post-mortem sur le plan mental et sur le plan astral. Sur [Page 197] le plan astral, nous rencontrons nos amis (pendant le sommeil de leurs corps physiques) dans leurs corps astrals; nous avons donc encore affaire à leurs personnalités. Sur le plan mental, au contraire, nous ne rencontrons pas nos amis dans les corps mentals dont ils font usage sur la terre. Leurs égos construisent pour eux des véhicules mentals séparés et entièrement nouveaux; et c'est la conscience de l'égo au lieu de celle de la personnalité qui travaille dans ces véhicules. Les activités de nos amis sur le plan mental sont donc entièrement séparées de leurs personnalités terrestres.

C'est pourquoi toute peine qui affecte la personnalité de l’homme vivant ne peut pas troubler la forme-pensée que l’égo emploie comme corps mental supplémentaire. S'il a dans cette manifestation conscience d'une souffrance de la personnalité, cela ne peut pas l'affecter, car il considère cette souffrance du point de vue de l'égo dans le corps causal, c'est-à-dire comme une leçon à apprendre, ou quelque karma à épuiser. C'est cette manière de voir qui est juste et, au contraire, celle de la personnalité inférieure qui est une illusion. Car ce que la personnalité considère comme une affliction n'est pour l'homme véritable dans le corps causal qu'un pas sur le chemin de l'évolution.

De ce qui précède, il résulte que le Devachanī n'est pas conscient de la vie personnelle de ses amis sur le plan physique. Mais ce fait s'explique encore par d'autres raisons; ainsi, il serait impossible à l’homme en dévachan d'être heureux s'il pouvait voir ceux qu'il aime dans la peine ou dans le péché.

Ainsi, en dévachan, plus de séparation due au temps ou à l'espace; plus de désaccord; au contraire, communion intime, d'une âme à l'autre, comme il n'est pas possible sur la terre. Sur le plan mental, rien ne sépare deux âmes; la communion entre elles est exactement en proportion de la réalité de la propre vie de l'âme. L'âme de notre ami vit dans la forme que nous avons créée dans la mesure où elle peut vibrer en harmonie avec la nôtre. [Page 198]

Nous ne pouvons avoir aucun contact avec ceux qui sur la terre n'étaient liés à nous que par les corps physiques et astrals, ou bien dont la vie intérieure était en désaccord avec la nôtre. En dévachan il n'y a pas d'ennemi, car seul l'accord des esprits et des coeurs rassemble les individus.

Nous venons au contact de ceux qui sont plus avancés que nous dans l’évolution, exactement dans la mesure où nous sommes capables de leur répondre; de ceux qui sont moins avancés que nous, suivant les limites de leurs facultés.

L'étudiant se souviendra que l’élémental du désir réorganise le corps astral après la mort physique, en couches concentriques de matière, la plus dense à l’extérieur, ce qui a pour résultat de confiner l'homme au sous-plan auquel appartient cette couche extérieur. Sur le plan mental, il n'y a rien de semblable. L'élémental mental ne se comporte pas de cette manière.

Il y a encore une différence importante entre les vies astrale et mentale. Sur le plan mental, l'homme ne traverse pas successivement les divers sous-plans, mais il est attiré directement vers celui qui correspond à son degré de développement. C'est là qu'il passe la totalité de sa vie dans le corps mental. Les caractéristiques de cette vie sont infiniment variées; chaque homme les crée pour lui-même.

En dévachan, tout ce qui a quelque valeur dans les expériences morales et mentales du Penseur pendant la vie qui vient de finir est mis en oeuvre, médité, et graduellement transmué en facultés morales et mentales définies, que l'homme emportera avec lui dans sa prochaine incarnation. Il n'incorpore pas au corps mental la mémoire du passé, car le corps mental est destiné à périr. La mémoire du passé fait partie du Penseur lui-même, qui a vécu ce passé et qui survit. Mais les résultats de l'expérience sont transformés en capacités, de sorte que si un homme a étudié profondément un sujet, il en résulte la formation d'une faculté spéciale lui permettant [Page 199] de s'assimiler aisément ce sujet lorsqu'il lui sera présenté dans une prochaine incarnation; il naîtra avec des dispositions particulières pour cette étude et réapprendra très rapidement.

Tout ce à quoi nous avons pensé sur la terre est utilisé en dévachan; toute aspiration est muée en faculté; tous les efforts stériles deviennent des pouvoirs et des capacités; les luttes et les insuccès réapparaissent comme matériaux qui servent à façonner des instruments de victoire; l'erreur et l'affliction brillent comme des métaux précieux qui vont servir à faire des volitions sages et bien dirigées. Les projets de bonnes actions pour lesquels le pouvoir et l'adresse nous ont manqué dans le passé, sont exprimés en pensée, représentés, pour ainsi dire étape par étape, et les pouvoirs nécessaires sont développés sous forme de facultés mentales qui seront mises en jeu dans une vie terrestre future.

En dévachan, comme l’a dit un Maître, l'égo rassemble "seulement le nectar des qualités et de la conscience morale de chaque personnalité terrestre".

Pendant la période dévachanique, l'égo passe en revue sa provision d'expériences, la moisson de la vie terrestre qui vient de finir; il fait un classement parmi ces expériences, assimilant ce qui est utile, rejetant ce qui est superflu. L'égo ne peut pas être constamment occupé dans le tourbillon de la vie terrestre, de même qu'un industriel ne peut pas accumuler sans arrêt des matériaux dont il ne fabrique rien; et de même qu'un homme ne peut pas manger continuellement sans jamais digérer et assimiler pour construire les tissus du corps. Le dévachan est donc pour tous une nécessité absolue; une infime minorité fait exception à cette règle comme nous le verrons plus loin.

Certaines personnes croient que la vie de l'homme ordinaire dans le monde céleste inférieur n'est que rêve et illusion, que lorsqu'il s'imagine heureux au milieu de ses amis et de sa famille, ou en train d'exécuter ses projets avec succès, il est victime d'une illusion cruelle. [Page 200]

Cette idée résulte d'une conception erronée de la réalité (autant que nous la connaissions) et d'un faux point de vue. L'étudiant se souviendra que la plupart des gens se font une idée si vague de leur vie mentale, même de celle qu'ils vivent dans leur corps physique, que lorsqu'on leur présente une image de la vie mentale en dehors du corps physique, ils perdent absolument tout sens des réalités et s'imaginent entrer dans un monde de rêve. En réalité, si l'on compare la vie physique à la vie dans le monde mental, c'est la vie physique qui semble être un rêve.

Il est bien évident que l'homme ordinaire se fait des choses pendant sa vie terrestre une conception très imparfaite et inexacte sur beaucoup de points. Par exemple, il ne sait rien des forces éthériques, astrales et mentales qui agissent dans toutes les choses qu'il voit, et qui en réalité forment la partie la plus importante de ces choses. Sa conception est limitée à cette faible portion des choses que ses sens, son intellect, son éducation, son expérience lui permettent d'apprécier. Il vit donc dans un monde qui est dans une large mesure sa propre création. Il ne comprend pas que le monde lui apparaît ainsi parce qu'il ne connaît rien de mieux. Ainsi, à ce seul point de vue, la vie physique ordinaire est au moins aussi illusoire que la vie en dévachan, et si l'on y réfléchit, on s'apercevra bien vite qu'elle est beaucoup plus illusoire.

Car si l'homme en dévachan prend ses pensées pour des réalités, il a parfaitement raison; ce sont des réalités sur le plan mental parce que dans ce monde la pensée seule est réelle. Nous reconnaissons ce fait sur le plan mental, tandis que sur le plan physique nous ne le reconnaissons pas. L'illusion est donc plus grande sur le plan physique. En fait, la vie mentale est beaucoup plus intense, plus vivante et plus près de la réalité que la vie des sens.

C'est pourquoi, d'après les propres paroles d'un Maître, "nous appelons la vie posthume la seule réalité, et la [Page 201] vie terrestre, y compris la personnalité elle-même, purement imaginaire". "Appeler la vie dévachanique "un rêve", si ce mot est autre chose qu'un terme conventionnel, c'est renoncer à jamais à la connaissance de la Doctrine ésotérique, seul gardien de la vérité".

Si nous sentons la vie terrestre réelle, et si nous croyons la vie dévachanique irréelle quand nous en entendons parler, c'est que nous contemplons la vie terrestre de son centre, sous l'influence de toutes ses illusions, tandis que nous contemplons la vie dévachanique de l'extérieur, momentanément libérés de sa maya ou illusion particulière.

En dévachan, c'est le contraire qui se produit, car ses habitants sentent que leur propre vie est réelle et ils regardent la vie terrestre comme une illusion et un malentendu. Les habitants du dévachan sont plus près de la vérité que leurs critiques terrestres, mais, bien entendu, le Devachanī, moins sujet à l'illusion que l'habitant de la terre, n'en est pas complètement délivré.

En d'autres termes, plus nous nous élevons sur les plans d'existence, plus nous nous rapprochons de la réalité; car les choses spirituelles sont relativement réelles et durables, tandis que les choses matérielles sont illusoires et transitoires.

Poursuivant cette pensée un peu plus loin, l'étudiant peut considérer la vie en dévachan comme le résultat naturel et inévitable de la vie qui vient d'être passée sur les plans physique et astral. Nos idéals les plus élevés et nos aspirations ne sont jamais réalisés sur le plan physique, et ils ne peuvent pas y être réalisés à cause de l'étroitesse des possibilités et de la grossièreté relative de sa matière.

Mais grâce à la loi de karma (dont la loi de conservation de l'énergie est une expression particulière), aucune force ne peut être perdue; chaque force produit nécessairement son plein effet, et elle subsiste sous forme d'énergie accumulée jusqu'à ce que l'opportunité se présente. En d'autres termes, une grande partie de l'énergie [Page 202] spirituelle de l’homme ne peut pas produire son plein effet pendant la vie terrestre, parce que les principes supérieurs de l'homme ne sont pas capables de répondre à des vibrations aussi subtiles tant qu'ils ne sont pas délivrés de la chair. Dans le monde céleste, tous les obstacles disparaissent, et l'énergie accumulée produit les résultats inévitables conformes à la loi de karma. "Sur terre, une ligne brisée", dit Browning, "dans le ciel, un cercle parfait". Ainsi la justice est parfaite, et rien n'est jamais perdu, bien que dans le monde physique il semble que beaucoup d'efforts manquent leur but et ne produisent aucun résultat.

Dévachan n'est en aucune façon un rêve ou un refuge de l'oisiveté. Au contraire, c'est une région, ou plutôt une condition d'existence dans laquelle le mental et le coeur se développent à l'abri de la matière grossière et des soucis triviaux, où des armes sont forgées pour les luttes de la vie terrestre, où enfin les progrès futurs se préparent.

L'étudiant pourra également se rendre compte que ce système de vie post-mortem est le seul qui soit capable de rendre tous les hommes heureux dans les limites exactes de leurs propres capacité. Si la joie du ciel était d'un type particulier (suivant certaines théories orthodoxes), certains s'en lasseraient, d'autres ne seraient pas capables d'y participer soit par manque de goût, soit par manque d'éducation. Dans Captain Stormfield’s Visit to Heaven, Mark Twain a fait de la vieille idée du ciel une telle caricature qu'elle semble après la lecture de son livre absolument insoutenable, et ceci est un exemple remarquable de l'utilisation de l'humour en matière de religion ou de philosophie.

Revenons maintenant à notre sujet: Quelle autre combinaison pourrait être satisfaisante en ce qui concerne les rapports des amis entre eux ? Si les défunts pouvaient suivre les fluctuations de fortune de leurs amis sur la terre, ils ne sauraient être heureux. S'ils étaient obligés d'attendre le décès de leurs amis pour les voir, cela constituerait [Page 203] une période d'attente pénible, souvent longue, et au bout de laquelle les amis arriveraient si changés qu’ils pourraient bien avoir cessé d'être sympathiques.

La Nature a évité toutes ces difficultés. C’est chaque homme qui fixe pour lui-même la longueur et le caractère de sa vie céleste par les causes qu’il met en jeu durant sa vie terrestre. Il ne pourrait obtenir autre chose qui ce qu'il a mérité, et la qualité de ses joies est celle qui correspond le mieux à ses idiosyncrasies. Ceux qu'il aime sont toujours avec lui, et toujours au mieux; aucune ombre de désaccord ne peut s'étendre entre eux, car il reçoit d'eux exactement ce qu'il souhaite. Les lois naturelles sont infiniment supérieures à tout ce que l'esprit de l'homme et son imagination ont jamais pu présenter à leur place.

Il est sans doute difficile sur le plan physique de réaliser le caractère créateur des pouvoirs exercés par le Penseur revêtu de son corps mental, au lieu d'être comme dans le corps physique. Sur la terre, l'artiste peut créer des visions de beauté exquises, mais lorsqu'il cherche à les reproduire au moyen des matériaux terrestres, il est loin de s'approcher de ses conceptions mentales. En dévachan, tout ce que l'homme pense est aussitôt reproduit en formes, au moyen de la matière subtile qui est la substance du mental lui-même, le milieu dans lequel le mental travaille normalement lorsqu'il est libre de toute passion, la matière qui répond à toute impulsion mentale. Ainsi la beauté de ce qui entoure l’homme en dévachan est à la mesure de sa propre énergie mentale.

Il est utile à l'étudiant de comprendre que le plan mental est un monde vaste et splendide de lumière vivante dans lequel nous vivons maintenant, aussi bien que pendant les intervalles entre deux incarnations. C'est uniquement notre manque de développement et les limitations imposées par le corps physique qui nous empêchent de comprendre, que toute la beauté et la gloire du ciel sont autour de nous, ici et maintenant, et que les influences [Page 204] de ce monde supérieur sont toujours à notre disposition si nous voulons nous donner la peine de les comprendre et de nous ouvrir à elles. Suivant les paroles de l'instructeur Bouddhiste: "La lumière est tout autour de vous, il suffit que vous vous donniez la peine d'enlever le bandeau qui est sur vos yeux et que vous regardiez. Elle est merveilleuse et belle, et bien au delà de ce que les hommes ont rêvé ou conçu dans leurs prières; et elle est là pour toujours" (The Soul of a People).

En d'autres termes, dévachan est un état de conscience, et il peut être réalisé à tout instant par celui qui a appris à libérer son âme de l'emprise des sens.

Ce que dévachan est par rapport à une vie terrestre, nirvana l'est par rapport au cycle des réincarnations. [Page 205]

CHAPITRE - 21 -

DEVACHAN : DURÉE ET INTENSITÉ

Puisque c'est l'homme lui-même qui prépare son propre purgatoire et son propre ciel, il est clair que ces deux états de conscience ne peuvent pas être éternels, car une cause finie ne peut pas produire des effets infinis.

Les durées relatives des séjours de l'homme dans les mondes physique, astral et mental varient énormément au cours de l'évolution. L'homme primitif vit presque uniquement dans le monde physique; il ne passe que quelques années sur le plan astral après sa mort. A mesure qu'il se développe, sa vie astrale devient plus longue, et, quand son intellect s'éveille, il commence à faire un court séjour sur le plan mental.

L'homme ordinaire des races civilisées reste plus longtemps dans le monde mental que dans les mondes physique et astral. Plus l'homme évolue, plus sa vie astrale devient courte et plus sa vie mentale devient longue.

Nous voyons donc qu'à l'exception des premiers stades de l'évolution, l'homme passe la plus grande partie de son existence sur le plan mental. Comme nous allons le voir maintenant plus en détail, sauf dans le cas de personnes très peu développées, les durées des vies physique et mentale sont entre elles comme 1 est à 20 approximativement, et dans le cas de personnes très avancées, ces durées sont entre elles comme 1 est à 30. L'étudiant doit se souvenir de ce que la véritable patrie de l'homme réel, l'égo, est le plan mental, et que chaque descente en incarnation est seulement un court épisode, important toutefois, de son existence.

Le tableau suivant donne une idée de la durée approximative des intervalles entre vies physiques, suivant [Page 206] le type d'homme considéré, ainsi que les durées moyennes des séjours aux niveaux astral, mental et causal.

L'étudiant est prié de ne pas attacher un sens littéral à la classification adoptée par rang social; ce n'est qu'une manière approchée de désigner les différentes catégories d'individus. Ainsi, par exemple, il est bien évident qu'il y a des "ivrognes" à tous les degrés de l'échelle sociale; de même, une personne qui par sa situation sociale appartient à la classe des "hommes cultivés" peut très bien être inférieure à un "manoeuvre". [Page 207]

HOMMES DE LA LUNE : PREMIER ORDRE

Individualisés dans la chaîne lunaire No. Type actuel
Durée moyenne en années
Intervalle
total
entre vies
Vie astrale
Vie céleste
mental inférieure
causale
5 Egos avancés, sur le Sentier (beaucoup d'entre eux se réincarnent sans interruption) 1500 à 2000 5
l'égo peut même traverser le plan astral rapidement et inconsciemment
1350 à 1800
majeure partie au niveau le plus élevé
150 à 200
Egos approchant du Sentier:

a- )Individualisés par l'intellect

b- )Individualisés par l'émotion ou la volonté
       
1200
5
1150 50
700
5
650 50
Hommes éminents dans les arts, la science ou la religion Comme dans la classe précédente Tendance à une vie astrale plus longe et causale plus courte, surtout pour les artistes et les religieux
6 Homme cultivés 600 à 1000 20-25 600 à 1000 simple contact.
7 Élite de la classe moyenne 500 25 475 néant

EGO  MOINS AVANCÉS

Classe de l'ego
Type Actuel
Intervalle
Total

Vie

Astrale

Vie Céleste
mentale inférieure
causale
Homme de la lune, second ordre
Commerçants
200 - 300
40
160 - 250 aux niveaux inférieurs
néant
Hommes animaux de la lune
Ouvriers qualifiés
100 - 200
40
60 - 160 aux niveaux inférieurs
néant
Animaux de la lune, première classe
Manoeuvres
60 - 100
40 - 50
20 - 50 au niveau le plus bas
néant
Animaux de la lune, seconde classe
Ivrognes
40 - 50
40 - 50
néant
néant
Animaux de la lune, troisième classe
Déchets de l'humanité
5
5
néant
néant

 

Il ne faut pas oublier que les nombres ci-dessus ne sont que des moyennes; dans chaque catégorie les durées varient énormément suivant les individus.

Le mode d'individualisation a un certain effet sur la durée de l'intervalle entre vies, mais cet effet est insignifiant pour les catégories inférieures. Ceux qui se sont individualisés par l'intellect ont souvent un intervalle plus long que ceux qui se sont individualisés par d'autres moyens. Nous reviendrons sur ce point.

D'une manière générale, un homme qui meurt jeune a un intervalle plus court que ceux qui meurent âgés, et sa vie astrale est souvent plus longue, car les fortes émotions qui s'exercent pendant la vie astrale sont générées dans la première partie de la vie physique, tandis que l'énergie plus spirituelle qui produit des résultats dans la vie céleste est mise en oeuvre pendant presque toute la durée de la vie physique.

La durée du séjour en dévachan dépend donc des matériaux que l'homme rapporte de sa vie physique, à savoir: toutes choses susceptibles d'être transformées en facultés morales et mentales - toutes les pensées et [Page 208] les émotions pures générées pendant la vie terrestre, tous les efforts intellectuels et moraux, le souvenir de tous les travaux utiles et des projets pour le service de l'humanité. Rien n'est perdu; mais les passions animales égoïstes ne peuvent pas entrer, car il n'y a aucune matière qui permette de les exprimer.

Le mal de la vie passée, même s'il est plus important que le bien, ne peut pas empêcher la récolte de la moisson du bien. La vie dévachanique peut être très brève, mais même l'homme le plus dépravé, s'il a éprouvé quelque faible aspiration vers le bien, s'il a été remué par quelques instants de tendresse, doit avoir une vie dévachanique pendant laquelle la semence du bien fera germer de tendres pousses, ou, en d'autres termes, l'étincelle du bien est susceptible de se changer en une petite flamme.

Dans le passé, quand les hommes avaient pendant toute leur vie le regard fixé sur le ciel, et dirigeaient leurs efforts vers sa félicité, la période passé en dévachan était très longue, souvent plusieurs milliers d'années. Mais actuellement, le mental de l'homme est davantage centré sur la terre, et peu de pensées sont dirigées vers la vie supérieure; les périodes dévachaniques en sont d'autant réduites.

De même, les durées des séjours passés dans les mondes mental inférieur et causal sont proportionnelles respectivement aux quantités de pensées générées dans les corps mental et causal. Tout ce qui appartient au moi personnel, ses ambitions, ses intérêts, ses amours, ses espoirs et ses craintes, a ses fruits dans le monde mental inférieur, le monde de la forme. Tout ce qui appartient au mental supérieur, aux régions de la pensée abstraite et impersonnelle, a ses fruits au niveau causal, le monde sans forme. Comme le montre le tableau ci-dessus, la plupart des gens font une courte apparition dans le monde céleste causal, quelques-uns y passent une partie notable de leur vie dévachanique; le petit nombre y passe presque toute sa vie dévachanique. [Page 209]

Ainsi, non seulement l'homme prépare pour lui-même sa vie astrale, mais il décide aussi du caractère et de la durée de sa vie céleste, au moyen des causes qu'il met en jeu durant sa vie terrestre. Il a donc toujours la quantité qu'il a méritée et aussi la qualité qui correspond le mieux à ses idiosyncrasies.

Un autre facteur très important est l'intensité de la vie dévachanique qui varie suivant les différentes catégories d'égos, et qui influe considérablement sur la durée de la vie céleste.

Dans le tableau ci-dessus, on remarque, dans le même groupe d'égos, deux types, de développement équivalent, mais dont les intervalles entre vies sont très différents: pour un type il est de 1,200 ans environ, pour l'autre il est de 700. La quantité totale de force spirituelle mise en jeu est sensiblement la même dans les deux cas, mais ceux dont l'intervalle est le plus court jouissent d'une félicité double pendant leur vie céleste; ils travaillent pour ainsi dire à haute pression, concentrent leur activité, et, pendant une période donnée, font des acquisitions presque doubles de celles des membres de l'autre classe.

Cette différence est due, comme nous l'avons mentionné plus haut, aux modes d'individualisation. Sans entrer dans les détails de cette question (ce qui dépasserait les limites de ce volume), nous pouvons mentionner ici le simple fait suivant: ceux qui s'individualisent graduellement par développement intellectuel, génèrent une force spirituelle d'une espèce particulière d'où résulte une certaine durée de vie dévachanique, tandis que ceux qui s'individualisent par un brusque mouvement d'affection ou de dévotion, génèrent une force spirituelle d'espèce différente et, au cours d'une vie dévachanique plus courte, ils jouissent de leur félicité d'une manière plus intense ou plus concentrée. La quantité de force spirituelle mise en jeu peut être dans certains cas un peu plus grande chez ceux dont l'intervalle entre vies est le plus court. [Page 210]

Les investigations sur ce sujet ont montré qu'il y avait une grande flexibilité dans la fixation des intervalles entre vies; il en résulte de grandes variations dans la manière de travailler des égos durant leur vie céleste.

Une des causes de ce phénomène est la nécessité de ramener ensemble en incarnation des groupes de personnes, non seulement dans le but de mettre en jeu leurs relations karmiques mutuelles, mais aussi pour que les personnes d'un même groupe puissent apprendre à travailler ensemble à certaines fins grandioses.

Il y a par exemple certains groupes d'égos connus sous le nom de "serviteurs" qui reviennent ensemble vie après vie, pour qu'ils puissent traverser des expériences préparatoires semblables, et que les liens d'affection qui les unissent s'affermissent et rendent tout malentendu ou toute méfiance impossibles dans l'avenir, quand l'heure du travail auquel ils sont destinés aura sonné. Le fait que ces égos sont destinés au service l'emporte sur toute autre considération, et le groupement est conservé pour le service.

Dans tout cela, bien entendu, il n'y a pas la moindre injustice; nul ne peut échapper au karma, si insignifiant soit-il. Mais le karma est ajusté sur les circonstances particulières: ainsi, il arrive que certain karma soit liquidé rapidement pour que la personne en question devienne libre en vue d'un travail supérieur; dans ce cas, il se peut qu'une quantité considérable de karma accable cette personne dans quelque grande catastrophe; elle s'en libère rapidement et la voie s'ouvre devant elle, désormais sans obstacle.

Pour la majeure partie de l'humanité, il n'y a rien de semblable et la vie céleste est vécue à la manière ordinaire.

Les différences dans les diverses rapidités de liquidation du karma, qui impliquent les différences d'intensité de vie, sont indiquées par un éclat plus ou moins grand de la lumière du corps mental. [Page 211]

CHAPITRE - 22 -

DEVACHAN : AUTRES PARTICULARITÉS

Nous avons étudié d'une manière générale les caractéristiques du dévachan et son but. Nous allons maintenant revenir sur le même sujet pour en étudier certains détails qui n'auraient pas pu faire partie de notre première description sans l'obscurcir.

Dévachan est illusoire dans une certaine mesure, comme toute vie manifestée; mais la vie céleste est beaucoup plus près de la réalité que la vie terrestre. Cela résulte clairement des conditions d'entrée en dévachan; pour qu'une aspiration ou une force du domaine de la pensée puisse produire un effet en dévachan, il faut que sa caractéristique principale soit l'altruisme.

L'affection pour la famille ou les amis entraîne bien des gens en dévachan, de même que la dévotion, mais seulement si l'affection ou la dévotion sont altruistes. L'affection qui n'est qu'une passion exigeante et égoïste, qui n'est que le désir d'être aimé, qui pense à recevoir plutôt qu'à donner et qui dégénère si facilement en jalousie, ne possède en elle aucun germe de développement mental; les forces qu'elle met en jeu ne dépassent pas le plan astral, le plan du désir auquel elles appartiennent de toute évidence.

Mais lorsqu'il n'y a aucune pensée de retour, lorsque rien ne se rapporte au soi, alors se produit une effusion considérable de force que la matière astrale n'est pas capable d'exprimer, et que les dimensions du plan astral ne peuvent pas contenir. Il lui faut l’étendue infiniment plus vaste du monde mental et sa matière plus fine, car l'énergie mise en oeuvre appartient à ce monde supérieur.

De même, la pensée du dévot qui songe; non pas à la gloire de la déité, mais à la manière de sauver son âme, ne conduit pas au dévachan. Mais la véritable dévotion [Page 212] religieuse, exempte de pensée personnelle, faite uniquement de pensées d'amour et de gratitude vers la divinité ou l'instructeur, inspirée par un désir ardent de faire quelque chose pour la divinité ou en son nom, conduit souvent à une vie céleste prolongée d'un genre particulièrement exalté.

Il en est ainsi quelle que soit la divinité, et les zélateurs de Bouddha, de Krishna, Ormuzd, Allah, ou du Christ obtiennent tous leur récompense dans la félicité céleste; sa durée et son intensité ne dépendent nullement de l'objet de la dévotion, mais dépendent uniquement de l'intensité et de la pureté des sentiments.

Ce serait une erreur de supposer que l'homme sur le plan astral ou sur le plan mental après la mort physique est simplement occupé à assimiler les résultats de sa vie terrestre; cela est vrai en principe pour l'homme ordinaire; cependant, même pendant qu'il jouit de la félicité du dévachan, il produit des résultats, c'est-à-dire génère du karma.

Il doit en être ainsi, d'après la nature des choses, car la pensée est le facteur le plus puissant dans la création du karma humain. . Toute force a la caractéristique du plan sur lequel elle est mise en jeu, et plus le plan est élevé, plus la force est puissante et durable.

Dans les cas, actuellement très rares, où par élévation de la conscience au niveau causal le moi supérieur et le moi inférieur sont unis, la conscience de l'égo est à la disposition de l'homme pendant la durée de ses vies physique, astrale et mentale, et il est capable de modifier ses conditions d'existence par l'exercice de la pensée et de la volonté.

Mais à part ces cas de développement remarquables, tout homme produit involontairement et inconsciemment trois résultats différents pendant sa vie céleste:

1. L'affection qu'il dirige sur l'image-pensée qu'il a faite de son ami, est une puissante force pour le bien qui n'est pas sans effet sur l'évolution de l'égo de cet ami. L'affection est ainsi évoquée chez l'ami, ce qui tend à [Page 213] intensifier cette admirable qualité en lui. Un tel phénomène produit évidemment du karma.

Il est même possible que l'effet de cette action se manifeste dans la personnalité de l'ami sur le plan physique. Car si l'égo est modifié par l'affection qui enveloppe la forme-pensée qu'il anime, il est possible que cette modification se montre dans la personnalité qui est une autre manifestation du même égo.  

2. Un homme qui rayonne un énorme flux d'affection, et qui évoque en réponse des flux analogues de ses amis, améliore nettement l’atmosphère mentale dans son voisinage. Cette atmosphère réagit sur ses habitants - dévas, hommes, animaux, plantes, etc. Ce phénomène produit aussi des résultats karmiques.

3. Non seulement une pensée d'affection ou de dévotion altruiste évoque une réponse du Logos à l’individu qui pense, mais elle aide aussi à remplir le réservoir de force spirituelle tenu par les Nirmânakâyas à la disposition des Maîtres de la Sagesse et de Leurs élèves pour le service de l'humanité (voir Le Corps astral, chapitre 7). Si beau que soit le résultat d'une telle affection ou dévotion pendant la vie physique, il est clair que la pensée de l’entité en dévachan, soutenue peut-être pendant mille ans, apporte au réservoir une contribution importante, et qu'il en résulte pour le monde un bénéfice impossible à évaluer dans le langage du plan physique.

De tout ce qui précède il résulte que l'homme ordinaire dont le développement de conscience n'est pas grand, est pourtant capable de faire beaucoup de bien pendant sa vie dévachanique. Durant toute cette vie il ne cesse de générer du nouveau karma, et il peut même modifier les conditions de cette vie à mesure qu'il progresse.

Dans le monde physique, beaucoup de nos pensées sont de simples fragments. En dévachan, le rêveur contemple ces fragments, et patiemment en assimile les détails et toutes les possibilités, vivant en elles avec une intensité que rien sur la terre ne peut égaler. Il façonne, moule, construit, de toutes les manières possibles, et lance [Page 214] son travail dans le monde de la forme. D'autres peuvent en profiter, être inspirés par ces formes ou s'en servir pour faire des projets d'amélioration, d’oeuvres philanthropiques, etc.. Ainsi la matière-pensée qui émane de quelque rêveur solitaire peut être l'origine de merveilleux changements, et son "rêve" peut aider à recréer le monde.

Toutefois, il ne faut pas oublier que, étant donné les limitations que l'homme ordinaire s'impose lui-même en dévachan, il ne peut pas créer une nouvelle ligne d'affection ou de dévotion. Mais, son affection et sa dévotion, suivant les lignes qu'il a déjà tracées, sont beaucoup plus puissantes qu'à l'époque du pénible labeur dans les lourdes limitations du corps physique.

Ce point nécessite quelques explications supplémentaires. Pour bien comprendre les rapports d'un Devachanī avec son entourage, il faut penser à la matière du plan qui est moulée par sa propre pensée; aux forces du plan qui sont évoquées en réponse à ses aspirations.

Nous avons vu comment l'homme moule la matière du plan en pensées-images de ses amis, et comment les égos des amis s'expriment à travers ces images.

D'autres forces vivantes l'entourent, de puissants habitants angéliques du plan mental parmi lesquels un grand nombre sont très sensitifs à certaines aspirations de l'homme, et tous disposés à y répondre.

Mais le point essentiel est que pensées et aspirations sont les seules lignes déjà tracées pendent la vie terrestre.

On pourrait sans doute croire que lorsque l'homme s'élève jusqu'à un plan où existent une vitalité et des forces si grandes, il doive nécessairement être attiré par des activités entièrement nouvelles; tel n'est pas le cas. Son corps mental n'est pas aussi développé que ses véhicules inférieurs; il n'est pas non plus autant maîtrisé que ceux-ci. Il a pris l'habitude de recevoir impressions et impulsions d'en bas, principalement du plan physique, et quelquefois de l'astral. Il a fait très peu d'efforts pour recevoir directement les vibrations mentales à son propre [Page 215] niveau; par suite, il ne peut pas soudainement se mettre à les recevoir et à y répondre. Donc, pratiquement, l'homme ne crée pas de nouvelles pensées, mais se borne à celles qu'il a déjà nourries et qui forment les seules fenêtres à travers lesquelles il puisse regarder son nouveau monde. C'est pourquoi une personnalité pâle et insipide a une vie dévachanique dénuée d'intérêt.

L'homme ne dispose donc en dévachan que des éléments qu'il possédait avant d'y entrer, et rien de plus, rien de moins. D'où l'importance de penser pendant la vie physique d'une manière aussi exacte que possible, sans quoi l'utilité du dévachan est très limitée.

De ce point de vue, dévachan apparaît comme un monde d'effets et non de causes, chaque individu étant limité par ses propres facultés de perception et d'appréciation. Plus nombreux sont les points de contact avec le monde extérieur, plus nombreux sont les points de départ ou foyers de développement en dévachan.

Au contraire, si nous considérons dévachan du point de vue de la vie suivante, il est essentiellement un monde de causes, parce que c'est là que les résultats des expériences sont incorporés au caractère que l'homme emportera dans sa prochaine incarnation. Dévachan est donc le résultat direct d'une vie terrestre, et en même temps la préparation de la vie suivante.

Comment la vision de l'homme est-elle limité par les fenêtres à travers lesquelles il est obligé de regarder en dévachan ? Nous allons étudier cette question sur un exemple, la musique. L'homme qui n'a pas de musique en son âme ne possède aucune fenêtre dans cette direction. Mais l'homme qui possède la fenêtre musicale se trouve en présence d'une puissance merveilleuse. La mesure suivant laquelle il est capable d'apprécier cette puissance est déterminée par trois facteurs. Poursuivant l'analogie de la fenêtre, nous pouvons appeler ces trois facteurs:

1. La grandeur de la vitre;
2. Sa couleur;
3. La qualité de sa matière.

Ainsi, si l'homme n'était capable sur la terre que d'apprécier une seule sorte de musique, [Page 216] il se trouve limité à cette sorte. De même ses idées sur la musique peuvent être colorées de telle façon qu'il n'admette que certaines vibrations musicales, ou bien elles peuvent être si pauvres qu'elles déforment et obscurcissent tout ce qui l'atteint.

Supposons maintenant que sa fenêtre soit excellente, elle lui transmet trois catégories distinctes d'impressions.

1. Il perçoit cette musique particulière qui est l'expression du mouvement ordonné des forces du plan. L'idée poétique de la "musique des sphères" recouvre une réalité, car sur les plans supérieurs, tout mouvement et toute action produisent des harmonies de son et de couleur. Toute pensée, la sienne et celle des autres, s'exprime de cette manière, en une admirable série d'accords changeants comme ceux d'un millier de harpes éoliennes. La manifestation musicale de la vie éclatante du monde céleste forme un fond à toutes ses autres expériences.

2. Parmi les habitants du plan mental se trouvent des dévas ou anges d'un certain ordre qui sont spécialement occupés de musique, et s'expriment habituellement par ce moyen dans une plus large mesure que les autres. Les Hindous les nomment Gandharvas. L'homme doué de facultés musicales attire leur attention, il vient en contact avec eux et avec la musique qu'ils font; il profite énormément de ces relations, car ils emploient des harmonies beaucoup plus riches que tout ce qu'il connaissait auparavant. Dans ce sens, il sortira de sa vie céleste beaucoup plus riche qu'il y était entré.

3. Il écoute et apprécie la musique faite par les autres hommes dans le monde céleste. Bien des grands compositeurs sont là, faisant une musique infiniment supérieure à celle qu'ils firent sur la terre. D'ailleurs une grande partie de l'inspiration des musiciens terrestres est en réalité un faible écho de la musique du plan mental qu'ils perçoivent obscurément.

L'expérience d'un peintre serait analogue. Devant lui s'ouvrent aussi trois possibilités:

1. Il perçoit l'ordre naturel du plan exprimé en couleurs aussi bien qu'en [Page 217] sons;
2. Il perçoit le langage de couleurs des dévas qui communiquent entre eux par des couleurs éclatantes;
3. Il perçoit les créations des grands artistes du plan mental.

Les mêmes possibilités s'ouvrent devant l’homme dans chacune des autres directions, de sorte qu'une infinité de choses sont là pour qu'il s'en réjouisse et s'en serve pour apprendre.

Considérons maintenant les rapports entre le devachanī et l'image-pensée qu'il a faite de son ami; deux facteurs doivent être envisagés: 1. Le degré de développement de l'homme lui-même;  2. le degré de développement de l'ami.

Si l'homme est peu développé, l'image qu'il fait de son ami est imparfaite, les qualités supérieures de l’ami ne sont pas toutes représentées. Par suite, l’égo de l’ami ne peut guère utiliser cette image puisqu'elle ne contient presque rien qui lui permette d'exprimer ses qualités.

Malgré cela l'expression la plus imparfaite de l'ami à travers une image mentale est meilleure et plus satisfaisante que celle de la vie physique. Car dans celle-ci, nous ne voyons notre ami que partiellement; la connaissance que nous avons de lui est toujours incomplète et notre communion imparfaite; et même quand nous croyons le connaître entièrement et parfaitement, il ne peut être question que du fragment de lui-même qui est en incarnation, et dans l'égo il y a beaucoup plus de choses que nous ne pouvons pas atteindre actuellement.

D'ailleurs, si nous pouvions voir par la vision mentale la totalité de notre ami, il est probable que nous ne le reconnaîtrions pas; en tout cas, ce ne serait pas celui que nous pensions connaître auparavant.

Si, au contraire, c'est l'ami qui est peu développé, même si l'on en fait une bonne image, il se peut que son développement ne soit pas suffisant pour profiter largement de l’image, c'est-à-dire qu'il peut être incapable de remplir complètement l'image qui a été faite de lui. Toutefois, ce cas est assez rare, et il ne peut se [Page 218] présenter que si un objet indigne d'affection a été étourdiment changé en idole. Mais même dans ce cas, l'homme qui fait l'image ne trouve aucun changement dans son ami en dévachan, car l'ami est maintenant davantage capable de remplir son idéal que pendant la vie physique. La joie du dévachan n'est donc en aucune façon diminuée.

Si l'égo est capable de remplir des centaines d'images des qualités qu'il possède, il ne peut pas évoluer brusquement et se mettre tout d'un coup à exprimer une qualité qu'il n'a pas encore développée, seulement parce que quelqu'un d'autre s'imagine qu'il l'a. De là l'énorme avantage de former des images de ceux qui (comme les Maîtres) sont capables de dépasser même la plus belle conception qu'en peut former le mental inférieur. Dans le cas d'un Maître, l'homme puise dans un océan d'amour et de puissance dont son mental ne peut jamais atteindre le fond.

Mais dans tous les cas l'égo de l'ami est touché par l'affection, et quel que soit son état de développement, il répond immédiatement en se manifestant à travers l'image qui est faite de lui. Même l'image la plus insuffisante est, parce qu'elle se trouve sur le plan mental, plus facile à atteindre pour l'égo qu'un corps physique situé deux plans plus bas.

Si l'ami se trouve dans son corps physique, il n'a pas conscience du fait que son véritable moi, l'égo, jouit de cette manifestation supplémentaire; mais ceci n'empêche pas la manifestation d'être plus réelle, et de contenir une approximation plus voisine de la réalité que celle du plan physique.

De toutes ces considérations, il résulte qu'un homme qui s'est fait aimer, qui a beaucoup de vrais amis, aura un grand nombre d'images-pensées dans les dévachans de ses amis, et évoluera, par suite, plus rapidement qu'un homme plus vulgaire. Ce résultat est évidemment la conséquence du développement en lui-même des qualités qui l'ont rendu aimable.

L'étudiant doit être maintenant en mesure de comprendre [Page 219] pourquoi la personnalité que nous connaissons sur le plan physique n'est pas en relation avec ses amis en dévachan. Mais l'homme réel, l'égo, est en relation, et agit à travers la pensée-image qui a été formée sur le plan mental.

Ce principe sera sans doute rendu plus clair par un exemple. Supposons qu'une mère aux idées religieuses quelque peu étroites, meure en laissant derrière une fille bien-aimée, et que cette fille élargisse par la suite ses idées religieuses. La mère va continuer à s'imaginer que sa fille est restée orthodoxe, et elle n'est capable de voir des pensées de sa fille que ce qui peut s'exprimer par des idées orthodoxes; elle est incapable de comprendre les vues religieuses plus larges que sa fille a maintenant adoptées.

Mais dans la mesure où l'égo de la fille profite de ce que la personnalité a appris, il y a de sa part une tendance à élargir et à perfectionner les conceptions de sa mère, tout en restant sur la ligne de pensée à laquelle elle est habituée. Il n'y a entre elles aucune ombre de différence d'opinions, ni aucune tendance à éviter les sujets religieux.

Les considérations ci-dessus s'appliquent à une personne de développement ordinaire. Dans le cas d'un homme plus avancé qui est conscient dans son corps causal, il pénètre consciemment dans l'image-pensée faite de lui par un ami en dévachan, comme dans un corps mental supplémentaire, et il y travaille délibérément. S'il acquiert des connaissances nouvelles, il peut directement et intentionnellement les communiquer à son ami. C'est de cette manière que les Maîtres influent sur ceux de leurs élèves qui prennent part à la vie céleste, et améliorent leurs caractères énormément.

Un homme qui fait pour lui-même une image d'un Maître est donc en mesure de bénéficier énormément de l'influence que le Maître est capable de déverser sur cette image, et il peut, par ce moyen, recevoir une aide et des enseignements définis. [Page 220]

Deux amis peuvent au niveau mental se connaître beaucoup mieux que lorsqu'ils étaient physiquement vivants, car chacun d'eux n'a plus maintenant qu'un seul voile, celui du corps mental, sur son individualité. Si l'homme n'a connu qu'un seul côté de son ami pendant la vie physique, c'est uniquement par ce côté que l'ami peut s'exprimer en dévachan; mais il peut exprimer cet aspect bien plus complètement et parfaitement qu'avant.

Nous avons vu que l'homme ordinaire en dévachan vit dans une coque formée de ses propres pensées; de cette manière, il s'isole absolument du reste du monde, c'est-à-dire du plan mental et des plans inférieurs. Mais bien qu'il ne puisse prendre part à toutes les possibilités du plan mental, il n'est pas conscient d'une limitation quelconque de ses activités et de ses sentiments. Au contraire, il jouit de toute la félicité dont il est capable, et il lui est impossible de concevoir une joie plus grande que celle qu'il éprouve.

Ainsi, bien qu'il se limite lui-même, il est inconscient de cette limitation, et il a tout ce qu'il peut désirer ou penser. Il s'entoure des images de ses amis, et par ces images il est en communication plus intime avec eux que sur les plans inférieurs.

L'homme en dévachan n'oublie pas l'existence de la souffrance, car il se souvient clairement de sa vie passée; mais il comprend maintenant beaucoup de choses qui n'étaient pas claires sur le plan physique, et la joie du présent est si grande pour lui que les peines passées lui semblent presque un rêve.

La coque sur le plan mental peut être comparée à celle d'un oeuf sur le plan physique. La seule manière d'introduire quelque chose à l'intérieur de l’oeuf sans briser la coque, serait de pénétrer par une dimension supérieure, ou bien de trouver une force dont les vibrations soient suffisamment fines pour passer entre les particules de la coque sans la briser. Il en est de même pour la coque mentale; elle ne peut pas être traversée par les vibrations de la matière de son propre niveau, mais les vibrations [Page 221] plus subtiles de l'égo la pénètrent facilement sans l’abîmer; on peut donc agir sur elle d'en haut, mais non d'en bas.

Il résulte de ceci deux effets:

1. les vibrations mises en jeu dans le corps mental inclus dans la coque ne peuvent pas frapper directement le corps mental de son ami; de même les formes-pensées qu'il crée ne peuvent pas voyager dans l’espace, et s'attacher à l’ami à la manière ordinaire. Ceci ne pourrait se produire que s'il était capable de fonctionner librement et consciemment sur le plan mental, ce qui n'est évidemment pas le cas;

2. les pensées de l’ami ne peuvent pas atteindre l'homme dans sa coque dévachanique, comme cela a lieu dans la vie ordinaire sur le plan physique ou sur le plan astral.

Mais nous savons que toutes les difficultés qui résultent de l’existence de la coque mentale sont surmontées par le phénomène naturel de l'action de l’égo sur la pensée-image que l’homme a créée.

Il résulte également de l'état de l'homme en dévachan qu'il ne peut pas être rappelé vers la terre par les méthodes spirites.

Bien que l'homme ne soit pas facilement accessible aux influences d'origine extérieure, celui qui traverse le plan mental en pleine conscience peut affecter le Devachanī dans une certaine mesure. Ainsi, il peut l’entourer de pensées d'affection, par exemple, et malgré que ces pensées ne puissent pas pénétrer la coque, le courant d'affection peut agir sur l’occupant comme la chaleur du soleil agit sur le germe dans l’oeuf, activant sa maturité, et intensifiant les sensations de plaisir qu'il est supposé avoir.

Si l'homme est agnostique ou matérialiste, sa croyance ne le dispense pas de vie astrale ni de vie mentale; car aucune croyance ne peut influencer les lois naturelles. Si l’homme a mené une vie altruiste, les forces qu'il a générées doivent produire leurs effets, et ceci ne peut se produire que sur le plan mental, c'est-à-dire en dévachan.

Il n'y a, bien entendu, aucune espèce de fatigue en [Page 222] dévachan; le corps physique seul est susceptible d'éprouver la fatigue. Lorsque nous parlons de fatigue mentale, il s'agit du cerveau physique, et non du corps mental.

Le fait que notre mental n'est capable de concevoir que trois dimensions, alors que le monde astral en compte quatre, et le monde mental cinq, est une grosse difficulté pour décrire la situation dans l'espace de ceux qui sont en dévachan. Certains ont tendance à rester près de leurs demeures terrestres pour rester en contact avec leurs amis de la vie physique et les lieux qu'ils connaissent; d'autres, au contraire, ont tendance à s'éloigner et trouvent eux-mêmes, comme si c'était en raison de leur densité, un niveau plus éloigné de la surface de la terre.

Ainsi, par exemple, l’homme ordinaire qui atteint la vie céleste a tendance à s'éloigner considérablement de la surface de la terre; quelques-uns, au contraire, ont tendance à rester à notre propre niveau. D'une manière générale, on peut considérer les habitants du monde céleste comme résidant dans une sphère ou une zone qui entoure la terre.

Pour tout le monde la vie céleste est une nécessité absolue; ne font exception qu'un très petit nombre de personnes très évoluées. C'est seulement dans les conditions réalisées en dévachan que les aspirations peuvent être développées en facultés, et les expériences en sagesse. Le progrès réalisé par l'âme est bien plus grand que si, par quelque miracle, l'homme pouvait rester en incarnation physique pendant la même durée.

Mais pour l'homme avancé qui est en train de faire des progrès rapides, il est quelquefois possible de sauter la vie de félicité du monde céleste, - de renoncer au dévachan, comme on dit quelquefois, - entre deux incarnations, pour revenir plus vite continuer le travail entrepris sur le plan physique. Mais personne n'est autorisé à renoncer aveuglément à ce qu'il ignore, ni à se détourner du cours normal de l'évolution sans que l'on soit sûr qu'il en résultera pour lui un bénéfice.

D'une manière générale, pour renoncer au dévachan, [Page 223] il faut l'avoir expérimenté pendant la vie terrestre, c'est-à-dire qu'il faut être suffisamment développé pour être capable d'élever sa conscience jusqu'à ce plan et en rapporter le souvenir exact.

La raison de cette règle est la suivante: c'est la vie de la personnalité avec toute son ambiance personnelle familière qui est poursuivie sur le plan mental inférieur et, par suite, avant qu'il soit question de renonciation, il faut que la personnalité sache exactement à quoi elle renonce; il faut que le mental inférieur soit d'accord avec le mental supérieur sur ce sujet.

Il y a une exception apparente à cette règle générale. Dans les conditions artificielles que nous appelons civilisation moderne, les gens ne se développent pas toujours normalement et régulièrement; il y a des cas où une conscience assez développée a été acquise sur le plan mental, cette conscience étant bien reliée à la vie astrale, sans que le cerveau physique en ait la moindre connaissance.

De tels cas sont très rares. Mais ils ne font pas en réalité exception à la règle générale d'après laquelle la personnalité doit renoncer elle-même. Dans un tel cas, la vie astrale est une vie de conscience complète pour la personnalité, bien que le souvenir de cette vie ne pénètre pas dans le cerveau physique. Ainsi, la renonciation est bien faite par la personnalité, à travers la conscience astrale au lieu de la conscience physique comme dans la plupart des cas. Il s'agit alors en général d'une personne qui est au moins élève probationnaire d'un Maître.

L'homme qui désire renoncer au dévachan doit travailler avec ardeur à se rendre digne d'être employé par Ceux qui aident le monde; il doit se lancer avec une ferveur ardente dans le travail qui consiste à aider l'évolution spirituelle des autres.

Un homme suffisamment avancé pour être autorisé à renoncer au dévachan aurait eu sans aucun doute une vie céleste très longue; il va donc dépenser sa réserve de force dans une autre direction, pour le bénéfice de [Page 224] l'humanité, prenant ainsi une part, si petite soit-elle, à l’oeuvre des Nirmânakâyas.

Quand un élève a décidé de faire cela, il attend sur le plan astral qu'une incarnation convenable lui soit préparée par son Maître. Mais, auparavant, il faut obtenir l'autorisation d'une autorité très élevée. Même alors, la puissance de la loi naturelle est si grande que l’élève doit, dit-on, prendre grand soin de rester sur le plan astral, car s'il touchait au plan dévachanique, ne fut-ce que pendant un instant, il serait emporté par le courant irrésistible de l'évolution normale.

Dans certains cas très rares, l'homme est autorisé à prendre possession d'un corps adulte dont l'occupant précédent n'a plus l'usage, mais il est évidemment rare qu'un corps convenable soit disponible.

L'animal qui vient d'atteindre l'individualisation, après sa mort sur les plans physique et astral, a habituellement une vie très longue, bien que rêveuse, sur le plan mental inférieur. Il est dans un état quelquefois appelé "conscience somnolente", analogue à l'état de l'homme au même niveau, mais avec une activité mentale très inférieure. Il est entouré de ses propres images-pensées, dont il n'est que rêveusement conscient, et parmi elles se trouvent ses amis terrestres sous leur aspect le plus sympathique. Ces images éveillent évidemment une réponse des égos à la manière ordinaire. L'animal reste dans cet état jusqu'à ce qu'il prenne la forme humaine dans un monde futur.

L'individualisation, au moyen de laquelle l'animal s'élève jusqu'au règne humain, est atteinte par association avec l'homme, l'intelligence et l'affection de l'animal étant développées par ses rapports intimes avec l'ami humain. Ce sujet a été traité au chapitre 13. [Page 225]

 

CHAPITRE - 23 -

LE PREMIER CIEL (SEPTIÈME SOUS-PLAN)

Bien que chacun des quatre ciels inférieurs ait sa propre caractéristique, il ne faut pas croire que l'homme passe une partie de sa vie céleste sur chaque sous-plan, pour y développer la caractéristique correspondante. Au contraire, il s'éveille en dévachan au niveau qui correspond le mieux à son degré de développement, et c'est à ce niveau qu'il passe la totalité de sa vie dans le corps mental. Cette règle est justifiée par le fait que chaque niveau inclut les qualités des niveaux inférieurs en outre des qualités qui lui sont propres; de plus, les habitants qui vivent à un certain niveau ont presque toujours les qualités des niveaux inférieurs dans une plus large mesure que les âmes qui vivent à ces niveaux.

La caractéristique principale du premier ciel, celui du septième sous-plan, est l’affection pour la famille ou les amis. Cette affection doit être, évidemment, exempte d'égoïsme, mais elle est souvent quelque peu étroite. Il ne faudrait pas déduire de ceci que l’amour est confiné sur le septième sous-plan; mais cette forme particulière d'affection est la plus élevée dont soient capables ceux qui se trouvent à ce niveau. Aux niveaux supérieurs, on trouve un amour d'un caractère beaucoup plus noble et plus large.

Il est intéressant de donner la description de quelques exemples types d'habitants du septième sous-plan. Le premier exemple est celui d'un petit commerçant honnête et respectable, mais sans aucun développement intellectuel ni sentiment religieux. Bien qu'il ait fréquenté l'église régulièrement, la religion était pour lui une sorte de nuage obscur auquel il ne comprenait absolument [Page 226] rien, qui n'avait aucun rapport avec la vie journalière, et qui n'était jamais pris en considération lorsqu'il s'agissait de décider quelque chose. Cet homme ainsi dénué de dévotion, éprouvait cependant une affection profonde pour sa famille. Celle-ci était constamment présente à son esprit, et il travaillait dans sa boutique beaucoup plus pour elle que pour lui-même. Son ambiance en dévachan n'était pas d'un caractère très raffiné, mais il était extrêmement heureux, et il était occupé à développer des qualités altruistes destinées à être incorporées à son âme sous forme de facultés permanentes.

Un autre exemple typique est celui d'un homme décédé en laissant sur terre une fille unique encore jeune. En dévachan elle était toujours avec lui, sous l'aspect le plus favorable, et il était occupé à créer toutes sortes d'images magnifiques de l'avenir de sa fille. Un autre exemple remarquable est celui d'une petite fille qui était sans cesse absorbée dans la contemplation des nombreuses qualités de son père, et lui préparait de petites surprises et de nouveaux plaisirs. Également remarquable le cas d'une Grecque très heureuse avec ses trois enfants, l'un d'eux un beau garçon qu'elle aimait à se représenter vainqueur aux jeux olympiques.

Une caractéristique frappante de ce sous-plan est le nombre de Romains, Carthaginois et Anglais qui s'y trouvaient pendant les quelques derniers siècles; ceci étant dû au fait que parmi les hommes de ces nations, la principale activité altruiste était l'expression de l'affection familiale. Il y a relativement peu d'Hindous et de Bouddhistes sur ce sous-plan, parce que chez eux le sentiment religieux fait davantage partie de la vie journalière et, par suite, les entraîne à un niveau supérieur.

Parmi les cas observés, il y avait une variété extraordinaire, les différents degrés de développement se distinguant par des luminosités différentes; les diverses couleurs indiquant les qualités développées par les personnes. Certains d'entre eux étaient des amoureux décédés dans toute la force de leur affection, et qui étaient [Page 227] constamment occupés de la personne qu'ils aimaient à l'exclusion de toute autre. D’autres étaient des hommes à la vie presque sauvage, mais qui avaient manifesté quelque trait d’affection altruiste.

Dans tous ces cas, le seul élément d'activité de la vie personnelle qui puisse s'exprimer sur le plan mental est l'affection. Les images-pensées sont généralement à ce niveau très loin de la perfection et, par suite, les égos des amis ne peuvent s'exprimer que très peu à travers elles. Mais même dans le cas le plus défavorable, comme nous l'avons dit au chapitre précédent, cette expression est plus satisfaisante que dans la vie physique.

Pour les personnes qui sont à ce niveau, les matériaux qui servent à l'élaboration des facultés sont rares, et leur vie ne progresse que lentement. Leur affection familiale est nourrie et un peu élargie; ils renaîtront avec une nature émotionnelle un peu plus riche, et avec une tendance plus forte à reconnaître un idéal supérieur et à y répondre. [Page 228]

CHAPITRE - 24 -

LE DEUXIÈME CIEL (SIXIÈME SOUS-PLAN)

La caractéristique principale du sixième sous-plan du monde céleste peut être résumée par l'expression: dévotion religieuse anthropomorphe. Il semble qu'il y ait une certaine analogie entre cette région du monde céleste et le deuxième sous-plan astral, la seule différence provenant du fait que dans le monde astral il reste un élément d'égoïsme ou de marchandage dans la dévotion, tandis que dans le monde céleste la dévotion est totalement exempte de cette tache.

Il faut cependant distinguer le genre de dévotion dont il est question ici, et qui consiste dans l'adoration perpétuelle d'une divinité personnelle, des formes de dévotion supérieures qui s'expriment par l'accomplissement d'un travail défini pour l'amour de la divinité. Quelques exemples éclairciront ce point.

Un grand nombre des entités qui habitent à ce niveau proviennent des religions orientales; ce sont les personnes dont la dévotion est pure, mais relativement inintelligente. On y trouve les adorateurs de Vishnou, et quelques adorateurs de Shiva, chacun d'eux enveloppé d'une coque de ses propres pensées, seul avec son dieu, et oublieux du reste de l'humanité, sauf dans la mesure où ses affections peuvent associer ceux qu'il aimait sur la terre à son adoration de la divinité. Un Vaishnava fut observé en adoration extatique de l'image même de Vishnou à laquelle il portait ses offrandes pendant la vie terrestre.

Les femmes sont en grande majorité sur ce sous-plan, et fournissent les exemples les plus frappants. Parmi [Page 229] celles-ci, citons une Hindoue qui avait glorifié son mari au point d'en faire un être divin, et qui se représentait également l’enfant Krishna en train de jouer avec ses propres enfants. Mais tandis que ces derniers étaient humains et réels, l’enfant Krishna n'était que la reproduction d'une statue de bois peinte en bleu et animée. Krishna apparaissait aussi sous l'aspect d'un jeune homme efféminé jouant de la flûte; mais cette femme n'était pas troublée le moins du monde par cette double manifestation.

Une autre femme, qui adorait Shiva, regardait son mari comme une manifestation de son dieu, de sorte que chacun d'eux se changeait en l'autre.

Quelques Bouddhistes sont là, mais seulement les moins instruits qui regardent le Bouddha plutôt comme un objet d'adoration que comme un grand instructeur.

On y trouve aussi beaucoup de Chrétiens; on y observe un paysan illettré de l’Église catholique romaine, et un soldat sincère de l’Armée du salut. Un paysan irlandais fut observé dans une profonde adoration de la Vierge Marie, qu'il se représentait debout sur la lune, écartant les bras et lui parlant. Un moine médiéval était en contemplation extatique du Christ crucifié, et l’intensité de son amour et de sa pitié était telle qu'à la vue des gouttes de sang qui s'échappaient des blessures du Christ les stigmates se reproduisaient sur son propre corps mental.

Un autre homme se représentait le Christ glorifié sur son trône, avec un océan de cristal devant lui, et tout autour une multitude d'adorateurs parmi lesquels il se tenait avec sa femme et sa famille. Bien que son affection pour sa famille fut très profonde, ses pensées étaient davantage occupées de l'adoration du Christ; mais sa conception de la divinité était si matérielle qu'il se représentait le Christ sous deux formes qui s'échangeaient mutuellement sans cesse, celle d'un homme, et celle d'un agneau portant l'étendard, comme il est souvent représenté sur les vitraux des églises. [230]

Un cas intéressant est celui d'une nonne espagnole qui était morte à l'âge de dix-neuf ans environ. Dans son ciel, elle se représentait accompagnant le Christ dans sa vie, comme elle est racontée par les Évangiles, puis après la crucifixion prenant soin de la Vierge Marie. Ses images étaient totalement dépourvues d'exactitude, le Sauveur et ses disciples portaient les costumes des paysans espagnols, et les collines de Jérusalem étaient des montagnes couvertes de vignobles. Elle se représentait elle-même comme éventuellement martyrisée pour sa foi, et montant au ciel, mais seulement pour y revivre sans cesse cette vie avec délices.

Un enfant mort vers l'âge de sept ans, était occupé à vivre dans le monde céleste les histoires religieuses que sa nourrice Irlandaise lui avait racontées. Il aimait à se représenter jouant avec l'enfant Jésus et l'aidant à faire ces oiseaux d'argile qu'il est censé avoir appelés à la vie et fait s'envoler.

Même si un homme est matérialiste ou agnostique, il a une vie céleste, pourvu qu'il soit capable de dévotion. Car l'affection familiale et altruiste, les efforts philanthropiques sincères sont de grandes effusions d'énergie qui doivent produire leurs résultats et ne peuvent les produire que sur le plan mental.

Nous voyons que la dévotion aveugle et irraisonnée comme dans les exemples précédents, ne conduit pas ses adeptes à un niveau spirituel très élevé. Mais malgré cela, ils sont tout à fait heureux et pleinement satisfaits, car ils reçoivent tout ce qu'ils sont capables d'apprécier. Une telle vie céleste n'est pas sans produire d'excellents résultats sur leur vie future. Car, si la seule dévotion ne peut développer l'intellect, elle développe la faculté d'éprouver les formes supérieures de dévotion, et dans beaucoup de cas, elle conduit à la pureté de vie. Par suite, une personne qui jouit d'un ciel tel que ceux que nous venons de décrire, n'est pas susceptible de faire des progrès spirituels très rapides, mais du moins elle est gardée de nombreux dangers; il est très probable que dans sa prochaine [Page 231] vie elle ne tombera pas dans les péchés les plus grossiers, et ne sera pas entraînée hors de ses aspirations dévotionnelles dans une vie d'avarice, d'ambition ou de dissipation.

Cependant, ce coup d’oeil sur le sixième sous-plan met en relief la valeur de l'avis de saint Pierre: "Ajoutez à votre foi la vertu, et à la vertu la connaissance". [Page 232]

CHAPITRE - 25 -

LE TROISIÈME CIEL (CINQUIÈME SOUS-PLAN)

La caractéristique principale de ce niveau peut être indiquée par l'expression: dévotion s'exprimant dans un travail actif. C'est le lieu de réalisation des projets qui n'ont pas été exécutés sur la terre, des organisations grandioses inspirées par la dévotion religieuse, et qui ont généralement pour objet quelque but philanthropique.

Toutefois, il ne faut pas oublier qu'à mesure que nous nous élevons dans notre étude de sous-plan en sous-plan, nous rencontrons une variété et une complexité de plus en plus grandes, de sorte que sur le cinquième sous-plan en particulier se trouvent un grand nombre de cas qui ne rentrent pas dans notre classification générale, ou bien y rentrent difficilement.

Un exemple typique est celui d'un homme profondément religieux qui était occupé à l'exécution d'un grand projet imaginé par lui-même, pour l'amélioration de la condition des classes pauvres. Le projet comportait une union des industries dans le but d'améliorer l'économie générale, d'augmenter les salaires, de construire des maisons, etc. Il espérait que cette démonstration du côté pratique du Christianisme amènerait un grand nombre d'autres personnes à sa propre foi, par gratitude inspirée par les bénéfices matériels reçus. Cet homme était légèrement au-dessus de la moyenne sur ce sous-plan.

Un cas semblable est celui d'un Prince Indien qui avait essayé de modeler sa vie terrestre sur l'exemple du divin Roi-Héros Rama. Sur terre beaucoup de ses projets avaient échoué, mais dans sa vie céleste tout réussissait, Rama lui-même lui donnait des conseils, dirigeant le travail, et recevant une adoration perpétuelle de tous ses fidèles sujets. [Page 233]

Un exemple curieux est celui d'une nonne qui avait appartenu à un ordre de serviteurs. Dans son ciel, elle était constamment occupée à nourrir ceux qui ont faim, soigner les malades, habiller et aider les pauvres, et chaque personne à qui elle rendait service prenait immédiatement l'apparence du Christ qu'elle adorait avec la plus grande ferveur.

 Un autre exemple remarquable est celui de deux soeurs en religion, l'une d'elles était paralysée et l'autre la soignait. Sur terre, elles avaient souvent discuté et projeté les oeuvres religieuses et philanthropiques qu'elles réaliseraient si elles en étaient capables. Dans le monde céleste, chacune d'elles était la figure principale du ciel de l'autre, la paralytique était guérie, et chacune d'elles se représentait au travail en compagnie de l'autre, en train de réaliser les projets restés stériles sur la terre. Dans ce cas, le seul changement apporté par la mort était l'élimination de la souffrance, et la facilité du travail autrefois impossible.

C'est sur ce plan que l'on trouve les types les plus élevés des missionnaires sincères et dévoués, engagés dans le vaste travail de conversion des multitudes à leur propre religion.

On y trouve aussi certaines personnes dévouées aux arts, soit pour le seul amour des arts, soit par amour pour la divinité à laquelle les arts sont voués, mais sans la moindre pensée d'effet produit sur les autres hommes.

Les artistes qui recherchaient dans les arts la gloire ou la fortune ne sont pas sur ce plan. D'autre part, ceux qui voient dans leurs facultés un grand pouvoir destiné à l'élévation spirituelle de leurs semblables, atteignent un ciel supérieur à celui que nous étudions maintenant.

Nous citerons encore comme exemple un musicien de tempérament profondément religieux, qui regardait son labeur d'amour comme une offrande au Christ, ne sachant rien des merveilleuses harmonies de sons et de couleurs que ses compositions produisaient sur le plan mental. Son enthousiasme n'était pas vain, car, sans le [Page 234] savoir, il apportait la joie et l’aide à bien des gens, et les résultats seront certainement une dévotion plus large et des facultés musicales plus développées à la prochaine incarnation. Mais sans l’aspiration à aider l’humanité, cette sorte de vie céleste pourrait se répéter presque indéfiniment.

L'étudiant remarquera que les trois ciels inférieurs, - ou les septième, sixième et cinquième sous-plans, - sont consacrés à l'expression de la dévotion à des personnalités, soit famille et amis, soit divinité personnelle, et non pas à l'expression de la dévotion plus large à l'humanité, qui, comme nous allons le voir, trouve son expression sur le sous-plan suivant. [Page 235]

CHAPITRE - 26 -

LE QUATRIÈME CIEL (QUATRIÈME SOUS-PLAN)

Le quatrième ciel, sur le quatrième sous-plan, est au plus élevé des niveaux inférieurs ou roupa. Ses activités sont si variées qu'il est difficile de les caractériser par un seul mot. Elles peuvent être classées en quatre catégories principales

1. Recherche désintéressée de la connaissance spirituelle.

2. Pensée scientifique ou philosophique élevée.

3. Facultés littéraires ou artistiques exercées d'une manière désintéressée.

4. Service pour l'amour du service.

Quelques exemples dans chaque catégorie faciliteront beaucoup la compréhension.

I. Recherche désintéressée de la connaissance spirituelle. - La plupart des personnes qui appartiennent à cette catégorie proviennent des religions où l'on reconnaît la nécessité d'acquérir la connaissance spirituelle. Ainsi parmi les Bouddhistes, on trouve à ce niveau ceux qui considéraient le Bouddha comme un instructeur plutôt que comme un objet d'adoration, et dont l'aspiration suprême était d'étudier sous sa direction.

Dans leur ciel, leur voeu est satisfait, car l'image-pensée qu'ils ont faite du Bouddha n'est pas une forme vide; à travers cette image brillent la merveilleuse sagesse, la puissance et l'amour du plus grand des instructeurs terrestres. Ils en obtiennent de nouvelles connaissances et des vues plus larges, dont l’effet sur leur prochaine vie sera très important. Ils ne se souviendront sans doute pas des choses ainsi apprises, mais quand ces choses leur seront présentées dans une vie future, ils en reconnaîtront [Page 236] immédiatement la vérité. De cet enseignement, l'égo retire une tendance forte à acquérir une vue plus large et plus philosophique sur tous les sujets.

L'effet d'une telle vie céleste est de hâter considérablement l'évolution de l'égo. D'où l'énorme avantage d'accepter l'aide de puissants instructeurs vivants.

Un résultat analogue à un degré inférieur est obtenu par l'homme qui a suivi les enseignements d'un grand écrivain spirituel, et qui a construit de celui-ci une figure idéale. L'égo de l'écrivain fait partie de la vie céleste de l'étudiant, et vivifie l'image formée par l'étudiant, ce qui lui permet de compléter et d'illuminer ses enseignements écrits.

Beaucoup d'Hindous se trouvent à ce niveau, ainsi que quelques-uns des Soufis et Parsis les plus avancés, et quelques Gnostiques. Mais à l'exception de quelques Soufis et Gnostiques, ni le Christianisme, ni l'Islamisme ne semblent élever leurs adeptes jusqu'à ce niveau. Quelques-uns seulement atteignent ce sous-plan grâce à la présence dans leur caractère de qualités qui ne dépendent pas des enseignements particuliers de leur religion.

On trouve aussi là des étudiants sérieux de l'occultisme qui ne sont pas encore assez avancés pour qu'on leur permette de renoncer au dévachan (voir chapitre 22). Ceci comprend les étudiants des écoles d'occultisme autres que celles que connaissent la plupart des membres de la Société Théosophique.

Un cas intéressant fut observé où une personne s'était abaissée à soupçonner d'une manière injustifiée son vieil ami et instructeur, se fermant ainsi dans une large mesure à l'influence supérieure et à l'enseignement dont elle aurait pu jouir dans la vie céleste. L'influence et l'enseignement ne lui étaient pas refusés, mais sa propre attitude mentale l'avait rendue partiellement incapable de les recevoir bien qu'elle fut absolument inconsciente de ce fait. Un océan d'amour, de puissance et de connaissance était à sa portée, mais son ingratitude avait paralysé son pouvoir d'y puiser. [Page 237]

II. Pensée scientifique ou philosophique élevée. -

Cette catégorie ne comprend pas les philosophes qui passent leur temps à "couper les cheveux en quatre", car cette forme de discussion a ses racines dans l'égoïsme et la malice, et elle ne facilite pas l'acquisition de la connaissance véritable des faits; elle ne produit aucun résultat qui puisse s'exprimer sur le plan mental.

Au contraire, à ce niveau se trouvent les penseurs nobles et désintéressés qui recherchent la connaissance uniquement dans le but d'éclairer et d'aider leurs compagnons.

Un exemple typique est celui d'un des derniers disciples du système Néo-Platonicien occupé à débrouiller les mystères de cette école de pensée, et s'efforçant de comprendre ses rapports avec la vie et l'évolution humaines.

Un autre cas est celui d'un astronome dont les études l'avaient conduit au Panthéisme. Il poursuivait ses études avec vénération, et recevait des enseignements de ces ordres de Dévas à travers lesquels sur ce plan, le majestueux mouvement cyclique des influences stellaires semble s'exprimer dans la vie éternelle d'une lumière éclatante. Il était ravi par la contemplation d'un vaste panorama de nébuleuses et de systèmes de mondes en formation, et s'efforçait de se faire une idée de la forme de l'univers. Ses pensées l'entouraient, semblables à des étoiles, et il écoutait avec joie le rythme majestueux de la musique des sphères.

Les savants qui sont comme cet astronome retourneront sur la terre avec des intuitions géniales des voies mystérieuses de la nature.

III. Facultés littéraires ou artistiques exercées d'une manière désintéressée. - C'est à ce niveau que l'on trouve nos plus grands musiciens. Mozart, Bach, Beethoven, Wagner et d'autres remplissent encore le monde céleste d'harmonies beaucoup plus belles que celles qu'ils étaient capables de produire sur la terre. Des flots de musique divine leur arrivent des régions supérieures et [Page 238] sont spécialisés par eux, puis répandus sur tout le plan, augmentant ainsi la félicité générale. A la fois ceux qui fonctionnent consciemment sur ce plan, et les entités désincarnées à ce niveau enveloppées dans leurs nuages de pensées, sont profondément affectés par l'influence supérieure de cette musique.

Les peintres et sculpteurs font au moyen de leur pensée des élémentals artificiels de toutes sortes de formes magnifiques qu'ils projettent ensuite pour la plus grande joie et l'encouragement de leurs compagnons.

Ces belles conceptions peuvent être saisies par les esprits d'artistes encore dans leurs corps physiques. Ce sont leurs inspirations.

 Une figure intéressante remarquée à ce niveau est celle d'un choriste mort jeune. Il avait peu de qualités en dehors du don du chant, mais il en avait usé dignement, s'efforçant d'être la voix du peuple vers le ciel, et du ciel vers le peuple, désirant toujours connaître davantage la musique, et l'exprimer plus parfaitement, pour l'amour de l'église. Dans sa vie céleste, son voeu portait ses fruits, et au-dessus de lui se penchait l'étrange figure anguleuse d'une sainte Cécile formée par sa pensée d'une image de vitrail. Cette forme-pensée était vivifiée par l'un des archanges de la hiérarchie céleste du chant, qui, à travers cette forme, enseignait au choriste une musique beaucoup plus belle que tout ce qu'il avait connu sur la terre.

Un autre exemple remarquable est celui d'un homme qui, sur la terre, avait refusé d'utiliser ses facultés littéraires simplement pour gagner sa vie, et avait écrit un livre que personne ne devait lire. Il était resté seul pendant toute sa vie, et était mort dans la misère. Dans sa vie céleste il était encore seul, mais il voyait avec netteté l'Utopie dont il avait rêvé, et les multitudes impersonnelles innombrables qu'il avait souhaité servir. Sentir leur joie était pour lui une félicité incomparable dans sa solitude.

IV. Service pour l'amour du service. - On trouve à ce [Page 239] niveau beaucoup de gens qui ont rendu service pour l'amour du service plutôt que pour plaire à une divinité particulière. Ils sont occupés à préparer, avec une pleine connaissance et une sagesse parfaite, de vastes plans d'amélioration du monde, et en même temps ils mûrissent en eux-mêmes les facultés qui leur permettront de mettre ces plans à exécution sur le plan inférieur de la vie physique. [Page 240]

CHAPITRE - 27 -

LE PLAN MENTAL

La fonction propre de la matière mentale est de vibrer en réponse à l'Esprit lorsque celui-ci s'exprime sous l'aspect intellectuel, de même que la matière astrale joue un rôle analogue en ce qui concerne le désir et l'émotion, et de même que la matière bouddhique répond à l'Esprit lorsqu'il s'exprime sous l'aspect Intuition. C'est pourquoi le plan mental est cette partie, ou cet aspect de la nature, qui appartient à la conscience s'exprimant par la pensée; non pas au mental qui travaille à travers le cerveau physique, mais au mental qui travaille dans son propre monde, débarrassé de la matière physique.

Les cinq plans inférieurs de la matière correspondent aux cinq "Éléments" des anciens comme suit:

 

PLAN OU MONDES
ÉLÉMENTS DES ANCIENS
SANSCRIT
FRANÇAIS
SANSCRIT
FRANÇAIS
       
Atma Volonté Akasa Aether
Bouddhi Intuition Vâyu Air
Manas Mental Tejas ou Agni Feu
Kama Sensation Apas ou Jala Eau
Sthula Vie Physique Prithivi Terre

Dans certains livres Hindous, on trouve une autre classification dans laquelle le mental est rangé parmi les éléments. Les Hindous ont une manière spéciale de regarder les choses, d'un point de vue très élevé, souvent, en apparence, du point de vue de la Monade, pour qui le mental n'est qu'un instrument de conscience. Ainsi, dans le septième chapitre de la Gita, Shri Krishna dit : "Terre, [Page 241] eau, feu, air, aether, manas, bouddhi et ahamkara, telles sont les huit divisions de ma manifestation (prakriti)".

Un peu plus loin, il parle de ces huit parties comme de ses "manifestations inférieures".

Le monde mental est le monde de l'homme véritable, le mot anglais man (homme) dérivant du sanscrit man qui est la racine du verbe penser; ainsi man (homme) signifie penseur; l'homme est donc nommé par son attribut le plus caractéristique, l'intelligence.

Le monde mental est notre patrie, le royaume auquel nous appartenons réellement, car notre atmosphère natale est celle des idées et non celle des phénomènes physiques.

Lorsque l'homme, le Penseur, s'incarne dans le véhicule physique qui a été construit pour lui, l'animal stupide devient l'être pensant grâce à la vertu de Manas qui l'habite désormais. L'homme revêt une "enveloppe de chair" lorsqu'il tombe dans la matière physique, pour pouvoir manger à l'arbre de la connaissance et ainsi devenir un "Dieu". C'est pourquoi l'homme est l'intermédiaire entre le Divin et l'animal.

Le monde mental offre un intérêt particulier d'une part parce que l'homme au mental développé y passe la majeure partie de son temps, ne faisant que de courtes apparitions dans le monde physique, et d'autre part parce que le monde mental est le lieu de rencontre de la conscience inférieure et de la conscience supérieure.

Le mot anglais "mind" qui est traduit en français tantôt par le mot "mental", tantôt pas le mot "esprit", représente à la fois la conscience intellectuelle elle-même, et les effets produits sur le cerveau physique par cette conscience. Mais en occultisme, il est nécessaire de concevoir la conscience intellectuelle comme une entité individuelle, un être dont la vie est constituée par les vibrations de la pensée, pensée exprimée non pas en mots physiques, mais en images.

L'homme véritable est Manas, le Penseur, en activité sur les sous-plans supérieurs du monde mental (monde causal). [Page 242] La matière physique du cerveau et du système nerveux ne peut produire qu'une très faible partie des vibrations mises en jeu par le Penseur dans son propre monde, et encore cette reproduction est-elle très imparfaite.

Les cerveaux très réceptifs réagissent jusqu'au point que nous appelons grosse puissance intellectuelle; les cerveaux exceptionnellement peu réceptifs réagissent jusqu'au point que nous appelons idiotie; les cerveaux exceptionnellement réceptifs réagissent jusqu'au point que nous appelons génie. Ce que nous appelons puissance intellectuelle est ainsi le degré de sensibilité du cerveau aux ondes-pensées du Penseur.

La conscience au travail dans le cerveau est illuminée d'en haut, par des idées qui ne sont pas fabriquées au moyen des matériaux fournis par le monde physique, mais qui sont des reflets dans ce monde du Mental Universel (voir plus loin). Les "principes de la pensée" régissent toute pensée, et le fait de penser révèle leur préexistence ; on ne pense que par eux, toute pensée est impossible sans eux.

D'un point de vue encore plus élevé, le plan mental peut être décrit comme un reflet du Mental Universel dans la nature, le plan qui, dans notre petit système, correspond au Grand Mental du Cosmos. Ce Grand Mental est Mahat, le Troisième Logos, ou la Divine Intelligence Créatrice, le Brahma des Hindous, le Mandjusri des Bouddhistes du Nord, le Saint-Esprit des Chrétiens.

Le Mental Universel est ce en quoi tout existe à l'état d'archétype, c'est la source de tous les êtres, la fontaine d'où jaillissent les énergies formatrices, le magasin où sont conservées toutes les formes archétypes qui doivent être élaborées au moyen de matière inférieure au cours de l'évolution de l'univers. Et ces formes sont les fruits des univers passés qui servent de semences pour le développement de l'univers actuel.

C'est dans la partie supérieure du plan mental qu'existent [Page 243] les idées archétypes qui sont maintenant en cours d'évolution concrète. Dans les régions inférieures du plan mental, ces idées sont élaborées successivement en formes destinées à être reproduites dans les mondes astral et physique.

Un exemple de ces idées archétypes est celui des petits élémentals artificiels que l'on peut voir quelquefois autour d'une plante ou d'une fleur pendant que les bourgeons se forment. Ce sont des formes-pensées des grands dévas qui président à l'évolution du règne végétal elles sont créées pour exécuter leurs idées au sujet des plantes et des fleurs. Un tel élémental prend généralement la forme d'un modèle éthérique de la fleur elle-même, ou bien d'une petite créature qui construit graduellement la fleur suivant la forme et la couleur auxquelles le déva a pensé. Lorsque le travail est terminé, la force de l'élémental est épuisée, et la matière dont il est fait retourne au grand réservoir de matière.

Il est important de ne pas confondre ces élémentals artificiels avec les esprits de la nature que l'on voit souvent jouer parmi les fleurs. (Voir Le Corps astral, chapitre 20)

Avant que le Manou d'une Chaîne ou d'une Ronde commence l’oeuvre à laquelle Il est destiné, Il examine la partie de la majestueuse forme-pensée du Logos qui se rapporte à Son travail, et Il l'amène à un niveau où il est commode de s'y référer. La même chose est faite à un niveau inférieur par le Manou de chaque Période Mondiale, et par le Manou de chaque Race-Racine. Chaque Manou construit alors aussi exactement qu'Il peut suivant le modèle dont Il dispose, approchant graduellement de la perfection exigée, les premiers efforts pour la formation d'une race, par exemple, étant souvent suivis d'une réussite partielle seulement.

Au commencement de la Ronde actuelle (la quatrième), tous les archétypes de l'humanité furent manifestés, y compris ceux des races qui ne sont pas encore nées. En examinant ces archétypes, il est possible de voir ce que [Page 244] seront les hommes de l'avenir. Ils auront des véhicules plus près de la perfection que les nôtres sous tous les rapports; ils seront beaucoup plus beaux, et exprimeront dans leurs formes les forces spirituelles.

C'est sur le globe "A" de la Quatrième Ronde que l'esprit humain commença à exister d'une manière définie sur le plan mental inférieur, et c'est pourquoi nous pouvons dire que l'homme commença à penser réellement à la Quatrième Ronde. Le résultat immédiat ne fut pas bon. Dans les Rondes précédentes, l'homme n'était pas assez développé pour produire des formes-pensées en quantité appréciable, de sorte que l'essence élémentale des globes était affectée uniquement par les pensées des dévas qui laissaient toutes choses en harmonie et en paix. Mais quand l'homme commença à répandre ses pensées égoïstes et discordantes, cette harmonie fut rapidement troublée. Le désordre et l'inquiétude firent leur apparition; le règne animal se sépara de l'homme et commença à le craindre et à le haïr.

Sur le globe "A" se trouvaient aussi les âmes-groupes des animaux, végétaux et minéraux. Il est évidemment difficile pour nous de concevoir ce que peut être un minéral sur le plan mental; cela correspond à notre pensée d'un minéral, mais les formes-pensées dont il s'agit sont celles du Manou, et elles sont créées par un pouvoir hors de proportion avec celui de notre mental.

Comme nous l'avons vu au chapitre 2, au cours normal de l'évolution, la présente Ronde, la quatrième, était destinée principalement au développement des émotions ; la suivante, la cinquième, étant destinée au progrès intellectuel. Nous sommes beaucoup en avance sur ce programme, et cette avance est due entièrement à ces Êtres augustes appelés tantôt Seigneurs de la Flamme, Fils du Brouillard de Feu, Seigneurs de Vénus, qui vinrent de la planète Vénus.

La plupart d'entre eux ne restèrent avec nous que pendant cette période critique de notre histoire; quelques-uns sont restés pour remplir les fonctions les plus [Page 245] élevées dans la Grande Fraternité Blanche jusqu'à ce que les hommes de notre propre évolution soient capables de les remplacer.

Comme nous l'avons expliqué aux chapitres 7 et 8, les matériaux du plan mental sont capables de se combiner sous l'impulsion des vibrations de la pensée pour donner naissance à toutes les combinaisons que la pensée peut construire. De même que le fer peut servir à faire une bêche ou un sabre, la matière mentale peut être moulée en formes-pensées susceptibles d'aider ou de nuire. Dans cette région, la pensée et l'action ne sont qu'une seule chose; la matière est le serviteur obéissant de la vie et s'adapte à toute impulsion créatrice.

Le plan mental étant essentiellement celui de la pensée, est beaucoup plus près de la réalité que tous les plans inférieurs, car sur ceux-ci ce que les choses matérielles possèdent de réalité est caché par la matière.

La totalité de notre système solaire étant une manifestation du Logos, chaque particule du système est un fragment de Ses véhicules. La totalité de la matière mentale du système constitue Son corps mental.

Ceci comprend, bien entendu, en plus de la matière mentale qui appartient aux planètes physiques, celle qui appartient aux planètes astrales, et aussi les planètes purement mentales appelées A et G dans notre chaîne de mondes.

Notons en passant que l'homme du globe "A" de la Première Ronde peut à peine être appelé un homme. Il est une pensée; il est ce qui un jour deviendra un corps mental, le germe d'un corps mental, et par rapport à ce qu'il peut devenir, il est comme l'embryon du premier mois par rapport au corps humain adulte. A cette époque lointaine, l'homme a infiniment peu de conscience.

La matière composant le corps mental du Logos solaire sert à former les corps mentals des sept Logoï planétaires qui sont des centres de force intérieurs au Logos solaire.

Dans le corps mental d'un homme se trouvent des [Page 246] particules appartenant aux sept Logoï planétaires; les proportions varient énormément, et ce sont ces proportions qui déterminent le "type" de chaque personne. Certains changements psychiques se produisent périodiquement dans les sept Logoï planétaires; ces changements affectent nécessairement les corps mentals de tous les hommes. Le degré suivant lequel un homme est affecté dépend de la proportion de matière appartenant au Logos en question, qu'il possède. D'où l'importance des mouvements de ces Esprits Planétaires pour l'homme, et le fondement rationnel de la science astrologique.

Les influences dont nous venons de parler affectent entre autres choses l'essence élémentale qui est très active dans les corps astral et mental de l'homme (voir chapitre 2). C'est pourquoi toute excitation inusitée d'un certain type d'essence affecte dans une certaine mesure les émotions de l'homme ou son mental, ou les deux, suivant la quantité d'essence du type en question qu'il possède dans ses véhicules. De telles influences ne sont ni meilleures ni pires que toute autre force naturelle; elles peuvent être bienfaisantes ou nuisibles suivant l'usage que nous en faisons.

Il est essentiel de bien comprendre que: quelle que soit la pression exercée par ces influences, elles ne peuvent pas dominer la volonté de l'homme, même partiellement. Le plus qu'elles puissent faire est, dans certains cas, de faciliter ou de rendre plus difficile l'action de la volonté dans une certaine direction. Un homme à la volonté de fer, ou un étudiant de l'occultisme, peuvent négliger ces influences; pour les personnes dont la volonté est faible, il est quelquefois bon de savoir à quel moment telle ou telle force peut être avantageusement mise en jeu. "Le sage gouverne son étoile; le fou lui obéit".

Chaque globe physique a son plan physique, son plan astral et son plan mental qui s'interpénètrent tous les trois et occupent le même espace; mais les plans astral [Page 247] et mental d'une planète ne communiquent pas avec les plans correspondants des autres planètes. C'est seulement au niveau bouddhique et au delà qu'il existe un état commun à toutes les planètes de notre chaîne.

Cependant il existe un état de la matière atomique sur chacun de ces plans, que l'on peut considérer comme cosmique. Les sept sous-plans atomiques de notre système peuvent être considérés comme formant le plan cosmique le plus bas, quelquefois appelé plan cosmique prakritique. Notre plan mental est ainsi la troisième subdivision du plan cosmique le plus bas.

D'un autre point de vue, la partie atomique de notre plan mental est le sous-plan le plus bas du corps mental du Logos Planétaire.

Le plan astral de la terre s'étend jusqu'à une distance un peu inférieure à la distance moyenne de la lune (cette distance étant d'environ 385.000 kilomètres). Le plan mental s'étend beaucoup plus loin. Il est par rapport au plan astral ce que celui-ci est par rapport au globe physique de la terre.

Seules les particules de matière atomique des plans astral et mental qui sont entièrement libres, sont homologues aux particules de l'éther interplanétaire (qui sont des atomes physiques ultimes dans leur état normal, libres de toute pression). Par suite, une personne ne peut pas plus passer d'une planète à l'autre dans son corps astral ou dans son corps mental que dans son corps physique. Ce passage est possible dans le corps causal lorsque celui-ci est très développé; mais ce passage ne devient facile et rapide qu'au moyen du corps bouddhique.

De plus, la vue détaillée des autres planètes n'est pas possible par clairvoyance mentale ou astrale. Mais certains renseignements peuvent être obtenus au moyen d'une méthode de grossissement qui a été décrite au chapitre 14.

La matière des plans inférieurs n'est jamais transportée d'une planète à l'autre. Lorsque par exemple nous [Page 248] quitterons la terre pour nous incarner sur Mercure, seuls les égos seront transportés. Ils s'envelopperont alors de matière mentale et astrale appartenant à leur nouvelle planète et les corps physiques leur seront fournis par ceux qui nous précèdent sur Mercure.

La matière du plan mental existe en sept variétés qui se distinguent par leur degré de finesse de même que la matière astrale et la matière physique. Faute de mots spéciaux, nous pouvons provisoirement nous servir des mots utilisés par la matière physique, c'est-à-dire : solide, liquide, gazeux, etc. La subdivision la plus élevée ou la plus fine se compose des atomes mentaux ultimes.

Un atome mental ultime contient 494 ou 5.764.801 "bulles de koïlon".

Les trois sortes les plus fines de matière mentale sont appelées aroupa, ou sans forme; les quatre sortes les plus grossières sont appelées roupa, ou ayant forme. Cette distinction réelle correspond aux divisions de l'esprit humain. Aux niveaux roupa, les vibrations de conscience donnent naissance à des images, et toute pensée apparaît comme une forme vivante; aux niveaux aroupa, la conscience semble produire des éclairs ou des courants d'énergie vivante qui ne se moulent pas en images distinctes tant qu'ils restent à leur propre niveau, mais qui, lorsqu'ils descendent sur les sous-plans mentaux inférieurs créent une variété de formes possédant toutes un trait commun. En d'autres termes, les niveaux aroupa expriment les pensées abstraites, idées générales, principes, et les niveaux roupa expriment les pensées concrètes et idées de détail.

Les mots étant surtout des symboles d'images et appartenant aux opérations du mental inférieur dans le cerveau, il en résulte qu'il est presque impossible, sinon totalement impossible de décrire en mots les opérations de la pensée abstraite. Car les niveaux aroupa se rapportent à l'intelligence pure qui n'opère pas dans les limites étroites du langage.

Une autre distinction importante entre les niveaux [Page 249] roupa et aroupa est la suivante: aux niveaux roupa, l'homme vit dans ses propres pensées, et s'identifie avec la personnalité de la vie qu'il vient de quitter. Aux niveaux aroupa, il est l'égo qui s'incarne et qui, s'il est suffisamment développé, comprend, dans une certaine mesure, l'évolution dans laquelle il est engagé, et le travail qu'il a à faire.

 La matière mentale est tellement plus fine que la matière astrale et la matière physique, que les forces de vie sur le plan mental sont beaucoup plus actives que sur les deux plans inférieurs. La matière mentale est en mouvement incessant, prenant forme sous l'impulsion de tout frémissement de vie, et s'adaptant facilement à toute variation de mouvement. Par rapport à elle, la matière astrale semble inerte et terne. Les vibrations de la matière mentale sont par rapport à celles de la matière physique beaucoup plus rapides que les vibrations de la lumière par rapport à celles du son.

Nous pouvons dire que la matière mentale se meut avec la pensée; la matière astrale suit la pensée de si près que l'observateur peut à peine distinguer la différence. La matière éthérique obéit à la pensée beaucoup plus difficilement que la matière astrale.

De même que chaque particule d'éther physique flotte dans un océan de matière astrale, chaque particule astrale flotte dans un océan de matière mentale.

Malgré l'idée très répandue d'après laquelle il serait plus difficile d'agir sur les plans mental et astral que sur le plan physique, c'est le contraire qui est vrai. Car la finesse de la matière mentale et la rapidité avec laquelle elle répond à toute impulsion mentale, font qu'elle est beaucoup plus facile à mouvoir et à diriger par l'action de la volonté, que la matière physique ou astrale.

Dans La Voix du Silence, il est question de trois salles: la Salle de l'Ignorance, la Salle d'Apprentissage, la Salle de Sagesse. Il semble bien que la Salle d'Ignorance soit le plan physique, celle d'Apprentissage les plans astral [Page 250] et mental inférieur, celle de Sagesse les plans mental supérieur et bouddhique.

Aux quatre niveaux inférieurs du plan mental l'illusion est encore possible dans une certaine mesure, mais beaucoup moins pour l'homme qui est capable d'y fonctionner en pleine conscience durant la vie physique que pour l'homme non développé qui y séjourne après sa mort comme nous l'avons vu dans les chapitres sur le Dévachan.

Le plan mental inférieur est donc encore une région de personnalité et d'erreur; là, comme dans le monde astral, un serpent se cache sous chaque fleur; car si les désirs insensés de la personnalité infestent le monde astral, l'orgueil et les préjugés habitent encore le monde mental inférieur.

Sur le plan mental. supérieur, bien que l'égo ne sache pas toutes choses, du moins, ce qu'il connaît, il le connaît exactement. Mais nous ne traiterons pas de la vie du corps causal dans ce volume.

Une autre différence essentielle entre les plans mental inférieur et mental supérieur: Sur le plan mental inférieur, la matière est prédominante; c'est la première chose qui frappe le regard, et la conscience brille à peine à travers les formes. Mais sur les plans supérieurs, la vie est la chose principale, et les formes ne sont là que pour elle. La difficulté sur les plans inférieurs est d'exprimer la vie dans les formes; sur les plans supérieurs, c'est le contraire, la difficulté est de contenir le courant de vie et de lui donner forme. C'est seulement au-dessus de la ligne qui sépare les régions inférieure et supérieure du plan mental que la lumière de la conscience n'est obscurcie par aucun nuage et brille avec toute sa puissance. C'est pourquoi à la conscience des niveaux supérieurs s'adapte le symbole du feu spirituel, tandis qu'aux niveaux inférieurs s'adapte le symbole du feu consumant un combustible.

Dans le cas du plan astral, il n'est pas possible de décrire l'apparence de l'ambiance, mais cela est possible [Page 251] pour le plan mental, car sur ce plan il n'y a pas d'autre décor que ceux qui ont été créés par les pensées des différentes personnes. Bien entendu, il y a sur le plan mental des entités souvent fort belles, mais nous ne les comprenons pas dans le terme décor.

Pour décrire les conditions de vie du plan mental au moyen de mots, il est commode de dire que tous les décors possibles y existent. Toute beauté concevable y est avec un éclat et une perfection qui dépassent l'imagination. Cependant, de la splendeur de cette réalité vivante, chaque homme ne voit que ce que son développement lui permet de percevoir.

On a dit souvent qu'il est impossible de décrire la différence entre les sous-plans du monde mental parce que l'écrivain épuise sa provision d'adjectifs en décrivant le sous-plan le plus bas, et qu'il ne lui reste plus rien pour les sous-plans supérieurs. Tout ce qui peut être dit est ceci: à mesure que l'on monte, la matière devient plus fine, les harmonies plus pleines, la lumière plus vivante et plus transparente. Les sons contiennent de plus en plus d'harmoniques, les couleurs, des nuances de plus en plus délicates et plus nombreuses, et de nouvelles couleurs apparaissent. La lumière d'un sous-plan semble être l'obscurité par rapport au sous-plan immédiatement supérieur.

Sur le sous-plan le plus élevé, la matière est animée et vivifiée par une énergie qui provient des régions supérieures, du plan bouddhique. A mesure que nous descendons sur les différents sous-plans, la matière de chacun d'eux devient l'énergie du sous-plan immédiatement inférieur; ou, plus exactement, l'énergie originale, plus la matière des sous-plans supérieurs devient l'énergie qui anime le sous-plan inférieur. Ainsi, sur le septième sous-plan, le plus bas, l'énergie originale est voilée six fois, c'est pourquoi elle est relativement peu active.

La première impression de l'homme qui pénètre sur le plan mental en pleine conscience est a peu près celle [Page 252] que nous avons décrite au chapitre 20 pour l'homme qui s'éveille en dévachan après la mort astrale. Il éprouve une félicité intense, une vitalité indescriptible, une puissance énormément accrue, et la confiance parfaite qui en résulte. Il se trouve tout à coup au milieu de ce qui lui semble un univers de lumière, de couleur et de son. Il croit flotter dans un océan de lumière vivante, environné de toutes les variétés possibles de beautés par la couleur et par la forme, tout cela se modifiant avec chaque onde pensée qui part de son mental, tout cela n'étant, comme il va bientôt s'en apercevoir, que l'expression de sa pensée dans la matière et dans l'essence élémentale du plan. Les pensées concrètes prennent la forme de leurs objets ; les idées abstraites s'expriment généralement au moyen de toutes sortes de formes géométriques parfaites. Bien des pensées qui sur le plan physique ne nous paraissent être que de simples abstractions sont sur le plan mental des faits concrets.

La sensation de liberté est si grande sur le plan mental que, par comparaison, la vie astrale ressemble à un esclavage.

Tout homme qui désire s'abstraire de son ambiance sur le plan mental et penser en toute tranquillité, peut vivre dans un monde de sa création sans la moindre interruption; de plus il a l'avantage immense de voir toutes ses idées et leurs conséquences totalement exprimées devant ses yeux comme un panorama.

S'il désire observer le plan sur lequel il se trouve, il doit suspendre avec soin sa propre pensée pour ne pas influencer la matière extrêmement sensible qui l'entoure. (Voir chapitre 14)

Lorsque l'homme a atteint cet état dans lequel il cesse d'être un centre de radiation de lumière, son, couleur et forme, l'ambiance n'a pas cessé d'exister: au contraire, ses harmonies et son éclat sont plus grandioses qu'avant. L'homme commence alors à percevoir le langage de couleurs des dévas, l'expression de la pensée ou des entretiens d'êtres très supérieurs à lui-même dans l'évolution. [Page 253] Après quelques essais, il s'aperçoit qu'il est lui-même capable d'utiliser ce mode d'expression, et, par suite, de s'entretenir avec ces entités non-humaines supérieures, de qui il peut apprendre beaucoup. Nous en donnerons une description dans un chapitre suivant. Pour comprendre l'existence de ce langage de couleurs, l'étudiant se souviendra que la forme-pensée, composée de particules de matière mentale en vibration rapide, met en jeu des vibrations tout autour d'elle-même; ces vibrations donnent naissance à des sensations de son et de couleur chez toutes les entités aptes à les percevoir.

Il est possible au visiteur du plan mental de former autour de lui une coque à travers laquelle aucune pensée ne peut pénétrer. Alors, maintenant son esprit en repos, il peut examiner ce qui se passe à l'intérieur de la coque.

Il est ainsi capable de percevoir un nouveau genre de pulsations que les autres phénomènes plus artificiels lui avaient caché jusqu'à ce moment. Ces pulsations sont universelles, et ne peuvent pas être arrêtées ni détournées de leur cours normal par une coque faite au moyen des facultés humaines. Elles ne produisent ni couleur ni forme, mais imprègnent avec une régularité toute puissante la totalité de la matière du plan, de l'intérieur vers l'extérieur et inversement, comme les exhalations et inhalations d'une respiration majestueuse.

Il y a différentes sortes de ces pulsations, facilement distinguables les unes des autres par le volume, la fréquence des vibrations et la nature de l'harmonie qu'elles produisent. Plus grande que toutes ces pulsations, une onde majestueuse semble provenir du coeur même du système - une onde qui, jaillissant de sources inconnues situées sur les plans supérieurs, répand sa vie à travers notre monde, puis revient avec toute sa puissance à son origine. Elle arrive sur une immense trajectoire ondulée, et le son qu'elle produit est comme le murmure de la mer. En elle et à travers elle résonne l'écho d'un chant de triomphe, la véritable musique des sphères. [Page 254]

L'homme qui a entendu une fois ce merveilleux chant de la nature n'en perd jamais totalement la conscience. Même dans le monde physique, si triste par comparaison, il l'entend toujours comme en sourdine.

Si l'homme a atteint un certain degré de développement spirituel, il lui est possible d'immerger sa conscience dans cette vague puissante, et de se laisser emporter par elle jusqu'à sa source. Mais une telle expérience est très imprudente, à moins que le Maître se tienne à ses côtés pour le ramener en arrière au bon moment. Car la force irrésistible peut l'emporter sur des plans supérieurs où l'égo n'est pas capable de se tenir. Il y perd conscience, et qui sait quand et où il pourra reprendre conscience.

Atteindre cette unité est le but de l'évolution humaine, mais l'homme doit y arriver en pleine conscience, et non pas étourdi dans un état voisin de l'annihilation.

Sur le plan mental, l'homme peut faire le tour du monde avec la vitesse de la pensée; il se trouve de l'autre côté de la terre à l'instant même où il formule le souhait de s'y trouver, car la réponse de la matière mentale à la pensée est immédiate, et la volonté la maîtrise parfaitement.

Sur le plan mental, il n'y a pas de nuit; rien de semblable au sommeil sauf pour ceux qui y pénètrent pour la première fois ou le quittent à la fin du dévachan.

Le monde physique a trois dimensions, le monde astral quatre et le monde mental cinq. Mais comme nous l'avons dit dans Le Corps astral, il est probablement plus exact de dire que sur chaque plan la conscience est capable d'apprécier le monde dans lequel elle fonctionne au moyen du nombre de dimensions que nous venons d'indiquer.

Les trois formes connues d'énergie ont leurs manifestations appropriées sur chaque plan. Ainsi, Fohat, Prana et Koundalini existent sur le plan mental, mais on sait peu de choses actuellement sur le travail de ces forces.

Un homme en pleine conscience sur le plan mental [Page 255] voit évidemment la totalité de l'humanité, sauf ceux qui vivent uniquement dans leurs corps causals, car tout être humain qui vit dans le monde astral ou dans le monde physique possède nécessairement un corps mental. Toutefois ceux qui sont confinés dans leurs propres coques de pensées ne peuvent guère constituer des compagnons, comme nous l'avons expliqué dans les chapitres sur le Dévachan.

Entre ceux qui sont pleinement conscients sur le plan mental il peut exister une union beaucoup plus intime que sur les plans inférieurs. L'homme ne peut en tromper aucun autre, car les opérations de la pensée sont visibles à tous. Les opinions et les impressions peuvent être échangées, non seulement avec la rapidité de la pensée, mais aussi avec une exactitude parfaite, car chacun reçoit exactement l'idée de son interlocuteur telle qu'elle est, sans avoir l'obligation de la découvrir au milieu du puzzle des mots.

L'étudiant se souviendra que sur le plan astral, les différences de langage constituent encore des obstacles aux communications; car les pensées doivent être formulées en mots pour être communiquées à une autre entité du plan astral. Sur le plan mental, les hommes communiquent directement par transfert de la pensée, quels que soient les langages connus.

L'espace n'est pas non plus un obstacle, car l'homme peut se mettre en rapport avec un autre homme simplement en dirigeant son attention vers lui. Les seuls obstacles entre hommes sur le plan mental sont ceux que crée la différence d'évolution. Les moins évolués ne peuvent connaître des plus évolués que ce qu'ils sont capables d'apprécier. De plus, cette limitation ne peut être sentie que par le plus évolué, car l'autre perçoit tout ce qu'il est capable de percevoir.

Pour trouver sur le plan mental un homme vivant ou mort, la méthode est la suivante: Pour chacun des véhicules de l'homme il existe un accord particulier, qui est une sorte de combinaison des forces et qualités de [Page 256] l'homme sur le plan en question. On n'a encore jamais trouvé deux personnes dont les accords soient identiques à tous les niveaux, éthérique, astral, mental, causal.

La combinaison des accords ci-dessus forme l'accord caractéristique de l'homme, et, qu'il soit éveillé ou endormi, vivant ou mort, son accord est toujours le même et peut toujours servir à le trouver.

Si l'homme est dans le monde céleste supérieur, le monde causal, il a toujours son accord, car les atomes permanents suffisent à le déterminer.

Le voyant entraîné qui est capable de sentir cet accord, accorde pour un instant ses propres véhicules sur les parties constitutives de l'accord de l'homme cherché, puis, par un effort de la volonté, il fait résonner cet accord. Où que soit l'homme dans l'un des trois mondes, il répond instantanément. Son corps causal s'allume comme une grande flamme que perçoit le voyant, et un lien magnétique s'établit.

Le voyant peut utiliser ce lien comme une sorte de télescope ou, s'il le préfère, il peut projeter sa conscience le long de ce lien, avec la vitesse de la lumière, et pour ainsi dire regarder par l'autre extrémité.

L'accord de l'homme est son véritable nom occulte. Ceci est probablement l'origine de la croyance répandue chez certaines peuplades sauvages, d'après laquelle le véritable nom de l'homme doit être caché, sans quoi l'homme peut devenir la proie des magiciens.

Il est dit qu'à chaque Initiation le véritable nom de l'homme est changé; c'est parce que chaque Initiation est la reconnaissance officielle d'un progrès accompli par l'homme, progrès tel que son accord a pour ainsi dire changé de mode, et qu'il résonne maintenant d'une nouvelle manière.

Ce nom de l'homme ne doit pas être confondu avec le nom de l'Augoeïdes (voir plus loin) qui est l'accord des trois principes de l'Égo produit par les vibrations des atomes atmique, bouddhique et manasique avec la monade derrière eux. [Page 257]

L'accord n'est ni vu ni entendu; il est le résultat d'une perception complexe nécessitant pratiquement l'activité simultanée de la conscience dans le corps causal et les véhicules inférieurs.

Chaque homme prononce son propre nom véritable. De même qu'il a son odeur matérielle au moyen de laquelle un chien peut suivre sa trace, il a aussi sa note spirituelle. Ceux qui peuvent l'entendre savent où il se trouve sur les degrés de l'évolution, ce qu'il peut accomplir et ce qu'il est incapable d'accomplir. Les Francs-Maçons reconnaîtront cet accord dans le "choc" de l'homme, fait avec le t... du moi intérieur, et qui ouvre la voie vers la véritable Loge.

 L'Augoeïdes, l'homme glorifié, est le nom quelquefois donné aux trois principes supérieurs de l'homme, Atma-Bouddhi-Manas qui constituent l'égo dans le corps causal. Ceci bien entendu n'est pas l'image d'un des véhicules passés de l'homme, mais ceci contient l'essence de tout ce qu'il y avait de mieux dans chacun d'eux. C'est un corps qui indique avec plus ou moins de perfection suivant son développement, ce que la Divinité prévoit de l'homme futur.

Dans ce véhicule, au niveau causal, il est possible de voir non seulement le passé de l'homme, mais aussi dans une très large mesure, l'avenir qui s'étend devant lui. [Page 258]  

 

CHAPITRE - 28 -

LES ANNALES AKASIQUES

Une description du plan mental serait incomplète si l'on n'y faisait pas figurer les "annales akasiques". Elles constituent la seule histoire exacte du monde, et elles sont souvent désignées par les expressions: mémoire de la nature, véritables annales karmiques, livre des Lipikas.

Le mot akasique n'est pas très exact, car si les annales sont lues dans l’akâsa, ou matière du plan mental, elles n'appartiennent pas en réalité à ce plan. Un mot encore moins exact était utilisé autrefois: annales de la lumière astrale. Elles sont en réalité bien au delà du plan astral, et quelques fragments seulement sont perceptibles sur le plan astral, comme nous allons le voir au cours de notre étude.

Le mot akasique peut être conservé parce que c'est sur le plan mental que l'on vient pour la première fois en contact avec les annales, et que l'on peut les utiliser pour un travail défini.

L'étudiant sait maintenant qu'au cours de l'évolution de l'homme, son corps causal, qui détermine les limites de son aura, s'agrandit et acquiert une luminosité de plus en plus grande avec des couleurs de plus en plus pures. A un niveau beaucoup plus élevé, nous pouvons concevoir le Logos Solaire comme comprenant en Lui-même la totalité de notre système solaire. Toute ce qui arrive dans notre système fait donc partie de la conscience du Logos. Les véritables annales sont Sa mémoire.

De plus, il est clair que cette mémoire doit être très au-dessus de tout ce que nous connaissons. Par suite, sur quelque plan que nous la lisions, il s'agit toujours d'un reflet de la grande mémoire originale. [Page 259]

Nous connaissons actuellement l'existence de ces annales sur les plans bouddhique, mental et astral. Nous allons les décrire en commençant par le plan astral.

Sur le plan astral, le reflet est essentiellement imparfait. Tout ce que l'on peut voir à ce niveau est fragmentaire, et souvent très déformé. L'eau est souvent employée comme symbole du monde astral; ce symbole est ici très utile comme moyen de comparaison. Une image claire dans une eau tranquille, n'est, dans les meilleures conditions, qu'un simple reflet, et elle représente avec deux dimensions des objets à trois dimensions; elle ne montre que leur forme et leur couleur; de plus, les images sont renversées.

Si la surface de l'eau vient à être agitée, l'image est brisée; elle est absolument inutilisable pour reproduire l'apparence des objets reflétés.

Sur le plan astral, il n'est jamais possible d'obtenir quelque chose qui ressemble à une surface tranquille; au contraire, tout est en mouvement incessant et rapide. C'est pourquoi nous ne pouvons pas y voir de reflet net. Le clairvoyant qui ne possède que la vue astrale ne peut jamais se fier aux images du passé perçues sur ce plan. Il arrive quelquefois que ces images sont exactes, mais le clairvoyant astral ne peut pas savoir à quel moment il en est ainsi. Toutefois, il est possible, grâce à un entraînement long et sévère d'arriver à distinguer les impressions exactes des inexactes et de construire au moyen des reflets brisés une sorte d'image de l'objet. Mais généralement, avant d'avoir maîtrisé ces difficultés, le clairvoyant astral développe la vue mentale, ce qui rend le labeur précédent inutile.

Sur le plan mental, il n'en est pas de même. Les annales sont complètes et exactes, et il est impossible de commettre une erreur de lecture. En présence de certaines annales, des clairvoyants en nombre quelconque utilisant la vue mentale voient exactement la même chose, et chacun d'eux en acquiert une impression correcte. [Page 260]

Les facultés du corps causal rendent la tâche encore plus facile. Il semble que pour pouvoir tirer du plan mental tous les renseignements qu'il contient, il soit nécessaire que l'égo pleinement éveillé puisse utiliser la matière atomique du plan mental.

Le phénomène suivant est bien connu: si plusieurs personnes assistent à un événement sur le plan physique, leurs témoignages varient considérablement. Ceci est dû à des observation incorrectes, chaque personne ne voyant dans l'événement que les traits faisant le plus impression sur elle.

Cette équation personnelle n'affecte pas les impressions reçues sur le plan mental, car chaque observateur saisit le sujet dans toutes ses parties également et il lui est impossible d'attacher à certaines d'entre elles une importance qu'elles n'ont pas.

Cependant des erreurs peuvent se produire en traduisant les impressions sur les plans inférieurs. Il y a à cela deux sortes de causes: premièrement, les imperfections des véhicules de l'observateur, deuxièmement, la difficulté propre au travail de traduction sur les plans inférieurs.

Il résulte de la nature des choses que seule une petite fraction d'une expérience faite sur le plan mental peut être exprimée au moyen du langage physique. Il y a donc possibilité de choix de la partie exprimable. C'est pourquoi les investigations clairvoyantes des auteurs théosophes sont toujours contrôlées et vérifiées par plusieurs investigateurs avant d'être publiées.

Outre l'équation personnelle, il existe d'autres difficultés au travail de traduire les impressions sur les plans inférieurs. L'analogie de la peinture est commode pour expliquer ce phénomène. Le peintre s'efforce de reproduire un objet à trois dimensions sur une surface plane (à deux dimensions). L'image la plus parfaite est toujours très loin de la reproduction exacte de l'objet qu'elle représente. C'est à peine si l'image contient une ligne ou un angle identique à la ligne ou à l'angle de l'objet [Page 261] qu'ils représentent. L'image est une tentative extrêmement ingénieuse pour faire sur un seul sens, au moyen de lignes et de couleurs réparties sur une surface plane, une impression analogue à celle que ferait l'objet. L'image agit par suggestion dépendant de nos expériences passées, comme par exemple le mugissement de la mer, le parfum d'une fleur, le goût d'un fruit, la dureté d'une surface.

Les difficultés éprouvées par le clairvoyant pour exprimer au moyen du langage physique les phénomènes du plan mental, sont encore beaucoup plus grandes, car le monde mental a cinq dimensions.

L'aspect des annales varie dans une certaine mesure suivant les conditions dans lesquelles elles sont observées. Sur le plan astral, le reflet est généralement une simple image dont les personnages se meuvent rarement. Sur le plan mental le reflet est plus complexe.

On observe sur le plan mental deux aspects différents

Premièrement, si l'observateur n'y pense pas spécialement, les annales forment un fond aux événements actuels. Dans ces conditions, ce sont de simples reflets de l'activité incessante d'une grande Conscience sur un plan très supérieur, et elles ressemblent beaucoup au cinématographe. L'action des images reflétées se poursuit constamment, comme sur une scène lointaine.

Deuxièmement, si l'observateur entraîné tourne son attention vers un événement particulier, comme il est sur le plan où la pensée n'a pas d'obstacle, l'événement s'offre aussitôt à sa vue. Ainsi, s'il désire voir le débarquement de Jules César, en un instant il se trouve, non pas devant un tableau, mais debout sur le rivage parmi les légionnaires, et l'événement se déroule devant lui exactement comme en 55 avant Jésus-Christ. Les acteurs sont entièrement inconscients de lui-même, puisque ce sont de simples reflets, et aucun effort ne peut modifier le cours de l'événement.

L'observateur a le pouvoir de faire dérouler les événements devant ses yeux à la vitesse qu'il veut. Il peut [Page 262] observer les événements d'une année en une heure. Il peut aussi arrêter leur cours à tout moment pour observer une scène particulière pendant aussi longtemps qu'il veut.

Non seulement il voit ce qu'il aurait pu voir physiquement s'il avait été présent lors de l'événement, mais il entend et comprend ce que les gens disent, et il est conscient de leurs pensées et de leurs mobiles.

Dans un cas particulier l'observateur peut entrer en contact plus intime avec les annales. S'il observe une scène où il avait un rôle dans une vie précédente, deux possibilités s'ouvrent à lui:

1. Il peut observer la scène à la manière habituelle, comme un simple spectateur (un spectateur dont la vue et la sensibilité sont parfaites);

2. Il peut s'identifier encore une fois avec cette personnalité morte depuis longtemps et revivre les pensées et les émotions du passé. Il retrouve alors dans la conscience universelle la portion avec laquelle il avait été associé.

L'étudiant doit être maintenant en mesure d'apprécier les merveilleuses possibilités dont dispose l'homme capable de lire les annales akasiques. Il peut revoir à loisir toute l’histoire, corrigeant les nombreuses erreurs qui se sont glissées dans les oeuvres des historiens. Il peut observer les modifications géologiques de la terre et les cataclysmes qui en ont changé la face bien des fois.

Il est toujours possible de déterminer la date d'un événement, mais cela peut nécessiter des recherches laborieuses. Les moyens suivants peuvent être employés:

1. L'observateur peut regarder dans l’esprit d'une personne intelligente présente, et y lire la date;

2. Il peut observer la date écrite sur une lettre ou tout autre document. La date étant connue dans le système de l'époque, c'est une simple affaire de calcul pour la rapporter à l'ère chrétienne;

3. Il peut se rapporter à quelque événement contemporain dont la date est indiquée dans les documents historiques.

Aux époques relativement récentes, il y a peu de difficultés [Page 263] pour déterminer la date. Mais pour les époques très reculées, d'autres méthodes ont été employées. Même si la date peut être lue dans l'esprit de quelqu'un, il peut être difficile de rattacher son système de chronologie au nôtre. Dans ce cas:

4. L'observateur peut faire dérouler devant lui les années à la vitesse qu'il désire (par exemple une année par seconde) et les compter jusqu'à une date connue. Il est alors utile d'avoir une idée approximative de l'époque, pour éviter d'avoir un trop grand nombre d'années à compter;

5. Lorsqu'il y a des milliers d'années à compter, la méthode ci-dessus serait fastidieuse. L'observateur peut noter la direction de l'axe de la terre et calculer la date au moyen des tables qui renseignent sur le mouvement de la terre connu sous le nom de précession des équinoxes;

6. Pour les événements extrêmement éloignés qui se produisirent il y a des millions d'années, la période de la précession des équinoxes peut être utilisée comme unité (environ 26.000 ans). Pour ces événements l'exactitude absolue n'est pas nécessaire, et la date en nombre rond suffit amplement.

Pour pouvoir lire correctement les annales akasiques, il faut un entraînement sérieux. Comme nous l'avons vu, l'acquisition de la vue mentale est la condition première. En fait, pour diminuer le plus possible les chances d'erreur, il faut que la vue mentale soit à la disposition de l'investigateur pendant qu'il est éveillé dans son corps physique. Avant de pouvoir en arriver là, des années de travail et de discipline sévère sont nécessaires.

Bien plus, comme les véritables annales sont sur un plan hors de notre portée actuellement pour les comprendre parfaitement, il faudrait des facultés d'un ordre supérieur à celui des facultés évoluées de nos jours par l'humanité. Notre vision actuelle des annales est donc nécessairement imparfaite puisque nous les regardons d'en bas au lieu d'en haut.

Il ne faut pas confondre les annales akasiques avec les [Page 264] simples formes-pensées créées par l'homme qui existent en si grande abondance sur les plans mental et astral.

Ainsi, par exemple, comme nous l'avons vu au chapitre 8, chaque événement historique important, ayant été l'objet de nombreuses pensées, ayant nourri l'imagination de tant de gens, existe sur le plan mental en tant que forme-pensée bien définie. Il en est de même des caractères du drame, du roman, etc. Ces produits de la pensée (souvent de fausses pensées) sont beaucoup plus faciles à voir que les véritables annales akasiques. Il faut être spécialement entraîné pour pouvoir lire les annales, tandis que les formes-pensées sont immédiatement visibles. C'est pourquoi de nombreuses visions de saints, de voyants, etc., ne sont pas les véritables annales, mais de simples formes-pensées.

On peut encore lire les annales au moyen de la psychométrie. Il semble qu'il y ait une relation particulière entre chaque particule de matière et les annales qui contiennent son histoire. En fait, chaque particule porte en elle pour toujours l'impression des événements qui se sont produits dans son voisinage. Cette relation lui permet d'agir comme une sorte de conducteur entre les annales et les facultés de toute personne capable de les lire.

Le clairvoyant non entraîné a généralement besoin d'une liaison physique qui le mette "en rapport" avec l'événement. Cette méthode de clairvoyance s'appelle psychométrie.

Ainsi, si l'on donne un fragment de pierre à un psychomètre, il voit et peut décrire les ruines d'où provient ce fragment, ainsi que le pays environnant; en général il peut aussi voir certains événements dont cette pierre fut témoin, comme, par exemple, des cérémonies druidiques.

Il est tout à fait probable que la mémoire ordinaire est une autre expression du même principe. Les scènes à travers lesquelles nous passons au cours de nos vies semblent agir sur les cellules du cerveau de telle manière [Page 265] qu'elles établissent une connexion entre ces cellules et la portion des annales qui correspond aux dites scènes. C'est ainsi que nous nous souvenons.

Le clairvoyant entraîné lui-même a besoin d'un intermédiaire qui lui permette de retrouver les annales d'un événement dont il n'a pas déjà connaissance.

1. S'il a déjà visité l'endroit où l'événement s'est produit, il peut se rappeler l'image de cet endroit, puis suivre les annales jusqu'à ce qu'il arrive à la date cherchée.

2. S'il n'a jamais vu l'endroit, il peut se reporter à la date de l'événement puis chercher ce qu'il désire voir.

3. Il peut examiner les annales de la période où se place l'événement, s'il n'a aucune difficulté pour identifier un personnage important jusqu'à ce qu'il arrive à l'événement cherché.

Le pouvoir de lire dans la mémoire de la nature existe donc chez l'homme à des degrés très différents. Un petit nombre de clairvoyants peut consulter les annales à volonté. Les psychomètres ont besoin d'un objet qui ait été en rapport avec l'événement passé. Certaines personnes ont occasionnellement, spasmodiquement, des visions partielles du passé. En regardant fixement un cristal, certaines personnes peuvent voir sans grande certitude quelque événement passé. (Voir Le Corps astral, chapitre 17.)

La plupart des manifestations inférieures de ces pouvoirs sont exercées inconsciemment. Ainsi ceux qui regardent fixement un cristal voient des scènes du passé sans être capables de les distinguer de celles du présent; certaines personnes vaguement psychiques voient continuellement des images leur apparaître sans se rendre compte qu'elles psychométrisent simplement les objets qui les entourent.

Un cas particulier de ce genre de psychisme se rencontre chez l'homme qui est capable de psychométrer les personnes au lieu des objets inanimés comme c'est le cas le plus fréquemment. Cette faculté se manifeste généralement d'une manière très irrégulière. Ces psychiques [Page 266] voient quelquefois, quand ils approchent d'un étranger, un événement important de sa vie.

Plus rarement on trouve des personnes qui voient en détail la vie passée des gens qu'elles rencontrent. L'un des exemples les plus frappants est celui de l'Allemand Zschokke, qui a décrit cette remarquable faculté en détail dans son autobiographie.

Bien que le plan bouddhique soit en dehors des limites de ce livre, nous allons dire quelques mots des annales telles qu'elles existent sur le plan bouddhique.

Sur ce plan, les annales sont bien davantage qu'une mémoire au sens ordinaire du mot. Sur ce plan le temps et l'espace cessent d'être des limitations. L'observateur n'a pas besoin de passer en revue une série d'événements, car le passé, le présent et le futur sont simultanément à sa disposition dans ce que l'on appelle "l'Eternel Présent" , expression qui n'a évidemment aucun sens sur le plan physique.

Si loin que soit le plan bouddhique de la conscience du Logos, les "annales" n'y sont pas une simple mémoire, puisque tous les événements passés et tous les événements futurs se déroulent actuellement sous Ses yeux, de même que les événements que nous appelons ici-bas présents. Si extraordinaire que cela paraisse, c'est pourtant l'expression de la vérité.

Une simple analogie physique pourra nous permettre de comprendre, au moins partiellement, la visibilité simultanée du passé et du présent.

Supposons:

1. que la lumière physique puisse se propager à sa vitesse habituelle indéfiniment dans l'espace, sans perte d'énergie;  

2. que le Logos, étant omnipotent, se trouve en tous les points de l'espace, non pas successivement, mais simultanément.

Il résulte de cette hypothèse que tous les événements passés depuis le commencement du monde sont à chaque instant visibles pour le Logos, non seulement leur mémoire, mais les événements eux-mêmes.

De plus, en déplaçant simplement Sa conscience dans [Page 267] l'espace, Il peut être conscient d'une manière continue d'un événement quelconque, à la vitesse qu'Il veut, soit dans le sens où le temps s'écoule normalement pour nous, soit dans le sens contraire.

Cette comparaison ne semble pas jeter la lumière sur le problème du futur. Ce problème reste jusqu'à présent sans solution, sauf pour ceux qui ont acquis dans une certaine mesure la faculté de voir l'avenir.

La faculté de voir l'avenir appartient à un plan supérieur au plan mental. Cependant, la prévision est possible dans une certaine mesure sur le plan mental; mais elle est très imparfaite, car la volonté de l'homme évolué peut, lorsqu'elle intervient dans la vie, changer le cours de la destinée. L'avenir de l'homme ordinaire non évolué, qui a pratiquement une volonté très faible, peut souvent être prévu avec une certaine précision. Mais dès que l'égo prend hardiment entre ses mains son propre avenir, la prévision exacte devient impossible.

L'homme qui est capable de se servir de son corps atmique peut avoir connaissance de la Mémoire Universelle au delà des limites de la Chaîne à laquelle il appartient.

Nous avons mentionné au chapitre 12 une cause possible de plagiat. Un autre phénomène peut quelquefois déterminer aussi le plagiat: c'est lorsque deux écrivains voient simultanément le même fragment des annales akasiques. Dans ce cas, non seulement ils semblent se plagier mutuellement, mais en réalité ils plagient tous les deux la vraie mémoire du monde. [Page 268]

CHAPITRE - 29 -

LES HABITANTS DU PLAN MENTAL

Nous adopterons pour le plan mental la même classification que pour le plan astral (Le Plan astral, chapitre 19): habitants humains, non humains et artificiels.

Comme les produits des passions humaines qui sont si abondants sur le plan astral, ne peuvent exister sur le plan mental, les subdivisions seront ici moins nombreuses que dans le cas des entités astrales.

Le tableau suivant indique les principales catégories :

HABITANTS DU PLAN MENTAL INFÉRIEUR

HUMAINS
NON-HUMAINS
ARTIFICIELS
INCARNÉS
DÉSINCARNÉS
       
Adeptes

Initiés

Hommes très développés
Humains en dévachan Roupadévas
Ames-groupe d'animaux

Second Règne élémental
Élémentals

 

Nous avons distingué parmi les êtres humains pour la commodité de l'exposition, les incarnés, c'est-à-dire ceux qui sont "vivants" dans un corps physique, et les désincarnés, c'est-à-dire les "morts" ou ceux qui n'ont pas de corps physique.

Humains incarnés. - Les êtres humains qui, munis d'un corps physique, sont capables de se mouvoir en pleine conscience sur le plan mental sont, soit des Adeptes, soit Leurs élèves initiés, car les élèves ne peuvent se mouvoir librement, même aux niveaux inférieurs du [Page 269] plan mental qu'après avoir été enseignés par leurs Maîtres.

Adeptes et Initiés apparaissent comme de splendides globes de couleur vivante, chassant toute mauvaise influence partout où ils vont, répandant autour d'eux un sentiment de quiétude et de bonheur dont sont souvent conscients même ceux qui ne les voient pas. C'est sur le plan mental qu'une grande partie de leur important travail est effectuée, particulièrement aux niveaux supérieurs, où l’individualité (l’égo) peut être atteinte directement. C'est de ce plan qu'ils répandent les influences spirituelles les plus hautes sur le monde de la pensée. C'est aussi de là qu'ils sont les instigateurs des oeuvres grandioses et utiles de toutes sortes. C'est encore là qu'une grande partie de la force spirituelle provenant du sacrifice volontaire des Nirmânakâyas est distribuée. (Voir Le Corps astral, chapitre 19). Là sont donnés directement des enseignements aux élèves qui sont préparés à les recevoir, car l’enseignement est sur ce plan beaucoup plus complet et plus facile à donner que sur le plan astral. De plus, les Adeptes et les Initiés ont une activité importante concernant ceux que nous appelons les "morts".

Adeptes ou Maîtres résident pour la plupart au niveau le plus élevé ou atomique du plan mental.

Mais dans la majorité des cas, ceux qui atteignent le niveau Asekha ne conservent ni corps physique, ni corps astral, ni corps mental, ni corps causal. Ils vivent en permanence à Leur niveau le plus élevé. Quand Ils ont affaire sur un plan inférieur, Ils s'entourent d'un véhicule de matière appartenant à ce plan.

Pour comprendre mieux les conditions de vie du plan mental et les caractères de ses habitants, il peut être utile de mentionner ceux qui ne sont pas sur ce plan. Les caractéristiques du monde mental étant l'altruisme et la spiritualité, il en résulte que le magicien noir et ses élèves ne peuvent pas y trouver place. Bien que l’intellect soit très développé chez beaucoup d'entre eux, et [Page 270] que, par suite, la matière de leurs corps mentaux soit très active et sensitive suivant certaines lignes, ces lignes se rapportent toutes à quelque désir personnel. Ils ne peuvent donc s'exprimer qu'au moyen de cette partie inférieure du corps mental qui est inextricablement mélangée à la matière astrale. Par suite, leurs activités sont pratiquement confinées aux plans astral et physique.

Un homme dont toute la vie est égoïste et mauvaise peut évidemment avoir des moments de pensée purement abstraite, pendant lesquels il peut utiliser son corps mental si toutefois il sait le faire. Mais dès que l'élément personnel intervient et qu'il fait un effort pour produire un résultat mauvais, la pensée cesse d'être abstraite et l'homme est une fois de plus au travail dans la matière astrale. On pourrait donc dire que le magicien noir peut fonctionner sur le plan mental dans les seuls instants où il oublie qu'il est un magicien noir.

Pour les personnes ordinaires endormies, et pour les psychiques pendant la transe, le plan mental est juste à la limite de leur portée; ceux qui y pénètrent sont donc très rares. Une grande pureté de vie et d'intentions est la condition indispensable, et même lorsque ce plan est atteint, ces gens n'y sont pas réellement conscients, ils peuvent seulement y recevoir quelques impressions. Un exemple en a été donné au chapitre 18 sur la vie pendant le sommeil.

Humains désincarnés. - Cette catégorie comprend tous ceux qui sont en dévachan. La description en a été faite dans les chapitres sur ce sujet.

Non humains. - Il a été mentionné dans Le Corps astral, chapitre 19, que sur le plan astral on rencontre quelquefois certaines entités cosmiques, visiteurs venant d'autres planètes ou d'autres systèmes. De tels visiteurs sont beaucoup plus nombreux sur le plan mental. Il est si difficile de décrire ces entités au moyen du langage humain que nous nous abstiendrons de tout essai de description. [Page 271]

Ce sont des êtres extrêmement élevés, et qui s'occupent non des individus, mais des grands événements cosmiques. Ceux qui sont en contact avec notre monde sont les agents directs d'exécution des lois du karma, particulièrement en ce qui concerne les modifications des continents et des mers produites par les tremblements de terre, raz de marée et autres séismes.

Roupadévas. - Les êtres appelés par les Hindous et Bouddhistes Dévas, par les Zoroastriens Seigneurs du ciel et de la terre, par les Chrétiens et Mahométans Anges, et par d'autres encore Fils de Dieu, etc. forment un Règne d'esprits appartenant à une évolution distincte de celle de l'humanité. Dans cette évolution, on peut les considérer comme étant immédiatement au-dessus de l'humanité, de même que l'humanité est immédiatement au-dessus du règne animal. Il y a cependant une différence: tandis que l'animal ne peut qu'entrer dans le règne humain, l'être humain, lorsqu'il a atteint le niveau Asekha, a le choix parmi différentes lignes d'évolution dont celle des dévas.

Bien qu'ayant rapport avec la terre, les dévas n'y sont pas confinés. L'ensemble de notre chaîne de sept mondes est comme un seul monde pour eux, et leur évolution se poursuit dans un système grandiose de sept chaînes.

Les légions de dévas ont été recrutées principalement dans des humanités différentes de la nôtre, mais appartenant au système solaire, certaines d'entre elles inférieures à la nôtre, d'autres supérieures; une portion infime de notre humanité est assez avancée pour pouvoir se joindre aux dévas. Il semble bien que certaines catégories importantes par leur nombre n'ont jamais passé par une humanité semblable à la nôtre.

Il ne nous est pas possible actuellement de comprendre leur évolution, mais il est clair que le but de cette évolution est beaucoup plus élevé que le nôtre. Le but de l'évolution humaine est d'atteindre le niveau de l'Adepte ou Asekha à la fin de la septième ronde. A la fin de la même période, le niveau atteint par l'évolution [Page 272] des dévas sera beaucoup plus élevé. Pour eux comme pour nous, il existe un chemin plus étroit mais plus court conduisant à des hauteurs encore plus grandes.

Il y a au moins autant de types d'anges ou dévas que de races humaines; et dans chaque type, il y a de nombreuses différences de pouvoir, d'intellect et de développement général, de sorte qu'au total les variétés de dévas se comptent par centaines.

Les Anges ont été classés en neuf Ordres; les noms utilisés dans l'Eglise Chrétienne sont : Anges, Archanges, Trônes, Dominations, Principautés, Vertus, Puissances, Chérubins et Séraphins. Parmi ces neuf Ordres, sept appartiennent aux grands rayons dont le système solaire est formé, et deux peuvent être appelés cosmiques, car ils sont communs à quelques autres systèmes.

Dans chaque Ordre se trouvent de nombreux types: certains travaillent ; d'autres assistent ceux qui sont dans la peine; d'autres sont occupés des morts; d'autres protègent; d'autres méditent; d'autres enfin sont à une étape de leur évolution où ils s'occupent principalement de leur propre développement.

Il y a des anges de la musique, qui s'expriment en musique de même que nous nous exprimons en mots; pour eux, un arpège est un compliment, une fugue une conversation, un oratorio un discours. Il y a des anges de la couleur, qui s'expriment en changements de couleurs. Il y a aussi des anges qui vivent dans les parfums et s'expriment au moyen de parfums et d'arômes. Une subdivision de cette catégorie comprend les anges de l'encens qui sont attirés par les vibrations de l'encens et prennent plaisir à utiliser ses possibilités.

Il y a encore une autre catégorie d'entités appartenant au règne des esprits de la nature ou elfes, qui ne s'expriment pas en parfums, mais qui vivent de ces émanations, et que l'on trouve toujours là où des parfums se dégagent. Leurs variétés sont nombreuses; certains se nourrissent d'odeurs grossières, d'autres de parfums délicats. Parmi eux quelques types sont particulièrement [Page 273] attirés par le parfum de l'encens, on les trouve dans les églises où il est fait usage d'encens.

Ceux qui ont appris à répondre à l'antique invocation de la Préface dans l'Eucharistie Chrétienne et qui sont chargés de la distribution de la force, sont souvent appelés Anges apostoliques ou messagers. Quelques-uns d'entre eux sont tout à fait familiers avec ce genre de travail dont ils ont une longue pratique; d'autres sont novices et sont en train d'étudier sérieusement ce qu'il faut faire et comment on peut le faire.

L'évolution des Anges se faisant principalement par le service, une cérémonie telle que l'Eucharistie leur offre une opportunité remarquable dont ils profitent facilement. A une Messe basse, l'Ange Directeur répond le premier à l'invocation du prêtre et il réunit, semble-t-il, les autres. A une Messe solennelle ou Missa Cantata, l'ancienne mélodie attire l'attention de tous dès qu'elle résonne, et ils se tiennent prêts à servir au moment opportun.

Les services rendus par les Anges sont très variés, mais un petit nombre de ces services seulement les amènent en contact avec des êtres humains, principalement au cours des cérémonies religieuses.

Les anges invoqués au cours des services chrétiens sont très au-dessus de l'homme par leur développement spirituel. Dans la Franc-Maçonnerie aussi l'aide angélique est invoquée, mais ceux que l'invocation atteint sont beaucoup plus près du niveau humain par le développement et l'intelligence; et chacun d'eux amène avec lui un certain nombre de subordonnés qui exécutent ses ordres.

Chaque Loge Maçonnique régulièrement constituée est à la charge d'un Ange du septième rayon qui dirige ses activités.

Les dévas n'ont pas de corps physiques comme les nôtres. La catégorie la plus basse est formée de Kamadeva qui ont pour véhicule le plus bas corps astral. La classe [Page 274] suivante est celle des Roupadévas qui ont des corps de matière mentale inférieure, et dont l'habitat est l'ensemble des quatre niveaux ou roupa, du plan mental. Ensuite viennent les Aroupa dévas, qui vivent dans des corps de matière mentale supérieure ou causale. Au dessus se trouvent quatre grandes classes qui habitent respectivement les quatre plans supérieurs de notre système solaire. Au-dessus et au delà du règne déva se trouvent les grandes légions des esprits planétaires.

Nous avons à traiter dans ce livre principalement des Roupadévas.

Les rapports des dévas avec les esprits de la nature ressemblent quelque peu, à un niveau supérieur, à ceux des hommes avec les animaux. De même qu'un animal ne peut atteindre l'individualisation que par son association avec l'homme, il semble qu'un esprit de la nature ne peut acquérir normalement une individualité permanente se réincarnant, que par un attachement d'un caractère analogue aux dévas.

Les dévas ne deviendront jamais des hommes; la plupart d'entre eux sont au delà du stade humain; mais certains ont été des hommes dans le passé.

Les corps des dévas sont plus fluidiques que ceux des hommes; ils sont capables d'expansions et contractions beaucoup plus grandes. Ils ont aussi un caractère ardent qui les distingue nettement des êtres humains. Les fluctuations dans l'aura d'un déva sont si grandes que, par exemple, on a vu l'aura de l'un d'eux passer de 100 mètres de diamètre environ à plus de trois kilomètres de diamètre.

Les couleurs de l'aura d'un déva ressemblent plus à celles d'une flamme qu'à celle d'un nuage. L'homme a l'apparence d'un nuage délicat et brillant de gaz incandescent, tandis que le déva a l'apparence d'une masse de feu.

Les dévas vivent plus que l'homme à la surface de leur propre aura. Chez l'homme, 99 pour cent de la matière de [Page 275] l'aura est dans le corps physique; chez le déva, le véhicule le plus bas contient une proportion beaucoup plus faible de la matière de l'aura.

Ils apparaissent généralement comme des êtres humains d'une taille gigantesque. Ils possèdent des connaissances très vastes, de grands pouvoirs, et ont un aspect splendide. Ils ont été décrits comme des créatures radiantes ou éclatantes, aux mille nuances, comme des arcs-en-ciel de couleurs extraordinairement variées et changeantes; leur maintien est impérial, leur énergie parfaitement calme, leur puissance irrésistible. Dans Révélation (X. I) l'un d'eux est décrit comme ayant "un arc-en-ciel au-dessus de la tête, et sa face comme le soleil, ses pieds comme des piliers de feu". Leurs voix sont "comme le mugissement des eaux". Ils dirigent l'ordre naturel des choses, leurs cohortes assurent la réalisation des phénomènes de la nature avec régularité et précision.

Les dévas produisent des formes-pensées comme nous-mêmes, mais les leurs sont généralement moins concrètes que les nôtres tant qu'ils n'ont pas atteint un niveau très élevé. Ils ont une grande aptitude à généraliser, et sont constamment en train de faire des projets grandioses. Ils ont un langage de couleurs qui n'est sans doute pas aussi défini que notre parler, mais qui, sur bien des points, exprime davantage.

Les Initiations préparées pour l'homme ne sont pas prises par les dévas. Leur règne et le nôtre convergent à un niveau supérieur à celui de l'Adepte.

Il existe certains moyens pour l'homme d'entrer dans l'évolution des dévas, même à notre stade ou plus bas.

L'acceptation de cette ligne d'évolution est quelquefois appelée par comparaison avec la renonciation sublime des Nirmânakâyas, "le chemin de la tentation de devenir un dieu". Mais il ne faut pas en conclure qu'une ombre s'attache à l'homme ayant fait ce choix. Le sentier qu'il préfère n'est pas le plus court, mais c'est un sentier [Page 276] très noble, et si son intuition développée l'y pousse, c'est certainement celui qui s'adapte le mieux à ses capacités.

 Dans la Franc-Maçonnerie, le chef Déva associé avec le 1er Exp. est un Roupadéva qui emploie des esprits de la nature et l'essence élémentale de son propre niveau. Les chefs Dévas correspondant aux trois Officiers Principaux sont Aroupadévas et disposent de la conscience et des forces des plans qu'ils représentent respectivement. Le déva du 2e Surv. prend charge du premier, le déva du 1er Surv. prend charge du deuxième, le déva du Vén. prend charge du troisième.

On ne connaît pas de règle ni de limite au travail des dévas. Ils ont des activités beaucoup plus diverses que nous pourrions l'imaginer. Ils sont généralement tout disposés à décrire les choses qui les concernent aux êtres humains qui sont suffisamment développés pour les comprendre. De nombreux enseignements sont donnés de cette manière, mais actuellement bien peu d'hommes sont capables d'en profiter.

Les ordres inférieurs de dévas ont une conception très vague des choses, conception souvent inexacte en ce qui concerne les faits. C'est pourquoi, si intéressant que soit un déva ami, il n'a aucun rapport avec les faits au milieu desquels l'humanité évolue, et il faut prendre garde aux avis qu'il peut donner au sujet des activités physiques.

En général, les ordres supérieurs coopèrent sans réserve au grand Plan de l'univers. C'est pourquoi nous trouvons dans la nature un "ordre" parfait. Dans les classes inférieures de dévas, l'obéissance parfaite est instinctive et automatique plutôt que consciente. Ils font leur travail en se sentant dirigés par la Volonté Unique qui traverse toutes choses.

Dans le cas des dévas nationaux, tandis que le déva placé à la tête de chaque nation est un être d'une intelligence supérieure, qui toujours coopère avec le grand Plan, on trouve des dévas nationaux inférieurs luttant, [Page 277] par exemple, pour leur nation sur un champ de bataille. A mesure que leur intelligence se développe, ils coopèrent de plus en plus avec le grand Plan.

L'Esprit de la Terre, cet être obscur qui a pour corps la terre, n'appartient pas à l'ordre le plus élevé des dévas. On connaît fort peu de choses sur lui; on peut dire qu'il appartient à l'ordre des Roupadévas, puisqu'il a pour corps la terre.

Les dévas qui sont au delà du niveau de l'Adepte Asekha, c'est-à-dire le niveau de la Cinquième Initiation, vivent normalement dans ce que le sanscrit appelle le Jnanadeha, ou corps de la connaissance. La partie la plus basse de ce corps est un atome du plan nirvanique qui est pour eux ce qu'est pour nous le corps physique.

Pour la description des Dévarajas ou Régents de la Terre, l'étudiant est prié de se référer à l'ouvrage Le Corps astral, chapitre 20.

Dans la Franc-Maçonnerie, les quatre ornements situés aux coins du "Bord Dentelé" symbolisent les Dévarajas, les Gouvernements des éléments de la terre, de l'eau, de l'air et du feu, et les agents de la loi de karma.

Ames-groupes des animaux. - Les âmes-groupes auxquelles la majorité des animaux sont attachés se trouvent sur le plan mental inférieur. La description de ces âmes-groupes nous entraînerait trop loin ; c'est pourquoi nous nous bornons à les mentionner.

Animaux individualisés. - Ils ont été décrits au chapitre 22 in fine.

Second Règne élémental. - Nous avons décrit au chapitre 2, la genèse de l'essence élémentale. Nous avons également mentionné sa présence dans le corps mental de l'homme et son utilisation dans les formes-pensées. Il reste peu de choses à dire à ce sujet.

Il y a trois Règnes Élémentals. Le premier anime la matière des sous-plans mentals supérieurs (niveau causal); le second anime la matière des quatre sous-plans inférieurs du plan mental; le troisième la matière astrale. [Page 278] Dans le Second Règne, la subdivision la plus élevée existe sur le quatrième sous-plan, et il y en a deux subdivisions sur chacun des trois sous-plans inférieurs, ce qui fait en tout sept subdivisions sur quatre sous-plans.

Nous avons vu au chapitre 2, que l'essence mentale est sur la branche descendante de la courbe de l'évolution, et que par suite elle est moins évoluée que l'essence astrale, et à plus forte raison moins évoluée que les règnes postérieurs tels que le règne minéral. Nous avons déjà insisté sur l'importance de ce fait, que l'étudiant devrait avoir toujours présent à la mémoire.

L'essence mentale est encore plus sensitive à l'action de la pensée que l'essence astrale. La merveilleuse délicatesse de réaction de l'essence mentale à l'action du mental est un des phénomènes qui s'imposent le plus à l'attention des investigateurs. La vie de l'essence mentale consiste justement en ces réactions, et ses progrès sont aidés par l'usage qu'en font les entités pensantes.

Si l'on pouvait imaginer l'essence mentale entièrement soustraite pendant un instant à l'action de la pensée, elle apparaîtrait comme une agglomération informe d'atomes infinitésimaux en mouvement, animés d'une vie extraordinairement intense, et dont les progrès sur l'arc descendant de l'évolution sont vraisemblablement très lents. Mais dès que la pensée s'en empare, stimule son activité, la moulant aux niveaux roupa en une infinité de formes admirables (et aux niveaux aroupa en courants éclatants), elle reçoit une impulsion supplémentaire qui, à force de répétitions, l'aide à poursuivre son chemin.

Car lorsqu'une pensée est dirigée des niveaux supérieurs vers les affaires terrestres, elle descend en s'incorporant la matière des plans inférieurs. En faisant cela, elle amène l'essence élémentale qui est son premier voile, en contact avec cette matière inférieure : ainsi par degrés, l'essence s'habitue à répondre aux vibrations inférieures et progresse dans son évolution descendante. [Page 279]

L'essence est aussi notablement affectée par la musique faite par les grands compositeurs en dévachan (voir chapitre 22).

Il ne faut pas oublier la grande différence entre la puissance et la hauteur de la pensée sur son propre plan, et les efforts relativement faibles que nous connaissons sur le plan physique sous le nom de pensée.

La pensée ordinaire a son origine dans le corps mental et à mesure qu'elle descend s'entoure de matière astrale. L'homme qui peut utiliser son corps causal génère ses pensées à ce niveau; elles s'enveloppent d'essence mentale, et elles sont par suite beaucoup plus fines, plus pénétrantes, et de toutes manières plus efficaces.

Si la pensée est dirigée exclusivement vers des sujets supérieurs, ses vibrations peuvent être trop fines pour pouvoir trouver expression dans la matière astrale; mais quand elles affectent cette matière inférieure, elles ont un effet plus grand que celles qui sont engendrées à un niveau plus proche de la matière astrale.

 Bien plus, la pensée d'un Initié prend naissance sur le plan bouddhique puis s'enveloppe de matière causale; la pensée d'un Maître prend naissance sur le plan d'Atma, disposant des pouvoirs incalculables d'une matière hors de notre perception.

HABITANTS ARTIFICIELS. - Élémentals. – Les élémentals mentals ont été déjà décrits; il reste peu de choses à dire à leur sujet. Le plan mental est encore plus peuplé par des élémentals artificiels que le plan astral. Ils jouent un rôle important parmi les créatures vivantes qui fonctionnent sur le plan mental. Ils sont plus brillants et plus richement colorés que des élémentals astrals; plus forts, plus durables et plus pleinement vitalisés.

Il faut noter aussi que la pensée, est beaucoup plus puissante sur le plan mental que sur le plan astral, et que ses forces sont à la disposition non seulement des entités humaines, mais des dévas et de visiteurs venant [Page 280] d'autres plans. L'importance de ces entités artificielles est donc très grande.

Les Maîtres et les Initiés font un emploi très grand de ces élémentals mentals. Ceux qu'Ils créent ont une existence plus longue et un pouvoir plus grand que ceux que nous avons décrits dans Le Corps astral, chapitre 21. [Page 281]

CHAPITRE - 30 -

LA MORT DU CORPS MENTAL

Comme nous l'avons vu, la vie en dévachan, ou monde céleste, a une durée limitée. Elle prend fin lorsque l'égo a assimilé toute l'essence des expériences faites pendant les vies physique et astrale.

Toutes les facultés mentales qui s'exprimaient à travers le corps mental, sont alors retirées vers le corps mental supérieur ou corps causal. En même temps, l'unité mentale, qui remplit une fonction analogue à celles des atomes permanents physique et astral, se retire à l'intérieur du corps causal, et y reste à l'état latent jusqu'à ce qu'elle soit rappelée à l'activité quand vient l'époque de la re-naissance.

L'unité mentale ainsi que les atomes permanents physique et astral, sont enveloppés par le tissu de vie bouddhique (voir chapitre 33); ils sont conservés comme un noyau dans le corps causal; c'est tout ce qui reste à l'égo de ses corps des mondes inférieurs.

Le corps mental lui-même, le dernier des véhicules temporaires de l'homme véritable, l'égo, est abandonné comme un cadavre mental, comme l'ont été les corps physique et astral. Ses matériaux se désagrègent et font retour à la provision de matière du plan mental.

Ce livre ne se rapporte pas à la vie de l'homme sur le plan causal, mais pour qu'il n'y ait pas de discontinuité dans l'histoire de l'homme entre deux incarnations, nous allons dire quelques mots de cette vie.

Tout être humain à la fin de sa vie sur le plan mental inférieur a au moins un éclair de conscience de l'égo dans le corps causal. Les plus développés ont une période définie de vie en tant que égo sur son propre plan. [Page 282]

Dans cet éclair de conscience de l'égo, l'homme voit sa vie passée dans son ensemble, et cette vision lui donne une impression de succès ou d'échec dans le travail qu'il avait à accomplir.

En même temps, il voit la vie qui s'étend devant lui, avec la leçon qu'il doit y apprendre ou les progrès qu'il doit y faire.

L'égo s'éveille très lentement jusqu'à apprécier la valeur de ces visions. Mais dès qu'il les comprend, il commence évidemment à en tirer parti. Il finit par arriver à un stade où ces visions ne sont plus instantanées, où il a le temps de considérer ces questions plus en détail, et où il peut faire des projets pour sa vie future.

La vie de l'égo sur son propre plan sera traitée dans le quatrième ouvrage de cette série, dont le titre sera Le Corps causal. [Page 283]

CHAPITRE - 31 -

LA PERSONNALITE ET L'EGO

Comme nous n'avons pas encore étudié l'égo (cette étude fera l'objet du prochain volume sur Le Corps causal), il ne nous sera pas possible de décrire complètement les rapports entre la personnalité et l'égo. De plus, nous examinerons cette question ici surtout au point de vue de la personnalité. Dans Le Corps causal, nous reprendrons cet important sujet surtout au point de vue de l'égo.

La personnalité se compose des véhicules transitoires à travers lesquels l'homme véritable, le Penseur, s'exprime dans les mondes physique, astral et mental inférieur, c'est-à-dire les corps physique, astral et mental inférieur, ainsi que toutes les activités qui se rapportent à ces véhicules.

L'individualité est le Penseur lui-même, le Soi dans le corps causal. De même qu'un arbre produit des feuilles qui durent un printemps, un été et un automne, l'individualité produit des personnalités qui durent une période de vie sur les plans physique, astral et mental inférieur. De même que les feuilles absorbent, assimilent et transmettent la nourriture à la sève, véhicule de cette nourriture vers le tronc, puis tombent et périssent, chaque personnalité amasse l'expérience et la transmet à l'individualité, puis s'en sépare et meurt.

L'égo s'incarne dans une personnalité pour acquérir de la précision. L'égo sur son propre plan est magnifique, mais vague dans sa magnificence, sauf dans le cas d'un homme très avancé sur le chemin de l'évolution.

Les "principes" de l'homme sont quelquefois classifiés comme suit: [Page 284]

La Triade Immortelle ou Individualité :

ATMA
BOUDDHI
MANAS

Le Quaternaire Périssable ou Personnalité:

KAMA
PRANA
DOUBLE ETHÉRIQUE
CORPS DENSE

Il existe une classification un peu différente :

IMMORTEL:

Atma,
Bouddhi,
Manas supérieur

Conditionnellement

IMMORTEL:             Kama-Manas.

MORTEL:                 Prana,
                                  Double éthérique,
                                  Corps dense.

H. P. Blavatsky utilisait la classification suivante; elle envisageait quatre divisions dans le mental:

1. Manas-taijasi, le Manas resplendissant ou illuminé qui, en réalité, est Bouddhi, ou du moins cet état de l'homme dont le Manas s'est immergé dans Bouddhi et n'a plus de volonté propre séparée.

2. Manas proprement dit, ou Manas supérieur, le mental de la pensée abstraite.

3. Antahkarana, ou le lien entre Manas supérieur et Kama-Manas pendant une incarnation.

4. Kama-Manas qui, dans cette classification, représente la personnalité.

Quelquefois, elle appelle manas le déva-égo, ou le soi divin distingué du soi personnel. Manas supérieur est divin parce qu'il a pour attribut la pensée positive ou kriyashakti, le pouvoir de créer, tout travail étant en réalité accompli par le pouvoir de la pensée. Le mot divin vient de div, briller, et se réfère à cette qualité [Page 285] divine de sa propre vie qui brille à l'intérieur de manas. Le mental inférieur est un simple réflecteur n'ayant pas de lumière propre; c'est ce à travers quoi la lumière ou le son arrivent - persona, un masque.

Chez les Védantins, ou dans l'école de Shri Shankaracharya, le terme antahkarana (voir plus loin dans le même chapitre) est employé pour désigner le mental dans un sens large, c'est-à-dire l'organe intérieur entier ou l'instrument entre le Soi le plus intime et le monde extérieur. On le divise souvent en quatre parties :

1. Ahamkara: Le créateur du moi.
2. Bouddhi: Intuition ou pure raison.
3. Manas: La pensée.
4. Chitta: Discrimination des objets.

Ce que l'occidental appelle habituellement son esprit, avec la faculté de créer des pensées concrètes et abstraites, c'est l'ensemble des deux derniers termes de la série ci-dessus; manas et chitta.

Les théosophes reconnaîtront dans la classification védantine les subdivisions qui lui sont familières: atma, bouddhi, manas et le mental inférieur.

Dans le symbolisme de la Franc-Maçonnerie, le mental inférieur et le corps mental sont représentés par le 1er Exp.

Le tableau suivant représente les principes de l'homme dans le système de la Franc-Maçonnerie:

Principes de l'homme
Officiers
Couleur des esprits de la nature et de l'essence élémentale correspondants
Sanskrit
Français
Atma Volonté Vén. Rose, or, bleu, vert
Bouddhi Intuition 1er S. Bleu électrique, dominant
Manas supérieur Mental supérieur 2ème S. Or dominant
Manas inférieur Mental inférieur 1er E. Jaune
Kama Désir et émotion 2ème E Cramoisi
Linga sharira Vitalité (double éthérique) Couvr. Violet gris
Sthula sharira Corps physique dense Tuil.  

 [Page 286]

Ainsi la Triade Supérieure ou Trinité Spirituelle, à la fois dans Dieu et dans l'homme, est représentée dans la Franc-Maçonnerie par les trois Principaux Officiers, tandis que le Soi inférieur, la personnalité ou le quaternaire, est représenté par les trois Officiers subalternes et le Couvreur.

 Dans le Christianisme, nous trouvons le symbolisme suivant:  

Éléments et vases Principe de l'homme
Hostie Monade
Patène Atma-Bouddhi-Manas
Vin Ego ou individualité
Calice Corps causal
Eau Personnalité

La prise d'une personnalité par l'égo a été comparée à la projection d'une étincelle de la Flamme de l'Esprit. La flamme allume les matériaux sur lesquels elle tombe, et il en résulte une nouvelle flamme identique dans son essence à la première, mais séparée pour permettre la manifestation. C'est pourquoi il est dit que nous pouvons allumer un millier de chandelles avec une seule flamme sans que celle-ci soit diminuée.

Le Penseur, l'individualité, est le seul élément durable; c'est l'éternel jouvenceau pour qui "l'heure ne sonne jamais", celui qui selon la Bhagavad Gitâ, revêt et rejette des corps comme un homme remplace de vieux vêtements par de nouveaux. Chaque personnalité est un nouveau rôle pour l'immortel Acteur qui revient sans cesse sur la scène de la vie humaine; mais dans le drame de la vie, chaque caractère est l'enfant du précédent et le père du suivant, de sorte que l'histoire de la vie continue.

Les éléments dont est faite la personnalité sont liés entre eux par la mémoire. Celle-ci est produite par les impressions faites sur les trois véhicules inférieurs, et aussi par l'identification du Penseur avec ses véhicules [Page 287] qui met en jeu la conscience personnelle du "Moi" connue sous le nom de Ahamkara qui dérive de Aham, moi, et de kara, faire. Ahamkara signifie donc le créateur du moi.

Aux stades inférieurs de l'évolution, cette conscience du "Moi" est dans les véhicules physique et astral, car la plus grande activité réside dans ces corps. Plus tard, elle passe dans le corps mental inférieur.

La personnalité avec ses sentiments, désirs, passions, pensées transitoires forme ainsi une entité quasi-indépendante; cependant elle tire constamment ses énergies du Penseur qu'elle enveloppe.

Bien plus, comme les qualifications de la personnalité, qui appartiennent aux mondes inférieurs, sont souvent en antagonisme direct avec les intérêts permanents de l'individualité ou "l'Habitant du corps", il y a conflit, et la victoire penche tantôt vers les plaisirs temporaires, tantôt vers le profit permanent.

Pour dompter la personnalité, l'obstacle à vaincre est asmita, la notion du "Je suis cela", ou ce qu'un Maître a appelé la "soi-personnalité" (self-personality). La personnalité, comme nous l'avons vu, se développe au cours de la vie et devient quelque chose de bien défini, avec des formes physique, astrale et mentale, des occupations et des habitudes bien déterminées. Et il n'y a rien à objecter à cela si nous avons affaire à un bon spécimen. Mais s'il arrive que la vie intérieure se persuade qu'elle est cette personnalité, elle se met à servir ses intérêts au lieu de l'utiliser comme un instrument de progrès spirituel. C'est par suite de cette erreur que certains hommes recherchent la grande fortune, un pouvoir sans limite, une renommée universelle, etc. La "self-personality" est le plus grand obstacle à l'emploi de la personnalité par le Soi supérieur en vue du progrès spirituel.

La vie de la personnalité commence lorsque le Penseur forme un nouveau corps mental (voir chapitre 32), et elle dure jusqu'à la désintégration de ce corps mental a la fin de la période passée en dévachan. [Page 288]

L'objectif de l'égo est de développer ses pouvoirs latents; il le fait en se mettant successivement dans différentes personnalités. Les hommes qui ne comprennent pas cela - et actuellement la majorité des hommes ne le comprennent pas - considèrent la personnalité comme le véritable Soi, et par suite, vivent pour elle seule, réglant leurs vies sur ce qui leur paraît être son avantage temporaire.

Mais l'homme qui comprend se rend compte du fait que la seule chose importante est la vie de l'égo, et que le progrès de celui-ci est l’oeuvre à laquelle la personnalité temporaire doit être employée. Aussi, lorsqu'il a à prendre une décision, il ne choisit pas ce qui lui rapportera le plus grand plaisir ou le plus grand profit en tant que personnalité, mais ce qui lui fera faire les plus grands progrès en tant qu'égo. L'expérience lui enseigne bientôt que rien de ce qui n'est pas bon pour tous ne peut être réellement bon pour lui ni pour qui que ce soit. Il apprend ainsi à s'oublier lui-même et à envisager uniquement ce qui est le meilleur pour l'humanité dans son ensemble.

L'intensification de la personnalité aux dépens de l'égo est l'erreur contre laquelle l'étudiant devrait être toujours sur ses gardes. Considérons par exemple les résultats probables du plus commun des défauts, l'égoïsme. Il est à l'origine une attitude mentale, de sorte que ses résultats doivent être cherchés dans le royaume mental. Comme il est une intensification de la personnalité aux dépens de l'individualité, l'un des premiers résultats sera sans aucun doute l'accentuation de la personnalité inférieure, de sorte que l'égoïsme aura tendance à se reproduire sous une forme aggravée, et à croître. Ceci est un exemple d'application des lois générales du karma, qui montre quel obstacle fatal au progrès constitue la persistance dans le défaut de l'égoïsme. Car la punition la plus sévère infligée par la nature est toujours la privation des opportunités de progrès, de même que sa plus haute récompense est l'offre de telles opportunités. [Page 289]

Lorsqu'un homme s'élève à un niveau un peu supérieur à celui de l'homme ordinaire, et que sa principale activité devient mentale, il court le danger de s'identifier avec le mental. Il doit, à ce moment, s'efforcer de s'identifier avec l'égo, et de faire de l'égo le point le plus fort de sa conscience, immergeant ainsi la personnalité dans l'individualité.

L'étudiant devrait s'efforcer de comprendre que le mental n'est pas le Connaissant, mais l'instrument au moyen duquel le Connaissant acquiert la connaissance. Identifier le mental avec le Connaissant est la même chose qu'identifier le ciseau avec le sculpteur qui l'emploie. Le mental limite le Connaissant qui, à mesure que la soi-conscience se développe, se trouve arrêtée par lui de tous les côtés. De même que l'homme perd la plus grande partie de la délicatesse du toucher quand il met des gants épais, le Connaissant revêtu du mental éprouve une perte de pouvoir. La main est bien à l'intérieur du gant, mais ses capacités sont beaucoup diminuées; de même le Connaissant est bien présent dans le mental, mais ses pouvoirs sont limités dans leur expression.

Comme nous l'avons vu dans un chapitre précédent, le corps mental possède la faculté de mouler une portion de lui-même à la ressemblance de l'objet qui lui est présenté. Lorsque cette modification s'est produite, on dit que l'homme connaît l'objet. Mais en réalité, ce qu'il connaît, ce n'est pas l'objet, mais l'image de l'objet dans son propre corps mental. De plus, cette image, pour des raisons que nous avons exposées au chapitre 8, n'est pas une reproduction exacte de l'objet; elle peut être déformée ou colorée par les caractéristiques du mental particulier dans lequel elle se forme.

Il résulte de tout cela que dans notre corps mental, nous ne connaissons pas "la chose en soi", mais seulement l'image de cette chose produite dans notre conscience. La méditation sur ces choses aidera l'étudiant à comprendre de mieux en mieux qu'il n'est pas lui-même [Page 290] cette personnalité que lui, l'égo, a temporairement revêtue pour cette vie terrestre.

L'existence d'un défaut dans la personnalité implique le manque de la qualité correspondante dans l'égo ou individualité. Un égo peut être imparfait, mais il ne peut pas être mauvais, et aucun mal ne peut se manifester à travers le corps causal.

On peut donner de cela une explication mécanique comme nous l'avons déjà fait. Le mal ne peut s'exprimer que dans les quatre subdivisions inférieures de la matière astrale. Son influence se reflète sur le plan mental uniquement sur les quatre subdivisions inférieures. Par suite l'égo ne peut pas en être affecté. Les seules émotions qui puissent apparaître sur les trois sous-plans astrals supérieurs sont de bonnes émotions telles que l'amour, la sympathie et la dévotion. Elles affectent l'égo dans le corps causal puisqu'il réside sur les sous-plans correspondants du monde mental.

Les conséquences d'une longue suite de mauvaises vies se manifestent dans le corps causal par une certaine incapacité à recevoir les bonnes impressions pendant une période très longue; c'est une sorte de paralysie de la matière causale, une inconscience qui résiste aux bonnes impressions contraires aux mauvaises des vies précédentes.

Les caractéristiques développées par l'égo ne peuvent donc être que de bonnes qualités. Quand elles sont bien définies, elles se montrent dans chacune de ses nombreuses personnalités, et par suite ces personnalités ne peuvent pas être affligées des vices opposés.

Mais lorsqu'il manque à l'égo une qualité, rien dans la personnalité ne peut empêcher la croissance du vice opposé, et comme beaucoup d'autres personnalités autour de l'homme possèdent ce vice, et que l'homme est un animal imitateur, il est très probable que ce vice va rapidement se manifester en lui. Le vice, cependant, appartient aux véhicules de la personnalité, et non à l'homme intérieur. Dans ces véhicules, la répétition du [Page 291] vice peut mettre en jeu une habitude difficile à surmonter, mais si l'égo se met résolument à créer en lui-même la vertu opposée, alors le vice est coupé à la racine, et ne peut plus exister, ni dans cette vie ni dans une autre. Autrement dit, le principe à appliquer dans la pratique de la vie est le suivant: pour se débarrasser d'un défaut de telle sorte qu'il ne puisse plus réapparaître, il faut remplir le vide créé dans l'égo par le manque de la qualité opposée. De nombreuses écoles modernes de psychologie et d'éducation recommandent cette méthode plutôt que celle qui consiste à s'attaquer plus directement au défaut. "Raffermissons-nous par des affirmations continuelles" disait Emerson.

La personnalité est un simple fragment de l'égo, celui-ci projetant une portion infime de lui-même dans les corps mental, astral et physique. Ce minuscule fragment de conscience peut être vu par les clairvoyants. Certains le voient comme "l'homme d'or de la taille d'un pouce" qui habite dans le coeur. D'autres le voient comme une étoile de lumière brillante.

Cette Étoile de Conscience peut être dans l'un quelconque des sept chakras du corps. Le choix de ce chakra dépend du type ou "rayon" de l'homme et aussi, semble-t-il, de sa race et de sa sous-race. Ainsi les hommes de la cinquième sous-race de la cinquième Race-mère ont presque toujours cette conscience dans le cerveau, dans le chakra voisin du corps pituitaire. D'autres hommes appartenant à des races différentes ont cette conscience dans le coeur, la gorge ou le plexus solaire.

L'Étoile de Conscience est le représentant de l'égo sur les plans inférieurs. C'est en réalité ce que nous connaissons sous le nom de personnalité. Mais bien que, comme nous l'avons vu, cette personnalité fasse partie de l'égo, que sa vie et son pouvoir soient ceux de l'égo, elle oublie souvent ces faits et arrive à se considérer comme une entité séparée et à travailler pour ses propres fins. Dans le cas des personnes ordinaires qui n'ont [Page 292] jamais étudié ces choses, la personnalité est l'homme, et l'égo ne se manifeste que rarement et partiellement.

Il existe toujours une liaison entre la personnalité et l'égo, c'est antahkarana. La plupart des gens ne font aucun effort pour utiliser cette liaison. A ses premiers stades, l'évolution consiste à ouvrir ce chemin de sorte que l'égo puisse s'en servir de plus en plus pour finalement arriver à dominer la personnalité. Lorsque cela est accompli, la personnalité ne possède plus de pensée ni de volonté séparée, elle est simplement l’expression de l’égo sur les plans inférieurs.

La maîtrise de l'égo sur ses véhicules inférieurs est seulement partielle; l'antahkarana peut être considéré comme le bras qui réunit la petite portion éveillée de l'égo à la main qui tient les véhicules inférieurs. Quand la jonction est parfaite, ce bras cesse d'exister.

En sanscrit, antahkarana signifie l'organe ou l'instrument intérieur, et sa destruction implique que l'égo n'a plus besoin d'instrument mais agit directement sur la personnalité. L'antahkarana qui est le lien entre le soi supérieur et le soi inférieur disparaît quand une seule volonté commande aux deux.

Toutefois, il ne faut pas oublier que l'égo, appartenant à un plan supérieur, ne peut jamais s'exprimer complètement sur les plans inférieurs. Le mieux qui puisse arriver, c'est que la personnalité ne contienne rien qui ne soit voulu par l'égo; alors il exprimera tout ce qu'il est possible d'exprimer sur les plans inférieurs.

Un homme sans aucun développement n'a pratiquement aucune communication avec l'égo; l'Initié a une communication parfaite. [ Il semble bien qu'à chaque "pas" sur le sentier occulte, l'Initiation confère la possibilité de parfaite communication avec l'égo plutôt que cette communication elle-même. L'Initié doit par ses propres efforts transformer cette possibilité en réalité] Entre ces deux extrêmes, il y a des hommes à tous les stades de développement.

Il faut aussi noter que l'égo est lui-même en voie de développement, et que les égos de nos semblables sont [Page 293] à des stades très différents de développement. Dans tous les cas, un égo est de toutes façons quelque chose de beaucoup plus grand qu'une personnalité, si belle soit-elle.

Bien que l'égo lui-même ne soit qu'un fragment de la Monade, il est complet en tant que égo dans son corps causal, même quand ses pouvoirs ne sont pas développés, tandis que dans la personnalité, il n'y a qu'une touche de la vie de l'égo.

 Il est évidemment de la plus grande importance pour l’étudiant sérieux de faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre et conserver en activité la liaison entre la personnalité et l'égo. Pour cela, il doit "faire attention" dans la vie, car l'attention accordée à la vie signifie la descente de l'égo pour regarder à travers ses véhicules. Bien des gens ont un corps mental fin et un bon cerveau, mais ils n'en usent guère parce qu'ils n'accordent pas assez d'attention à la vie. C'est ainsi que l’égo ne fait descendre qu'une infime partie de lui-même sur les plans inférieurs, et que les véhicules sont abandonnés à leur propre fantaisie.

Le remède est le suivant: il faut accorder à l'égo les conditions qu'il désire; alors il descendra et profitera de l'occasion qui lui sera offerte. Ainsi, s'il désire développer l’affection, la personnalité doit lui fournir l’opportunité de développer l'affection dans la plus large mesure sur les plans inférieurs. S'il désire la sagesse, la personnalité doit s'efforcer par l'étude de devenir elle-même sage sur le plan physique.

Il faut prendre la peine de chercher ce que l’égo désire; quand cette recherche aura abouti et que les conditions désirées lui seront fournies, il appréciera l’effort et sera heureux d'y répondre. La personnalité n'aura pas de raison de se plaindre de la réponse de l’égo. Autrement dit, si la personnalité s'occupe de l’égo, l’égo s'occupera de la personnalité.

L'égo lance une personnalité dans les mondes inférieurs comme le pêcheur jette un filet. Il ne s'attend [Page 294] pas à ce que chaque coup de filet soit fructueux, et il n'est pas profondément déçu si un coup de filet ne rapporte rien. S'occuper d'une personnalité n'est qu'une partie de ses activités, et il peut très bien se consoler par des succès suivant d'autres lignes d'activité. D'ailleurs, l'échec représente la perte d'un jour et il peut espérer faire mieux un autre jour.

Souvent la personnalité aimerait que l'égo lui accorde davantage d'attention; elle peut être sûre qu'elle la recevra dès qu'elle servira l'égo, dès que celui-ci jugera que cela en vaut la peine.

Dans l'Eglise chrétienne, le sacrement de Confirmation a pour but d'élargir et de fortifier le lien entre l'égo et la personnalité. Après l'élargissement préliminaire de ce canal, la puissance divine s'écoule à travers l'égo de l'évêque dans le manas supérieur du candidat. Au signe de la croix, elle s'élève dans le principe bouddhique, puis de là dans Atma ou Esprit. L'effet produit sur atma se reflète dans le double éthérique, celui produit sur bouddhi se reflète dans le corps astral, et enfin l'effet produit sur manas supérieur se reflète dans le mental inférieur. Ces effets ne sont pas simplement temporaires; il y a formation d'un canal élargi à travers lequel un courant constant peut être maintenu. Le but est comme nous l'avons dit, de faciliter à l'égo l'action sur et à travers ses véhicules.

Regardés d'en bas, les différents véhicules de l'homme donnent l'impression d'être les uns au-dessus des autres; mais ils ne sont pas réellement séparés dans l'espace. Ils donnent aussi l'impression d'être réunis par d'innombrables lignes de feu très fines. Chaque action dirigée contre l'évolution amène le trouble dans ces lignes en les tordant et les emmêlant. Quand un homme se conduit mal, de quelque façon que ce soit, la liaison entre les véhicules est empêchée en grande partie; il cesse d'être le véritable soi, et le côté inférieur de son caractère est seul capable de se manifester pleinement.

L'Eglise chrétienne fournit un moyen d'aider l'homme [Page 295] à retrouver rapidement l'équilibre. Un des pouvoirs spécialement conférés au prêtre au moment de l'ordination est celui de renforcer la communication avec la matière supérieure. Là est la réalité de l'absolution, la coopération de l'homme ayant été obtenue au préalable par la confession.

La rupture de la liaison entre l'égo et ses véhicules a pour conséquence la folie. Si nous nous représentons chaque particule du cerveau reliée à la partie astrale correspondante par un petit canal, chaque particule astrale reliée à la particule mentale correspondante de la même manière, et de même chaque particule mentale à la particule causale, tant que ces canaux sont parfaitement alignés, il y a communication excellente entre l'égo et le cerveau. Mais si l'un de ces groupes de canaux est courbé ou bouché, la communication se trouve partiellement ou totalement interrompue.

Du point de vue occulte, les fous peuvent être rangés en quatre catégories principales comme suit:

1. Ceux qui ont un défaut du cerveau physique. Le cerveau peut être trop petit, blessé, comprimé ou ramolli.

2. Ceux dont le défaut réside dans le cerveau éthérique, de sorte que les particules éthériques ne correspondent pas avec les particules physiques denses.

3. Ceux dont le corps astral est anormal, les canaux n'étant pas alignés avec les particules éthériques et mentales.

4. Ceux dont le corps mental est en désordre.

Les classes 1 et 2 sont parfaitement sains d'esprit quand ils sont en dehors du corps physique pendant le sommeil ou après la mort.

La classe 3 ne recouvre la santé que dans le monde céleste.

La classe 4 n'est guérie que dans le corps causal, de sorte que pour ses membres l'incarnation tout entière est un échec. Plus de 90 % de fous appartiennent aux classes 1 et 2. [Page 296]

L'obsession est produite par l'expulsion de l'égo par quelque autre entité. Seul un égo qui a une maîtrise très faible sur ses véhicules est susceptible de se laisser faire.

Bien que la maîtrise de l'égo sur ses véhicules soit plus faible pendant l'enfance, les adultes sont plus sujets à l'obsession que les enfants parce qu'ils ont plus souvent en eux les caractéristiques qui attirent les entités indésirables et rendent l'obsession possible. La meilleure manière d'empêcher l'obsession est l'emploi de la volonté. Si le véritable possesseur du corps veut se donner la peine de faire agir son pouvoir de volonté avec confiance, l'obsession est impossible.

Lorsqu'il y a obsession, c'est presque toujours parce que la victime s'est tout d'abord soumise à l'influence envahissante, et la première chose à faire est, par suite, de cesser cette soumission et de reprendre le gouvernement de son corps.

Les rapports entre la personnalité et l'égo sont si importants qu'on nous pardonnera sans doute quelques répétitions. L'étude des véhicules intérieurs de l'homme doit au moins nous aider à comprendre que l'homme véritable est l'aspect supérieur, et non l'agrégat de matière physique qui occupe la partie centrale, bien que les hommes aient tendance à y attacher une importance exagérée. Il se peut que nous ne puissions voir la trinité divine au dedans de nous-mêmes, mais nous pouvons au moins nous faire une idée du corps causal. C'est ainsi que nous nous rapprocherons autant que possible de la conception de l'homme véritable que nous pouvons acquérir grâce à la vue du plan mental supérieur.

Si nous regardons l'homme du niveau mental inférieur, nous ne pouvons en voir que ce qui peut être exprimé dans son corps mental; au niveau astral, un voile de plus gêne notre vision, et sur le plan physique un autre voile est en plus devant nos yeux, de sorte que l'homme véritable est plus caché que jamais.

Cette connaissance doit nous amener à nous faire de nos semblables une opinion meilleure, puisque nous comprenons [Page 297] qu'ils sont en réalité très supérieurs à ce qu'ils paraissent à notre oeil physique. Au fond de chaque homme se trouvent toujours les plus hautes possibilités, et souvent un appel à la nature supérieure l'éveille de son sommeil et elle se manifeste alors de sorte que tous peuvent la voir.

Ayant ainsi étudié l'homme tel qu'il est, il devient plus facile de percer le voile de matière physique dense et d'imaginer la réalité qui se cache derrière. Derrière chaque homme se trouve la nature divine; une fois ce principe compris, nous devons être capables de rectifier notre attitude de telle sorte que nous puissions aider les autres hommes mieux qu'auparavant.

Nous avons vu dans le chapitre sur la Contemplation que la conscience de l'égo pouvait être atteinte en maintenant le mental dans une attitude d'attention sans que celle-ci soit dirigée sur quoi que ce soit, et le mental inférieur étant silencieux afin que la conscience du mental supérieur puisse être expérimentée. Par ce moyen, les idées de l'égo éclatent dans le mental inférieur avec une lumière éblouissante; telles sont les inspirations du génie. "Contemple dans toute manifestation de génie, lorsqu'elle est combinée avec la vertu, la présence indéniable du céleste exilé, l'égo divin dont tu es le geôlier, ô homme de matière".

Le génie est ainsi la maîtrise momentanée du cerveau par la conscience plus large de l'égo qui lui est l'homme véritable. C'est la descente de cette conscience plus large dans un organisme capable de vibrer en réponse à ses impulsions. Les éclairs de génie sont la voix de l'Esprit vivant dans l'homme; ils sont la voix du Dieu intérieur parlant dans le corps de l'homme.

Les phénomènes désignés par le terme "conscience" semblent être de deux sortes: tout d'abord, ce mot est utilisé pour désigner la voix de l'égo; dans d'autres cas, il signifie volonté dans le domaine moral. Lorsqu'il s'agit de la voix de l'égo, il faut reconnaître qu'elle n'est pas toujours infaillible, car il peut arriver que l'égo décide [Page 298] de problèmes qui ne lui sont pas familiers et au sujet desquels il manque d'expérience.

La forme de conscience qui vient de la volonté ne nous dit pas ce qu'il faut faire, mais nous commande de suivre la ligne de conduite que nous savons être la meilleure lorsque le mental essaye d'inventer quelque excuse pour faire autrement.

Mais la volonté qui est indubitablement une qualité de l'égo ne doit pas être confondue avec les désirs de la personnalité dans les véhicules inférieurs. Le désir est l'énergie du Penseur dirigée vers l'extérieur, sa direction étant déterminée par l'attraction des objets extérieurs. La volonté est l'énergie du Penseur dirigée vers l'extérieur, sa direction étant déterminée par des conclusions que la raison tire d'expériences passées, ou par l'intuition directe du penseur lui-même. Autrement dit le désir est guidé de l'extérieur, et la volonté est guidée de l'intérieur.

Dans les premiers stades de l'évolution, le désir a la souveraineté totale et il mène l'homme complètement: l'homme est gouverné par son corps astral. Aux stades intermédiaires, il y a continuellement conflit entre le désir et la volonté; l'homme lutte contre Kamas-Manas. Dans les derniers stades, le désir meurt et la volonté gouverne sans opposition: l'égo est le maître.

En résumé, nous pouvons dire que la voix de l'égo ou du soi supérieur lorsqu'elle parle : l) de Atma, est la véritable conscience; 2) de Bouddhi, est la connaissance intuitive du vrai et du faux ; 3) de Manas supérieur, est l'inspiration. Quand l'inspiration devient suffisamment continue, c'est le génie.

Comme nous l'avons mentionné brièvement au chapitre 6, le génie qui provient de l'égo, voit au lieu d'argumenter; la véritable intuition est une de ses facultés, de même que le raisonnement est une faculté du mental inférieur. L'intuition est la vision intérieure: on peut la décrire comme étant l'exercice des yeux de l'intelligence, la reconnaissance infaillible d'une vérité présentée [Page 299] sur le plan mental. Elle voit en toute certitude, mais il n'est pas possible d'obtenir des preuves raisonnées de cette certitude, car elle est au delà et au-dessus du raisonnement. Mais avant que la voix de l'égo parlant à travers l'intuition puisse être reconnue avec certitude, un entraînement personnel sérieux et prolongé est nécessaire.

Toutefois, le mot intuition est employé quelquefois avec un sens un peu différent: ainsi, il a été dit que l'acquisition d'une intuition sûre dans la vie journalière signifie l'ouverture d'un canal direct entre les corps bouddhique et astral.

Incidemment, nous pouvons mentionner qu'elle travaille plutôt par le centre ou chakra du coeur que par le mental. La consécration d'un évêque se rapporte spécialement à ce centre et à la stimulation de l'intuition.

Nous distinguons ainsi deux modes distincts de transmission de "l'intuition" de la conscience supérieure à la conscience inférieure. L'une va du mental supérieur au mental inférieur; l'autre va, du corps bouddhique au corps astral.

L'intuition du corps causal a été décrite comme connaissant l'extérieur, celle du corps bouddhique comme connaissant l'intérieur. Avec l'intuition bouddhique, on voit les choses de "l'intérieur" ; avec l'intuition intellectuelle, on les voit "de l'extérieur" seulement.

De ces deux facultés, la plus facile à atteindre dépend du mode d'individualisation. Ceux qui se sont individualisés par une compréhension profonde recevront leur intuition comme une conviction qui ne nécessite aucun raisonnement pour être établie, bien qu'elle puisse avoir été comprise par raisonnement dans une vie passée ou en dehors du corps physique sur le plan mental inférieur.

Ceux qui ont atteint l'individualisation dans un accès de dévotion recevront leur intuition du corps bouddhique au corps astral. [Page 300]

Dans les deux cas, la condition nécessaire à la réception de l'intuition est l'équilibre des véhicules inférieurs.

Cela n'est pas en contradiction avec le fait que souvent l'instabilité psychologique est associée au génie ("le génie confine à la folie"). Lombroso et d'autres ont même dit que la plupart des saints étaient des névropathes.

Très souvent le saint et le visionnaire ont des cerveaux surmenés, de sorte que le mécanisme physique est dérangé et instable.

Bien plus, quelquefois l'instabilité est une condition de l'inspiration. Comme l'a dit le Professeur William James: "S'il existe une chose telle que l'inspiration d'un monde supérieur, il se peut que les tempéraments nerveux fournissent les meilleures conditions de réceptivité". (Varieties of Religious Experience, page 19) Il est possible qu'un génie ait un cerveau instable pour la raison suivante : la conscience supérieure peut être en train de travailler à améliorer son mécanisme; le cerveau est ainsi constamment soumis à une grande tension et dans certaines circonstances, cette tension peut causer un accident. Mais, si ces génies sont considérés ainsi comme des êtres anormaux, ils n'en sont pas moins admirables, car ils sont en tête de l'évolution humaine. Il s'agit dans leur cas d'une instabilité de croissance, et non d'une maladie.

Dans l'Eglise chrétienne, une tentative de stimulation du centre du coeur est faite au moment de la lecture de l'Evangile, lorsque le signe de la croix est fait avec le pouce au-dessus du centre du coeur, et aussi au-dessus des centres entre les sourcils et de la gorge. Cet emploi du pouce correspond à une passe de mesmérisme, et semble être fait lorsque l'on a besoin d'un courant de force petit mais puissant, comme pour ouvrir les centres.

Le coeur est dans le corps le centre de la triade supérieure, atma-bouddhi-manas. La tête est le siège de l'homme psycho-intellectuel dont les diverses fonctions [Page 301] sont localisées en sept endroits parmi lesquels le corps pituitaire et la glande pinéale.

L'homme qui peut transférer sa conscience du cerveau au coeur doit être capable d'unir kama-manas au manas supérieur à travers le manas inférieur qui, lorsqu'il est pur, constitue l'antahkarana; il est alors en mesure de saisir quelques-unes des incitations de la triade supérieure.

Dans les méthodes indiennes de Yoga, des précautions sont prises pour prévenir les dangers d'hystérie chez ceux qui viennent en contact avec les plans supérieurs, et l'on insiste tout particulièrement sur la nécessité de la discipline et de la purification du corps, de l'entraînement et de la maîtrise du mental.

L'égo transmet souvent des idées à la conscience inférieure sous forme de symboles; chaque égo a son propre système de symboles; toutefois, certaines formes semblent être générales dans les rêves. Ainsi, par exemple, on dit que rêver d'eau signifie avoir des ennuis. Il se peut qu'il n'y ait aucun rapport entre l'eau et les ennuis, mais si l'égo sait que la personnalité a cette croyance au sujet de l'eau, il choisira naturellement ce symbole pour prévenir la personnalité de quelque malheur imminent.

Dans certains cas, l'égo peut se manifester lui-même d'une manière très curieuse. Ainsi, le Docteur Annie Besant dit que pendant une conférence, lorsqu'elle prononce une phrase, elle voit généralement la phrase suivante matérialisée dans l'air devant elle, sous trois formes différentes parmi lesquelles elle choisit consciemment celle qui lui paraît la meilleure. Ceci semble bien être le travail de l'égo, bien qu'il soit difficile de comprendre pourquoi il choisit ce genre de communication au lieu d'imprimer directement ses idées sur le cerveau physique.

Les rapports entre l'égo et la personnalité sont décrits dans La Voix du silence : "Sois persévérant comme quelqu'un qui vit éternellement. Tes ombres (c'est-à-dire [Page 302] personnalités) vivent et s'évanouissent; ce qui est en toi vivra toujours, ce qui est en toi connaît, car la connaissance n'est pas de cette vie fuyante; c'est l'homme qui a été et qui sera, pour qui l'heure ne sonnera jamais".

Une belle description de l'égo est donnée par H. P. Blavatsky dans La Clef de la Théosophie: "Essayez d'imaginer un Esprit, un être céleste, peu importe le nom que nous lui donnons, divin dans sa nature essentielle, mais cependant pas assez pur pour être un avec le TOUT, et ayant pour réaliser cette unité à purifier sa nature jusqu'à ce qu'il atteigne finalement le but. Il ne peut y arriver qu'en passant individuellement et personnellement, c'est-à-dire spirituellement et physiquement à travers toutes les expériences et sensations qui existent dans la multiplicité de l'univers différencié. C'est pour cela qu'après avoir acquis de l'expérience dans les règnes inférieurs et après avoir gravi un à un les degrés de l'échelle des êtres, il doit passer par toutes les expériences des plans humains. Dans son essence même il est Pensée, c'est pourquoi il est appelé dans sa pluralité "Manasapoutra", les Fils du Mental (universel). Cette "Pensée" individualisée est ce que nous, théosophes, appelons le véritable Égo humain, l'entité pensante emprisonnée dans une enveloppe de chair et d'os. Il s'agit certainement d'une entité spirituelle, et non de matière (matière comme nous la connaissons dans l'univers objectif), et de telles entités sont les Égos qui se réincarnent et qui animent le faisceau de matière animale appelée humanité; leurs noms sont Manasa ou mentals".

Le "rayon" de manas inférieur cherche toujours à retourner à sa source, le manas supérieur. Mais tant que la dualité persiste, c'est-à-dire jusqu'à ce que la conscience ait été élevée au niveau causal, "unifiant le soi inférieur au soi supérieur", il y a une aspiration continuelle qui est ressentie par les natures les plus nobles et les plus pures comme l'un des faits les plus saillants de la vie intérieure. C'est cette aspiration qui vit dans [Page 303] la prière, dans l'inspiration, dans "la recherche de Dieu", et dans le désir d'union avec le divin. "Mon âme est assoiffée de Dieu, du Dieu vivant", soupire le chrétien ardent.

L'occultiste reconnaît dans ce cri l'impulsion toute puissante du soi inférieur vers le Soi Supérieur, dont il est séparé, mais dont il sent fortement l'attraction. Que l'homme adresse ses prières au Bouddha, à Vishnou, au Christ, à la Vierge, au Père, peu importe, ces distinctions sont des distinctions de dialectes, et non de faits. Dans toute prière, l'objectif réel est le Manas Supérieur uni à Bouddhi et à Atma, quel que soit le voile jeté sur cet objectif par l'époque ou par la race. C'est l'humanité idéale, le "Dieu personnel", "l'Homme-Dieu" qui se trouve dans toutes les religions; c'est le "Dieu incarné", le "Verbe fait chair", le Christ qui doit "naître" dans tous, avec lequel le croyant doit devenir un.

Plus techniquement, le "Dieu" individualisé dans chaque homme, son Père dans le Ciel, c'est la monade, et ce que l'égo est à la monade, la personnalité l'est à l'égo.

Toutefois, un avertissement est peut-être utile ici. Dans le passé, il a été fait usage des expressions "diriger ses regards vers le soi supérieur" et "écouter les incitations du soi supérieur" ; et il a toujours été suggéré que le soi supérieur devait accorder davantage d'attention à la pauvre personnalité qui lutte pour lui sur les plans inférieurs. Graduellement l'étudiant comprendra que la personnalité visible sur les plans inférieurs n'est qu'une toute petite partie de l'homme véritable, et que le soi supérieur, lui, est l'homme. Car il n'y a qu'une seule conscience, l'inférieure étant une représentation imparfaite de la supérieure, mais n'en étant pas séparée. Alors, au lieu de penser à "nous élever" jusqu'à ce que nous nous unissions au soi supérieur glorifié, nous comprendrons que le soi supérieur est le véritable soi, et qu'unir les sois supérieur et inférieur signifie en réalité ouvrir l'inférieur [Page 304] de sorte que le supérieur puisse agir plus librement et plus complètement à travers lui et en lui.

L’homme, doit donc s’efforcer d’acquérir la certitude, à un tel point que le doute soit impossible, certitude d’être lui-même l’esprit ou soi-supérieur; il doit développer la confiance en ses propres pouvoirs en tant qu’égo, et le courage d’employer ces pouvoirs librement. Au lieu de considérer son état de conscience habituel comme naturel et normal, et d’aspirer vers l’égo, être supérieur à, atteindre par l’effort continuel, il doit apprendre à envisager son état de conscience habituel comme anormal et anti-naturel, et d’autre part la vie de l’esprit comme sa vraie vie dont il se tient séparé par un effort continu.

Dans le langage de la forme, lorsque les véhicules inférieurs sont en harmonie avec l’égo, ils prennent la ressemblance de l’Augoeïdes (voir chapitre 27). Ils changent alors très peu d’une vie à l’autre.

De même, lorsque l’égo devient un reflet parfait de la monade, il change peu, tout en continuant à croître.

Ceux qui veulent délibérément entreprendre la tâche d’amener la conscience supérieure dans le cerveau, peuvent le faire par un entraînement sérieux du mental inférieur et du caractère, par l’effort soutenu et bien dirigé. L'habitude de penser avec calme, d’une manière soutenue sur des sujets non mondains, l’habitude de la méditation, de l’étude, développe le corps mental et en fait un meilleur instrument. L’effort pour cultiver la pensée abstraite est aussi utile, car il élève le mental inférieur vers le supérieur, et attire dans le corps mental les matériaux les plus subtils des quatre niveaux inférieurs du plan mental.

Corps Mental Graphic Page 305

Le diagramme est une tentative pour donner une idée des rapports entre l’égo et les véhicules inférieurs. Des pouvoirs, facultés et connaissances de l’égo sur son propre plan, seulement une petite fraction peut être transmise au corps mental; il en pénètre encore moins dans le corps astral, et enfin une infime [Page 306] partie atteint la conscience dans le corps physique. L'un des buts de l'homme doit être, comme nous l'avons vu, d'élargir et fortifier tellement le lien entre l'égo et ses corps inférieurs, que les pouvoirs de l'égo puissent s'exprimer de plus en plus dans les véhicules inférieurs de la personnalité.

 Au-dessus et au delà de l'égo se trouve la Monade, dont les rapports avec l'égo ressemblent à ceux de l'égo avec la personnalité.[Page 307]

CHAPITRE - 32-

RE-NAISSANCE

Nous reprenons maintenant l'histoire de l'égo et de ses véhicules au point où, la période de vie sur le plan mental supérieur étant terminée, il est temps de préparer une nouvelle incarnation.

Lorsque l'égo se retire dans le corps causal, il prend avec lui-même ses atomes permanents physique et astral, ainsi que l'unité ou molécule mentale permanente. Ces particules de matière, une seule pour chacun des trois plans inférieurs, restent avec l'égo à travers toutes ses incarnations humaines. Pendant qu'elles sont retirées dans le corps causal, elles sont au repos, ou du moins à l'état latent.

Lorsque l'époque de la réincarnation arrive, l'égo dirige son attention vers l'extérieur; un frémissement de vie émanant de lui-même éveille l'unité mentale, et le tissu de vie commence à s'ouvrir; ce tissu de vie se compose de matière bouddhique; il a une apparence brillante, dorée; sa finesse, sa délicatesse et sa beauté sont merveilleuses; il est formé d'un seul cordon qui est le prolongement du Sûtrâtman Une description plus complète sortirait des limites de ce volume; l'auteur espère pouvoir la donner dans un prochain ouvrage.

L'unité mentale reprend donc son activité parce que l'égo cherche à s'exprimer une fois de plus sur le plan mental, dans la mesure où la plasticité de sa matière le permet.

L'unité mentale se comporte alors comme un aimant; elle attire autour d'elle de la matière et de l'essence élémentale mentales dont les pouvoirs vibratoires ressemblent aux siens, ce qui leur permettra d'exprimer ses [Page 308] qualités mentales latentes. Ce phénomène est, dans une certaine mesure, automatique, bien que les dévas du Second Règne Élémental y participent en amenant les matériaux convenables à la portée de l'unité mentale.

Tout d'abord la matière ne constitue qu'un nuage informe et inorganisé autour de l'unité mentale; ce n'est pas encore un corps mental, mais seulement un ensemble de matériaux qui serviront à construire le nouveau corps mental.

Les qualités ne sont pas encore en activité. Il n'y a là que des germes de qualités, et, pour le moment, leur seule influence est de se ménager un champ de manifestation en rassemblant des matériaux susceptibles de les exprimer, dans le véhicule mental de l'enfant.

Les germes ou semences provenant du passé, sont appelés par les Bouddhistes Skandhas. Ce sont des qualités matérielles, sensations, idées abstraites, tendances d'esprit, facultés mentales. Comme nous l'avons vu au cours de notre étude, le plus pur arôme de ces germes est passé en dévachan avec l'égo; tout ce qui était grossier, bas et mauvais est resté en sommeil. Tout cela est repris par l'égo lorsqu'il retourne vers la vie terrestre, et est incorporé au nouvel "homme de chair" que l'homme véritable va habiter.

Les expériences du passé n'existent pas dans le nouveau corps mental sous forme d'images; elles sont mortes en tant qu'images mentales il y a longtemps, lorsque le vieux corps mental est mort; leur essence seule, leurs effets sur les facultés subsistent.

Le même phénomène se reproduit lorsque l'égo tourne son attention vers l'atome permanent astral et y introduit sa volonté. Ainsi l'unité mentale et l'atome astral permanents attirent à eux des matériaux capables de produire des corps mental et astral exactement du même type que ceux de l'homme à la fin de ses dernières vies mentale et astrale. Autrement dit, l'homme reprend sa vie dans les mondes mental et astral exactement là où il l'avait laissée. [Page 309]

Les corps mental et astral de l'homme au début de sa nouvelle période de vie, étant les résultats directs du passé, forment une partie importante de son Prarabda, ou karma venu à maturité. La matière mentale est tout d'abord distribuée uniformément dans l'ovoïde. C'est seulement lorsque sa petite forme physique vient à exister que les matières mentale et astrale sont attirées par elle. Alors elles commencent à se mouler sur sa forme, puis croissent d'une manière continue avec elle. En même temps, la matière mentale et la matière astrale sont mises en activité, et l'émotion et la pensée font leur apparition. Plus la matière du corps mental est grossière, plus intime est l'association avec la matière astrale, et plus fort est l'élément Kama-Manas. (Voir chapitre 6) Un jeune enfant n'a pas un corps mental ni un corps astral proprement dits; mais il a autour de lui de la matière qui servira à construire ces corps. Il possède des tendances de toutes sortes, les unes bonnes, les autres mauvaises. Que ces germes se développent ou non, cela dépend des influences qu'il subira pendant ses premières années. Chaque germe bon ou mauvais peut être facilement éveillé à l'activité, ou bien dépérir faute de stimulation. S'il est stimulé, il devient dans la vie de l'homme un facteur plus puissant que dans la vie passée; s'il dépérit, il finit par mourir et cesse d'apparaître dans la série des incarnations. Pendant les premières années, l'égo a peu d'action sur ses véhicules, c'est pourquoi il attend de ses parents une aide pour acquérir plus d'emprise sur ses véhicules, grâce aux conditions favorables qu'ils peuvent lui fournir. C'est là que réside la grande responsabilité des parents. La plasticité des véhicules informes de l'enfant est extrême. Le corps physique de l'enfant est déjà très plastique et facilement impressionnable, mais ses corps astral et mental le sont beaucoup plus. Ils frémissent en [Page 310] réponse à toute vibration qui les atteint, et ils sont énormément réceptifs à toutes les influences bonnes ou mauvaises qui émanent de ceux qui les entourent. Mais comme dans le cas du corps physique, les corps astral et mental perdent rapidement leur souplesse; ils acquièrent des habitudes définies qui, une fois solidement établies, ne peuvent être changées qu'au prix de difficultés très grandes. L'avenir de l'enfant est donc aux mains des parents dans la plus large mesure, bien plus que se l'imaginent les meilleurs des parents. Si nous pouvons nous imaginer nos amis avec toutes leurs bonnes qualités énormément intensifiées, et tous les traits de caractère indésirables détruits, nous avons l'image des résultats que peuvent produire des parents capables de comprendre et de faire tout leur devoir vis-à-vis de leurs enfants. Cette extraordinaire sensibilité à l'influence de son entourage commence pour l'enfant dès que l'égo descend sur l'embryon, longtemps avant la naissance; elle continue, dans un grand nombre de cas, jusqu'à la période de maturité environ. Le corps mental, ou plutôt les matériaux dont il sera fait, sont incorporés aux véhicules inférieurs pendant la vie prénatale; la liaison devient de plus en plus intime jusqu'à l'âge de sept ans environ, où les véhicules inférieurs sont en relation avec l'égo autant que le stade de l'évolution le permet. Alors, si l'égo est suffisamment avancé, il commence doucement à gouverner ses véhicules: ce que nous appelons la conscience commence à faire entendre sa voix. Pendant la vie prénatale, l'égo se tient au-dessus de la mère qui construit son corps futur, mais l'égo ne peut guère affecter l’embryon; il a sur lui une très faible action par l'intermédiaire de l'atome physique permanent; de même l'embryon ne peut pas lui répondre, et par suite, il ne partage pas les pensées et émotions de l’égo exprimées dans son corps causal. [Page 311] Les Hindous avaient diverses cérémonies destinées à entourer d'influences pures à la fois la mère et l’enfant avant et après la naissance. Ils créaient des conditions spéciales qui écartaient les influences inférieures et attiraient les supérieures. Ces cérémonies avaient une très grande utilité. Les germes de mal qui sont apportés par l'enfant dans ses atomes permanents sont quelquefois appelés "le péché originel", mais il est inexact de rattacher cela à la légende d'Adam et Ève. Dans l'Eglise chrétienne, le sacrement du baptême est essentiellement destiné à aider à réduire au minimum les effets de ces germes de mal. Dans ce but, on emploie de l'eau magnétisée, ou "bénite"; le prêtre peut ainsi mettre fortement en vibration la matière éthérique du corps de l’enfant, stimuler le corps pituitaire, et, à travers lui, affecter le corps astral, puis le corps mental. La force mise en jeu monte et descend jusqu'à ce qu'elle s'équilibre.

 "L'exorcisme" accompli par le prêtre a pour but de fixer les germes du mal dans leur état actuel et d'éviter qu'ils soient nourris, de sorte qu'ils s'atrophient et meurent.

De plus, dans l’Église catholique libérale au moins, le prêtre faisant le signe de la croix sur tout le corps de l'enfant, devant et derrière, construit une forme-pensée ou élémental artificiel (ce qui a donné naissance à l’idée de l'ange gardien baptismal), rempli de force divine, et qui est ainsi animé par une espèce supérieure d'esprit de la nature appelé sylphe. La forme-pensée est une sorte de bouclier de lumière blanche devant et derrière l'enfant. Éventuellement par association avec cette forme-pensée qui est imprégnée de la vie et de la pensée du Christ Lui-même, le sylphe peut s'individualiser et devenir un Séraphin. Même si l’enfant meurt presque immédiatement, le baptême peut lui être utile de l'autre côté de la mort. Car les germes de mal pourraient être stimulés dans le [Page 312] monde astral, et la forme-pensée empêche cette stimulation. Par le baptême, non seulement les centres ou chakras sont ouverts à l'influence spirituelle, mais les germes de mal sont diminués dans une certaine mesure, et l'enfant est muni de ce qui constitue pratiquement un ange gardien, une puissante influence pour le bien. De plus, le signe de la croix fait sur le front de l'enfant avec l'huile consacrée, est visible dans le double éthérique pendant toute la vie de l'homme; c'est le signe du Chrétien, de même que le tilaka ou marque de la caste, est, chez les Hindous, le signe de Shiva ou le trident de Vishnou. L'aura d'un enfant est souvent d'une très grande beauté, pure et brillante, sans aucun nuage de sensualité, avarice ou égoïsme qui ternissent si souvent l'aura de l'adulte. Le changement de l'aura de l'enfant à mesure qu'il vieillit, est très dramatique, à cause du développement des tendances mauvaises par les influences environnantes, tandis que les bonnes tendances sont négligées. Celui qui a vu cela cesse de s'étonner de l’extraordinaire lenteur de l'évolution humaine, et de la petitesse, des progrès réalisés par nombre d'égos au cours d'une seule vie dans le monde inférieur. Le remède à ce triste état de choses réside dans l'éducation des parents et des professeurs dont le caractère personnel et les habitudes ont un si grand effet sur le développement de l'enfant. Nous pensons qu'il n'est pas nécessaire d'insister davantage sur l'importance des pensées et émotions des parents et maîtres sur les enfants dont ils ont la charge. Ce sujet a été traité en détail dans l'ouvrage de C.W. Leadbeater: Le Côté caché des choses, volume 2. Dans la civilisation Atlantéenne, l'importance de la fonction d'éducateur était si bien reconnue que pour la remplir il fallait être un clairvoyant entraîné capable de voir toutes les qualités et facultés latentes de ceux dont [Page 313] il avait la charge. Alors il pouvait agir intelligemment sur chacun et développer le bien en détruisant le mal. Dans l'avenir éloigné de la Sixième Race-Racine, ce principe sera appliqué encore plus complètement. Quelles que soient les précautions prises par les parents, il est pratiquement inévitable que l'enfant rencontre un jour de mauvaises influences dans le monde, d'où il résultera une certaine stimulation des mauvaises tendances. Mais les conséquences ne sont pas les mêmes si les bonnes tendances ont été stimulées les premières ou si, au contraire, les mauvaises l'ont été avant. Dans nombre de cas, le mal est éveillé à l'activité avant que l'égo ait la main sur ses véhicules, de sorte que quand il veut les saisir, il a à lutter contre de fortes prédispositions au mal. Quand les germes de bien sont éveillés tardivement, ils ont à lutter contre les tendances mauvaises déjà solidement établies. Au contraire, si les parents, par des soins extrêmement attentifs avant la naissance, et plusieurs années après, ont pu assurer la stimulation des tendances bonnes seulement; alors, quand l'égo prend le commandement, il lui est facile de s'exprimer à l'aide des bonnes habitudes établies. Si une excitation mauvaise se produit à ce moment, elle s'oppose à une puissante impulsion dans la direction du bien, et c'est en vain qu'elle lutte contre cette impulsion. L'égo a tout d'abord peu d'action sur ses véhicules, à moins d'être exceptionnellement avancé; mais il importe de se rappeler que sa volonté est toujours dirigée vers le bien, car il désire évoluer lui-même au moyen de ses véhicules, et les pouvoirs qu'il met en jeu sont toujours du bon côté.

Pendant la vie de l'embryon et celle de l'enfant, l'égo continue sa vie plus large et plus riche, et, comme nous l'avons dit, vient progressivement en contact avec l'embryon.

Nous pouvons noter ici que les rapports de la monade avec l'univers dans lequel sa conscience évolue, sont [Page 314] analogues à ceux de l'égo avec son nouveau corps physique. Comme le corps mental est tout neuf, il ne peut pas contenir la mémoire des vies passées auxquelles il n'a eu aucune part. Cette mémoire appartient à l'égo dans le corps causal, qui, avec les atomes permanents, est seul à persister, d'une incarnation à l'autre. L'homme qui fonctionne dans le monde physique ne peut donc pas se souvenir de ses vies passées tant qu'il n'a pas d'autre moyen à sa disposition que son corps mental. Dans le développement du corps humain, la période de gestation correspond à la branche descendante de l'évolution des règnes élémentals. De la naissance à l'âge de sept ans environ, la plupart des éducateurs admettent que la nature physique de l'enfant demande le plus d'attention. De sept à quatorze ans, le développement de ses émotions est la chose importante. De quatorze à vingt et un ans, l'instructeur devrait s'appliquer spécialement à développer les facultés mentales. Ces trois derniers stades peuvent être considérés comme correspondant dans une certaine mesure aux règnes minéral, végétal et animal. Dans le premier, la conscience est sur le plan physique; dans le second, elle est sur le plan émotionnel; dans le troisième, le mental inférieur gagne progressivement du terrain et conduit au stade où l'homme devient le véritable penseur. La longue période du milieu de la vie est la véritable carrière de l'homme. L'époque de la vieillesse devrait amener la sagesse; celle-ci est très imparfaite chez la plupart des gens, elle n'est qu'une ombre des sommets surhumains qui seront atteints dans l'avenir. Il est utile de mentionner ici une curieuse éventualité qui peut se produire dans des cas très rares lorsqu'un homme re-naît. Au chapitre 6, nous avons vu comment après une vie totalement dégradée, la nature inférieure est violemment séparée de la nature supérieure, l'incarnation étant un échec complet pour l'égo.

 Dans ces conditions, l'égo est si dégoûté de ses véhicules [Page 315] qu'à la mort du corps physique il rejette aussi les autres véhicules; en fait, il peut même abandonner le corps pendant la vie physique.

Après la mort, un tel égo sans corps astral et sans corps mental se réincarne rapidement. Les vieux corps mental et astral peuvent très bien n'être pas encore désagrégés; ils sont alors attirés par les nouveaux corps mental et astral et constituent la plus terrible forme de ce qui est connu sous le nom de "gardien du seuil". [Page 316]

CHAPITRE - 33 -

LES DISCIPLES

La maîtrise, l'entraînement et le développement du corps mental (aussi bien évidemment que du corps astral) forment une partie importante du travail de celui qui a pour but de devenir un élève, ou chéla, d'un Maître, et, ensuite, un Initié de la Grande Fraternité Blanche. Le tableau suivant indique les quatre "Qualifications" bien connues pour le Sentier conduisant à l'Initiation. Il est clair que dans chacune d'elles se trouve un élément mental.

 

LES QUALIFICATIONS POUR LE SENTIER

 

Nos.
SANSKRIT
FRANÇAIS
1Viveka La discrimination entre le réel et l'irréel; aussi appelée l'ouverture des portes du mental
2Vairagya L'indifférence à l'irréel, au transitoire et aux fruits de l'action; le détachement
3

Shatsampatti

a) Shâma
b) Dama
c) Uparati
d) Titiksha
e) Shraddha
f) Samâdhâna

Les six attributs mentals:

Maîtrise de la pensée;
Maîtrise de soi dans l'action;
Tolérance
Endurance
Foi
Équilibre
4Mumuksha Le désir de la libération

Des volumes ont été écrits sur les Qualifications. La place dont nous disposons ne nous permet qu'une très brève description. On n'attend pas de l'aspirant que ces qualités soient poussées à la perfection, mais il faut [Page 317] qu'il les possède toutes au moins partiellement pour que l'Initiation soit possible. Viveka. - L'aspirant doit apprendre que la vie intérieure, la vie de l'égo ou pour l'égo, est la vie réelle. Il doit apprendre, comme C.W. Leadbeater l'a dit, que "le nombre des choses qui importent réellement est restreint; la plupart des choses n'ont aucune espèce d'importance". Cela ne veut pas dire, bien entendu, que les devoirs et les responsabilités terrestres que nous avons assumés, puissent ou doivent être négligés; au contraire, l'occultiste doit s'en acquitter avec plus de soin que toute autre personne. C'est l'esprit dans lequel ces devoirs sont remplis qui importe; discerner le devoir de son aspect est une chose importante, mais l'aspect ne l'est pas.

 Cette "ouverture des portes du mental" ou "conversion", est ce dont il est question dans la Bible: "Placez vos affections dans les choses supérieures, et non dans les choses de la terre... car les choses visibles sont temporelles, mais les choses invisibles sont éternelles".

La discrimination est stimulée par le changement rapide des circonstances au milieu desquelles le disciple est généralement jeté, cela dans le but de le pénétrer de l'instabilité des choses extérieures. La vie d'un disciple est généralement une vie orageuse, pour que le développement des qualités soit stimulé et ces qualités rapidement portées à la perfection. Vairagya. - Quand on reconnaît que les choses extérieures sont instables et qu'elles ne peuvent donner satisfaction, il en résulte naturellement l'indifférence pour ces choses. L'aspirant devient indifférent aux choses qui vont et viennent, et il fixe de plus en plus son attention sur la réalité immuable qui est toujours présente. Shâma. - La nécessité du contrôle de la pensée a été indiquée avec insistance tout le long de ce volume. [Page 318] L'élève doit mettre en ordre le chaos de ses émotions et de ses pensées; il faut qu'il élimine la foule des petits intérêts, et contrôle les pensées errantes. Tant qu'il vit dans le monde, la difficulté de cette entreprise est multipliée par la pression incessante des ondes de pensée et d'émotion qui viennent le troubler et ne lui laissent aucun repos, ni aucune opportunité de rassembler ses forces pour faire un effort réel. La pratique journalière de la concentration et de la méditation est une méthode qui réussit à beaucoup de gens. L'aspirant doit travailler avec une grande énergie et avec beaucoup de persévérance pour imposer au mental rebelle l'ordre et la discipline. Car il sait que la grosse augmentation du pouvoir de la pensée qui accompagnera son développement rapide peut être un danger pour les autres et pour lui-même si cette force n'est pas complètement maîtrisée. Il vaudrait encore mieux donner à un enfant de la dynamite en guise de jouet que de placer le pouvoir créateur de la pensée entre les mains de l'égoïste et de l'ambitieux. Dama. - A la maîtrise de soi quant au mental, il faut ajouter la maîtrise de soi dans l'action. De même que le mental obéit à l'âme, il faut que la nature inférieure obéisse au mental. La négligence dans la partie inférieure de l'activité humaine doit être éliminée.

Uparati. - La tolérance, vertu sublime et dont les conséquences sont immenses, signifie l'acceptation tranquille de chaque homme, de chaque forme d'existence, tels qu'ils sont, sans désirer qu'ils soient autrement, sans demander qu'ils soient un peu plus conformes à nos préférences personnelles. Le respect de l'individualité des autres est un des traits de caractère du disciple.

Titiksha. - L'endurance signifie l'attitude mentale de celui qui supporte tout avec bonne humeur, et ne se plaint jamais, marchant droit devant lui, sans jamais se détourner de sa direction. L'aspirant sait que tout ce qui lui arrive est une conséquence de la Loi, et que la [Page 319] Loi est bonne. Il doit comprendre que s'il paye en un petit nombre de vies les obligations karmiques accumulées dans le passé, les paiements doivent être lourds. Shraddha. - Les luttes même au milieu desquelles l'aspirant est plongé, développent en lui la foi dans son Maître, et une confiance en lui-même forte et sereine que rien ne peut ébranler. Samâdhâna. - L'équilibre croît dans une certaine mesure sans effort conscient pendant la lutte pour les cinq premières qualifications. L'âme se détache peu à peu des liens qui l'enchaînent au monde des sens. De ces choses "se détourne l'abstinent habitant du corps" et elles perdent le pouvoir de détruire son équilibre. L'équilibre au milieu des difficultés mentales est aussi nécessaire; cet équilibre est enseigné par les changements rapides mentionnés plus haut, à travers lesquels la vie de l'aspirant est guidée par les soins de son Maître. Mumuksha. - Le désir profond et intense de la libération, l'aspiration de l'âme vers l'union avec le Divin, résultent de l'acquisition des autres qualifications. Cette qualité ajoute la dernière touche qui prépare l'aspirant à devenir disciple. Lorsque cette aspiration s'est fermement affirmée, l'âme qui l'a ressentie ne peut plus jamais se désaltérer aux fontaines terrestres. L'homme qui a suffisamment développé cette qualité est prêt pour l'Initiation; il est un Adhikari, prêt à "entrer dans le courant" qui le sépare à jamais des intérêts de la vie terrestre, sauf en ce que ces intérêts lui permettent de servir son Maître et d'aider à l'évolution de l'humanité. Cette soif des choses de l'Esprit est représentée dans la Franc-Maçonnerie par l'attitude intérieure du candidat qui "sollicite humblement l'admission aux mystères et aux privilèges de l'Ancienne Franc-Maçonnerie". Dans cette attitude, comme le savent les Francs-Maçons, la chose importante est le désir intérieur du [Page 320] candidat lui-même. Nul ne peut fouler le sentier occulte à l'instigation d'un autre. Dans le système Bouddhique, les noms donnés aux étapes sont quelque peu différents, bien que les qualifications soient les mêmes en réalité. Voici la nomenclature en langue Pãli: 1. Manodvâravajjana: L'ouverture des portes du mental, ou peut-être l'évasion par les portes du mental. C'est l'acquisition de la conviction de la précarité et de la non-importance des buts simplement terrestres. 2. Parikamma: La préparation à l'action. Faire le bien pour l'amour du bien, avec une parfaite indifférence vis-à-vis des fruits de l'action. 3. Upachâro: L'attention, ou la bonne conduite a. Samo: La quiétude mentale qui résulte de la maîtrise des pensées. b. Damo: La subjugation; la maîtrise des paroles et des actes. c. Uparati: La cessation de la bigoterie ou croyance dans la nécessité des cérémonies. D'où l'indépendance de pensée et la tolérance. d. Titikkhâ: L'endurance et la patience; celui qui possède cette qualité ne se plaint jamais de son sort. e. Samâdhâna: L'unité de but (one-pointedness) qui comporte la certitude de ne pas être détourné du chemin par les tentations. f. Saddhâ: La foi. La confiance de son Maître et en soi-même. 4. Anuloma: L'ordre direct ou la succession directe, ce qui signifie que cette qualité résulte naturellement des trois autres; c'est le désir intense de libération. 5. Gotrabhû: État de celui qui est prêt pour l'Initiation.

 Il est clair que ces Qualifications font nécessairement partie de la conscience de l'égo. Car si l'on peut observer [Page 321] la vie du point de vue de l’égo, on la voit sans déformation, telle qu’elle est, c’est-à-dire avec la qualité de discernement. De plus, la conscience de l’égo étant détachée des corps inférieurs, l’absence de désir en résulte inévitablement. En poussant le raisonnement plus loin, nous voyons que la conduite de l’homme devenant celle de l’égo, au lieu d’être celle des corps, il en résulte nécessairement shatsampatti, ou la bonne conduite. Comme le monde de l’égo est celui de l’unité, de l’amour dans son sens le plus large, la conscience de l’égo implique l’amour, ce mot étant quelquefois employé pour désigner d’un point de vue un peu différent, la dernière des quatre qualités, Mumuksha, le désir de libération.

Lorsqu’un homme semble être suffisamment près de la possession des qualifications nécessaires, un Maître peut le prendre "en probation". Cela signifie que cet homme va rester pendant une certaine période en observation. Pendant la durée de la probation, l’élève n’est pas en communication directe avec le Maître. Il est peu probable qu’il voit ou entende quoi que ce soit de Lui. D'autre part, en général, aucune difficulté spéciale n’est placée sur son chemin. Il est tout simplement l’objet d’une surveillance attentive de son attitude en face des événements ordinaires de la vie. Pour la commodité de l’observation, le Maître fait ce que l’on appelle une "image vivante" de l’élève probationnaire, c’est-à-dire une reproduction exacte des corps éthérique, astral, mental et causal de l’homme. Cette image est placée dans un endroit où Il peut la voir facilement, et Il la met en rapport magnétique avec l’homme lui-même, de sorte que tous les changements de pensée ou d’émotion dans les propres véhicules de l’homme sont fidèlement reproduits par l’image. Ces images sont examinées chaque jour par le Maître qui dispose, par ce moyen, le plus facilement du monde, d’une source de renseignements complète et absolument fidèle au sujet des pensées et des sentiments de Son futur élève. Cet examen Lui permet de décider quand il [Page 322] est temps de mettre l'élève en relations plus étroites avec Lui, ou "d'accepter" l'élève. Cela se fait généralement sans cérémonie. Le Maître donne quelques avis, dit au nouvel élève accepté ce qu'il attend de lui, et souvent, à Sa manière charmante, Il trouve quelque raison de féliciter l'élève du travail qu'il a déjà accompli. L'image vivante ne reflète pas seulement les défauts ou les troubles, elle reflète la totalité de la conscience de l'élève. Il faut noter à ce sujet que l'élève doit réaliser en lui-même le bien d'une manière active, et non pas passivement, ce qui ne suffirait pas à lui assurer des progrès rapides. Si un élève en probation fait quelque chose d'exceptionnellement bien, le Maître lui accorde un peu plus d'attention, et Il peut même lui envoyer un encouragement sous une forme ou sous une autre, ou encore placer sur son chemin un travail particulier pour voir comment il s'en acquitte. Mais, d'une manière générale, Il laisse ce soin à un élève plus avancé. Ainsi, les rapports entre le Maître et l'élève en probation sont limités à l'observation de l'élève par le Maître, et éventuellement à l'utilisation de l'élève à un travail déterminé. Les Adeptes n'ont pas l'habitude d'employer des tests spéciaux ou sensationnel ; l'élève suit le cours de sa vie ordinaire, et l'image vivante fournit suffisamment d'indications sur son caractère et sur ses progrès. La durée moyenne de la probation est, dit-on, de sept ans; mais elle peut être beaucoup plus grande, ou, au contraire, beaucoup plus petite. On connaît un cas où elle dura trente ans, et un autre où elle dura seulement quelques semaines. Sur le sentier de probation, la conscience la plus élevée de l'homme travaille sur le plan mental supérieur. Lorsqu'un élève est accepté, il fait partie de la conscience de son Maître à tel point que tout ce qu'il voit et entend est porté à la connaissance du Maître. Cela ne veut pas dire que le Maître voie ou entende au même [Page 323] moment que l'élève; cette coïncidence arrive souvent, mais pas toujours; dans tous les cas, ce qui a été vu ou entendu par l'élève fait partie de la mémoire du Maître tout comme cela fait partie de celle de l'élève, et le Maître peut se le rappeler à tout instant choisi par Lui. Tout ce que l'élève ressent ou pense fait ainsi partie des corps astral et mental de son Maître.

 Le Maître fond l'aura de l'élève dans la Sienne propre, de sorte que Ses forces peuvent agir constamment à travers l'élève, sans attention spéciale de Sa part.

Il ne faut pas croire que l'élève soit un simple canal inconscient; au contraire, il doit être un coopérateur intelligent. Si, par malheur, il arrive que l'élève entretienne quelque pensée indigne du Maître, dès qu'Il s'en aperçoit, Celui-ci élève une barrière destinée à arrêter la vibration indésirable. Cela distrait évidemment Son attention du travail en cours, et nécessite une certaine dépense d'énergie. L'union de l'élève avec le Maître, qui commence à l'Acceptation, est permanente, de sorte que les véhicules supérieurs de l'élève vibrent toujours d'accord avec ceux du Maître. Sans cesse l'influence des véhicules du Maître améliore la qualité de ceux de l'élève, de sorte qu'il devient de plus en plus semblable au Maître. A chaque instant, la pensée de l'élève est occupée par la pensée de son Maître et par Son influence, de telle manière qu'en s'ouvrant à celle-ci il se ferme, dans une certaine mesure, aux influences inférieures. On n'attend pas de l'élève qu'il ne pense jamais autre chose qu'à son Maître. Mais on attend de lui qu'il maintienne la forme du Maître constamment à l'arrière plan de son mental, toujours à portée s'il en a besoin dans les vicissitudes de la vie. La relaxation et le changement des pensées sont nécessaires à la bonne santé mentale, mais il ne faut évidemment pas que l'élève se permette, même pendant un instant, une pensée dont il aurait honte devant son Maître. [Page 324] Le phénomène de l'accord des véhicules de l’élève sur ceux du Maître est progressif et lent: il s'agit de modeler un être vivant, et c'est la lente croissance intérieure qui adapte la forme à l'influence extérieure, de même qu'un jardinier dirige avec patience la pousse des branches d'un arbre. Bien que le Maître influence simultanément des milliers de gens, et qu'il fasse encore un autre travail supérieur, l'effet produit sur Son élève est le même que s'Il lui accordait toute Son attention et ne pensait à rien d'autre, car l'attention qu'Il est capable de donner à un homme parmi des centaines d'autres, est plus grande que la nôtre lorsque nous nous concentrons entièrement sur un seul objet. Le Maître laisse souvent à un de Ses élèves les plus avancés le soin d'harmoniser les véhicules inférieurs, mais, malgré cela, Il envoie toujours directement un flux d'énergie aux véhicules de l'élève. C'est de cette manière qu'Il est le plus utile à Ses élèves, sans que ceux-ci en aient nécessairement conscience. L'élève accepté devient donc une sorte d'avant-poste de la conscience du Maître, de sorte que tout ce qui est fait en présence de l'élève, est fait en présence du Maître. Le Maître peut être inconscient de ces événements au moment où ils se produisent, mais il font quand même partie de Sa mémoire, comme nous l'avons dit plus haut. Les expériences de l'élève font donc partie de Ses propres connaissances. Même les choses purement physiques, comme un léger bruit dont l'élève a conscience, font aussi partie de la conscience du Maître. Un élève sage s'efforce, pour cette raison, d'éviter toute espèce de choc, et c'est pourquoi il est généralement tout à fait tranquille et agréable à fréquenter. Un élève est toujours relié à son Maître par un courant de pensée et d'influence qui s'exprime sur le plan mental comme un grand rayon ou courant de lumière éclatante de toutes les couleurs, principalement violet, or et bleu. Lorsque l'élève dirige une pensée de dévotion vers son [Page 325] Maître, il en résulte une intensification soudaine de cette lumière et un flux distinct d'influence spirituelle allant du Maître à l'élève. L'explication de ce phénomène est la suivante: la puissance du Maître rayonne constamment dans toutes les directions, comme la lumière du soleil; la pensée de l'élève vivifie sa connexion avec le Maître et produit un canal plus large par où le grand océan d'amour du Maître trouve à s'épancher. La liaison entre le Maître et l'élève est si intime que celui-ci peut à chaque instant (comme nous l'avons dit au chapitre 11) savoir ce que le Maître pense sur un sujet donné, et cela est très utile pour le préserver de l'erreur. Mais l'élève ne doit pas abuser de ce privilège. Il faut que cela reste un moyen de référence ultime dans les cas de grande difficulté, car il serait mauvais que l'élève s'épargne par ce moyen la peine de penser, ou de décider des choses ordinaires pour lesquelles il est parfaitement compétent.

D'une manière analogue, à un niveau supérieur, l’Initié peut comparer sa pensée à celle de la Grande Fraternité, et attirer à lui les fragments de cette immense conscience auxquels il est capable de répondre. De même encore, l'Initié doit s'efforcer de ne pas introduire de discordance dans cette puissante conscience qui est parfaitement une.

Nous pouvons répéter ici ce que nous avons dit au chapitre 11, à savoir que le Maître peut à tout instant transmettre une pensée à travers l'élève soit sous forme de suggestion, soit sous forme de message, par exemple lorsque l’élève écrit une lettre ou fait une conférence. Dans les débuts, l'élève est généralement inconscient de ces choses, mais il apprend très vite à discerner la pensée de son Maître. Il est, d'ailleurs, très utile qu'il apprenne rapidement à la reconnaître, car il y a de nombreuses entités sur les plans astral et mental qui sont capables de faire des suggestions analogues, et il est bon que l'élève sache les distinguer. L'emploi du corps d'un élève par son Maître est une [Page 326] chose toute différente des phénomènes ordinaires produits par un médium. Le mécanisme du travail du médium a été expliqué tout au long dans Le Double éthérique et dans "Le Corps Astral" , ainsi que les inconvénients de ce genre de travail. L'emploi du corps d'un élève par son Maître ne présente, au contraire, aucune espèce d'inconvénient. L'influence d'un Maître est si puissante qu'elle peut se faire sentir dans toutes circonstances: par exemple, une personne sensitive peut très bien être consciente de Sa présence, voir Ses traits, et entendre Sa voix au lieu de la présence, des traits et de la voix de l'élève. Il ne s'agit probablement pas là d'un simple phénomène physique comme cela arrive pour un médium. Dans les rapports entre Maître et élève, il n'y a aucune espèce de contrainte, et l'individualité de l'élève n'est pas submergée par le flux de puissance du Maître. Au contraire, l'influence du Maître, loin d'être une force hypnotique d'origine extérieure, est une merveilleuse illumination d'origine intérieure; elle est irrésistible parce que l'élève sent qu'elle est parfaitement d'accord avec ses aspirations les plus élevées et qu'elle constitue en réalité la révélation de sa propre nature spirituelle. Le Maître étant Lui-même dans la plus large mesure un canal de la Vie Divine, ce qui vient de Lui éveille la semence de la Divinité chez l'élève. Ce phénomène ressemble un peu à celui de l'induction électrique. C'est à cause de l'identité de la nature intérieure chez le Maître et l'élève, que le Maître stimule les qualités les plus élevées chez l'élève. L'amour du Maître pour un disciple peut être comparé au rayonnement du soleil qui ouvre le bouton du lotus à l'air matinal; on peut dire qu'un sourire du Maître provoque chez l'élève une effusion d'affection telle qu'il lui faudrait autrement pour en arriver là après des mois de méditation sur la vertu de l'amour. De ce qui précède, il résulte clairement que tout désordre dans les véhicules inférieurs de l'élève affecte aussi ceux du Maître. Lorsqu'un désordre se produit, le [Page 327] Maître tend un voile qui Le sépare de l'élève, pour éviter toute gêne dans Son propre travail. Un tel accident ne dure généralement pas plus de quarante-huit heures, mais dans des cas très rares, il peut durer des années, ou même pendant le reste de l'incarnation. En général, les personnes ordinaires dirigent leurs forces elles-mêmes, et deviennent ainsi une masse discordante de forces concentrées sur elles-mêmes. Celui qui veut devenir un élève accepté, doit apprendre à concentrer son attention et sa force sur les autres, et à répandre de bonnes pensées et des souhaits secourables sur ses semblables. Ainsi, le disciple, et même l'aspirant disciple est instruit à mettre tous ses pouvoirs au service du monde. Ce sont les nécessités du travail en cours qui déterminent la transmission des connaissances de la conscience supérieure à la conscience inférieure. Il est nécessaire que le disciple ait l'usage de ses véhicules sur les plans supérieurs, mais le transfert de la connaissance du travail accompli sur ces plans, au corps physique, n'a généralement aucune espèce d'importance. Lorsque la conscience supérieure contraint le corps physique à vibrer en accord avec elle, il en résulte une grande fatigue du corps physique, au stade actuel de l'évolution; et à moins que les circonstances soient particulièrement favorables, cette fatigue peut être cause de désordres nerveux et d'une exaspération de la sensibilité. C'est pourquoi la plupart de ceux dont les véhicules supérieurs sont développés, et dont le travail principal est effectué en dehors du corps physique, se tiennent à l'écart des agglomérations humaines pour préserver leurs corps sensitifs du tumulte et de la brutalité de la vie ordinaire. De plus, dès que l'élève manifeste des signes de facultés psychiques, des instructions lui sont données sur la limitation de leur emploi.

 Cette restriction est telle que les facultés ne doivent pas être employées:

1. à satisfaire la simple curiosité;
2. à satisfaire des buts égoïstes;
3. à exhiber des phénomènes occultes.
[Page 328]Autrement dit, les considérations qui gouvernent les actions de l'homme sage sur le plan physique s'appliquent également aux plans astral et mental. L'élève ne doit en aucune circonstance profiter de ses nouveaux pouvoirs pour acquérir une supériorité dans le monde, ni pour obtenir un gain, quel qu'il soit. Il ne doit pas non plus donner ce que l'on appelle un "test" dans les cercles spirites, c'est-à-dire une preuve indiscutable de puissance anormale. Une douce radiation provenant du Maître traverse continuellement l'élève, même si celui-ci n'en est pas conscient. A certains moments, l'élève peut sentir un énorme accroissement du flux de force qui le traverse, sans qu'il connaisse la direction de ce flux. Avec un peu d'attention, il peut apprendre à percevoir cette direction, puis à suivre le flux jusqu'aux personnes qui sont affectées par lui. Toutefois, l'élève ne peut pas le diriger; il est un simple canal. Plus tard, le Maître peut charger l'élève de rechercher les gens à qui il y a lieu de donner une partie de cette force. A mesure que les capacités de l'élève augmentent, le Maître place entre ses mains des travaux de plus en plus importants, ce qui L'aide de plus en plus, bien que toujours dans une très faible mesure. Éventuellement, l'élève peut être chargé à transmettre un message particulier à une certaine personne. Il est possible d'obtenir un contact constant avec le Maître d'une autre manière. De même que les images de certaines personnes faites par un homme en dévachan sont remplies de vie par les égos des personnes en question, le Maître remplit de Sa présence réelle la forme-pensée produite par Son élève. Une véritable inspiration, et quelquefois des instructions peuvent être données par ce moyen. Un exemple de ce fait nous est fourni par un Yogi Hindou de la Résidence de Madras qui disait être l'élève du Maître Morya. Il avait rencontré son Maître physiquement, et il affirmait ne pas l'avoir perdu après cette rencontre, car Il lui apparaissait fréquemment et lui donnait des instructions à travers un centre situé en lui-même. [Page 329]

Il y a encore un troisième stade d'union plus intime lorsque l'élève devient "fils" du Maître. Non seulement le mental inférieur, mais encore l'égo dans le corps causal est englobé dans celui du Maître; alors, Celui-ci ne peut plus se séparer de l'élève par un voile, même pour un instant.

Un élève accepté a le droit, et même le devoir, de bénir au nom du Maître, et une merveilleuse effusion de la puissance du Maître résulte de ses efforts dans ce sens. Le Fils du Maître peut donner la sensation de la présence intime du Maître. Celui qui est Fils du Maître est, ou sera bientôt membre de la Grande Fraternité; et cela confère le pouvoir de donner la bénédiction au nom de la Fraternité. Dans les Grands Mystères célébrés principalement à Eleusis, les initiés étaient appelés "epoptai" ["epoptes" - Grecque], c'est-à-dire "ceux dont les yeux sont ouverts". Leur emblème était la toison d'or de Jason, symbole du corps mental. On montrait à l'élève les effets dans le monde céleste d'une certaine ligne de vie, de l'étude et de l'aspiration sur la terre; on lui enseignait aussi l'histoire entière de l'évolution du monde et de l'homme, sous son aspect le plus profond. De plus, l'élève recevait, outre les enseignements sur les caractéristiques du plan mental, des instructions sur le développement du corps mental en tant que véhicule. Les Francs-Maçons seront sans doute intéressés par le fait qu'un épi de blé était montré à l'aspirant comme le symbole du suprême mystère à Eleusis; il y a là probablement un rapport avec le fait qu'un sac de blé est souvent ouvert sur le fauteuil du 1er Surv. dans une Loge Maçonnique. Lorsqu'un homme est initié, les influences auxquelles il s'ouvre sur les plans supérieurs affluent dans toutes les parties de son être et les traversent pour se répandre à l'extérieur. L'effet produit sur les solides, liquides et gaz du plan physique est assez faible, mais de nombreuses radiations émanent de son double éthérique [Page 330] et de ses corps astral et mental; ces radiations sont senties par tous les règnes de la nature, ainsi que par les hommes qui sont en état d'y répondre. Une très grande expansion et un très grand développement du corps mental ont lieu à l'époque de la Seconde Initiation, mais les effets sur le cerveau physique ne se font sentir en général que quelques années plus tard. Le cerveau ne peut pas être accordé immédiatement sur les autres véhicules, car cet accord demande des efforts importants. La période qui suit la Seconde Initiation est de beaucoup la plus dangereuse sur le Sentier, le danger provenant dans presque tous les cas de l'orgueil. Lorsqu'un homme a la vision de ce que sera son intellect dans le futur, il doit se garder avec soin de toute trace d'orgueil, d'égoïsme et de préjugés. Ce tournant dangereux dans la vie de l'Initié est indiqué dans l'Evangile par la tentation dans le désert, qui suit le baptême du Christ par Jean. Les quarante jours passés dans le désert symbolisent la période durant laquelle l'expansion du corps mental communique au cerveau les qualités correspondantes; mais pour les candidats ordinaires, la durée de cette période serait plus près de quarante ans que de quarante jours. La faculté "productrice du Moi", ou Ahamkara (voir chapitre 31) que l'on désigne généralement sous le nom de mana, ou orgueil, est la dernière entrave de séparativité que l'Arhat rejette avant de prendre la Cinquième Initiation qui fait de lui un Maître, ou Asekha. Car l'orgueil est la manifestation la plus subtile du Moi en tant qu'entité distincte des autres. Ahamkara est né avec l'âme; il est l'essence de l'individualité, et il persiste jusqu'à ce que tout ce qu'il contient de bon soit incorporé à la Monade; alors il est abandonné sur le seuil de la libération. Dans cette survivance des Anciens Mystères connue sous le nom de Franc-Maçonnerie, l'A. correspond au stade d'élève probationnaire et on attend de lui qu'il pratique les trois qualités de discernement, détachement [Page 331] ou absence de désir, et bonne conduite ou maîtrise de soi (Viveka, Vairagya, et Shatsampatti). Le discernement lui donne la puissance mentale, le détachement lui donne la puissance émotionnelle, et la maîtrise de soi lui donne la puissance de la volonté. Le discernement permet au candidat de traverser sans accident les régions inférieures du monde astral représentées (dans la Maçonnerie mixte) dans le Premier Voyage Symbolique. Le détachement lui permet de rester insensible aux charmes du monde astral supérieur représenté dans le Second Voyage Symbolique.

 La bonne conduite lui permet de maîtriser les parties les plus élevées du monde astral, sur les frontières mêmes du monde céleste, représentées dans le Troisième Voyage Symbolique.

L'Att. du Premier degré indique la nécessité de conquérir la nature du désir. L'effet généralement produit par le Premier Degré est d'élargir quelque peu le canal de connexion entre l'égo et la personnalité du candidat. La principale couleur du Premier Degré est cramoisie. L'A. dans la Franc-Maçonnerie correspond au Sous-Diacre dans l'Eglise Chrétienne. L'Att. qui fait passer du Premier au Second Degré indique la nécessité de conquérir ce mélange du mental inférieur et du désir que nous connaissons sous le nom de Kama-Manas. Au Second Degré, l'idée d'illumination est placée devant le candidat, le but poursuivi étant le développement des facultés intellectuelles, artistiques et psychiques, ainsi que la maîtrise du mental inférieur. L'effet produit par ce Degré est un élargissement plus marqué du canal de communication entre l'égo et la personnalité. L'Att. du Second Degré indique la nécessité de la Maîtrise complète du mental inférieur. La couleur principale de la Loge du Second Degré est jaune. [Page 332] Le C. dans la Franc-Maçonnerie correspond au Diacre dans l'Eglise chrétienne, car de même que le C. se prépare au travail de M. M., le Diacre se prépare au travail de Prêtre. L'Att. qui fait passer du Second au Troisième Degré indique la nécessité d'acquérir une certaine maîtrise sur cette étrange zone intermédiaire située au delà du mental inférieur, et qui, dans certaines écoles de pensée, est appelée la conscience subliminale. Au Troisième Degré, le travail est effectué principalement sur le plan mental supérieur. La couleur prédominante est une certaine nuance du bleu. Le M. M. correspond au Prêtre dans l'Eglise.

Au Premier Degré, Ida, ou l'aspect féminin de la force éthérique, est stimulé, ce qui aide l'homme à maîtriser les passions et les émotions. Ida part de la base de la colonne vertébrale, à gauche chez un homme, à droite chez une femme, et se termine dans la moelle allongée. Ida est cramoisi.

Au Second Degré, Pingala, ou l'aspect masculin de la force éthérique, est fortifié, ce qui facilite la maîtrise du mental. Pingala part de la base de la colonne vertébrale, à droite chez l'homme, à gauche chez la femme et se termine dans la moelle allongée. Pingala est jaune. Au Troisième Degré, Sushumna, l'énergie centrale elle-même, est éveillée, ouvrant ainsi la porte aux influences du pur Esprit. Sa couleur est bleu foncé. L'A., en tant que personnalité, doit organiser sa vie pour un but supérieur; en tant qu'égo, il doit développer l'activité de l'intelligence dans le corps causal. Dans ce but, il doit employer sa volonté, la Première Personne de la Trinité, le pouvoir de Shiva (dans la terminologie Hindoue), reflété par son énergie tournée vers l'extérieur, ou shakti, Devi Girija ou Parvati, qui donne la maîtrise de soi, et qui bénit le corps physique et sanctifie ses pouvoirs. Le C., en tant que personnalité, organise sa vie émotionnelle; [Page 333] en tant qu'égo, il développe l'amour intuitionnel dans son corps bouddhique. Il accomplit cela avec le pouvoir de la Seconde Personne de la Trinité, l'amour qui provient de Vishnou, à travers Lakshmi, qui exauce les désirs; rend la vie large, sanctifie la prospérité matérielle, et transmute les passions du corps astral. Le M. M., en tant que personnalité, organise sa vie mentale; en tant qu'égo, il fortifie sa volonté spirituelle - Atma. Pour maîtriser le mental errant, il doit utiliser le pouvoir de la pensée, ou kriyashakti, la divine activité de la Troisième Personne de la Trinité, Brahma, reflétée par Sarasvati, la patronne de l'étude et de la sagesse pratique. En même temps, l'A. doit apprendre à maîtriser ses émotions, le C. à maîtriser son mental, et le M. M. doit se développer sur les plans supérieurs. La plupart des renseignements ci-dessus sont rassemblés dans le tableau suivant, avec quelques indications supplémentaires.

 

CARACTÉRISTIQUES
A
C
M
Travail en tant que personnalité Organisation de la vie physique et apprentissage de la maîtrise des émotions Organisation de la vie émotionnelle et apprentissage de la maîtrise du mental Organisation de la vie mentale et développement sur les plans supérieurs
Travail en tant qu'ego Développement de l'activité de l'intelligence dans le corps causal Développement de l'amour intuitionnel dans le corps bouddhique Développement de Atma ou la volonté
Sous l'influence de la Trinité:  
--désignation française Première personne Seconde Personne Troisième personne
--désignation sanscrite ShivaVishnou Brahma
dont l'énergie tournée vers l'extérieur ou shakti, ou Devi est:  
--françaisVolontéAmour Activité
--sanscritGirija ou Parvati Lakshmi Sarasvati
dont la fonction est de faire acquérir la maîtrise de soi, bénir le corps physique conférer la prospérité matérielle conférer la connaissance
Assisté par: 2ème S. 1er S. Vén.
-qui sont représentés par La Lune Le Soleil Le Feu
ChakrasGorgeCoeur Ombilic
Force éthérique ou Nadi stimulée IdaPingala Sushumna
AspectFémininMasculin Pur Esprit
Position:  
--hommesGaucheDroite Centre
--femmesDroiteGauche Centre
--CouleurCramoisiJaune Bleu foncé
Sentier de l'homme ordinaire l'aspirant occulte l'ascension
Correspond à élève probationnaire élève sur le sentier Quatrième initiation (Arhat)
--dans l'Église catholique Sous-DiacreDiacre Prêtre
Renaissanceaprès un intervalle notable après un court intervalle ou sans intervalle volontairement seulement

 

[Page 334] Dans les divers Degrés de la Franc-Maçonnerie, non seulement la liaison est élargie entre la personnalité et l’égo, mais un lien est formé entre certains principes du candidat et les véhicules correspondants du C. D. T. L. V. F. M. Les changements produits sont à peu près de même nature que ceux qui se produisent dans l'Eglise catholique, comme nous l'indiquons plus loin.

Le Seigneur Bouddha fut un jour interrogé par un disciple qui Lui demanda de résumer l'ensemble de Ses enseignements en un seul verset. Il répondit :

"Cessez de faire le mal,
Apprenez à faire le bien,
Purifiez votre coeur,
Telle est la religion du Bouddha".

L'étudiant reconnaîtra là la correspondance avec le système Maçonnique, aussi bien d'ailleurs qu’avec les autres systèmes. L'enseignement du Premier Degré est celui de la purification. Le Second Degré enseigne à acquérir la connaissance. Le Troisième Degré enseigne à l'homme à s'élever à un niveau supérieur et à considérer [Page 335] non seulement l'action extérieure, mais aussi la condition intérieure dont toute manifestation extérieure est l'expression. Pour faciliter la comparaison, nous indiquons dans le tableau ci-dessous les principales caractéristiques du système Chrétien tel qu'il est suivi dans l'Eglise Catholique Libérale:

 

Ordres mineurs Symboles Signification des symboles La cérémonie agit principalement sur
ClercSurplisMaîtrise du corps physique Le double éthérique
PortierClef et cloche Maîtrise des émotions Le corps astral
LecteurLivreMaîtrise du mental Le corps mental
ExorcisteÉpée et livre Développement de la volonté et maîtrise complète de véhicules par l'égo Le corps causal
AcolyteCierge allumé. Burette Développement de l'intuition Le corps bouddhique
Sous-Diacre Amict. Maîtrise de la parole. Amour du service: diligence dans les bonnes oeuvres. Esprit de joie et de contentement Le but général est de permettre à l'égo de s'exprimer plus parfaitement à travers la personnalité
Manipule
Tunique
Calice et patène.
Livre des Épîtres

 

Ordres majeurs Symboles Action de la cérémonie d'Ordination
Diacre Dalmatique
étole blanche (sur l'épaule gauche
Élargit la liaison entre l'égo et la personnalité (Antahkarana), et raffermit cette liaison
Étend le phénomène ci-dessus jusqu'au renforcement de Bouddhi (intuition)
Livre des évangiles Manas supérieur est relié au principe correspondant chez le Christ
Prêtre Étole blanche(sur les deux épaules) Ouvre et développe la liaison entre Atma, Bouddhi et Manas
Chasuble L'Ego est éveillé d'une manière plus nette, de sorte qu'il peut agir sur les autres au niveau causal, et s'exprimer plus parfaitement à travers Bouddhi.
Calice L'Aura s'étend prodigieusement
Vin Le chemin est déblayé entre les principes supérieurs et le cerveau
Eau Tous les atomes sont stimulés de sorte que les spirilles sont développés
Patène Bouddhi est relié au principe correspondant chez le Christ
Hostie Atma est stimulé par raisonnance
ÉvêqueCrosse
Croix de poitrine
Anneau
Livre des évangiles
Mitre
Gants
Atma est relié au principe correspondant chez le Christ

 [Page 337]

CHAPITRE- 34 -

CONCLUSION

Il y a peu à dire en conclusion à cette étude du corps mental de l'homme et du plan mental inférieur. Cependant, il peut être utile de jeter un regard en arrière pour embrasser l'ensemble de cette étude et la situer au milieu des connaissances de la théosophie moderne. L'étudiant ne peut manquer d'être frappé par la différence entre "l'atmosphère" du monde mental et celle du monde astral (nous laissons de côté le monde physique). Par comparaison avec le monde mental, le monde astral est lourd, difforme et non satisfaisant, même aux niveaux les plus élevés. Aussi pur et raffiné que soit le sentiment éprouvé sur le plan astral, nous nous y sentons encore loin de notre patrie. La grandeur de l'âme humaine demande autre chose que de simples sentiments, même purs et altruistes. Le plan mental, même aux quatre niveaux inférieurs, nous donne l'impression d'être plus près de "chez nous". Nous y avons davantage de liberté; nous sentons que nous sommes davantage les maîtres de notre conscience, et moins les serviteurs de nos véhicules. Le monde mental nous semble plus propre et plus sain; nous pouvons y modeler notre destinée selon notre volonté dans une plus large mesure que dans les mondes inférieurs. La conscience est davantage libre d'aller là où elle veut, car les limitations de l'espace et du temps se font beaucoup moins sentir. Cependant, la maîtrise sur le monde mental inférieur, sur la totalité des pensées concrètes ne nous donne pas pleine satisfaction, car à travers ce monde et au delà, nous sentons parfaitement qu'il y a d'autres mondes à conquérir. [Page 338]

 

Corps Mental Page 338

[Page 339]

Ce monde de la pensée concrète est à la limite de notre portée tant que nous appartenons encore aux plans inférieurs. Lorsque nous pourrons nous établir solidement sur ce monde de pensée et de là atteindre les abstractions elles-mêmes, ce progrès nous amènera sûrement sur le seuil d'un monde supérieur et plus pur, non seulement en degré, mais aussi en espèce, que tous les mondes inférieurs. A travers ces abstractions, nous nous élèverons jusqu'au monde de l'Esprit, et nous nous rapprocherons ainsi de la conscience Divine, dont nous nous sentons actuellement temporairement exilés. Mais il ne faut pas pour cela mépriser l'importance du monde mental inférieur, particulièrement à l'époque actuelle de l'histoire psychologique de l'homme. Nous allons récapituler brièvement les faits essentiels qui montrent l'importance du mental humain et du monde mental pour les hommes au présent stade de l'évolution. Dans le système de sept Chaînes auquel nous appartenons, chaque Chaîne a des globes sur le plan mental inférieur; six d'entre elles ont aussi des globes sur le plan mental supérieur. Des quarante-neuf globes qui forment les sept Chaînes, vingt-quatre, soit pratiquement la moitié, sont sur le plan mental. Le diagramme ci-contre, où les globes mentaux sont figurés en noir, illustre clairement ces faits. L'habitat de l'égo, le Penseur, qui existe d'une manière continue à travers toutes les incarnations, est le plan mental supérieur.

 Le plan mental est le lieu de rencontre des Sois Supérieur et Inférieur. Le "rayon" que la partie supérieure ou divine de l'homme projette dans les mondes inférieurs pour accomplir l’oeuvre de l'évolution est un rayon de mental inférieur émergeant du mental supérieur.

Le champ de bataille de la vie est actuellement pour la plupart des hommes Kama-Manas, le mélange du mental et du désir. [Page 340] La conscience de la plupart des gens est actuellement centrée dans leurs sentiments, dans leur corps astral. Aussi le premier pas qu'ils ont à faire est l'apprentissage de la maîtrise des sentiments, ou du contrôle du corps astral. Et cela ne peut être accompli, comme nous l'avons vu, que du plan supérieur, le plan mental. Le pas suivant comportera l'élévation du centre de conscience du plan astral au plan mental. Le mot "man" lui-même (homme, en anglais) signifie penseur, ou être possédant un mental. En occultisme, l'homme a été défini comme étant l'être en qui l'Esprit le plus haut et la Matière la plus basse sont unis par l'intelligence, quelle que soit la portion d'univers où il se trouve. Le développement du mental dans l'homme a été avancé d'une Ronde entière par les Seigneurs de la Flamme. Dans la prochaine Ronde, la Cinquième, les progrès dans le développement mental seront certainement prodigieux par rapport à nos esprits limités actuels. Ces quelques considérations nous semblent d'une importance capitale; elles mettent en valeur nettement l'importance pour l'homme actuel, du corps mental. Ce n'est évidemment pas un but final, mais une pierre destinée à la construction de l'homme futur, cet homme qui, d'après les paroles d'un Maître, "a l'avenir d'une chose dont la croissance et la splendeur sont sans limite". Mais, que ces considérations ne nous fassent pas perdre de vue la place que doit occuper chaque élément dans l'ensemble des choses. Ainsi, selon les paroles d' Annie Besant et de C.W. Leadbeater, le but de la Société Théosophique n'est pas tant de faciliter le développement mental que d'élever ceux qui sont prêts aux influences bouddhiques, d'éveiller la sensitivité de ses membres sur une boucle supérieure de la spirale, et de les préparer pour la nouvelle race qui fait actuellement son apparition dans le monde. [Page 341] La Société "ne méprise pas le développement mental, loin de là, mais elle préparera une étape nouvelle où l'amour intuitionnel produira l'harmonie et la fraternité, et emploiera l'intellect développé à construire une nouvelle civilisation basée sur ces idéals".

 

OUVRAGES CITÉS

Le Plan astral, C.W.Leadbeater.
La Sagesse antique, Besant.
De la Clairvoyance, Leadbeater.
Les Centres de force dans l'homme, C.W. Leadbeater.
La Concentration, Ernest Wood
     [ Publié nous forme d'articles parus dans la revue Le Lotus Bleu en 1926 et 1927]
Changing world, Annie Besant.
Les Rêves, C.W. Leadbeater.
Après la mort, Annie Besant.
Le Monde céleste, C.W.Leadbeater.
Dieux en exil, J.J. Van der Leeuw.
How animals talk, Long.
La vie occulte dans la Franc-Maçonnerie, C.W. Leadbeater.
Le côté caché des choses (2 volumes), C.W. Leadbeater.
Les Aides invisibles, C.W. Leadbeater.
L'Occultisme dans la nature (2 volumes), C.W. Leadbeater.
Introduction au Yoga, Annie Besant.
Karma, Annie Besant.
Monade, C.W.Leadbeater.
L'homme et ses corps, Annie Besant.
Les Maîtres et le Sentier, C.W.Leadbeater.
La Méditation à l'usage des commençants, Wedgwood.
L'Homme visible et invisible, C.W.Leadbeater.
L'autre côté de la mort, C.W. Leadbeater.
La Réincarnation, Annie Besant.
Étude sur la conscience, Annie Besant.
Échappées sur l'Occultisme, C.W. Leadbeater.
Les sept principes de l'homme, Annie Besant.
La Science des Sacrements, C.W. Leadbeater.
Les sept Rayons, Ernest Wood.
Le Soi et ses enveloppes, Annie Besant.
Théosophie, Annie Besant.
Précis de Théosophie, C.W. Leadbeater.
Talks with a class, Annie Besant.
Les Formes-Pensées, Annie Besant et C.W. Leadbeater.
La Théosophie et la nouvelle psychologie, Annie Besant.
Le Pouvoir de la Pensée, Annie Besant.
La Voie de l'Occultisme (3 volumes), Annie Besant et C.W.Leadbeater.


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