LE CORPS MENTAL

par ARTHUR E. POWELL

ΔΔ

Partie 1 de 2

Cliquez ici pour la Partie 2

Traduit de l'anglais

Titre original anglais : "The Mental Body"

Les Éditions Adyar - 4 Square Rapp, Paris VII

1929

 


TABLE DES MATIÈRES
Chapitres   Page
  Introduction
9
1 Description générale
11
2 Essence élémentale mentale
15
3 Composition et structure
18
4 Fonctions
24
5 Exemples typiques
35
6 Kama-Manas (désir et mental)
45
7 Ondes de pensées
56
8 Formes-Pensées
62
9 Le mécanisme de la transmission de la pensée
78
10 La transmission de la pensée (inconsciemment)
81
11 La transmission de la pensée
90
12 Les centres de pensée
100
13 La conscience physique (ou la conscience de veille)
104
14 Facultés
127
15 La concentration
141
16 La méditation
156
Voir Partie 2 de ce titre>>>>>>pour la continuation [en vérification]
17 La contemplation
178
18 La vie pendant le sommeil
186
19 Le Mâyâvi-rûpa
189
20 Dévachan: Principes
191
21 Dévachan: Durée et intensité
205
22 Dévachan: Autres particularités
211
23 Le premier ciel (Septième sous-plan)
225
24 Le deuxième ciel (sixième sous-plan)
228
25 Le troisième ciel (cinquième sous-plan)
232
26 Le quatrième ciel (quatrième sous-plan)
235
27 Le plan mental
240
28 Les annales akasiques
258
29 Les habitants du plan mental
268
30 La mort du corps mental
281
31 La personnalité et l'Ego
283
32 Re-naissance
307
33 Les disciples
316
34 Conclusion
337

 

Les opinions exprimées dans ce livre sont celles de l'auteur et ne doivent pas nécessairement être prises pour celles de la Société Théosophique.

DÉDICACE

Ce livre est, comme les deux précédents, dédié avec gratitude et admiration à ceux dont le labeur opiniâtre a fourni les matériaux dont il est fait.

 

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

Le but de l'auteur en compilant les livres de cette série était d'économiser le temps et le travail des étudiants en fournissant une synthèse condensée de la littérature considérable, traitant des sujets respectifs de chaque volume, provenant principalement des écrits d'Annie Besant et de C.W. Leadbeater.

Chaque fois que cela a été possible, la méthode adoptée consistait à expliquer d'abord le côté de la forme, avant celui de la vie : décrire le mécanisme objectif des phénomènes et ensuite les activités de la conscience qui sont exprimées à travers le mécanisme. Il n'a pas été tenté de prouver, ou même de justifier, une quelconque des déclarations faites.

Les ouvrages de H.P. Blavatsky ne furent pas utilisés parce que l'auteur a dit que la recherche nécessaire dans La Doctrine Secrète et dans d'autres écrits, aurait été pour lui un trop grand travail à entreprendre. II a ajouté : "La dette envers H.P. Blavatsky est plus grande que ce qui pourrait jamais être indiqué par des citations de ses volumes monumentaux. N'aurait-elle pas montré le chemin en premier lieu, que des chercheurs ultérieurs auraient pu ne jamais trouver la piste".  

INTRODUCTION

Ce livre est le troisième d'une série qui traite des corps de l'homme. Les deux précédents sont : Le Double éthérique et Le Corps astral. Dans ces trois livres, la même méthode a été suivie : l'auteur a consulté une quarantaine de volumes, pour la plupart d' Annie Besant et de C.W. Leadbeater, qui sont reconnus aujourd'hui comme les autorités par excellence en ce qui concerne la Sagesse Antique telle que nous la présente la Théosophie moderne; les renseignements puisés dans ces livres ont été classés et présentés à l'étudiant sous une forme aussi cohérente et ordonnée que possible.

Dans cette série de livres, il n'a été fait aucune tentative pour prouver, ni même justifier les affirmations faites, sauf lorsqu'il s'agissait de mettre en lumière leur évidence propre. La bonne foi de ces investigateurs n'étant pas en question, les résultats de leurs recherches sont présentés ici sans réticence ni réserve d'aucune sorte, autant que possible dans les termes mêmes employés par leurs auteurs. Les seules modifications ou abréviations faites l'ont été lorsque les nécessités d'une présentation logique et ordonnée les rendait indispensables.

La question de preuve est une autre affaire, et pour l'aborder il faudrait sortir des limites de cet ouvrage dont le but est simplement de présenter à l'étudiant une courte synthèse des enseignements contenus dans les livres cités au sujet des corps de l'homme et des plans auxquels ils appartiennent. Ceux qui désirent des preuves devront les chercher eux-mêmes ailleurs.

Après deux ans d'étude des livres cités, l'auteur n'a découvert dans les enseignements des deux instructeurs ci-dessus aucune contradiction, ni aucun désaccord, sauf un ou deux détails insignifiants; ce fait constitue un témoignage frappant en faveur de la sûreté de leurs investigations et de la cohérence du système théosophique.

L'auteur espère pouvoir ajouter à cette série un quatrième volume sur le corps causal.

Comme nous venons de le dire, la majorité des renseignements contenus dans ce livre provient des oeuvres d'Annie Besant et de C.W.Leadbeater. Les ouvrages de H. P. Blavatsky ne sont pas compris dans la liste des auteurs cités. Consulter La Doctrine Secrète pour Le Corps Mental et Le Plan Mental aurait été au delà des pouvoirs du compilateur, et il en aurait résulté un livre probablement trop abstrus pour la catégorie d'étudiants à laquelle il est destiné. La dette envers H. P. Blavatsky est plus grande que tout ce que l'on pourrait indiquer par des citations de son oeuvre magistrale. Si elle n'avait pas montré le chemin, les autres n'en seraient pas où ils sont, car c'est elle qui a tracé la voie où il est maintenant relativement facile de la suivre. [Page 11]

A. E. Powell

 


CHAPITRE -1-

DESCRIPTION GÉNÉRALE

Avant de commencer l'étude détaillée du corps mental de l'homme, de ses fonctions, et du rôle qu'il joue dans la vie et dans l'évolution, il est utile de donner un bref résumé des sujets qui seront traités dans ce livre.

Tout d'abord nous devons considérer le corps mental comme le véhicule à travers lequel le Soi se manifeste en tant qu'intellect, dans lequel se développent les pouvoirs de l'esprit, y compris la mémoire et l'imagination, et qui, dans les périodes postérieures de l'évolution de l'homme, sert de véhicule de conscience séparé dans lequel l'homme peut vivre indépendamment de ses corps physique et astral.

Dès le début de cette étude, il faut que l'étudiant comprenne bien clairement que la psychologie occulte distingue dans le mental de l'homme deux parties: a) le corps mental qui s'occupe des objets, ou de ce que l'on peut appeler les pensées concrètes, par exemple un certain livre, une certaine maison, un certain triangle, etc.; b) le corps causal qui s'occupe des principes, ou de ce que l'on peut appeler les pensées abstraites, par exemple les livres ou les maisons en général, le principe de triangularité commun à tous les triangles, etc.

Ainsi, le corps mental s'occupe des pensées qui ont une forme, c'est-à-dire qui ont la qualité "roupa"; le corps causal s'occupe des pensées sans forme ou "aroupa". On peut trouver dans les mathématiques une distinction qui rappelle un peu la précédente: l'arithmétique, qui traite des nombres particuliers, appartient à la partie inférieure de l'esprit, celle qui traite des formes; l'algèbre, qui traite des symboles représentant les nombres d'une manière générale, appartient à la partie supérieure [Page 12] ou sans forme de l'esprit. Bien entendu les termes avec forme ou sans forme doivent être pris dans leurs sens relatifs. Ainsi, par exemple, un nuage ou une flamme, qui ont une forme, sont pourtant sans forme relativement à une maison.

 Ensuite, nous traiterons de cette étrange substance vivante semi-intelligente, et extrêmement active connue sous le nom d'essence élémentale mentale, et nous décrirons le rôle qu'elle joue dans le phénomène de la pensée humaine. Nous continuerons par une description plus détaillée du corps mental, qui sera suivie d'une série d'exemples typiques de corps mentaux d'hommes à différents états de développement.

Une partie importante de notre étude s'appliquera à Kama-Manas, ce mélange du désir et de la pensée qui joue un rôle si prépondérant dans la vie de l’homme, que sa connaissance complète pourrait sans doute permettre d'écrire l'histoire de l'homme et de la race humaine. Ce mélange est si intime que certaines écoles de pensée considèrent les corps astral et mental de l'homme comme un seul véhicule de conscience, et, en effet, il en est ainsi pratiquement pour la plupart des hommes.

La double action de la pensée dans son propre monde sera décrite comme premièrement la radiation d'ondes de pensée, deuxièmement la formation, et dans bien des cas, la projection dans l'espace de formes-pensées. Les effets que produisent ces deux catégories de phénomènes seront examinés lorsque nous traiterons de la transmission de pensée: la transmission inconsciente et la transmission consciente. Cette dernière partie comprendra le traitement mental dont nous donnerons une brève description.

Nous considérerons les effets produits sur le corps mental et ses activités par le corps physique et l'ambiance physique; inversement, nous envisagerons les effets produits par le corps mental sur le corps physique et les autres objets physiques. [Page 13]

Nous étudierons de même l'action du corps astral sur le corps mental et inversement.

Revenant alors au corps mental, nous étudierons comment il fonctionne, comment ses facultés peuvent être développées et exercées, d'une part lorsqu'il travaille à travers le cerveau physique, et, d'autre part, lorsqu'il fonctionne comme un véhicule de conscience indépendant.

Ceci nous conduira naturellement à la culture délibérée du corps mental, qui comprend la concentration, cette condition sine qua non d'une vie mentale effective, la méditation et finalement la contemplation qui conduit à la conscience mystique.

L'emploi du corps mental pendant le sommeil physique sera brièvement décrit, puis nous donnerons une idée du corps artificiel et temporaire connu sous le nom de Mayavi Roupa.

Nous nous occuperons ensuite de la vie après la mort physique et la mort astrale, c'est-à-dire sur le plan mental lui-même. Ceci nécessitera plusieurs chapitres, car ce sujet est très vaste. Nous examinerons ensuite rapidement des exemples typiques de vie sur chacun des quatre sous-plans mentaux que les Théosophes englobent sous la dénomination de "dévachan", et les Chrétiens "Ciel".

Nous serons alors en mesure de comprendre la réalité et les possibilités du plan mental considéré comme un monde ayant une existence propre, et nous étudierons la nature de la vie dans ce monde ainsi que les caractéristiques générales de ses phénomènes.

C'est ainsi que nous parlerons des centres de pensée, qui constituent une partie très intéressante du monde mental. Puis nous passerons aux Annales Akasiques, cette Mémoire de la Nature merveilleuse et infaillible qui contient toutes choses, et qui peut être lue par toute personne possédant les qualifications nécessaires.

Un chapitre sera consacré aux habitants du plan mental, puis nous suivrons l'homme à la mort du corps [Page14] mental pour jeter un coup d’oeil sur la vie beaucoup plus large du mental supérieur, ou causal.

Ayant ainsi retracé le pèlerinage de l'homme à travers la mort physique (voir Le Double éthérique), la vie sur le plan astral (voir Le Plan astral), et sur le plan mental, nous arriverons au seuil de sa véritable patrie, le monde mental supérieur ou causal, et nous pourrons nous faire une idée de la relation qui existe entre l'homme dans ses trois véhicules inférieurs qui constituent la personnalité, et l'homme véritable dans le corps causal, l’Âme ou Individualité. Nous traiterons cette question dans le chapitre sur la Personnalité et l'Égo.

Nous reprendrons ensuite notre étude lorsque l'homme quitte sa "patrie" pour se réincarner.

Enfin, un dernier chapitre sera consacré à la vie de l'homme qui s'est rendu digne d'être accepté comme chéla ou élève par les Maîtres de la Sagesse, ces Frères Aînés de notre humanité qui servent leurs jeunes frères avec une sagesse, une patience et un amour au-dessus de toute expression. Car, aujourd'hui, il est possible à bien des gens, s'ils veulent se donner la peine de s'en rendre dignes, d'être instruits par Eux, pour collaborer dans une certaine mesure à Leur oeuvre du service de l’humanité; et il est également possible de définir plus ou moins catégoriquement les qualifications nécessaires pour pouvoir jouir de cet inestimable privilège. [Page 15]

CHAPITRE -2-

ESSENCE ÉLÉMENTALE MENTALE

Avant de pouvoir étudier avec fruit le corps mental, sa structure et son fonctionnement, il est nécessaire de décrire au moins succinctement l'essence élémentale mentale.

L'étudiant se souviendra qu'après la formation de la matière à l'état atomique sur chacun des plans de la nature, le Troisième Aspect de la Trinité (Le Saint-Esprit dans la terminologie Chrétienne) descend Lui-même dans l’océan de la matière vierge (la véritable Vierge Marie), et, par sa vitalité, éveille la matière atomique à de nouvelles possibilités, d'où il résulte la formation des subdivisions inférieures de chaque plan.

C'est dans la matière ainsi vivifiée que descend la Deuxième Grande Effusion de la Vie Divine; la terminologie Chrétienne l'exprime en disant que le Fils "est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie".

Cette Effusion de la Vie Divine est désignée par des noms différents aux diverses étapes de Sa descente. Considérée dans son ensemble, elle est souvent appelée essence Monadique, et cela particulièrement lorsqu'elle se voile de la matière atomique des divers plans parce qu'elle est alors apte à fournir des atomes permanents aux Monades.

Lorsqu'elle anime la matière atomique ou moléculaire, elle est appelée Essence Élémentale, expression qui provient des occultistes médiévaux; ils l'appliquaient à la matière des corps des esprits de la nature qu'ils nommaient "Élémentals".

Lorsque dans sa descente elle anime la matière des [Page 16] trois subdivisions supérieures du plan mental, elle est appelée le Premier Règne Élémental.

Pendant toute la durée d'une Chaîne, elle évolue le Premier Règne Élémental, puis elle descend sur les quatre subdivisions inférieures du plan mental où elle anime le Second Règne Élémental pendant la durée d'une autre Chaîne; elle est alors appelée Essence Elémentale Mentale.

Pendant la durée de la Chaîne suivante, elle est sur le plan astral où on l'appelle Troisième Règne Élémental, ou bien Essence Elémentale Astrale.

(Une Chaîne est l'intervalle de temps pendant lequel la vague de vie passe sept fois sur chacun des sept globes qui constituent la matière de cette Chaîne. Il y a donc quarante-neuf périodes mondiales vécues chacune sur un globe pendant la durée d'une Chaîne. Pour plus de détails, voir Précis de Théosophie, par C. W. Leadbeater.)

Les trois domaines que nous venons de définir constituent trois règnes de la nature. Ils sont aussi différents quant aux diverses manifestations de leurs formes de vie que les règnes animal et végétal avec lesquels nous sommes plus familiers. De plus, il y a dans chaque règne sept types nettement distincts ou "rayons", chacun avec ses sept sous-types.

Les Essences Élémentales Astrale et mentale ont toutes deux des rapports étroits avec l'homme, ses corps et son évolution, comme nous le verrons de plus en plus clairement au cours de notre étude du corps mental.

Il ne faut pas oublier que sur le plan mental comme sur le plan astral, l'essence élémentale est tout à fait distincte de la simple matière du plan.

Un autre point essentiel qu'il faut toujours avoir présent à l'esprit est le suivant: la vie qui anime la matière mentale et la matière astrale est sur la branche descendante de la courbe de l'évolution; par suite, le progrès est pour elle de descendre dans des formes de matière de plus en plus denses, et d'apprendre à s'exprimer au moyen de ces formes. [Page 17]

Pour l'homme, l'évolution est tout le contraire: il vient de se plonger profondément dans la matière, et il s'élève maintenant vers son origine. Il y a, par suite, un conflit perpétuel entre l'homme intérieur et la vie qui anime la matière de ses différents véhicules. Nous verrons plus clairement la portée de ce fait extrêmement important dans les chapitres suivants. [Page 18]

CHAPITRE - 3 -

COMPOSITION ET STRUCTURE

Le corps mental est formé de particules appartenant aux quatre subdivisions inférieures du monde mental, c'est-à-dire de la matière mentale qui correspond aux quatre subdivisions inférieures de matière astrale, et aux états solide, liquide, gazeux et éthérique de la matière physique.

Les trois subdivisions supérieures du plan mental fournissent la matière du corps causal ou corps mental supérieur dont nous ne nous occuperons pas ici.

En plus de la matière mentale ordinaire, le corps mental contient aussi de l'essence élémentale mentale, c'est-à-dire de la matière du Second Règne Élémental.

Le corps physique est, nous le savons, formé de cellules, chacune d'elles étant une minuscule vie séparée animée par la Deuxième Effusion qui provient du Deuxième Aspect de la Divinité. Il en est de même des corps astral et mental. Dans la vie des cellules qui imprègnent ces corps, il n'y a aucune intelligence, mais il y a un instinct puissant qui la pousse à descendre davantage dans la matière, comme nous l'avons déjà noté au chapitre précédent.

La forme du corps mental est ovoïde, conformément à l'apparence ovoïde du corps causal, seule caractéristique de celui-ci pouvant se manifester dans les mondes inférieurs. Toutefois, la matière du corps mental n'est pas uniformément répartie dans l'ovoïde. Au milieu de l'ovoïde se trouve le corps physique, qui attire fortement la matière mentale. Par suite, la plus grande partie de la matière des corps astral et mental se trouve à l'intérieur de la charpente physique. Pour le clairvoyant, le corps [Page 19] mental a l'apparence d'un brouillard dense ayant la forme du corps physique et entouré d'un ovoïde plus fluide. C'est pourquoi l'on reconnaît les gens dans le monde mental aussi bien que dans le monde physique.

 La partie du corps mental qui dépasse les limites du corps physique s'appelle l'aura mentale.

La grandeur des corps astral et mental est la même que celle du corps causal, ou plus exactement de la section du corps causal par le plan astral et par le plan mental. Bien que le corps physique ait toujours la même grandeur depuis l'époque d'Atlantis, le corps mental grandit sans cesse à mesure que l'homme se développe.

Les particules du corps mental sont en mouvement incessant. De plus, elles sont sans cesse renouvelées, le corps mental attirant automatiquement à lui, de l'ambiance, le genre de matière dont il a besoin.

Malgré le mouvement très rapide des particules du corps mental, celui-ci possède une certaine organisation, infiniment moins rigide que celle du corps physique. Il y a certaines stries qui le divisent plus ou moins irrégulièrement en segments, chacun d'eux correspondant à une région particulière du cerveau physique, de sorte que chaque catégorie de pensée affecte une portion bien déterminée du corps mental. Cependant le corps mental est actuellement si imparfaitement développé chez l'homme ordinaire que souvent un grand nombre de ces segments ne sont pas en activité, et que les pensées des catégories correspondantes sont obligées de chercher un chemin détourné et inapproprié qu'elles ne trouvent pas toujours. Il en résulte que ces pensées sont pour ces gens confuses et incompréhensibles. C'est pourquoi, comme nous le verrons plus loin d'une manière plus détaillée, certaines personnes ont "la bosse des mathématiques" tandis que d'autres sont totalement incapables de suivre les raisonnements mathématiques les plus élémentaires, et de même certaines personnes comprennent instinctivement la musique, tandis que d'autres ne savent pas distinguer deux notes différentes. [Page 20]

Les bonnes pensées produisent des vibrations dans la matière la plus fine du corps mental, qui, par suite de sa densité plus faible, se trouve à la partie supérieure de l'ovoïde; au contraire, les mauvaises pensées, telles que celles qui se rapportent à l'égoïsme et à l'avarice, sont des vibrations de la matière la plus grossière qui se trouve à la partie inférieure de l'ovoïde. Par suite, l'homme ordinaire qui nourrit souvent des pensées de nature égoïste développe la partie inférieure de son corps mental qui a l'apparence d'un oeuf dont le gros bout est en dessous. Au contraire, l'homme qui n'a que des pensées nobles développe la partie supérieure de son corps mental, et celui-ci a l'apparence d'un oeuf debout sur la pointe. Toutefois, de telles apparences sont temporaires, et le corps mental tend toujours à reprendre sa symétrie.

Le clairvoyant peut, en observant les couleurs et les stries du corps mental de l'homme, connaître son caractère et les progrès qu'il a faits dans la vie actuelle. (Les caractéristiques semblables dans le corps causal lui montreraient les progrès de l'égo depuis que l'homme est sorti du règne animal.)

Le corps mental a une constitution plus ou moins fine suivant l'état de développement intellectuel de l'homme. Il est extrêmement beau à voir; le mouvement rapide et délicat de ses particules lui donne l'aspect d'une lumière irisée, et cette beauté s'accroît d'une manière extraordinaire lorsque l'intellect se développe en s'exerçant principalement sur les sujets les plus nobles. Comme nous le verrons plus loin en détail, chaque pensée donne naissance à des vibrations dans le corps mental accompagnées par un jeu de couleurs que l'on peut comparer au jeu de la lumière solaire dans l'écume qui jaillit au pied d'une chute d'eau, mais les couleurs du plan mental ont un éclat très supérieur et des nuances beaucoup plus délicates.

Chaque corps mental possède une molécule appelée l'unité mentale, appartenant au quatrième sous-plan [Page 21] mental, et que l'homme conserve avec lui pendant toutes ses incarnations. Comme nous le verrons au cours de cette étude, les matériaux du corps mental sont renouvelés sans cesse, vie après vie, mais l'unité mentale reste stable au milieu de tous ces changements.

L'unité mentale peut être considérée comme le coeur ou le centre du corps mental, et l'apparence de l'ensemble du corps mental dépend en grande partie de l'activité relative des différentes parties de cette unité.

L'unité mentale peut appartenir à l'un quelconque des sept "types" ou "rayons" de matière. A ce sujet, il faut noter que tous les atomes permanents et l'unité mentale d'un homme appartiennent au même type ou rayon.

L'unité mentale correspond ainsi, dans le corps mental, aux atomes permanents dans les corps causal, astral et éthérique.

 Le rôle des atomes permanents et de l'unité mentale est de conserver sous forme de vibrations les résultats de toutes les expériences vécues par les corps auxquels ils ont été associés.

Les diverses activités de l'esprit peuvent être rangées en diverses catégories qui sont exprimées par diverses parties de l'unité mentale. Les unités mentales sont loin d'être toutes les mêmes. Elles diffèrent énormément suivant le type et le développement de leurs possesseurs. Si l'unité mentale était en repos, la force qui en émane formerait un certain nombre de canaux dans le corps mental, de même que la lumière sortant du diaphragme d'une lanterne magique forme un canal lumineux entre la lanterne et l'écran.

Dans ce cas, on peut comparer la surface du corps mental à l'écran, car seuls les effets de surface sont visibles à celui qui regarde le corps mental de l'extérieur. Donc, si l'unité mentale était au repos, on verrait sur la surface du corps mental un certain nombre d'images en couleurs représentant les diverses catégories de pensées familières à la personne, avec des intervalles sombres [Page 22] entre elles. Mais l'unité mentale, comme toute autre combinaison, tourne rapidement sur son axe, et il en résulte sur le corps mental une série de bandes pas toujours nettement définies, ni toujours de la même largeur, mais toujours facilement reconnaissables et occupant habituellement des positions relatives stables.

L'étudiant doit être familier avec les couleurs et leurs significations, puisque la liste complète en a été donnée dans Le Corps astral, chapitre 3. Il est donc inutile de la répéter ici.

Lorsque des pensées d'aspirations élevées existent, elles se manifestent toujours par un très beau petit cercle violet au sommet de l'ovoïde du corps mental. A mesure que l'aspirant s'approche du Sentier, le cercle augmente de grandeur et d'éclat; chez l'Initié, il devient une splendide calotte brillante d'une couleur adorable.

Au-dessous se trouve souvent l'anneau bleu des pensées dévotionelle; mais il est généralement étroit, sauf chez ceux dont les sentiments religieux sont véritablement profonds.

Ensuite vient la zone beaucoup plus large des pensées d'affection, dont la couleur varie du cramoisi au rose, suivant le genre d'affection qu'elle indique.

Tout près de la bande d'affection, et souvent au contact même de cette bande, se trouve la zone orangée qui exprime les pensées orgueilleuses et ambitieuses.

Nous trouvons encore en relation avec l'orgueil la ceinture jaune de l'intellect habituellement divisée en deux parties qui correspondent respectivement aux pensées philosophiques et scientifiques. L'emplacement de la portion jaune varie suivant les individus: quelquefois elle occupe toute la partie supérieure de l'ovoïde, s'élevant au-dessus de la dévotion et de l'affection; dans ce cas, l'orgueil est généralement excessif.

Au-dessous du groupe que nous venons de décrire, et à mi-hauteur de l'ovoïde, se trouve la large ceinture qui correspond aux formes concrètes. C'est la région du corps mental d'où proviennent toutes les formes-pensées [Page 23] ordinaires. (Ces formes-pensées seront décrites au chapitre 8)

La couleur prépondérante dans cette région est le vert. Elle est souvent teintée de brun ou de jaune suivant le caractère de l'individu.

Il n'y a aucune autre partie du corps mental qui soit aussi variable d'une personne à l'autre. Certains hommes ont le corps mental peuplé d'images concrètes, tandis que d'autres en ont très peu. Chez certains elles sont claires et précises, chez les autres elles sont extraordinairement vagues. Elles sont quelquefois classées et étiquetées avec le plus grand soin; dans d'autres cas elles forment un mélange confus.

A la partie inférieure de l'ovoïde se trouvent les ceintures qui expriment toutes sortes de pensées indésirables. Une sorte de précipité boueux d'égoïsme remplit souvent le tiers inférieur ou même la moitié inférieure du corps mental, et il est alors surmonté d'un anneau qui représente la haine, la malice et la peur. Bien entendu, à mesure que l'homme se développe, cette partie inférieure disparaît et la partie supérieure s'étend jusqu'à remplir la totalité du corps mental, comme le montrent les illustrations de L'Homme visible et invisible, par C. W. Leadbeater.

D'une manière générale, plus la pensée est puissante, plus l'amplitude de la vibration est grande; plus la pensée est spirituelle et altruiste, plus rapide est la vibration. La puissance de la pensée produit l'éclat; la spiritualité produit la délicatesse de la couleur.

 Dans un chapitre suivant, nous décrirons quelques corps mentaux typiques et nous donnerons une idée de la variété des autres qualités mentales. [Page 24]

CHAPITRE - 4 -

FONCTIONS

Le corps mental est le véhicule à travers lequel le Soi se manifeste et s'exprime sous l'aspect de l'intellect (pensées concrètes).

Le mental est le reflet de l'aspect cognitif du Soi, ou du Soi considéré comme Connaissant; le mental est le Soi au travail dans le corps mental.

La plupart des gens sont incapables de séparer l'homme véritable du mental; par suite, pour eux, le Soi est ce mental.

Ceci est naturel, sinon inévitable, car l'homme de la Cinquième Race travaille plus spécialement au développement du corps mental.

Dans le passé, le corps physique a été vivifié comme véhicule de conscience; le corps astral est partiellement vivifié chez la plupart des gens; la vivification du corps mental est le travail principal actuel de l'humanité.

Le développement du corps astral dans le but d'exprimer Kama ou l'émotion, fut le travail de la Quatrième Race Racine, l'Atlantéenne, de même qu'il est le travail de la Quatrième Sous-Race de la Cinquième Race Racine, la Celtique.

Comme nous l'avons dit plus haut, la faculté que la Cinquième Race doit plus spécialement développer est celle du mental - et ceci s'applique à la fois à la Cinquième Race Racine et à la Cinquième Sous-Race. Il s'agit là du pouvoir de discrimination de l'intellect, de la faculté de percevoir les différences entre les choses.

Au stade actuel de développement imparfait, la plupart des gens observent les différences de leur point de vue particulier, non pas dans le but de comprendre, [Page 25] mais souvent dans le but de résister ou même de s'opposer aux choses. Quand cette faculté sera complètement développée, les différences seront alors observées avec calme, dans le but de les comprendre et de juger ce qui est le mieux.

 Bien plus, pour la Cinquième Sous-Race actuelle, la faiblesse chez les autres constitue une arme que les forts utilisent pour s'élever au-dessus des faibles au lieu de les aider. Néanmoins, si pénible que soit cette constatation, le développement mental correspondant est essentiel, car le véritable esprit critique est indispensable au progrès.

La Sixième Race Racine, et aussi la Sixième Sous-Race de la Cinquième Race Racine s'engageront dans le développement de la Spiritualité, de l'esprit de synthèse, de la compassion et de l'esprit de dévouement.

Il est nécessaire de donner maintenant quelques explications supplémentaires sur le développement actuel par l'humanité des facultés mentales et émotionnelles. Nous sommes dans la Quatrième Ronde qui est destinée principalement au développement du désir ou de l'émotion. La Cinquième Ronde sera destinée au développement de l'intellect. Mais grâce à l'impulsion des "Seigneurs de la Flamme" l'intellect a été notablement développé une Ronde en avance sur ce que nous pourrions appeler le programme normal. D'autre part, il ne faut pas oublier que l'intellect dont l'homme est si fier aujourd'hui n'est rien à côté de celui que possédera l'homme moyen au point culminant de la prochaine Ronde, la Cinquième.

Les "Seigneurs de la Flamme" vinrent de la planète Vénus sur la terre pendant la Troisième Race Racine et prirent la direction de notre évolution. Leur Chef est appelé dans les livres indiens Sanat-Koumara. Avec Lui vinrent trois Lieutenants et une vingtaine d'autres Adeptes pour L'aider. Une centaine d'hommes ordinaires furent aussi amenés de Vénus et mêlés à l'humanité terrestre. [Page 26]

Ce sont ces Grands Êtres dont parle La Doctrine Secrète, qui projetèrent l'étincelle dans les hommes sans mental et éveillèrent l'intellect en eux. Leur action ressemble à une impulsion magnétique: Leur influence attira l'humanité vers Eux et permit aux hommes de développer des facultés latentes et de s'individualiser.

Revenons maintenant à notre sujet. Pour la commodité de notre étude, nous sommes obligés de séparer l'homme de ses véhicules; mais le Soi est un, si variées que soient les formes dans lesquelles il se manifeste. La conscience est une unité et les divisions que nous y faisons sont: ou bien créées par nous pour faciliter notre étude, ou bien des illusions créées par nos pouvoirs de perception limités dans les mondes inférieurs.

Le Soi a trois aspects: connaître, vouloir et agir d'où proviennent nos pensées, désirs et actions. Mais c'est le Soi tout entier qui connaît, veut et agit. Ces fonctions ne sont pas totalement séparées: quand il connaît, il veut et agit en même temps; quand il veut, il agit et connaît; quand il agit, il connaît et veut. A un instant donné, une fonction est prédominante, et cela quelquefois jusqu'à un tel point qu'elle voile les autres. Mais même pendant la concentration la plus profonde qui accompagne la connaissance - la fonction la plus séparée des trois - il y a toujours présentes une volonté latente et une action latente que l'on peut discerner par une analyse approfondie.

Quelques explications complémentaires pourront aider à éclaircir ce point: quand le Soi est calme, alors se manifeste l'aspect Connaissance, ou la faculté d'examiner les images des objets (comme nous le verrons plus loin en détail). Quand le Soi concentré est sur le point de changer d'état, alors apparaît l'aspect Volonté. Quand le Soi, en présence d'un objet, dépense de l'énergie pour prendre cet objet, alors se manifeste l'aspect Action. Il est bien clair que ces trois phénomènes ne sont pas des divisions séparées du Soi, ni trois choses distinctes réunies [Page 27] ou combinées, mais qu'il y a au contraire un tout indivisible qui se manifeste de trois manières.

Du point de vue du Yoga Oriental, "le mental" est simplement la conscience individualisée - la totalité de cette conscience, y compris ses activités. Le Yoga décrit ainsi les phénomènes de conscience :

1. Connaissance des objets, c'est-à-dire l'aspect intelligence ou la note dominante du plan mental;

2. Désir d'atteindre les objets, ou l'aspect désir, note dominante du plan astral;

3. Efforts pour atteindre les objets, ou l'aspect activité, note dominante du plan physique. Sur le plan bouddhique prédomine la faculté de connaître que faute d'un mot propre nous pourrions appeler raison pure, ou mieux, intuition. Ces aspects sont toujours présents simultanément, mais à certains moments l'un d'eux prédomine, puis c'est un autre, etc.

 Poursuivons notre examen du mental; nous voyons que la pensée abstraite est une fonction du Soi lorsqu'il s'exprime à travers le corps mental supérieur ou causal. Les pensées concrètes sont, comme nous l'avons vu, l’oeuvre du Soi au travail dans le corps mental - on l'appelle quelquefois le corps mental inférieur. Nous allons considérer maintenant le mécanisme de la pensée concrète.

C'est aussi dans le corps mental que commencent la mémoire et l'imagination. Le germe de la mémoire est Tamas ou l'inertie de la matière, qui a tendance à répéter sans cesse les vibrations mises en jeu.

Le corps mental est le véhicule de l'égo ou du véritable Penseur qui, lui, réside dans le corps causal. Mais si le corps mental est éventuellement destiné à devenir un véhicule de conscience sur le plan mental inférieur, il travaille aussi à travers les corps astral et physique dans toutes les manifestations attribuées habituellement à "l'esprit" pendant la conscience de veille ordinaire.

Il se produit alors le phénomène suivant: La pensée concrète met en vibration la matière du corps mental. Cette vibration est transmise pour ainsi dire un octave [Page 28] en dessous à la matière plus grossière du corps astral du penseur. Celle-ci affecte les particules éthériques du cerveau qui enfin mettent en action la substance grise du corps physique dense. Toutes ces étapes successives doivent être parcourues avant qu'une pensée soit transmise à la conscience en activité dans le cerveau physique.

Le système nerveux sympathique est principalement en rapport avec le corps astral, tandis que le système cérébro-spinal est davantage sous l'influence de l'égo au travail dans le corps mental.

Le phénomène qui vient d'être décrit peut être analysé avec plus de détails: chaque particule du cerveau physique a une contrepartie astrale qui elle-même a une contrepartie mentale. Supposons, pour la commodité de notre étude; que la totalité de la matière du cerveau physique soit étendue sur une surface plane en une couche de l'épaisseur d'une particule physique. Supposons en outre que la matière astrale correspondante soit étendue de la même façon au-dessus de la couche physique et la matière mentale correspondante encore au-dessus.

Nous avons ainsi trois couches de matières de densités différentes qui se correspondent, mais qui sont séparées, sauf en certains point où des fils de communication existent entre les particules physiques et astrales et entre les particules astrales et mentales. Ceci représente approximativement l'état de choses chez l'homme moyen.

Lorsqu'un tel homme désire transmettre une pensée du niveau mental au niveau physique, il faut que la pensée - à cause des nombreux fils de communication manquants - chemine d'abord horizontalement dans la matière mentale jusqu'à ce qu'elle trouve un canal pour descendre; il se peut alors qu'elle descende par un canal qui ne convient guère à ce type particulier de pensée. Elle poursuit son chemin de la même manière dans le corps astral, et enfin termine sa course par un parcours horizontal dans le cerveau physique avant d'atteindre [Page 29] les particules physiques qui sont capables de l'exprimer.

Il est évident qu'une telle méthode est pénible. Et il nous est maintenant facile de comprendre pourquoi certaines personnes ne comprennent rien aux mathématiques, pourquoi d'autres n'ont aucun goût pour la musique, etc. Cela provient de ce que la partie correspondante de leur cerveau n'est pas en communication directe avec la région mentale spécialisée dans cette faculté.

Chez l'Adepte ou homme parfait, toutes les particules du cerveau sont en communication; par suite toutes les pensées ont un canal approprié par où elles peuvent atteindre la substance correspondante dans le cerveau physique.

Si nous analysons sommairement les phénomènes de conscience, depuis le Non-Moi jusqu'au Moi, nous observons: d'abord un impact sur le corps physique ayant sa cause à l'extérieur; cet impact est converti par le corps astral en sensation; cette sensation est transformée par le corps mental en perception; enfin les perceptions sont élaborées en conceptions. C'est sous forme de conceptions que sont conservés les matériaux qui serviront aux pensées futures.

Tout contact avec le Non-Moi modifie le corps mental par suite du changement dans la disposition d'une partie de ses matériaux, produit par la nouvelle image de l'objet extérieur.

La pensée envisagée du point de vue de la forme est l'établissement de relations entre ces images; envisagée du point de vue de la vie, elle consiste en modifications chez le Penseur lui-même.

Le travail du Penseur ou du Connaissant est l’établissement de relations entre les images formées dans son corps mental, et c'est son travail propre qui change les images en pensées.

Lorsque le Penseur reforme les mêmes images, n'y ajoutant que l'élément temps, alors apparaît la mémoire et la prévision. [Page 30]

La conscience au travail est de plus illuminée d'en haut par des idées qui ne sont pas fabriquées avec des matériaux fournis par le monde physique, mais qui sont des reflets du Mental Universel. (Voir chapitre 28)

Lorsqu'un homme raisonne, il ajoute quelque chose de son cru aux informations provenant de l'extérieur. Lorsque le mental travaille sur les matériaux qui lui sont fournis, il réunit les perceptions, combine les différents courants de sensation pour en faire une image unique. Ce travail de synthèse est le propre du Connaissant; c'est la spécialité du mental.

Cette activité du corps mental réagit sur le corps astral comme nous l'avons dit plus haut, et celui-ci à son tour réagit sur le corps éthérique qui affecte le corps dense et la matière nerveuse. Cette matière nerveuse vibre sous l'action des impulsions qui l'atteignent. Ceci se manifeste sous forme de décharges électriques et de courants magnétiques complexes entre les différentes particules.

Il en résulte la formation d'un chemin nerveux, tel qu'un autre courant puisse plus facilement s'y propager que se propager suivant une autre route. Considérons deux groupes de particules qui ont été réunies par un tel chemin: si l'un de ces groupes est remis en activité par la conscience qui répète la même idée, la vibration de ce groupe se propage aisément le long du chemin en question, atteint le deuxième groupe, éveille son activité, et présente à la conscience l'idée correspondante, "associée" à la première.

Tel est le principe du mécanisme de l'association des idées, phénomène mental dont l'importance est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'insister particulièrement sur ce sujet.

Nous avons noté plus haut que le travail propre du mental est l'établissement de relations entre les objets de conscience. Cette phrase s'applique à toutes les activités de l'esprit. Ainsi les Hindous appellent le mental le sixième sens parce qu'il s'empare des sensations qui [Page 31] proviennent des cinq sens et les combine en un percept unique dont il fait une idée. On appelle aussi le mental le "Rajah" des sens.

De même le "sutra" dit que les "vrttis" ou modes de l'esprit sont cinq. Cela exprime la même idée que lorsqu'en chimie on dit qu'un élément est pentavalent, c'est-à-dire que cet élément peut s'unir à cinq éléments simples. Le mental est comme un prisme qui rassemble les cinq sortes de rayons de sensations provenant des organes des sens, ou les cinq "manières de connaître" les Jnanendriyas, et les combine en un seul rayon.

Si nous additionnons les cinq organes des sens aux cinq organes d'action, les Karmendriyas, alors le mental devient le onzième sens; c'est pourquoi La Bhagavad Gîtâ parle des "dix sens et de l'autre" (13, 5).

Considérons maintenant non pas le mental en tant que sixième ou onzième sens, mais les sens du corps mental lui-même. Ils sont notablement différents des sens du corps physique. Le corps mental vient en contact avec les choses du monde mental en quelque sorte directement et par toute sa surface; c'est en somme le corps mental tout entier qui est conscient des choses qui peuvent l'affecter. Il n'y a aucun organe distinct pour la vue, l'ouïe, le toucher, le goût et l'odorat dans le corps mental; il est incorrect de parler des sens du corps mental; il serait plus exact de parler du sens mental.

Pouvant communiquer directement par transmission de la pensée sans avoir à formuler celle-ci en mots, il est clair que les barrières du langage n'existent pas sur le plan mental alors qu'elles existent encore sur le plan astral.

Lorsqu'un étudiant entraîné communique dans le monde mental avec un autre étudiant, son esprit s'exprime au moyen de couleurs, sons et formes, de sorte que la totalité de la pensée est transmise sous forme d'image colorée et musicale, tandis que sur le plan physique une partie seulement de la pensée est transmise au moyen des symboles que nous appelons des mots. [Page 32]

Il y a des livres anciens qui furent écrits par de grands Initiés au moyen d'un langage de couleurs, le langage des dieux. Ce langage est connu d'un grand nombre de chélas (c'est-à-dire d'élèves des Maîtres) et il provient, en ce qui concerne la forme et la couleur, du monde mental.

 L'esprit ne pense pas une couleur, un son et une forme. Il pense une pensée qui est une vibration complexe de la matière mentale et c'est cette pensée qui s'exprime de toutes ces manières par les vibrations mises en jeu. Dans le corps mental, l'homme est libéré des limitations dues aux organes des sens séparés, et il perçoit toute vibration qui dans le monde physique se présenterait sous plusieurs formes séparées.

Le corps mental de l'homme moyen actuel est relativement moins développé que les corps astral et physique. Au présent stade d'évolution, l'homme normal s'identifie avec la conscience du cerveau, la conscience qui opère dans le système cérébro-spinal. C'est là qu'il se sent chez lui, qu'il perçoit son "Moi" à l'état de veille sur le plan physique.

Toutefois, la conscience de l'homme moyen fonctionne principalement du plan astral, le royaume de la sensation, sauf bien entendu en ce qui concerne directement le système cérébro-spinal.

Mais chez les hommes plus évolués de la Cinquième Race, le centre de conscience est dans le corps mental, il fonctionne dans le monde mental inférieur, et l'homme est mû par les idées plus que par les sensations.

Ainsi, la conscience de l'homme moyen est active sur les plans astral et mental, mais l'homme n'est pas conscient sur ces deux plans. Il perçoit les phénomènes astraux et mentaux qui se passent en lui, mais il ne distingue pas ceux dont il est lui-même la cause de ceux qui sont produits par des actions extérieures. Pour lui, tous ces phénomènes sont intérieurs.

C'est pourquoi le plan physique est le seul monde "réel" pour lui, et les phénomènes de conscience appartenant [Page 33] aux mondes astral et mental sont ce qu'il appelle "irréel" , "subjectif", ou "imaginaire". Il les regarde comme créés par sa propre "imagination" et non pas comme le résultat des impacts sur ses corps astral et mental, ayant leur cause dans des mondes extérieurs. Il est donc en réalité un enfant sur les plans astral et mental.

C'est aussi pourquoi chez l’homme non développé, le corps mental ne peut pas fonctionner séparément sur le plan mental comme véhicule indépendant de conscience pendant sa vie terrestre. Lorsqu'un tel homme exerce ses facultés mentales, elles doivent se voiler de matières astrale et physique avant qu'il puisse être conscient de leur activité.

Nous pouvons récapituler les principales fonctions du corps mental comme suit:

1. Servir de véhicule au Soi pour l'élaboration des pensées concrètes.

2. Exprimer ces pensées concrètes au moyen du corps physique par l'intermédiaire du corps astral, du cerveau éthérique et du système cérébro-spinal.

3. Développer les facultés de mémoire et d'imagination.

4. Servir de véhicule de conscience séparé sur le plan mental lorsque le cours de l'évolution aura réalisé ce progrès important.

Il faut enfin ajouter la fonction suivante qui sera exposée plus complètement dans un des chapitres suivants :

5. Assimiler les résultats de l’expérience acquise dans chaque vie terrestre, et transmettre leur essence à l'homme véritable qui habite le corps causal.

Remarquons en passant que le règne animal emploie lui aussi dans une certaine mesure la matière mentale. Les animaux domestiques supérieurs exercent sans aucun doute la faculté de raisonnement, mais, bien entendu, ils ne peuvent exercer cette faculté que dans un [Page 34] petit nombre de cas, et dans une plus faible mesure que les êtres humains.

Dans le cas de l'animal moyen, seule la matière du sous-plan mental inférieur est employée; mais chez les animaux domestiques les plus développés, la matière du plus élevé des quatre sous-plans inférieurs est utilisée dans une certaine mesure. [Page 35]  

CHAPITRE - 5 -

EXEMPLES TYPIQUES

Le corps mental d'un "sauvage" est représenté dans L'Homme visible et invisible, planche VI. En ce qui concerne les couleurs, le corps mental ressemble beaucoup au corps astral à l'état de repos. Mais le corps mental contient plus de choses que le corps astral, car on y voit déjà ce que l'homme a pu acquérir de spiritualité et d'intellect. C'est encore bien peu dans le cas du sauvage, mais ce sera de plus en plus important dans les exemples suivants.

Si nous examinons en détail ce corps mental, nous remarquons au sommet un peu de jaune sombre qui indique la présence de l'intellect, mais l'impureté de cette couleur est le signe que cette faculté n'est appliquée qu'à des buts égoïstes.

La dévotion indiquée par le gris-bleu est le culte des fétiches abondamment taché de crainte et mû par des considérations d'intérêt personnel. Le cramoisi boueux dénote un commencement d'affection qui est encore essentiellement égoïste.

La bande orangé sombre indique l'orgueil du type le plus bas. Une grande tache écarlate exprime une forte tendance à la colère qui éclate violemment à la moindre provocation.

Une large bande vert sale, qui occupe une grande partie du corps, indique la malice et l'avarice - cette dernière exprimée par une nuance brune. Sur le fond de l'aura on voit une sorte de dépôt boueux qui dénote un ensemble égoïste et l'absence de toute espèce de qualité supérieure.

Le corps mental de l'homme non développé ne contient qu'une petite quantité de matière mentale; elle est [Page 36] peu organisée et elle appartient surtout à la subdivision inférieure du plan. Elle est mise en activité presque uniquement par les véhicules inférieurs, c'est-à-dire le plus souvent par des tempêtes émotionnelles du corps astral. Elle reste presque inerte lorsqu'elle n'est pas stimulée par ces vibrations astrales, et même sous leur influence elle est peu active. Aucune activité définie n'apparaît intérieurement; les impulsions d'origine extérieure sont nécessaires pour l'éveiller de sa torpeur.

C'est pourquoi les impulsions les plus violentes sont les meilleures au point de vue du progrès de l'individu. Les plaisirs des sens, la colère, la douleur, la terreur et les autres passions causent des tourbillons dans le corps astral qui stimulent la conscience mentale, et celle-ci, ensuite, ajoute quelque chose d'elle-même aux impressions d'origine extérieure.

L'homme ordinaire n'emploie que la matière du septième sous-plan mental, le plus bas, et comme cette subdivision est très proche du plan astral, toutes ses pensées sont colorées par les reflets du monde astral ou émotionnel. Très peu de gens actuellement utilisent le sixième sous-plan; les savants l'emploient certainement dans une large mesure, mais malheureusement, ils y mêlent souvent la matière de la subdivision inférieure et ils sont jaloux des découvertes et inventions des autres. La matière du cinquième sous-plan est beaucoup moins susceptible d'être influencée par la matière astrale. Le quatrième sous-plan, le plus proche du corps causal ne peut en aucun cas être soumis aux vibrations astrales.

La planche IX de l'ouvrage cité représente le corps mental d'un homme ordinaire. On y trouve une plus grande proportion d'intellect (jaune), d'amour (rose), et de dévotion (bleu). Les couleurs sont plus claires, ce qui indique une amélioration générale de la qualité.

Il y a autant d'orgueil que dans le cas précédent, mais il se manifeste maintenant à un niveau supérieur, car l'homme est fier de ses bonnes qualités au lieu d'être fier de sa force brutale ou de sa cruauté. [Page 37]

Une quantité notable d'écarlate persiste, indiquant la tendance à la colère; le vert plus beau, il indique maintenant d'adaptabilité ou la versatilité au lieu de la malice.

Chez le sauvage, le vert était à la partie inférieure de l'aura, au-dessous de l'écarlate, parce que les qualités qu'il représentait nécessitaient pour leur expression un type de matière plus grossier que celui de la colère.

Chez l’homme moyen, le vert est au-dessus de l'écarlate, car la matière dont il est fait est moins grossière que celle de la colère. Il y a une amélioration générale de toute la matière du corps mental.

Bien qu'il y ait encore une notable proportion du brun de l’égoïsme dans l'aura, cette couleur est moins sale que dans le cas du sauvage.

Le corps mental de l’homme moyen est beaucoup plus grand que celui du sauvage; il commence à être organisé, et il contient un peu de matière des sixième, cinquième et quatrième subdivisions du plan mental.

Comme dans les cas des corps physique et astral, l'exercice produit l'accroissement, l’inertie produit l'atrophie et finalement la destruction. Toute vibration mise en jeu dans le corps mental produit un changement dans ses constituants, une expulsion de la matière qui ne peut pas vibrer de cette manière, et son remplacement par de la matière du type approprié provenant du stock pratiquement inépuisable ambiant.

La planche XXII de l'ouvrage cité représente le corps mental d'un homme développé. L'orgueil (orangé), la colère (écarlate) et l'égoïsme (brun) ont complètement disparu. Les autres couleurs remplissent la totalité de l'ovoïde et sont beaucoup plus belles. La disparition de toute pensée personnelle s'accompagne d'une augmentation de la délicatesse des couleurs. De plus, au sommet de l'aura, apparaît le pur violet étoilé d’or qui indique l'acquisition d'une qualité supérieure - l'aspiration spirituelle.

La puissance supérieure qui jaillit à travers le corps [Page 38] causal d'un homme développé agit aussi à travers son corps mental, mais avec un peu moins de force.

Si l'on distingue ce que l'on pourrait appeler des octaves de couleurs, c'est-à-dire les aspects, des différentes teintes aux différents niveaux du plan mental, on voit que sous cette réserve, le corps mental est maintenant la reproduction approchée du corps causal de même que le corps astral est à son propre niveau la copie du corps mental.

Le corps mental d'un homme développé devient un reflet du corps causal parce que l'homme a appris à suivre les impulsions du moi supérieur qui guident maintenant sa raison. La couleur qui exprime une certaine qualité dans le corps causal l'exprime aussi dans le corps mental et dans le corps astral; mais elle devient de moins en moins lumineuse et de moins en moins délicate à mesure que l'on descend sur les plans inférieurs.

Chez un homme développé spirituellement, toutes les combinaisons grossières de matière mentale ont été éliminées, de sorte que le corps mental ne contient plus que les variétés les plus fines de la matière des quatre subdivisions inférieures du plan mental. De plus, la quantité de matière appartenant aux quatrième et cinquième est très supérieure à celle qui appartient aux sixième et septième sous-plans. Le corps mental est donc maintenant sensible à toutes les opérations supérieures de l'intellect, aux manifestations artistiques les plus délicates et au frémissement des émotions les plus élevées. Un tel corps devient rapidement capable d'obéir à toute impulsion provenant de l'homme véritable dans le corps causal, le Penseur, qui soit susceptible d'être exprimée par la matière mentale inférieure.

Les corps astral et mental d'un homme spirituel manifestent continuellement quatre ou cinq émotions magnifiques, parmi lesquelles l'amour, la dévotion, la sympathie et l'aspiration intellectuelle.

Le corps mental (et aussi le corps astral) d'un Arhat ou d'un homme qui a atteint la Quatrième grande Initiation, [Page 39] a peu de couleurs propres; ses couleurs sont surtout des reproductions de celles du corps causal à des octaves inférieures. Elles ont une apparence irisée, opalescente, nacrée, au delà de toute possibilité de description.

Une personne maniaque a généralement beaucoup de jaune dans son corps mental, et les diverses bandes colorées sont régulières et bien en ordre. Elle manifeste moins d'émotion et moins d'imagination que l'homme d'intuition, et, par suite, dans certaines circonstances, moins de puissance et d'enthousiasme ; mais, par contre, elle est moins susceptible de se tromper, et ce qu'elle fait est généralement bien fait.

Les habitudes d'esprit scientifiques ou méthodiques ont aussi une influence marquée sur la disposition des couleurs du corps astral: celles-ci forment des bandes régulières, et leurs lignes de démarcation sont bien définies.

Le corps mental de l'homme intuitif contient davantage de bleu, mais les couleurs sont généralement vagues et leur ensemble désordonné. L'homme souffre plus que le type précédent, mais souvent cette souffrance lui fait faire de rapides progrès.

Chez l'homme parfait, évidemment, se rencontrent à la fois l'éclat de l'enthousiasme et la régularité.

En plus des qualités ci-dessus, qui s'expriment par des couleurs du corps mental, il en est d'autres, telles que le courage, la dignité, la gaieté, la confiance, etc., qui sont exprimées plutôt par la forme que par la couleur. Elles sont indiquées par des différences dans la structure du corps mental ou dans l'aspect de sa surface.

A l'intérieur des différentes zones de couleurs que nous venons de décrire se trouvent généralement des stries plus ou moins nettement marquées. L'examen de ces stries peut nous renseigner sur un grand nombre des dualités de l'homme.

Par exemple, le fait d'avoir une très forte volonté se manifeste dans le corps mental par la précision et la stabilité des lignes. Toutes les stries et toutes les radiations [Page 40] sont nettement définies et persistantes, tandis que chez une personne qui manque de volonté, les lignes de séparation entre les différentes qualités sont vagues, et les stries et radiations petites, peu marquées et d'intensité variable.

Le courage est exprimé par des lignes fermes et fortement marquées, particulièrement dans la zone orangée de l'orgueil, et par la fixité de l'éclat des couleurs qui indiquent les qualités supérieures. A tout cela s'ajoute enfin une impression générale de calme.

Lorsque la peur paralyse une personne, toutes ces couleurs sont ternies par un brouillard gris livide, et les stries s'évanouissent dans une masse tremblante qui ressemble à de la gelée. L'homme a perdu temporairement le contrôle de ses véhicules.

La dignité s'exprime dans la même partie du corps mental que le courage, mais le calme et la stabilité des lignes sont différents.

La franchise et la véracité sont exprimées par la régularité des stries dans la partie du corps mental qui correspond aux formes concrètes, et par la clarté et la précision des images qui apparaissent dans cette région.

La fidélité se manifeste par une intensification de l'affection et de la dévotion et par la formation incessante dans cette partie de l'ovoïde d'images de la personne qui inspire cette qualité. Dans bien des cas de fidélité, d'affection et de dévotion, il se forme une image permanente très forte de l'objet de ces sentiments, image qui reste constamment dans l'aura du penseur, de sorte que s'il dirige sa pensée vers l'être aimé, la forme qu'il met en jeu renforce l'image existante au lieu d'en former une nouvelle.

La joie est exprimée par un éclat général des corps mental et astral, et par un frémissement particulier de la surface du corps.

La tendance générale à la gaieté se montre sous une forme peu différente de la précédente; elle s'exprime aussi par une sérénité très stable qui fait plaisir à voir. [Page 41]

La surprise se manifeste, au contraire, par une constriction de tout le corps mental accompagnée d'une augmentation de l'éclat de la bande de l'affection si la surprise est agréable, et par un changement de couleurs qui met en jeu souvent une grande quantité de brun et de gris si la surprise est désagréable. Cette constriction se communique aux corps astral et physique, et elle produit généralement des sensations très désagréables qui affectent quelquefois le plexus solaire (d'où affaiblissement général) ou le coeur (d'où palpitations et, dans les cas extrêmes, la mort). Il peut ainsi arriver qu'une grande surprise tue un individu au coeur faible.

La crainte respectueuse est la même chose que l’étonnement, mais elle est accompagnée d'une modification profonde dans la partie dévotionelle du corps mental, qui s'agrandit et dont les stries sont plus fortement marquées.

Les pensées mystiques et la présence de facultés psychiques sont indiquées par des couleurs qui n'ont pas d'équivalents sur le plan physique.

Lorsqu'un homme utilise une certaine partie de son corps mental en dirigeant sa pensée fortement suivant l'un des canaux dont nous avons parlé, non seulement le corps mental se met à vibrer plus rapidement, mais la portion qui correspond à cette pensée s'anime davantage et augmente de grandeur, de sorte que la symétrie de l’ovoïde est momentanément détruite.

Chez certaines personnes, cette dissymétrie est permanente; cela signifie que la proportion de pensées de ce type émises par l'individu est en progression. Si, par exemple, une personne entreprend une étude scientifique, et, par suite, dirige brusquement ses pensées dans cette direction beaucoup plus qu'avant, le premier effet est la formation d'une protubérance comme nous venons de le décrire. Mais si cette personne continue à entretenir une activité constante de pensée sur les sujets scientifiques, la protubérance est résorbée par l'ovoïde, et la [Page 42] bande de couleur correspondante devient plus large qu'avant.

Cependant, si l'intérêt de l'homme pour les sujets scientifiques continue à s'accroître, la protubérance subsiste en même temps que l'élargissement de la bande de couleur correspondante.

La trop grande spécialisation est donc nuisible au corps mental en conduisant à un développement dans une seule direction. Le corps mental se développe alors dans un petit nombre de ses parties, et d'autres régions, probablement aussi importantes, ne se développent pas. Le but à atteindre est un développement harmonieux de la totalité du corps mental, et cela nécessite un calme examen de soi-même et l'application ferme de méthodes efficaces; nous considérerons cet aspect de notre sujet dans un chapitre suivant.

Nous avons fait allusion plus haut au mouvement incessant des particules de matière du corps mental. A ce sujet s'appliquent les mêmes remarques que dans le cas du corps astral. Lorsque, par exemple, le corps astral est troublé par une émotion soudaine, toute la matière est agitée par un violent ouragan, de sorte que, momentanément, les couleurs sont très mélangées. Lorsque l'émotion est passée, les couleurs reprennent par gravité leurs positions respectives primitives. Mais malgré cela, la matière ne reste jamais au repos, et toutes les particules se déplacent sans cesse dans leur propre zone, d'où elles sortent très rarement. Ce mouvement est la santé du corps mental, et une personne dont la matière mentale ne circulerait pas de cette manière serait comme enfermée dans une coque empêchant sa croissance jusqu'à ce qu'elle la brise. L'activité de la matière dans une zone déterminée est en rapport avec la quantité de pensée sur le sujet qu'elle exprime.

Les troubles dans le corps mental ressemblent à ceux du corps astral, et ils ont des effets aussi désastreux. Ainsi, une personne qui se laisse tourmenter par un problème dont elle cherche vainement la solution, crée une [Page 43] sorte d'orage dans son corps mental, ou plus exactement il se forme une zone malade analogue à une partie physique irritée par un frottement.

 Une personne qui a l'esprit de contradiction a son corps mental en état d'inflammation perpétuelle, et cette inflammation se transforme sous l'influence de la moindre excitation en une véritable plaie ouverte. Pour une telle personne, il n'y a aucun espoir de progrès occulte tant qu'elle n'a pas rétabli l'équilibre dans son corps mental malade.

Si l'homme permet à ses pensées sur un certain sujet de rester stagnantes, la matière correspondante le reste aussi. Il en résulte l'apparition d'une sorte de congestion d'une partie du corps mental. Il se forme un petit tourbillon dans lequel la matière mentale se meut d'abord, puis se coagule en une espèce de verrue. Tant que cette verrue subsiste, l'homme ne peut pas utiliser cette partie de son corps mental, et il est incapable de penser rationnellement sur ce sujet. La masse épaissie empêche tout mouvement tant vers l'extérieur que vers l'intérieur; elle empêche l'homme, d'une part, de recevoir des impressions nouvelles correctes sur le sujet en question, et, d'autre part, d'émettre des pensées claires sur ce sujet.

Ces points malades sont des centres d'infection, et l'inaptitude à voir clairement s'étend à d'autres parties du corps mental. Si un homme a des préjugés sur un certain sujet, il en forme souvent d'autres, parce que la circulation saine de matière mentale est interrompue, et les habitudes d'erreur sont prises.

Les préjugés religieux sont les plus fréquents et les plus graves; ils empêchent absolument toute pensée rationnelle sur ce sujet. Un très grand nombre de personnes ont la partie du corps mental, qui devrait être occupée par les sujets religieux, inactive, comme si elle était ossifiée, de sorte que même la conception la plus rudimentaire de ce qu'est en réalité la religion leur est impossible. Et cet état subsiste souvent jusqu'à ce qu'un bouleversement catastrophique secoue l'individu. [Page 44]

En résumé, d'une manière générale, chez les hommes les meilleurs des races les plus avancées, le corps physique est, de nos jours, pleinement développé et sous le contrôle de l'homme; le corps astral est aussi pleinement développé mais non soumis au parfait contrôle de l'homme; le corps mental est en cours d'évolution, et son développement est loin d'être complet. Il reste encore une longue route à parcourir avant que ces trois véhicules soient entièrement subordonnés à l'âme. Lorsque ce sera réalisé, le moi inférieur aura été absorbé par le moi supérieur, et l'égo ou âme aura la maîtrise de l'homme. Chez un tel homme, plus de conflit entre les divers véhicules; l'homme n'est pas encore parfait, mais ses divers corps sont si bien harmonisés qu'ils ont tous le même but. [Page 45]

CHAPITRE - 6 -

KAMA-MANAS (DÉSIR ET MENTAL)

Dans Le Corps astral, nous avons traité, au chapitre 4, d'abord de Kama ou désir, puis de Kama-Manas ou mélange de désir et mental. Dans cet ouvrage, nous traiterons encore de Kama-Manas, en admettant comme connu ce qui a été dit dans Le Corps astral au sujet de Kama, et en nous bornant à l'aspect Manas.

Récapitulons brièvement ce qui a été dit dans Le Corps astral : Kama est la vie qui se manifeste dans le véhicule astral. Ses attributs essentiels s'expriment par le mot sentir; ils comprennent les appétits animaux, les désirs et les passions. C'est la brute en nous qui, plus que toute autre chose, est susceptible de nous lier à la terre. De plus, Kama ou désir est aussi le reflet ou l'aspect inférieur de Atma ou Volonté.

Le mot Kama est quelquefois employé dans un sens trop restreint, pour désigner uniquement les désirs sensuels les plus grossiers. En réalité, il signifie tous les désirs, et les désirs sont l'aspect de l'amour lorsqu'il est dirigé vers l'extérieur, l'amour des choses des trois mondes, alors que le véritable amour est l'amour de la vie ou du divin, et appartient au moi supérieur ou dirigé vers l'intérieur.

Dans le Rig Véda (X. 129) Kama est la personnification de ce sentiment qui conduit et pousse à la création. Il est essentiellement le besoin d'activité des sens, l'existence aux vives sensations, la turbulence de la vie passionnelle. Ainsi, pour l'individu comme pour le Cosmos, Kama est la cause primaire de la réincarnation, et, à mesure qu'il se différencie en désirs variés, ceux-ci enchaînent le Penseur à la terre et l'y ramènent sans cesse, vie après vie. [Page 46]

En Orient cette soif ou ce désir qui font renaître l'homme sont appelés Trishna (Tanhna en langage Pãli); la consommation de Trishna est désignée par le mot Upādāna.

Manas vient du mot sanscrit "man" qui est la racine du verbe penser. Manas désigne le Penseur en nous; en Occident on se sert pour le désigner des mots un peu vagues "mental" ou "esprit". Manas est l'individu immortel, le véritable "Moi".

Manas, le Penseur, est une entité spirituelle vivant sur le plan mental supérieur ou causal; il ne peut pas venir en contact direct avec les mondes inférieurs, et il projette dans ce but le Manas inférieur qui est appelé, suivant les auteurs, un reflet, une ombre, un rayon, etc.

C'est ce rayon qui agit sur le cerveau, manifestant à travers lui les facultés mentales que sa configuration et autres propriétés physiques lui permettent de traduire. Le rayon fait vibrer les molécules des cellules nerveuses du cerveau, et il en résulte l'apparition de la conscience sur le plan physique.

Ce Manas inférieur est absorbé en partie par le quaternaire qui se compose de:

Kama ou désir.
Prana ou vitalité.
Double Éthérique.
Corps physique.

On peut le considérer comme s'accrochant d'une main à Kama, tandis que de l'autre il s'accroche à son père, Manas supérieur.

Pendant la vie terrestre, Kama et Manas inférieur sont réunis, et on les désigne souvent par le mot composé Kama-Manas. Kama fournit, comme nous l'avons vu, l'élément animal et passionnel ; Manas y ajoute les facultés intellectuelles. Kama et Manas sont si étroitement liés pendant la vie qu'ils fonctionnent rarement l'un sans l'autre; les pensées non influencées par le désir sont donc très rares. Kama-Manas n'est pas un nouveau principe, mais le mélange de la partie inférieure de Manas avec [Page 47] Kama. On a aussi désigné Kama-Manas, ou Manas et désir, par l'expression: Manas s'intéressant aux choses extérieures.

 L'activité de Manas inférieur dans l’homme se manifeste sous forme de facultés mentales, force intellectuelle, finesse, subtilité; elle comprend le pouvoir de comparer, raisonner, juger ainsi que l'imagination et les autres facultés mentales. Ces facultés peuvent se développer jusqu'à atteindre le niveau du génie, mais il s'agit alors de ce que H. P. Blavatsky appelle "génie artificiel", c'est-à-dire le résultat de la seule culture et de la seule finesse intellectuelle.

Ce que nous appelons habituellement esprit, ou mental, ou intellect, est, d'après les propres mots de H. P. Blavatsky, "un pâle reflet trop souvent déformé de Manas lui-même". Sa véritable nature est souvent dévoilée par la présence d'éléments kamiques, tels que la passion, la vanité, l'arrogance.

Le véritable génie est produit par des éclairs de Manas supérieur pénétrant dans la conscience inférieure. Comme dit le Bindopanishad : "Il est exact de dire que Manas est double, pur et impur; la partie impure est influencée par le désir; la partie pure est exempte de tout désir".

Le Génie qui "voit" au lieu de démontrer appartient ainsi au Manas supérieur, ou à l’égo; l'intuition pure est une de ses facultés. Ce que l'on appelle habituellement la raison, c'est-à-dire le processus de classement des faits recueillis par l'observation, leur comparaison, leur démonstration, le fait d'en tirer des conclusions, tout ceci est le travail de Manas inférieur à travers le cerveau. Sa méthode est le raisonnement: par induction, il s'élève du connu à l'inconnu et construit des hypothèses; par déduction, il redescend au connu et vérifie ses hypothèses par de nouvelles expériences.

Il y a encore une autre différence entre le mécanisme du raisonnement ordinaire et l'apparition d'éclairs dans la conscience, que l'on nomme génie. Le raisonnement [Page 48] pénètre dans le cerveau à travers tous les sous-plans successifs des mondes mental et astral. Le génie provient, au contraire, de l'effusion directe de la conscience à travers les sous-plans atomiques, c'est-à-dire du sous-plan atomique mental directement à l'astral puis au physique.

Le raisonnement, cette faculté du cerveau physique qui est sous la dépendance du témoignage des sens, ne peut pas être une qualité appartenant directement à l'esprit divin dans l'homme. Ce dernier "sait", et tous les raisonnements, toutes les démonstrations lui sont inutiles. L'égo s'exprime aussi à travers la conscience; c'est alors la discrimination instantanée entre le vrai et le faux. Les prophéties et les soi-disant inspirations divines sont simplement des effets de l'illumination d'en haut provenant du propre esprit immortel de l'homme. (Nous reprendrons cet aspect de notre sujet au chapitre 31)

Kama-Manas est le moi personnel de l'homme. Dans Isis dévoilée, il est appelé "l'âme astrale". C'est Manas inférieur qui donne la note individuelle, c'est-à-dire qui permet à la personnalité de se reconnaître comme "Moi". Elle acquiert l'intellectualité, et se reconnaît comme séparée des autres sois; trompée par cette perception de séparation, elle ne réalise pas l'unité qui existe au delà de ce qu'elle est capable de sentir.

Kama-Manas, soulevé par le flot des émotions, passions et désirs kamiques, attiré par toutes les choses matérielles, aveuglé et assourdi par la tempête dans laquelle il est plongé, oublie facilement la gloire pure et sereine de l'endroit où il est né, et se jette lui-même dans la turbulence qui procure l'étourdissement et non la paix.

C'est Manas inférieur qui donne la dernière touche de perfection aux sens et à la nature animale; car il ne pourrait exister aucune passion sans la mémoire et la prévision, aucune extase sans la force subtile de l'imagination et les couleurs délicates du rêve et de la fantaisie.

Ainsi Kama attache Manas inférieur solidement à la terre. Tant que les entreprises humaines ont en partie [Page 49] pour but de conquérir l'amour, la reconnaissance, le pouvoir ou la gloire, aussi élevée que soit l'ambition, aussi noble que soit l'esprit de charité, aussi parfaite que soit la réalisation, Manas est teinté de Kama et n'est pas pur à son origine.

Kama et Manas réagissent constamment l'un sur l'autre, et chacun d'eux stimule ou réveille l'autre. Le mental est constamment mis en activité par le désir qui voudrait l'utiliser constamment comme ministre des plaisirs. Le mental cherche toujours ce qui donne du plaisir, et il tend à présenter les images qui font plaisir et à exclure celles qui font de la peine. Les facultés mentales ajoutent aux passions animales une certaine force et une certaine qualité qui n'apparaissent pas lorsque ces passions se manifestent sous les seules impulsions animales. Car les impressions enregistrées par le corps mental sont plus permanentes que celles du corps astral, et le corps mental les reproduit constamment grâce au mécanisme de la mémoire et de l'imagination. C'est ainsi que le corps mental stimule l'activité du corps astral, et éveille en lui des désirs qui chez l'animal sommeilleraient jusqu'à ce qu'ils soient excités par un stimulus physique. Ceci explique pourquoi l'on observe chez l'homme non développé une recherche incessante des plaisirs sensuels que l'animal ne connaît pas, un appétit insatiable, une cruauté, un calcul qui n'existent pas chez l'animal. Les pouvoirs de l'esprit mis au service des sens font donc de l'homme une brute beaucoup plus sauvage et dangereuse que n'importe quel animal.

Le rôle de l'élémental du désir (c'est-à-dire la vie instinctive qui habite le corps astral), dans ce mélange de Kama et Manas a été décrit dans Le Corps astral, chapitres 8, 12 et 23.

Les corps mental et astral des hommes sont si étroitement liés que l'on dit souvent qu'ils se comportent comme un seul véhicule. Dans la classification Védantine, ils sont réunis en un seul "Kosha" ou enveloppe, comme suit: [Page 50]

 

Corps  
   
Bouddhique Anandamayakosha
Causal Vignanamayakosha
Mental Manomayakosha
Astral
Éthérique Annamayakosha
Dense

L'étudiant se souviendra que les centres de sensation sont situés dans Kama; c'est pourquoi le Mundakopanishad dit (III, 9) : "Dans toute créature, l'organe de la pensée est imprégné par les sens" . Ceci exprime la double action de Manomayakosha, qui est l'organe de la pensée, mais qui est aussi "imprégné" par les sens.

Notons ici la relation qui existe entre Kama-Manas et les spirilles des atomes. Dans la première ronde de la Chaîne Terrestre, le premier ordre de spirilles de l'atome physique fut vivifié par la vie de la Monade; cet ordre est utilisé par les courants de Prana (vitalité) qui affectent le corps physique dense.

 Dans la deuxième Ronde, le second ordre de spirilles devint actif, et il fut parcouru par le Prana qui affecte le Double éthérique.

Le troisième ordre de spirilles fut vivifié pendant la troisième Ronde, et il fut alors parcouru par le Prana qui affecte le corps astral et rend possible la sensibilité.

Dans la quatrième Ronde, le quatrième ordre de spirilles entre en activité, et le Prana Kama-Manasique y circule. C'est alors que les atomes sont capables de former un cerveau destiné à servir d'instrument de pensée.

La mise en activité des autres ordres de spirilles pour l'emploi d'états de conscience plus élevés dans le cas de ceux qui se préparent à entrer sur le Sentier, peut être effectuée au moyen de certaines pratiques de Yoga.

Dans le cours normal de l'évolution, un nouvel ordre de spirilles sera développé à chaque Ronde, de sorte qu'à la septième Ronde, les sept ordres de spirilles seront en activité. C'est pourquoi les hommes de cette Ronde auront [Page 51] beaucoup plus de facilités que maintenant pour vivre la vie supérieure.

Pendant une incarnation, Manas peut faire l'une des trois chose suivantes:

1. Il peut s'élever vers sa source et, par des efforts incessants, réaliser l'unité avec "son Père qui est au Ciel", c'est-à-dire Manas supérieur;

2. Il peut tantôt aspirer à monter, tantôt descendre, ce qui est le cas de la plupart des hommes moyens;

3. Il peut s'attacher si étroitement aux éléments kamiques qu'il devienne un avec eux, et qu'il soit violemment séparé de son Père et périsse.

Lorsque Manas inférieur peut, de nos jours, se séparer de Kama, il devient l'instrument des facultés mentales les plus élevées, l'organe de la libre volonté dans l'homme physique. La condition nécessaire à la réalisation de cette liberté est la conquête et la soumission de Kama.

L'exercice de la libre volonté réside dans Manas lui-même; c'est de Manas que vient le sentiment de la liberté, la certitude de pouvoir se diriger soi-même, de pouvoir dominer la nature inférieure par la nature supérieure, quelles que soient les réactions de la nature inférieure. Aussitôt que la conscience s'identifie avec Manas au lieu de Kama, la nature inférieure cesse d'être considérée comme le "Moi"; elle devient l'animal que la conscience supérieure peut dompter.

Ainsi l'homme à la faible volonté est mû par les influences extérieures, attractions ou répulsions, c'est-à-dire par le "Désir" qui est la "Volonté découronnée", tandis que l'homme à la volonté forte est mû de l'intérieur par la pure Volonté et maîtrise continuellement les circonstances extérieures en mettant en jeu les forces appropriées, conformément. aux enseignements de son expérience.

De plus, à mesure que Manas inférieur se libère de Kama, il devient de plus en plus capable de transmettre à la conscience inférieure les impulsions de Manas supérieur, et ceci est l'origine des éclairs de génie, comme nous l'avons vu plus haut, la lumière de l'égo commençant [Page 52] à percer le Manas inférieur et à atteindre le cerveau. Mais tant que nous sommes pris dans le tourbillon de la personnalité, tant que les organes du désir et des appétits éclatent sur nous, tant que nous sommes ballottés par les vagues de l’émotion, nous pouvons être certains que la voix de Manas supérieur ou de l’égo ne peut pas atteindre nos oreilles. Le règne de l'égo ne commence pas dans le feu, ni dans l’ouragan, ni dans le fracas de l'orage; il commence lorsque l’homme est capable de percevoir le silence, lorsque l'air est sans mouvement et le calme profond, lorsque l'homme s'enveloppe d'un voile qui met son oreille à l’abri du silence même de la terre; alors seulement résonne la voix qui est plus silencieuse que le silence, la voix du véritable moi supérieur, de l'égo.

Le lac aux eaux agitées par les vents ne reflète aucune image nette, mais lorsque le vent tombe, il reflète les astres en images pures; de même l'homme qui calme son esprit, ses désirs, et arrête ses activités, reproduit en lui-même l’image du moi supérieur. C'est de cette manière que l'élève peut même refléter l'esprit de son Maître. Mais si ses pensées s'agitent, si ses propres désirs s'éveillent, l’image est brisée et ne peut plus rien lui apprendre.

Voici les propres paroles d'un Maître: "C'est sur la surface calme et sereine du mental sans trouble que les visions obtenues dans l'invisible peuvent trouver une représentation dans le monde visible. Il faut que nous préservions avec un soin jaloux notre plan mental de toutes les influences adverses qui se présentent chaque jour au cours de notre vie terrestre".

L'égo, en tant que fragment du Mental Universel, est omniscient sur son propre plan sans condition restrictive, mais il ne l'est que potentiellement dans les mondes inférieurs parce qu'il est obligé de s'exprimer à travers le moi personnel. Le corps causal est le véhicule de toute connaissance passée, présente et future, et c'est de là que viennent éventuellement les éclairs qui illuminent son double Manas inférieur, en transmettant à certaines cellules du cerveau des fragments de ce qui est au delà [Page 53] des sens; l'homme devient alors un voyant ou un prophète.

Ce triomphe ne peut être obtenu qu'au bout d'un grand nombre d'incarnations successives, toutes consacrées consciemment au même but. A mesure que les vies se succèdent, le corps physique devient de plus en plus sensible aux vibrations délicates des impulsions manasiques, de sorte que Manas inférieur a besoin de moins en moins de matière astrale grossière pour sa liaison avec le corps physique. C'est une partie de la mission du "rayon" manasique, c'est-à-dire de Manas inférieur, de se débarrasser graduellement de "l'élément de déception" (Kama) qui l'attache à la matière en obscurcissant sa nature divine et couvrant la voix de ses intuitions.

Lorsque, enfin, la conquête de Kama est réalisée et que le corps obéit à Manas, Manas inférieur est devenu un avec sa source, Manas supérieur. Ceci est exprimé par la terminologie chrétienne de la manière suivante: le "Père qui est au ciel" devient un avec le "Fils" sur tous les plans, comme ils ont toujours été un dans le "ciel". Ceci représente, bien entendu, un état de développement très avancé, celui de l'Adepte pour Qui les incarnations ne sont plus nécessaires mais peuvent être entreprises volontairement.

La même chose est exprimée par le Mundakopanishad: "L'organe de la pensée est imprégné par les sens; quand il est purifié. Atma Se manifeste".

Chez la plupart des gens, Manas inférieur tantôt aspire à monter; tantôt a tendance à descendre. La vie est un champ de bataille pour l’homme moyen: Manas est continuellement en lutte contre Kama; parfois l’aspiration domine, les chaînes des sens sont brisées, et Manas inférieur prend son essor, mais il arrive aussi que Kama prenne le dessus et enchaîne encore Manas inférieur à la terre.

De tout cela, il résulte que, comme nous l’avons brièvement indiqué au chapitre 4, chez la plupart des gens le centre de conscience est dans Kama-Manas. Mais les [Page 54] plus cultivés et développés commencent à gouverner le désir par la raison, c'est-à-dire que le centre de conscience se déplace graduellement de l'astral supérieur au mental inférieur. A mesure que l'homme progresse, le centre de conscience s'élève encore, et l'homme est dominé par les principes plutôt que par l'intérêt et le désir.

Car il arrive un instant où l'intellect de l'homme exige que son entourage, vie et matière, soit intelligible; l'esprit exige l'ordre et l'explication logique. Il ne peut pas vivre dans le chaos sans souffrir; il faut qu'il sache et comprenne pour pouvoir vivre en paix.

Dans certains cas extrêmes, Manas inférieur est mélangé d'une manière si inextricable à Kama que le lien frêle qui le relie à Manas supérieur, le "cordon d'argent qui le rattache au Maître", se brise.

Alors, même durant la vie terrestre, la nature supérieure étant complètement séparée de la nature inférieure, l'être humain est déchiré en deux parties la brute est libérée et s'échappe en emportant avec elle des reflets de Manas qui aurait dû être son guide dans la vie. Un tel être, de forme humaine, mais de la nature d'une brute, peut être rencontré quelquefois parmi les hommes; sa vie n'est qu'une lente agonie, et il ne peut inspirer que la pitié.

Après la mort physique, le corps astral d'une telle entité possède une terrible puissance. Il est connu sous le nom d'élémentaire, et il a été décrit dans Le Corps astral, au chapitre 15.

Du point de vue de l'égo; cette personnalité n'a acquis aucune expérience utile. Le "rayon" n'a rien rapporté ; la vie inférieure a été un échec complet.

La Voix du Silence contient l'injonction suivante: "Ne laisse pas ton principe céleste, plongé dans l'océan de Maya, se détacher de la Mère universelle (l'Ame), mais laisse la puissance ardente se retirer dans la chambre intime du coeur, le séjour de la Mère du Monde". Le "principe céleste" est Chitta, le mental inférieur. Il est né de l'âme qui le domine, lorsque Manas se divise en [Page 55] deux pour l'incarnation. Les plans de Atma-Bouddhi-Manas sont symbolisés par le mot ciel, tandis que ceux de la personnalité le sont par le mot terre.

C'est la présence du "principe céleste" dans l'homme qui lui confère une certaine liberté, et c'est à cause de cette liberté que sa vie est souvent plus désordonnée que celle des règnes inférieurs de la nature.

Chez beaucoup de gens, la matière mentale est mélangée à la matière astrale de telle sorte qu'il n'est pas possible de les séparer complètement après la mort. Le résultat de la lutte entre Kama et Manas est qu'une partie de la matière mentale, et même quelquefois la matière causale (mentale supérieure) est retenue par le corps astral après que l'égo l'a quitté.

Si, au contraire, l'homme a pendant sa vie conquis entièrement ses désirs inférieurs et a réussi à libérer complètement le mental inférieur du désir, il n'y a pratiquement aucune lutte, et l'égo est capable de ramener à lui non seulement ce qu'il a investi dans cette incarnation, mais aussi l'intérêt de son placement, c'est-à-dire l'expérience, les facultés, etc., qu'il a acquises. [Page 56]

CHAPITRE - 7 -

ONDES DE PENSÉES

Quand un homme se sert de son corps mental, c'est-à-dire quand il pense, une vibration naît dans son corps mental, et cette vibration produit deux effets distincts. Le premier est l'émission d'ondes; ce sera l'objet du présent chapitre. Le deuxième effet, la production des formes-pensées, sera étudié au chapitre suivant.

Une vibration dans le corps mental a tendance, comme toutes les autres vibrations, à se transmettre à toute matière ambiante capable de la recevoir, de même que la vibration d'une cloche se transmet à l'air ambiant. Par suite, l'atmosphère étant imprégnée de matière mentale qui réagit très facilement à de telles impulsions, il se produit dans la matière du plan mental une onde qui se prolonge dans toutes les directions, exactement de même que l'onde circulaire qui se propage à la surface d'une eau tranquille autour du point où est tombé un caillou.

Dans le cas de l'onde mentale, la propagation ne s'effectue pas dans un seul plan géométrique, mais suivant toutes les dimensions du monde mental.

Les rayons de pensée se croisent dans toutes les directions sans interférer, de même que les rayons de lumière sur le plan physique.

De plus, la surface enveloppe de l'onde est diversement colorée et opalescente. Mais ses couleurs s'affaiblissent à mesure qu'elle se propage.

Comme nous l'avons déjà dit, la vibration mentale a tendance à se reproduire dès qu'une occasion lui est offerte. Par suite, chaque fois qu'une onde atteint un autre corps mental, elle tend à y faire naître des vibrations analogues à celles qui lui donnèrent naissance dans le premier corps. C'est-à-dire que lorsque le corps mental [Page 57] d'un homme est frappé par une onde de pensée, il en résulte dans son esprit une tendance à produire une pensée analogue à celle qui existait dans l'esprit du générateur de l'onde.

 L'onde de pensée devient de moins en moins puissante à mesure qu'elle s'éloigne de sa source, et il est probable que la variation est proportionnelle au cube de la distance au lieu du carré dans le monde physique, à cause de la dimension supplémentaire.

Cependant ces vibrations mentales perdent leur puissance beaucoup moins vite que les vibrations de la matière physique, et elles ne cessent d'être appréciables qu'à d'énormes distances de leur origine.

La distance que peut atteindre une onde de pensée, la force et la persistance avec lesquelles elle agit sur un autre corps mental, tout cela dépend de la force et de la précision de la pensée originale. Ainsi, une forte pensée se propage plus loin qu'une pensée faible, mais la clarté et la précision sont plus importantes que la force.

D'autres facteurs influent sur la distance atteinte par l'onde de pensée: ce sont la nature de la pensée et la résistance rencontrée par l'onde. Ainsi les ondes qui se propagent dans la matière astrale du type le plus grossier sont bientôt étouffées par une multitude d'autres vibrations de nature analogue, de même qu'un son est rapidement étouffé par le bruit d'une grande ville.

C'est pourquoi les pensées ordinaires de l'homme moyen, qui sont concentrées sur son Moi, qui ont leur origine sur la subdivision inférieure du plan mental, et descendent immédiatement sur la subdivision correspondante du plan astral, ont des effets relativement restreints. Leur puissance dans ces deux mondes est limitée parce que, si violentes qu'elles soient, il existe au même niveau un immense océan de pensées de même nature parmi lesquelles leurs ondes se perdent rapidement.

Au contraire, une pensée dont l'origine est à un niveau supérieur a un champ d'action beaucoup moins encombré parce que, de nos jours, le nombre de pensées de [Page 58] cette nature est très petit. A ce point de vue, la pensée théosophique constitue presque à elle seule un échelon dans la classification des pensées modernes.

Il y a évidemment des gens de caractère religieux dont les pensées sont aussi élevées, mais elles sont moins bien définies et moins précises. La pensée scientifique elle-même est rarement de la même catégorie, de sorte que pratiquement, il existe un vaste champ libre pour la pensée théosophique dans le monde mental.

La pensée théosophique est semblable à un son dans le silence; elle met en mouvement la matière mentale à un niveau qui est actuellement peu utilisé, et les ondes qu'elle produit frappent le corps mental de l'homme moyen en un point où il n'y a encore aucune activité. Elle a donc tendance à éveiller une partie nouvelle de l'appareil mental.

De telles ondes ne communiquent pas la pensée théosophique à ceux qui l'ignorent, mais elles éveillent une portion supérieure du corps mental et tendent à élever et à rendre plus libérale les pensées humaines dans leur ensemble.

Il existe une variété infinie de pensées. Si la pensée est parfaitement simple, il n'y a dans le corps mental qu'un seul mode vibratoire, et un seul type de matière mentale est affecté par l'onde. Le corps mental se compose, comme nous l'avons vu, de matières des quatre subdivisions inférieures du plan mental, et dans chacune de ces subdivisions il y a de nombreuses variétés de densités différentes.

Si un homme est profondément absorbé par un certain genre de pensées, une onde de pensée puissante peut facilement passer sur lui sans l'affecter, de même qu'un homme très occupé par ses affaires ou ses plaisirs n'entend pas la voix d'un tiers.

Mais comme un très grand nombre de gens ne pensent pas clairement ni fortement en dehors de leurs affaires ou des travaux particuliers qui exigent toute leur attention, ils sont susceptibles d'être affectés considérablement [Page 59] par les pensées qui les atteignent. D'où la très grande responsabilité du penseur, car toutes ses pensées, surtout si elles sont nettes et fortes, affectent un très grand nombre de personnes.

Il est parfaitement exact de dire que l'homme qui entretient des pensées mauvaises ou impures répand le mal sur ses semblables. Beaucoup de gens ont en eux des germes latents de mal, germes qui pourraient ne pas se développer si aucune action extérieure n'éveillait leur activité; l'onde engendrée par une pensée impure peut produire cet éveil. Une telle pensée peut être le point de départ de toute une vie mauvaise. L'homme influencé de cette manière peut à son tour agir de même sur d'autres hommes, et ainsi se répand le mal dans toutes les directions. Beaucoup de mal est fait continuellement de cette manière, et, bien qu'il soit fait souvent inconsciemment, son auteur en a toujours la responsabilité karmique.

 D'autre part, une bonne pensée peut affecter les autres de la même manière. C'est pourquoi l’homme qui réalise ceci peut se mettre consciemment au travail et répandre sur ses amis et ses voisins continuellement des pensées d'amour, de calme, de paix, etc., dispensant ainsi autour de lui une influence bienfaisante comme celle du soleil sur la terre. Bien peu de gens savent quel bien immense ils pourraient faire s'ils le voulaient, grâce au pouvoir de la pensée.

Il arrive souvent qu'un homme soit incapable d'en aider un autre physiquement. D'ailleurs il se peut que la présence physique de l’aspirant-aide soit désagréable à celui qui souffre; il peut arriver que son cerveau physique soit fermé aux suggestions par des préjugés ou par la bigoterie. Mais ses corps astral et mental sont beaucoup plus facilement accessibles que le physique, et il est toujours possible de les atteindre par des ondes de pensée affectueuse, réconfortante, etc.

Il y a bien des cas où la volonté la plus puissante ne peut rien faire physiquement, mais il n'est pas possible [Page 60] de concevoir un cas où dans les mondes astral et mental on ne pourrait pas aider efficacement par des pensées d'amour concentrées et persistantes.

Il ne faut pas oublier qu'une onde de pensée ne véhicule pas une pensée bien déterminée; elle a seulement tendance à faire naître une pensée de même nature que celle qui la produisit. Ainsi, par exemple, une pensée de dévotion engendre une onde qui excite la dévotion. Mais l'objet de la dévotion peut varier suivant la personne influencée.

Une onde transporte donc le caractère de la pensée, mais non pas son sujet. Si un Hindou est absorbé dans la dévotion à Krishna, les ondes qu'il émet stimulent la dévotion chez tous ceux qu'elles atteignent. Pour les Mahométans la dévotion s'adressera à Allah, pour les Zoroastriens à Ahuramazda, pour les Chrétiens à Jésus.

Si une telle onde atteint un matérialiste à qui l'idée de dévotion est inconnue, elle produit un effet élévateur, car elle tend à mettre en activité une partie supérieure du corps mental.

Un fait très important doit être noté par l'étudiant: un homme qui a habituellement de fortes pensées pures et bonnes utilise alors la partie supérieure de son corps mental, c'est-à-dire une partie qui n'est pas utilisée du tout par l’homme ordinaire et qui chez ce dernier n'est pas développée. Cet homme constitue donc dans le monde une puissance du bien, et il est d'une grande utilité pour tous ses voisins qui sont capables de lui répondre, car les vibrations qu'il engendre tendent à éveiller chez eux une nouvelle portion du corps mental et à leur dévoiler un nouveau champ de pensées d'ordre supérieur.

Bien plus, l'homme qui, jour après jour, pense d'une manière précise et choisit ses pensées, non seulement développe son pouvoir mental et envoie dans le monde des ondes de pensée bienfaisantes, mais il contribue aussi au développement de la matière mentale elle-même. Car l'étendue de la conscience dans le cerveau est déterminée [Page 61] par le degré de développement des atomes, c'est-à-dire par le nombre de spirilles qui sont vivifiés. Normalement, au présent stade de l'évolution, quatre des sept spirilles sont en activité. L'homme qui est capable des formes supérieures de pensée aide au développement de l’activité des autres spirilles, et comme les atomes passent continuellement d'un corps à l'autre, en quittant le sien, ils sont susceptibles d'être utilisés par une autre personne capable de le faire. Les pensées élevées aident donc à l’élévation de la conscience du monde par l’amélioration du matériel de la pensée.

Il existe de très nombreuses variétés de matière mentale, et chaque variété vibre suivant un mode particulier auquel elle est habituée et auquel elle réagit plus facilement. Une pensée complexe peut évidemment affecter simultanément un grand nombre de variétés de matière mentale.

D'une manière générale, en ce qui concerne les effets de la pensée sur le corps mental (et aussi des émotions sur le corps astral), comme nous l’avons vu au chapitre 3, les pensées mauvaises ou égoïstes sont des vibrations relativement lentes de la matière la plus grossière, tandis que les pensées bonnes et altruistes sont des vibrations rapides de la matière la plus fine.

Le pouvoir de l’ensemble des pensées d'un certain nombre de personnes sur le même sujet est beaucoup plus grand que la somme des pouvoirs des pensées séparées. Il serait mieux représenté par leur produit. C'est pourquoi il est extrêmement bon pour une ville ou toute autre communauté qu'il s'y réunisse constamment un groupe de personnes capables de penser à un niveau supérieur. [Page 62]

CHAPITRE - 8 -

FORMES-PENSÉES

Nous allons envisager maintenant le deuxième effet produit, lorsqu'un homme utilise son corps mental pour penser, la génération des formes-pensées.

Comme nous l'avons vu, une pensée donne naissance à des vibrations dans la matière du corps mental. Sous cette impulsion, le corps mental projette une portion vibrante de lui-même dont la forme est déterminée par la nature des vibrations, de même que de fines particules répandues en couche mince sur un disque se groupent suivant des formes particulières quand le disque vibre à l'unisson d'une note musicale.

La matière mentale ainsi projetée se charge d'essence élémentale mentale (c'est-à-dire du Second Règne Élémental) du type approprié et fait vibrer cette essence en harmonie avec sa vibration propre.

C'est ainsi qu'est produite une forme-pensée pure et simple. Une telle forme mentale ressemble à une forme astrale ou émotionnelle (décrite dans "Le Corps Astral" ), mais elle est beaucoup plus brillante et plus richement colorée, plus forte, plus durable et davantage vitalisée.

L'effet de la pensée peut être décrit comme suit : "Ces vibrations (mentales) qui moulent la matière du plan en formes-pensées, donnent naissance - grâce à leur rapidité et à leur subtilité - à un jeu de couleurs changeantes des plus exquis, à une variété de nuances plus belles que celles de l'arc-en-ciel et du nacre, tout cela avec une délicatesse et en même temps un éclat bien au delà de toute description. Ces couleurs jouent à travers chaque forme de sorte qu'elle offre l'aspect d'une harmonie de couleurs délicates, lumineuses, vivantes, faite de toutes les nuances connues et d'une [Page 63] foule d'autres inconnues sur la terre. Les mots ne peuvent donner aucune idée de la merveilleuse beauté des combinaisons de cette matière subtile douée de mouvement et de vie. Tous les voyants qui en témoignent, Hindous, Bouddhistes, Chrétiens, parlent en termes ravis de cette glorieuse beauté, et confessent leur impuissance à la décrire complètement. Les mots semblent la profaner, si adroite que soit la louange".

Une forme-pensée est une entité vivante temporaire animée par l'idée qui lui donna naissance. Si elle est faite de la matière la plus fine, elle a une grande puissance, et elle peut être utilisée comme un agent possédant un grand pouvoir lorsqu'elle est dirigée par une volonté forte et persistante. Nous étudierons plus loin les détails de cette utilisation.

L'essence élémentale est une étrange vie semi-intelligente qui nous entoure et vivifie la matière du plan mental. Elle réagit très facilement à l'influence de la pensée humaine, de sorte que toute impulsion émanant du corps mental d'un homme s'entoure immédiatement d'un véhicule d'essence élémentale. Elle est en fait encore plus sensitive, si possible, que l'essence élémentale astrale.

Mais l'essence élémentale mentale diffère énormément de l'essence élémentale astrale; elle est une chaîne entière en retard et, par suite, la force ne travaille pas en elle d'une manière aussi concentrée. Elle s'essaye pour ainsi dire à penser, en passant constamment d'un sujet à l'autre, et elle est en grande partie responsable de nos pensées errantes.

Une pensée devient donc pour un certain temps une sorte de créature vivante: l'énergie-pensée est l'âme, et l'essence élémentale est le corps. Ces formes-pensées sont appelées élémentales, ou quelquefois élémentals artificiels.

La production des formes-pensées dépend des facteurs suivants:

1. La qualité de la pensée détermine la couleur. [Page 64]

2. La nature de la pensée détermine la forme.

3. La précision de la pensée détermine la netteté de son contour.

Il existe d'innombrables variétés de formes-pensées, à la fois par la forme et par la couleur. L'étudiant doit être maintenant familier avec les couleurs et leurs significations car ce sont les mêmes que sur le plan astral, et elles ont été décrites dans Le Corps Astral, ainsi qu'au chapitre 3 du présent livre.

 Ainsi, par exemple, l'affection produit une couleur rose lumineuse; le voeu de guérison, un agréable blanc d'argent; un effort mental pour raffermir et fortifier l'esprit, un beau jaune d'or éclatant.

Le jaune indique toujours l'intellect quel que soit le véhicule, mais ses nuances varient énormément, et il peut être mélangé d'autres couleurs.

D'une manière générale, la nuance est plus foncée et plus sombre s'il est dirigé vers des canaux inférieurs et, en particulier, si ses buts sont égoïstes.

Dans les corps mental et astral d'un homme d'affaires ordinaire, on trouve l'ocre jaune, tandis que l'intellect pur appliqué à l'étude de la philosophie ou des mathématiques est souvent doré; cette couleur se transforme graduellement en un magnifique jaune primevère clair et lumineux lorsqu'un intellect, puissant est employé d'une manière absolument altruiste au service de l'humanité.

La plupart des formes-pensées jaunes sont bien dessinées; les vagues nuages jaunes sont rares, ils indiquent le plaisir intellectuel, tel que celui qui accompagne la réussite dans la recherche de la solution d'un problème ou la joie de faire un travail intéressant.

Un nuage de cette nature indique l'absence complète de toute espèce d'émotion personnelle, car, s'il en existait, elle tacherait le jaune de sa couleur propre.

Dans bien des cas, les formes-pensées sont de simples nuages animés d'un mouvement de rotation et colorés par la qualité de la pensée qui leur donna naissance. [Page 65] L'étudiant concevra facilement qu'à notre époque il y ait une grande majorité de pensées nuageuses, aux formes irrégulières, engendrées par les esprits peu développés de la foule. C'est un phénomène des plus rares que la rencontre de formes claires et nettes parmi les milliers qui flottent autour de nous.

Lorsqu'une pensée est bien déterminée, il en résulte une forme nettement dessinée et souvent très belle. La variété de ces formes est très grande, mais chacune d'elles présente en général un caractère qui se rapporte à la catégorie dont fait partie la pensée qu'elle exprime. Ainsi, les idées abstraites sont habituellement représentées par toutes sortes de formes géométriques parfaites. Notons à ce sujet que ce qui est pour nous ici-bas une abstraction, est sur le plan mental un fait bien défini.

La puissance de la pensée et de l'émotion détermine la grandeur de la forme-pensée et sa durée en tant qu'entité séparée. D'autre part, sa durée dépend aussi de l'énergie qui lui est fournie après sa création, soit par son auteur, soit par d'autres.

Si la pensée est intellectuelle et impersonnelle, par exemple, si le penseur cherche la solution d'un problème de géométrie, alors les formes-pensées et les ondes sont confinées au plan mental.

Si la pensée est de nature spirituelle, par exemple, si elle est teintée de l'amour et de l'aspiration d'un sentiment profondément altruiste, alors elle s'élève au-dessus du plan mental et elle gagne dans cette élévation une splendeur et une gloire appartenant au plan bouddhique. Dans un tel cas, son influence est très puissante; et elle constitue une grande force au service du bien.

Si, au contraire, la pensée est mélangée de désir personnel, ses vibrations se dirigent immédiatement vers les plans inférieurs, et elle s'entoure d'un corps de matière astrale qui s'ajoute à celui de matière mentale. Une telle forme-pensée - que l'on devrait appeler forme-pensée-émotion - est évidemment capable d'affecter à la fois les corps mental et astral d'un autre homme. [Page 66]

Ce type de pensée est de beaucoup le plus commun, car il y a très peu de pensées des hommes et des femmes ordinaires qui soient vierges de tout désir, passion ou émotion.

Nous pouvons considérer que cette catégorie de formes-pensées s'est produite par l'activité de Kama-Manas, c'est-à-dire l'esprit dominé par le désir.

Lorsqu'un homme pense à un objet concret, par exemple à un livre, à une maison, à un paysage, il construit une image minuscule de cet objet au moyen de la matière de son corps mental. Cette image flotte à la partie supérieure de son corps, habituellement devant son visage et au niveau de ses yeux. Elle y reste pendant que l'homme contemple l'objet, et aussi pendant quelques instants après, la durée de cette persistance dépendant de l'intensité et de la précision de la pensée. Cette forme est tout à fait objective et peut être vue par une autre personne douée de la faculté de clairvoyance mentale. Si un homme pense à une autre personne, il crée d'elle un portrait minuscule de la même manière.

Tout effort d'imagination produit le même résultat. Le peintre qui se fait une conception de son futur tableau, le construit au moyen de la matière de son corps mental, puis le projette dans l'espace devant lui, le conserve devant sa vue mentale, et le copie. L'écrivain construit de la même manière des images de ses caractères en matière mentale et, au moyen de sa volonté, il fait mouvoir ces poupées de sorte que l'action de son oeuvre se joue littéralement devant lui.

Comme nous venons de le dire, ces images mentales sont si objectives que non seulement elles peuvent être vues par un clairvoyant, mais elles peuvent aussi être vues et modifiées par un autre que leur créateur. Ainsi, par exemple, de joyeux esprits de la nature (voir Le Corps astral, chapitre 7I) ou plus souvent encore un écrivain mort, font mouvoir ces images de telle sorte qu'elles semblent manifester une volonté propre et que [Page 67] l'action se déroule suivant une ligne toute différente de celle que l'auteur avait prévue.

Le sculpteur crée une puissante forme-pensée de la statue qu'il veut faire, la projette dans le bloc de marbre, puis enlève le marbre qui est à l'extérieur de cette forme.

De même, un conférencier, à mesure qu'il pense fortement aux différentes parties de son sujet, crée une série de formes-pensées généralement très puissantes à cause de l'effort qu'il fait. S'il ne se fait pas comprendre, c'est principalement parce que sa propre pensée n'est pas suffisamment bien définie. Une forme-pensée vague fait une impression très faible, tandis qu'une forme-pensée nettement dessinée influence fortement les corps mentaux de l'auditoire qui essayent de la reproduire.

L'hypnotisme fournit des exemples de la réalité des formes-pensées. Chacun sait, en effet, qu'une forme-pensée peut être projetée sur une feuille de papier blanc et devenir visible à la personne hypnotisée. Cette forme peut même être rendue si objective que la personne hypnotisée voit et sent comme si la forme était un objet physique.

 Il existe d'une manière plus ou moins permanente un grand nombre de formes-pensées des types les plus célèbres de l'histoire, du drame, de la poésie, etc. Ainsi, par exemple, l'imagination populaire a créé de puissantes formes des caractères des drames de Shakespeare. Ces formes sont collectives: elles ont été construites par la réunion des produits de l'imagination d'un nombre immense d'individus.

Les enfants ont l'imagination très vive, et les livres qu'ils lisent sont représentés dans le monde des formes-pensées par d'excellentes images des personnages, tels que Sherlock-Holmes, etc.

Toutefois, les formes-pensées évoquées par les livres d'aujourd'hui sont en général inférieures en précision à celles que nos grands-parents créèrent de Robinson Crusoé et des héros de Shakespeare. Ceci est dû au fait que [Page 68] les gens lisent maintenant plus superficiellement qu'autrefois.

Nous en avons terminé avec la genèse des formes-pensées. Nous allons étudier maintenant leurs effets sur leurs créateurs et sur les autres.

Tout homme crée trois catégories de formes-pensées.

1. Celles qui ne sont ni centrées sur lui-même, ni dirigées vers une autre personne, et qui restent derrière lui comme une sorte de trace.

2. Celles qui, étant centrées sur le penseur, restent autour de lui et le suivent partout où il va.

3. Celles qui jaillissent directement du penseur et se dirigent vers un but déterminé.

Une forme-pensée de la catégorie 1, n'étant ni personnelle, ni spécialement dirigée vers quelqu'un, flotte simplement dans l’atmosphère, en émettant continuellement des vibrations analogues à celles qui furent engendrées par son créateur. Si la forme ne vient pas en contact avec un autre corps mental, la radiation épuise graduellement sa provision d'énergie et la forme se désagrège.

Mais si elle réussit à éveiller des vibrations de même nature dans un corps mental voisin, il se produit alors un phénomène d'attraction et la forme-pensée est habituellement absorbée par ce corps mental.

Au présent stade de l'évolution, la majorité des pensées des hommes sont habituellement centrées sur eux-mêmes, et cela dans les cas même où elles ne sont pas activement égoïstes. De telles pensées restent accrochées au penseur. En fait, la plupart des gens entourent leur corps mental de coques faites de ces pensées. Dans ces conditions, elles ne cessent d'agir sur lui. Elles tendent à se reproduire, c'est-à-dire à exciter chez l'homme la répétition des pensées qu'il a créées autrefois. Bien des gens sentent cette pression qui agit sur eux intérieurement et qui se manifeste comme la suggestion constante de certaines pensées, particulièrement lorsqu'ils se reposent après leur travail, et que leur esprit n'est pas occupé par une pensée précise. Si ces pensées [Page 69] sont mauvaises, il arrive souvent que l'homme croit qu'elles proviennent d'un démon tentateur. Elles ont pourtant été créées par lui, et c'est lui qui est son propre tentateur.

La répétition de pensées de ce genre joue un rôle important dans l'élaboration de Prarabda, c'est-à-dire Karma venu à maturité. Cette répétition, par exemple dans le cas de pensées de vengeance, finit par mettre l’homme dans un état que l'on peut comparer à celui d'une solution sursaturée. L'addition à cette solution d'un fragment de matière solide produit en un instant la solidification de la masse; de même, dans le cas de l'homme, une impulsion infime additionnelle peut lui faire commettre un crime. La répétition de pensées d'aide agit de la même manière, et lorsque le stimulus opportun atteint l'homme, il se conduit comme un héros. Alors l’homme s'étonne d'avoir commis un crime, ou d'avoir accompli un acte de sacrifice sublime, parce qu'il ne réalise pas l'influence de la répétition des pensées. Ce fait est d'une très grande importance dans l'étude du vieux problème de la liberté et du déterminisme.

Bien plus, les formes-pensées de l'homme ont tendance à attirer à lui celles des autres hommes lorsqu'elles sont de même nature. L'homme attire ainsi à lui un important supplément d'énergie. De lui seul, évidemment, dépend la nature des forces ainsi attirées: elles sont bonnes ou mauvaises suivant que ses pensées sont elles-mêmes bonnes ou mauvaises.

Habituellement, chaque pensée nouvelle crée une nouvelle forme-pensée. Mais s'il existe à proximité du penseur une forme-pensée de même nature, dans certaines circonstances, les nouvelles pensées sur le même sujet, au lieu de créer de nouvelles formes, se réunissent à l’ancienne et la renforcent, de sorte que l'homme qui nourrit sans cesse des pensées sur le même sujet peut finir par produire une forme-pensée d'une puissance énorme. Si la pensée est mauvaise, une telle forme-pensée peut devenir une influence maligne susceptible de durer des [Page 70] années avec l'apparence et les pouvoirs d'une véritable entité vivante.

Une coque de pensées centrées sur l'homme lui-même tend à obscurcir la vision mentale et à faciliter la formation des préjugés. L'homme regarde le monde à travers cette coque et, naturellement, il voit toutes choses colorées par elle; toute chose extérieure qui affecte l'homme est pour lui plus ou moins déformée par la nature de la coque. Donc, jusqu'à ce que l'homme ait acquis le parfait contrôle de ses pensées et de ses sentiments, il ne voit aucune chose comme elle est réellement, puisque toutes ses observations sont faites au travers d'un écran qui déforme et colore toutes choses.

C'est pour cette raison qu'Aryasangha (maintenant le Maître Djwal Koul) disait dans La Voix du Silence que le mental était "le grand destructeur du réel". Il attirait ainsi l'attention sur le fait que nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont, mais seulement les images que nous sommes capables d'en faire, toutes choses étant ainsi nécessairement colorées par ces formes-pensées qui sont créées par nous.

Si la pensée du sujet d'une autre personne est purement contemplative, c'est-à-dire qu'elle ne comporte aucun sentiment tel que l'affection ou le mépris, ni aucun désir tel que celui de voir cette personne, alors la pensée n'affecte pas d'une manière perceptible la personne dont il s'agit.

Mais si un sentiment, par exemple l'affection, est associé à cette pensée, la forme-pensée construite avec la matière du corps mental du penseur, s'enveloppe de matière prélevée sur son corps astral, et cette forme astro-mentale jaillit du corps où elle est née, se dirige droit vers l'objet du sentiment et s'y attache.

Elle peut être comparée à une bouteille de Leyde. La forme faite d'essence élémentale est la bouteille et l'énergie-pensée est la charge électrique.

Si la personne en question est dans une condition passive, ou encore si elle entretient des vibrations qui sont en [Page 71] harmonie avec celles de la forme-pensée, celle-ci se décharge sur elle et dès lors cesse d'exister.

 Mais si l'esprit de la personne est très occupé suivant une ligne différente, alors les vibrations ne peuvent pas pénétrer et la forme-pensée reste dans l'ambiance où elle attend une opportunité pour se décharger.

Une forme-pensée envoyée d'une personne à une autre implique donc le transfert d'une certaine quantité de force et de matière de l'expéditeur au destinataire.

La différence entre l'effet d'une onde de pensée et celui d'une forme-pensée est la suivante: comme nous l'avons vu au chapitre 7, une onde de pensée ne produit pas une idée définie; elle tend simplement à produire une pensée du même genre que le sien; une onde de pensée a une action moins définie, mais cette action s'étend à un espace beaucoup plus grand que dans le cas de la forme-pensée.

Au contraire, la forme-pensée amène une idée bien définie, et elle transmet la nature exacte de la pensée à ceux qui sont prêts à la recevoir; mais elle ne peut atteindre qu'une seule personne.

Une onde de pensée est donc essentiellement adaptable; une onde de dévotion, par exemple tend à éveiller la dévotion chez celui qu'elle atteint, bien que l'objet de la dévotion puisse être différent dans le cas de l'émetteur et dans le cas du récepteur. Mais une forme-pensée donnerait naissance à une image précise de l'Être pour qui la dévotion était originalement ressentie.

Si la pensée est suffisamment forte, la distance n'est rien pour la forme-pensée, mais la pensée d'une personne ordinaire est généralement faible et diffuse, et, par suite, elle ne produit aucun effet en dehors d'une zone très limitée.

Une forme-pensée d'amour ou de désir de protéger, dirigée avec force vers la personne à laquelle elle se rapporte, va droit sur cette personne, et reste dans son aura comme un bouclier; elle recherche toutes les opportunités de servir et de défendre, non pas par un effort [Page 72] conscient et délibéré, mais en suivant aveuglément les impulsions qu'elle a subies; elle renforce les énergies amies qui atteignent l’aura de la personne et affaiblit les énergies ennemies. Elle se comporte donc comme un véritable ange gardien. C'est aussi de cette manière que la prière d'une mère pour un enfant éloigné le protège efficacement.

La connaissance de ces faits devrait nous donner la conscience du pouvoir énorme qui est à notre disposition. Nous pouvons répéter ici ce que nous avons dit au sujet des ondes de pensée: il y a de nombreux cas où nous ne pouvons rien faire sur le plan physique pour aider une autre personne; mais les corps mental et astral de l'homme peuvent toujours être affectés, et ils sont souvent plus facilement influençables que le corps physique. Il nous est donc toujours possible d'agir sur le corps mental ou sur le corps astral par des pensées d'aide, des sentiments affectueux, etc. Les lois de la pensée sont telles qu'il en résulte toujours un effet; il est impossible que cet effet soit complètement nul, même s'il n'en résulte aucune conséquence visible sur le plan physique.

L'étudiant comprendra facilement qu'une forme-pensée ne peut affecter une autre personne que si dans son aura se trouvent des matériaux capables de vibrer en harmonie avec la forme-pensée. Dans le cas où les vibrations de la forme-pensée sont en dehors des limites des possibilités de l'aura qu'elle atteint, elle rebondit sur l'aura avec une force proportionnelle à celle qu'elle avait en arrivant.

D'où le proverbe d'après lequel un esprit et un coeur purs sont la meilleure protection contre les assauts ennemis, car l'esprit et le coeur purs construisent des corps mental et astral au moyen des matériaux les plus subtils, et ces corps ne peuvent répondre aux vibrations qui s'expriment dans la matière grossière et dense.

Si une pensée mauvaise projetée avec une intention maléfique atteint un corps ainsi purifié, elle rebondit et revient suivant la ligne de moindre résistance magnétique [Page 73] vers son auteur. Celui-ci, possédant dans ses corps mental et astral de la matière ayant servi à construire la forme-pensée, subit ses vibrations et, par suite, souffre lui-même de l'effet destructeur qu'il avait voulu produire. C'est pourquoi l'on peut dire que "les malédictions retournent vers leur auteur"; on peut en dire autant des bénédictions. Tel est le résultat très grave de la suspicion dirigée vers une personne bonne et très évoluée; les formes-pensées qui l'atteignent ne peuvent lui faire aucun mal; elles rebondissent vers leurs auteurs qu'elles châtient mentalement, moralement ou physiquement.

Lorsqu'un homme pense qu'il se trouve lui-même en quelque endroit éloigné, ou bien lorsqu'il souhaite vivement y être, la forme-pensée qu'il construit à son image apparaît à cet endroit. De telles formes ont été vues assez souvent, et confondues avec le corps astral de l’homme ou son apparition. Pour que ceci soit possible, il faut ou bien que le voyant possède une clairvoyance suffisante pour être capable de percevoir une forme-pensée, ou bien que celle-ci ait une force suffisante pour se matérialiser, c'est-à-dire pour s'entourer temporairement d'une certaine quantité de matière physique.

La pensée qui produit une telle forme doit être nécessairement très forte, et elle utilise une portion notable de la matière du corps mental, de sorte que la forme, petite au moment où elle quitte le penseur, atteint généralement la taille de l'homme lui-même lorsqu'elle arrive à destination. De plus, une forme-pensée de cette espèce, qui est essentiellement composée de matière mentale, s'entoure souvent d'une quantité notable de matière astrale. En revêtant la forme astrale, l’élémental perd beaucoup de son éclat, bien que sa couleur brillante reste visible à l'intérieur de l'enveloppe de matière inférieure. De même que la pensée originale anime l'essence élémentale du plan mental, la même pensée plus sa forme d'essence élémentale, constitue l'âme de l'élémental astral.

La conscience du penseur n'est pas incluse, même [Page 74] partiellement, dans une forme telle que ci-dessus. Cette forme constitue une entité tout à fait séparée, mais qui peut être en relation avec son créateur de sorte que celui-ci puisse recevoir des impressions par son intermédiaire.

Il existe un type de clairvoyance supérieur à la clairvoyance ordinaire, et qui nécessite une certaine maîtrise sur le plan mental. Dans ce cas, l'homme conserve une liaison avec la forme-pensée nouvellement créée, et un certain contrôle sur elle, de sorte qu'il puisse recevoir des impressions par son intermédiaire. Celles-ci sont transmises au penseur par résonance. Lorsque ce type de clairvoyance est parfait, c'est presque comme si le voyant projetait une partie de sa conscience dans la forme-pensée et utilisait celle-ci comme un poste d'observation avancé. Il est alors capable de voir presque aussi bien que s'il se trouvait au même endroit que la forme-pensée. Les objets qu'il regarde lui apparaissent grandeur naturelle et comme s'ils étaient tout près de lui; il lui est évidemment possible de déplacer son point de vue s'il le désire.

Toute personne qui pense exerce le pouvoir de créer des formes-pensées. Les pensées sont des réalités, et même des réalités très puissantes. Chacun de nous génère des formes-pensées sans cesse, jour et nuit. Nos pensées, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, ne concernent pas rien que leurs auteurs. Les mauvaises pensées ont en réalité beaucoup plus d'effet que les méchantes paroles; elles peuvent affecter toute autre personne qui a en elle-même les germes du mal.

Comme un Maître l'écrivit : "L'Homme, sans cesse, peuple son ambiance d'un monde de sa création rempli des produits de son imagination, de ses désirs, de ses impulsions et de ses passions".

Un Maître décrivit aussi l'Adepte comme étant capable "de projeter et de matérialiser dans le monde visible les formes que son imagination construit au moyen de la matière cosmique inerte du monde invisible. L'Adepte [Page 75] ne crée rien de nouveau, mais utilise les matériaux que la Nature tient à sa disposition, matériaux qui, au cours des âges, ont passé par toutes les formes. Il n'a qu'à choisir ceux dont il a besoin, et à les rappeler à l'existence objective".

La différence entre un homme non développé et un homme développé réside dans ce fait que le dernier utilise consciemment le pouvoir de la pensée. Un tel homme est devenu capable de créer et de diriger consciemment une forme-pensée; sa puissance utile est donc devenue très grande, car il peut utiliser la forme-pensée pour travailler aux endroits qu'il ne peut pas encore visiter dans son corps mental. Ses formes-pensée, parfaitement maîtrisées par lui-même sont les agents de sa volonté.

L'exemple le plus magnifique de forme-pensée est sans doute ce que l’Église Chrétienne appelle l'Ange de la Présence. Ce n'est pas un membre du royaume des Anges, mais une forme-pensée du Christ, qui a Son apparence, et qui est une extension de la conscience du Christ Lui-même. C'est par l'intermédiaire de l'Ange de la Présence que s'effectue le changement de nature des éléments connu sous le nom de trans-substantiation.

Il se produit un phénomène analogue, mais à un niveau moins élevé, dans les Loges Maçonniques où l'on emploie un portrait du C. D. T. L. V. F. M. Cette forme-pensée est une partie de Lui-même à tel point que la Loge a le bénéfice de Sa présence et de Sa bénédiction exactement comme s'Il était là dans Sa forme physique.

 Il est possible, par l'exercice du pouvoir de la volonté, de dissiper instantanément un élémental artificiel, ou une forme-pensée, exactement de la même manière qu'il est possible sur le plan physique de tuer un serpent venimeux pour qu'il ne puisse plus faire aucun mal. Mais l'occultiste ne le fait jamais, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Pour comprendre la raison de ce fait, il est nécessaire de donner quelques explications supplémentaires au sujet de l'essence élémentale.

L'essence élémentale dont est construite une forme-pensée [Page 76] est, comme nous l'avons vu, en cours d'évolution, c'est-à-dire qu'elle apprend à vibrer de toutes les manières possibles. Par suite, quand une pensée la maintient en vibration pendant un certain temps, à un certain régime, elle contribue à lui enseigner ce régime, et la prochaine fois, lorsqu'une vibration analogue la frappera, elle répondra plus facilement.

Que la pensée soit bonne ou mauvaise, cela n'importe pas à l'essence élémentale. Son développement nécessite simplement qu'elle soit utilisée par la pensée. La différence entre le bien et le mal se manifeste par la qualité d'essence qui est affectée, la pensée ou le désir mauvais emploient la matière grossière, et la pensée ou le désir supérieurs nécessitent la matière subtile.

Ainsi évolue par degrés l’essence élémentale, grâce à l’action des pensées des hommes, des dévas, esprits de la nature, et même des animaux dans la mesure où ils pensent.

C'est donc pour ne pas faire obstacle à son évolution que l'occultiste évite, autant que possible, de détruire un élémental artificiel, et préfère se défendre lui-même ou défendre les autres en utilisant la protection d'une coque.

Bien entendu, il ne faudrait pas que l'étudiant s'imagine que son devoir comporte de nourrir des pensées grossières dans le but d'aider l'évolution des types les plus grossiers d'essence. Il ne manque pas de gens non développés pour entretenir des pensées basses. L'occultiste doit, au contraire, s'efforcer d'avoir des pensées pures et élevées pour aider l'évolution de la matière élémentale la plus fine, travaillant ainsi dans un domaine où il y a encore peu d'ouvriers.

Avant de quitter le sujet des formes-pensées, nous noterons encore que tous les sons font une impression sur la matière astrale et sur la matière mentale. Et cela non seulement en ce qui concerne les sons musicaux, mais aussi les sons de toute sorte. Quelques-uns d'entre eux ont été décrits dans Le Corps astral, chapitre 7. [Page 77]

La forme-pensée ou l'édifice construit sur les plans supérieurs pendant la célébration de l’Eucharistie Chrétienne diffère quelque peu des formes-pensées ordinaires; elle a beaucoup de traits communs avec les formes-pensées produites par la musique. Elle est construite au moyen de matériaux fournis par le prêtre et l'assistance pendant la première partie du service aux niveaux éthérique, astral et mental, la matière des niveaux supérieurs étant introduite dans la dernière partie du service principalement par les légions Angéliques.

L'édifice-pensée peut être comparé à un condenseur dans une usine de production d'eau distillée; dans un récipient refroidi par une circulation d'eau, la vapeur est condensée en eau, et cette eau refroidie. De même l’édifice eucharistique fournit un véhicule pour rassembler et condenser les matériaux apportés par les adorateurs; dans ce véhicule peut alors descendre une effusion spéciale de la force divine provenant de niveaux très supérieurs, et ce même véhicule permet aux Anges d'utiliser cette force à certains travaux définis dans le monde physique.

Les cérémonies de toutes les grandes religions tendent à produire certains résultats au moyen d'une action collective. Les cérémonies de la Franc-Maçonnerie produisent un résultat analogue, mais d'une manière différente. La forme-pensée construite par la cérémonie Maçonnique est le véritable "conopé céleste" que l'on peut aussi considérer comme l’aura d'un homme couché sur le dos. Ce symbolisme apparaît encore ailleurs, par exemple dans la robe de Joseph aux mille couleurs, dans la Robe de Gloire revêtue par l'initié, et aussi dans l'Augoeïdes (voir chapitre 27, in fine) des philosophes Grecs, le corps glorifié dans lequel l'âme habite dans le monde invisible. [Page 78]

CHAPITRE - 9 -

LE MÉCANISME DE LA TRANSMISSION DE LA PENSÉE

Avant d'étudier les phénomènes de transmission de pensée et leurs effets sur les hommes, nous allons décrire le mécanisme au moyen duquel la pensée peut être transmise d'une personne à l'autre.

Le mot télépathie signifie littéralement "sentir à distance"; il aurait donc dû être employé exclusivement pour la transmission des sentiments ou des émotions. Mais il est généralement employé comme synonyme de transmission de pensée, et nous pouvons lui conserver le sens de: transmission d'images, pensées ou sentiments d'une personne à l'autre par des moyens non physiques.

La télépathie est possible de trois manières différentes : il peut y avoir communication:

1. entre deux cerveaux éthériques;
2. entre deux corps astrals;
3. entre deux corps mentals.

Dans la première manière, que nous pouvons appeler la méthode physique ou éthérique, une pensée produit des vibrations d'abord dans le corps mental, puis le corps astral, puis le cerveau éthérique, et enfin dans les molécules denses du cerveau physique. Les vibrations du cerveau affectent l'éther physique, et les ondes se propagent jusqu'à ce qu'elles atteignent un autre cerveau, où elles déclenchent des vibrations dans ses particules éthériques et denses. Ces vibrations du cerveau récepteur sont alors transmises aux corps astral et mental correspondants, et c'est ainsi qu'elles atteignent la conscience.

Si une personne pense fortement à une forme concrète dans son cerveau physique, elle construit cette forme au moyen de matière éthérique, et l'effort de construction de cette image produit en même temps des ondes éthériques dans toutes les directions. Ce n'est pas [Page 79] l'image elle-même qui est envoyée, mais un jeu de vibrations capables de reproduire cette image. Le phénomène est quelque peu semblable à ce qui se passe dans le téléphone, où la voix elle-même n'est pas transmise, mais où des vibrations électriques mises en jeu par la voix se propagent jusqu'au récepteur où elles reproduisent alors la voix.

La glande pinéale est l'organe de la transmission de la pensée, de même que l’oeil est l'organe de la vue. Chez beaucoup de gens, la glande pinéale est rudimentaire, mais elle évolue, et il est possible d'activer son évolution de sorte qu'elle puisse remplir sa fonction naturelle comme elle la remplira chez tous les hommes dans l'avenir.

Si un homme pense d'une manière délibérée à une idée bien déterminée, avec une attention et une concentration soutenues, il finit par devenir conscient d'une sorte de frémissement dans la glande pinéale. Ce frémissement a son origine dans l’éther qui imprègne la glande pinéale; il en résulte un léger courant magnétique qui donne naissance à la sensation de frémissement dans les molécules denses de la glande. Lorsque la pensée est assez forte pour produire ce phénomène, alors le penseur sait qu'elle peut être transmise.

La vibration de l’éther, de la glande pinéale met en jeu des ondes dans l'éther ambiant comme des ondes de lumière, mais plus rapides. Ces vibrations se propagent dans toutes les directions, et les ondes éthériques font vibrer l'éther de la glande pinéale d'un autre cerveau qui transmet ces vibrations au corps astral, puis au corps mental, comme nous l'avons décrit plus haut. Si la seconde glande pinéale n'est pas capable de reproduire les vibrations qui l'atteignent, la pensée passe inaperçue, de même que la lumière ne fait aucune impression sur l’oeil d'un aveugle.

Dans la deuxième méthode, ou méthode astrale, le cerveau éthérique n'intervient pas, et la communication a lieu directement d'un corps astral à l’autre. [Page 80]

Dans la méthode mentale, le penseur, après avoir créé une pensée sur le plan mental, ne la fait pas descendre dans le cerveau, mais la dirige immédiatement vers le corps mental d'un autre penseur. Le pouvoir de faire cela délibérément implique un développement mental très supérieur à celui qui est nécessaire dans la méthode physique, car le transmetteur doit être conscient sur le plan mental pour pouvoir exercer cette faculté consciemment.

Lorsque l'humanité sera davantage évoluée, ce sera probablement la méthode normale de communication. Elle est actuellement employée par les Maîtres pour l'instruction de Leurs élèves, et, par ce moyen, Ils transmettent facilement les idées les plus complexes. [Page 81]

CHAPITRE - 10 -

LA TRANSMISSION DE LA PENSÉE (INCONSCIEMMENT)

Dans les chapitres 7 et 8, nous avons traité de la production des ondes de pensées et des formes-pensées, et, dans une certaine mesure, de leurs effets sur les autres hommes. Ces effets constituent un groupe de phénomènes très important qui nécessite une étude spéciale. Nous traiterons d'abord de cette catégorie de transmission de la pensée qui est totalement ou partiellement inconsciente.

Il est clair, d'après ce que nous avons dit plus haut, que l'homme, partout où il va, laisse derrière lui une traînée de pensées. Par exemple, lorsque nous marchons dans la rue, nous y avançons dans l'océan des pensées des autres hommes; l'atmosphère en est remplie, et elles sont vagues et indéterminées.

Si l'homme laisse son esprit inactif pendant un instant, ces résidus de pensée, créés par d'autres hommes, s'y précipitent, et le traversent, la plupart du temps, sans produire d'effet notable, mais quelquefois en l'affectant sérieusement. Il arrive qu'une de ces pensées attire l'attention de l'homme, qui s'en empare, la fait sienne pour quelques instants, la renforce avec son énergie propre, et ensuite la rejette dans l'ambiance où elle va affecter quelqu'un d'autre.

L'homme n'est donc pas responsable des pensées qui flottent dans son esprit lorsqu'elles ont été créées par d'autres, mais il devient responsable s'il s'en empare, la pourrit et la renvoie après l'avoir fortifiée.

Une telle mixture de pensées d'origines diverses n'a aucune cohérence, mais l'une d'elles peut être le point de départ d'une chaîne d'associations d'idées et peut déclencher une activité propre de l'esprit. Bien des gens, [Page 82] s'ils pouvaient examiner le flot des pensées qui traverse leur esprit, seraient vraisemblablement très surpris de découvrir le grand nombre de fantaisies inutiles ou absurdes qui entrent et sortent pendant une période très petite. Leurs propres pensées ne forment même pas le quart de celles- là. Dans la plupart des cas, elles sont absolument inutiles, et leur tendance générale est plutôt mauvaise que bonne.

Ainsi les hommes affectent sans cesse leurs semblables par leurs pensées, qui, pourtant, sont projetées pour la plupart sans intention précise. L'opinion publique est en grande partie créée de cette manière. Elle est donc principalement le résultat de la transmission de la pensée. Beaucoup de gens pensent d'une certaine manière, non pas parce qu'ils ont attentivement médité certaines questions, mais parce qu'un grand nombre d'autres personnes pensent ainsi et les entraînent avec eux. La forte pensée du penseur exercé se propage dans le monde mental et est saisie par les esprits réceptifs. Ils reproduisent ses vibrations, renforcent la pensée et l'aident ainsi à affecter les autres, la pensée devenant de plus en plus forte et pouvant éventuellement influencer un grand nombre de personnes.

Si nous considérons ces formes-pensées dans leur ensemble, il est facile de voir l'importance de leur rôle dans la production des sentiments nationaux ou de race, dans la déformation des esprits et la création des préjugés. Nous grandissons tous dans une atmosphère peuplée des formes-pensées qui représentent certaines idées, préjugés nationaux, manières de voir nationales, types de pensées et de sentiments nationaux; tout cela agit sur nous depuis notre naissance, et même avant. Toute chose est vue à travers cette atmosphère, toute pensée est plus ou moins réfractée par elle, et nos propres corps mental et astral vibrent en harmonie avec elle. Presque tous les hommes sont dominés par l'atmosphère national: "l'opinion publique" une fois formée gouverne les esprits de la majorité: elle vient sans cesse frapper leurs [Page 83] cerveaux et y réveille des vibrations en harmonie avec les siennes. La plupart des gens ayant une nature réceptive et non créatrice, se comportent presque comme des reproducteurs automatiques des pensées qui les atteignent, et ainsi l'atmosphère nationale est continuellement intensifiée.

Une des conséquences inévitables de cet état de choses est que les nations qui reçoivent des impressions des autres nations les modifient par l'action de leurs propres vibrations. C'est pourquoi différentes nations, voyant les mêmes faits, y ajoutent séparément leurs préconceptions et accusent tout à fait sincèrement les autres de falsifier les faits et de pratiquer des méthodes peu honorables. Si cette vérité était reconnue, bien des querelles internationales seraient facilement arrêtées, et bien des guerres évitées. Alors chaque nation reconnaîtrait l'existence de "l'équation personnelle" et, au lieu de blâmer les autres à cause des différences d'opinions, chercherait un terrain d'entente sans insister sur son propre point de vue. La plupart des gens ne font jamais aucun effort de discrimination personnelle, car ils sont incapables de se libérer de l'influence de l'énorme foule des formes-pensées qui constituent l'opinion publique. C'est pourquoi ils ne voient jamais la vérité et n'ont pas même idée de son existence, puisqu'ils sont satisfaits par la forme-pensée monstrueuse de l'opinion publique. Pour l'occultiste, au contraire, la première nécessité est d'acquérir une vue claire sur toutes choses, de les voir comme elles sont réellement, et non comme une foule d'autres personnes les supposent être.

Pour acquérir cette clarté de vision, une vigilance incessante est nécessaire. Apprécier l'influence de l'immense nuage de pensée n'est pas la même chose que pouvoir s'en préserver. Sa pression agit partout et toujours, et nous pouvons nous y soumettre tout à fait inconsciemment dans un grand nombre de petites choses, même si nous sommes capables de nous en préserver au sujet des choses importantes. Nous sommes nés sous [Page 84] la pression de cette influence, de même que nous sommes nés sous la pression atmosphérique, et nous sommes aussi inconscients de l'une que de l'autre. Il faut absolument que l'occultiste apprenne à se libérer entièrement de cette influence, et à faire face à la vérité telle qu'elle est, soustraite aux déformations produites par les gigantesques formes-pensées collectives.

L'influence de ces agrégats de pensées ne se borne pas à leur action sur les véhicules subtils de l'homme. Les formes-pensées d'un caractère destructif agissent comme une énergie disruptive, et peuvent causer de grands maux sur le plan physique; elles sont la source de nombreux accidents, convulsions naturelles, tempêtes, cyclones, ouragans, tremblements de terre, inondations, etc.

Elles peuvent provoquer des guerres, des révolutions, des troubles sociaux ou des soulèvements de toutes sortes. Les épidémies de maladies ou de crimes, les cycles d'accidents ont une origine semblable. Les formes-pensées de colère aident la commission des crimes. Ainsi, partout et de toutes façons, les pensées mauvaises des hommes nuisent en réagissant sur eux-mêmes et sur les autres.

 Revenons maintenant aux effets produits par les pensées individuelles. L'étudiant se souviendra sans doute que nous avons décrit, dans Le Corps astral, les effets produits sur le corps astral de l'homme, par un accès de dévotion. Un sentiment dévotionnel est généralement accompagné par des pensées de dévotion; celles-ci, qui naissent dans le corps mental, s'enveloppent d'une quantité importante de matière astrale, de sorte qu'elles agissent à la fois dans les mondes mental et astral. Par suite, un homme développé est un centre d'ondes dévotionnelles qui influencent les gens à la fois dans leurs pensées et dans leurs sentiments. Il en est de même dans les cas d'affection, colère, dépression, et tous autres sentiments.

Un autre exemple typique est celui des courants de pensée qui émanent d'un conférencier et des courants de [Page 85] compréhension et d'appréciation qui naissent dans l'assistance et rejoignent les premiers.

Il arrive souvent que le jeu des pensées du conférencier éveille une réponse harmonique dans les corps mentals des assistants, de sorte qu'ils comprennent fort bien le conférencier sur le moment, tandis que plus tard, quand le stimulus de l'orateur a cessé d'agir, ils oublient et ne peuvent plus comprendre ce qui auparavant leur paraissait si clair.

La critique, au contraire, met en jeu des vibrations contraires qui brisent le courant de pensée et y jettent la confusion. Il est dit que ceux qui ont pu voir cet effet n'oublient plus jamais cette leçon de choses.

Il peut arriver qu'en lisant un livre un homme attire l'attention de l'auteur s'il est dans son corps astral pendant le sommeil ou après la mort physique. L'écrivain peut alors être attiré par la pensée de l'étudiant et l'envelopper de son atmosphère d'une manière aussi efficace que s'il était lui-même physiquement présent.

La pensée de l'étudiant peut aussi attirer de la même manière les pensées des autres personnes qui ont étudié le même sujet.

Un exemple remarquable de l'effet des pensées des morts sur les vivants est celui d'un meurtrier exécuté qui prend sa revanche en poussant d'autres hommes au meurtre. Ceci est l'explication des cycles de meurtres qui de temps en temps se produisent dans certaines communautés.

L'effet des pensées sur les enfants est particulièrement important. Les corps mental et astral de l'enfant sont aussi plastiques que son corps physique. Le corps mental de l'enfant absorbe les pensées des autres comme une éponge absorbe l'eau, et s'il est trop jeune pour reproduire ces pensées, la semence porte ses fruits plus tard. D'où l'importance énorme de placer les enfants dans une atmosphère élevée et altruiste.

C'est un des spectacles les plus pénibles pour le clairvoyant que de voir de belles âmes ou auras d'enfants [Page 86] souillées, tachées, obscurcies en quelques années par les pensées impures des adultes qui les entourent. Le clairvoyant comprend immédiatement combien les caractères des enfants pourraient s'améliorer si seulement les adultes étaient meilleurs.

Il n'est jamais bon de s'efforcer de dominer la pensée ou la volonté d'un autre, même si c'est dans un but honorable, mais il est, au contraire, recommandable de fixer sa pensée sur les bonnes dualités d'un homme, de manière à les renforcer. Inversement, penser aux défauts d'un homme les renforce, et même développe des défauts qui n'existaient pas ou qui étaient latents.

Considérons par exemple un groupe de personnes qui bavardent ensemble et dont le sujet de conversation est la jalousie d'une autre personne. Ces gens mettent en jeu des courants de pensée dirigés vers leur victime et suggérant la jalousie. Si la victime a justement tendance à la jalousie, il est évident que cette tendance sera beaucoup fortifiée par une telle avalanche de pensées; mais même si elle n'est pas jalouse, ceux qui bavardent sur ce défaut imaginaire font tout ce qu'il faut pour créer en elle-même ce vice.

Le mal fait par la médisance et la calomnie est incommensurable, et l'étudiant se souviendra à ce sujet de l'avertissement énergique lancé contre ces vilaines habitudes dans Aux pieds du Maître. L'esprit critique du véritable occultiste s'exerce à la recherche des perles avec la même ardeur que l'esprit critique moderne s'exerce à la recherche des fautes.

Il est donc possible, et même inévitable, d'affecter les autres pour le bien ou pour le mal suivant notre choix, au moyen du pouvoir de la pensée.

Les images astro-mentales, c'est-à-dire les formes-pensées auxquelles sont associées des émotions où des sentiments jouent un rôle dans la formation des liens karmiques avec les autres personnes. Supposons par exemple qu'un homme ait, par une pensée de haine et de revanche, contribué à créer l'impulsion qui poussa un [Page 87] autre homme au crime.

 L'auteur de cette pensée est nécessairement lié par le karma au meurtrier, même s'il ne l'a jamais vu sur le plan physique. Ni l'ignorance ni l'absence de mémoire n'empêchent le jeu de la loi karmique et l'homme récolte toujours les conséquences de ses pensées et de ses sentiments, aussi bien que de ses actes physiques.

En général, les images mentales que forme l'homme contribuent dans une large mesure à déterminer son entourage futur. C'est ainsi que se forment les liens qui rassemblent les gens dans les vies futures, qui nous entourent d'amis ou d'ennemis, qui nous font rencontrer des aides ou des obstacles sur notre route, des gens qui nous aiment sans avoir été aimés de nous dans cette vie, ou qui nous haïssent sans que nous ayons rien fait contre eux dans cette vie. Nos pensées, non seulement construisent par action directe notre propre caractère, mais aussi contribuent, par leurs effets sur les autres, à déterminer quelles personnes nous rencontrerons dans l'avenir.

Il est possible de se protéger contre les pensées d'origine extérieure, en faisant un mur autour de nous avec la substance de l'aura. La matière mentale, comme nous l'avons vu, réagit facilement à l'impulsion de la pensée et peut être facilement moulée suivant la forme voulue. La même chose peut être faite avec la matière astrale comme nous l'avons vu dans Le Corps astral.

Cependant, l'emploi d'une coque pour son usage personnel est, dans une certaine mesure, un aveu de faiblesse. La meilleure protection est constituée par la pureté et la bonté stables qui rayonnent sur toutes choses et entraînent tout élément indésirable dans une puissante effusion d'amour.

Les cas dans lesquels il peut être nécessaire d'employer une coque pour soi-même sont:

1. Lorsque l'on traverse une foule composée d'éléments douteux;
2. Pendant la méditation;
3. A l'approche du sommeil;
4. Lorsque des conditions particulières des pensées inférieures sont susceptibles de surgir.

 Nous traiterons du cas 2 au [Page 88] chapitre 16, du cas 3 au chapitre 18 et du cas 4 au chapitre 13.

Les coques sont souvent employées pour aider les autres, et les "aides invisibles" le font souvent, lorsqu'ils ont à protéger un homme qui n'est pas encore assez fort pour se garder lui-même des attaques délibérées ou de la pénible pression des pensées errantes.

Il semble bien que les animaux possèdent la faculté d'envoyer des impulsions émotionnelles à leurs semblables éloignés. William J. Long, dans son livre passionnant How animals talk, affirme qu'il a de bonnes raisons de croire que cette méthode de communication silencieuse constitue le langage usuel de tout le règne animal.

Ce sympathique observateur de la vie animale donne de nombreux exemples. Le setter dont le nom était Don semblait souvent avoir connaissance de l'approche de son maître, même lorsque celui-ci rentrait à la maison à des heures exceptionnelles. Il connaissait aussi l’approche du samedi et des jours de fête où son maître avait l'habitude de l'emmener dans les bois. Un autre chien nommé Watch, partait à la rencontre de son maître lorsque celui-ci se mettait en route dans une voiture tirée par un cheval très ami avec le chien, et cela quelle que soit l’heure du départ du maître.

Les cavaliers savent que la peur ou la nervosité se communiquent très facilement du cavalier au cheval. On a observé que si un louveteau s'éloigne de sa mère, celle-ci, au lieu de courir après lui, reste là où elle se trouve, lève la tête et regarde fixement dans la direction qu'il a prise; alors le louveteau hésite, s'arrête, puis revient vite vers sa mère. Un fox femelle semblait avoir toute sa famille sous son contrôle sans jamais donner de la voix: un regard sur ses petits et ceux-ci cessaient immédiatement de jouer, rentraient et ne bougeaient plus jusqu'au retour de leur mère. On cite le cas d'un loup blessé qui, après être resté sur place pendant quelques jours, s'en alla droit vers la carcasse d'un animal [Page 89] qui avait été tué dans l'intervalle à dix kilomètres de distance, sans qu'il y ait la moindre trace à suivre entre les deux endroits.

Le capitaine Rule a observé qu'au moment où il atteignait une baleine, toutes les autres baleines, dans un rayon de dix kilomètres, se débattaient comme si elles avaient aussi été harponnées. Il y a des oiseaux non apprivoisés qui n'apparaissent dans les cours de nos maisons qu'aux moments où l'on y donne à manger à d'autres oiseaux.

Bien des chasseurs ont remarqué que s'ils sortent sans fusil ou sans intention de tuer, ils rencontrent beaucoup d'animaux, tandis que s'ils sortent armés, et avec l’intention de tuer, les animaux qu'ils voient sont inquiets et difficiles à approcher. Un chasseur sachant que l’excitation se transmettait de l'homme aux animaux, réfréna son excitation physique et mentale, et put alors approcher ses victimes beaucoup plus facilement qu'auparavant; les nombreuses peaux de tigres qu'il a en sont la preuve.

Notre auteur va plus loin, et dit avoir rencontré beaucoup d'Indiens et autres possédant la faculté appelée en Afrique "chumfo" et qui fonctionne comme un sens distinct avertissant de l'approche du danger dans des conditions où l'avertissement par l'intermédiaire des cinq autres sens est impossible.

Les lecteurs qui sont particulièrement intéressés par ce sujet sont invités à lire How animals talk et les autres livres de William J. Long, dans lesquels ils trouveront des développements sur la vie animale en général. [Page 90]

CHAPITRE - 9-

LA TRANSMISSION DE LA PENSÉE (CONSCIEMMENT)
ET LE TRAITEMENT MENTAL

Il est possible à presque tous les hommes, pourvu qu'ils s'en donnent la peine, et qu'ils soient capables de penser clairement et avec stabilité, de se convaincre de la réalité du phénomène de transmission de la pensée, et même d'acquérir une certaine habileté dans la pratique de cette transmission. Il existe une littérature abondante sur ce sujet, en particulier les Transactions of the Psychical Research Society.

Il suffit que les deux expérimentateurs conviennent d'une heure commode dans la journée, et consacrent à leurs essais par exemple dix à quinze minutes chaque jour. Chacun d'eux doit être pendant ce temps rigoureusement à l'abri de toute espèce d'interruption. L'un deux est le transmetteur, l'autre le récepteur; dans la plupart des cas, il est utile d'alterner ces rôles pour éviter que l'un des expérimentateurs devienne anormalement passif; malgré cela, on s'aperçoit en général que l’un des deux est meilleur transmetteur, et l'autre meilleur récepteur.

Le transmetteur choisit une pensée, qui peut être absolument quelconque, idée abstraite, objet concret, ou figure géométrique, puis il se concentre sur cette pensée, et il veut avec force l'imprégner sur l'esprit de son ami. Bien entendu, il faut que l'esprit soit parfaitement concentré, c'est-à-dire dans l'état décrit par Patanjali au moyen de l'expression "one-pointed", ce qui signifie en français "tourné vers une seule chose". Il est bon que les débutants ne se concentrent pas pendant trop longtemps, pour éviter que l'attention faiblisse et qu'il s'établisse de mauvaises [Page 91] habitudes, ou encore tout simplement pour éviter la fatigue. Pour beaucoup, sinon pour toutes les personnes inexpérimentées, il vaut mieux commencer par quelques secondes que par quelques minutes.

Le récepteur, après s'être installé confortablement pour éviter toute distraction due à une gène physique légère, doit calmer totalement l'activité de son esprit (ce n'est pas chose facile au commencement, mais lorsque l'habitude est prise, ce calme s'obtient très rapidement) et noter les pensées qui le traversent. Il écrit sur une feuille de papier ces pensées à mesure qu'elles apparaissent, tout en s'efforçant de rester passif, de ne rien rejeter, et de ne rien encourager.

Il faut aussi, bien entendu, que le transmetteur prenne note des pensées qu'il envoie; les deux comptes rendus écrits sont ensuite comparés à intervalles convenables.

A moins que les expérimentateurs aient une volonté et une maîtrise de la pensée anormalement faibles, un résultat est généralement obtenu en quelques semaines ou en quelques mois. L'auteur de ce livre (A. E. Powell) a obtenu un résultat probant au premier essai.

L'étudiant de l’occultisme "blanc", dès qu'il a obtenu la satisfaction d'avoir réussi l'expérience académique ci-dessus, et qu'il est convaincu de la réalité du phénomène de la transmission de la pensée, ne se contentera plus de ces essais, ni du simple envoi de pensées affectueuses à ses amis, si utiles que puissent être ces dernières. Il lui est possible d'employer le pouvoir de sa pensée à des travaux beaucoup plus importants.

Ainsi, par exemple, supposons que l'étudiant veuille aider un homme qui est sous l'empire de l'habitude de boire. Il va d'abord s'enquérir des heures auxquelles, l’esprit du patient est probablement inactif, ce sera, par exemple, l'heure à laquelle il va se coucher. Si l’étudiant peut profiter des heures auxquelles le patient dort, ce sera encore mieux.

L'étudiant s'installera confortablement et seul, au moment choisi, et se représentera le patient assis en face [Page 92] de lui. Il n'est pas indispensable d'obtenir une image absolument nette, mais l'opération est beaucoup facilitée si l'image est précise, détaillée et vivante.

Si le patient est endormi, il est attiré vers la personne qui pense à lui, et il anime l'image qui est formée de lui.

Alors l'étudiant, avec toute la concentration dont il est capable, fixe son attention sur l'image, et dirige vers elle les pensées qu'il veut imprimer sur l'esprit du patient. Il présente ces pensées en images mentales claires, tout comme s'il présentait au patient des arguments ou s'il plaidait devant lui en paroles.

 Il faut prendre grand soin de ne pas influencer le moins du monde la volonté du patient; il faut seulement lui placer devant l'esprit des idées qui, lorsqu'elles seront assimilées par son intelligence et ses émotions, pourront l'aider à former un jugement correct et à faire un effort pour les appliquer.

Si l'étudiant s'efforce de lui imposer une ligne de conduite particulière, et qu'il réussit, alors le gain est bien petit, si même il n'est pas nul. En effet, tout d'abord l'affaiblissement de son mental résultant de la volonté qu'on lui a imposée peut lui faire plus de mal que le vice dont on l'a délivré. De plus, la tendance mentale à la satisfaction des vices n'est pas supprimée par le fait qu'un obstacle a été opposé à la satisfaction d'un vice particulier. Cette tendance arrêtée dans une direction, va en chercher une autre, et un nouveau vice va remplacer l'ancien. Ainsi, l'homme réduit à la tempérance par la domination de sa volonté n'est pas plus guéri que si on l'avait mis en prison.

En dehors de ces considérations pratiques, il est toujours mauvais, en principe, d'imposer sa volonté à un autre homme, même pour lui faire du bien. La véritable évolution n'est pas aidée par la contrainte extérieure; il faut que l'intelligence soit convaincue, les émotions élevées et purifiées avant qu'un gain réel puisse être enregistré.

Si l'étudiant désire aider par la pensée dans d'autres [Page 93] cas, il procède d'une manière analogue. Comme nous l'avons vu au chapitre 8, le voeu puissant pour le bien d'un ami, envoyé vers lui comme un agent de protection général, reste auprès de lui en tant que forme-pensée pendant un temps proportionnel à la force de la pensée, et le défend contre le mal comme un bouclier contre les pensées hostiles, et même l'avertit des dangers physiques. Une pensée de paix et de consolation envoyée de la même manière calme l'esprit et étend autour de son objet une atmosphère de paix.

Il est bien évident que le phénomène de la transmission de la pensée est étroitement associé au traitement mental dont le but est de transmettre des pensées bienfaisantes et puissantes de l'opérateur au patient. On en trouve de nombreux exemples dans la Christian Science, Mental Science, Mind-healing, etc.

 Dans les méthodes où l'on s'efforce de guérir un homme simplement en croyant qu'il va mieux, on emploie fréquemment une quantité considérable de force hypnotique. Les corps mental, astral et éthérique de l'homme sont si étroitement associés que si un homme croit mentalement qu'il va mieux, son esprit est capable de contraindre son corps à se mettre en harmonie avec son état mental, d'où il résulte la guérison.

H. P. Blavatsky considérait comme légitime, et même comme sage d'utiliser l'hypnotisme pour libérer une personne de l'ivrognerie, par exemple, pourvu que l'opérateur en sache assez long pour briser la mauvaise habitude et libérer la volonté du patient de sorte qu'il puisse lutter lui-même contre le vice de l'ivrognerie. La volonté du patient a été paralysée par son abandon au vice de boire; l'opérateur emploie la force de l'hypnotisme comme un expédient pour permettre à l'homme de retrouver sa volonté.

Les maladies nerveuses cèdent très rapidement au pouvoir de la volonté, car le système nerveux a été formé pour l'expression des pouvoirs spirituels sur le plan physique. Les résultats les plus rapides sont obtenus [Page 94] lorsque l'on opère d'abord sur le système sympathique, car il se rapporte plus particulièrement à l'aspect désir de la volonté, tandis que le système cérébro-spinal se rapporte plus spécialement à l'aspect connaissance et volonté pure.

Dans une autre méthode de traitement, l'opérateur recherche d'abord ce qui va mal, se représente avec précision l'organe malade, et ensuite se représente cet organe tel qu'il devrait être. Dans la forme-pensée mentale qu'il a ainsi créé, il construit un organe sain, tout d'abord en matière astrale, puis, par la force du magnétisme, le densifie en matière éthérique, et, finalement, en matière physique dense, en utilisant les matériaux disponibles dans le corps et des matériaux extérieurs si c'est nécessaire.

Il est évident que cette méthode demande au moins quelques notions d'anatomie et de physiologie; mais dans le cas d'un homme très avancé, même s'il manque de connaissances spéciales dans sa conscience physique, sa volonté peut être guidée des plans supérieurs.

Les cures accomplies par cette méthode ne sont pas accompagnées des mêmes dangers que les précédentes plus faciles où l'on agit sur le système sympathique.

 Il y a toutefois un certain danger dans l'exercice du traitement au moyen de la volonté, le danger de refouler la maladie dans un véhicule supérieur. La maladie est souvent l'effet de quelque mal qui préexiste sur les plans supérieurs, et il vaut mieux laisser s'accomplir cet effet que l'empêcher et rejeter l'énergie cause du mal dans un véhicule subtil.

Si la maladie est le résultat de mauvais désirs ou de mauvaises pensées, alors les moyens de guérison physiques sont préférables, car ils ne peuvent pas rejeter le trouble sur un plan supérieur, comme il pourrait arriver par l'emploi de moyens mentaux. C'est pourquoi, dans ce cas, le mesmérisme est une bonne méthode, car elle est physique. (Voir Le Double éthérique, chapitre 18)

Une bonne méthode de traitement consiste à mettre [Page 95] les corps mental et astral autant que possible en harmonie, mais cette méthode est plus difficile à appliquer et moins rapide que celle de la volonté. La pureté des émotions et de l'esprit signifie toujours bonne santé physique, et une personne dont l’esprit est parfaitement pur et équilibré n'aura pas de nouvelle maladie, bien qu'elle puisse avoir quelque karma à liquider, ou même qu'elle puisse prendre sur elle une partie des déséquilibres causés par d'autres.

Il y a bien d'autres manières d'employer le pouvoir de la pensée pour guérir, car l'esprit est un des grands pouvoirs créateurs de l’univers, divin dans l’univers, humain dans l’homme; et puisque l'esprit peut créer, il peut de la même façon restaurer; dès qu'un dommage apparaît, l’esprit peut tourner ses forces vers la réparation de ce dommage.

Notons en passant que le pouvoir de charmer (voir Le Corps astral, chapitre 20) consiste, simplement à faire une forte image mentale et à la projeter dans l'esprit d'un autre.

L'aide qui est souvent donnée aux autres par la prière est en grande partie de même nature que par le traitement mental. Si les prières sont plus souvent effectives que les bons souhaits, cela est dû à la plus grande concentration qui accompagne la prière d'un croyant pieux. La même concentration et la même énergie sans la prière produisent des résultats analogues. L'étudiant doit comprendre que nous parlons ici des effets de la prière produits par le pouvoir de la pensée de celui qui prie. Il y a évidemment d'autres effets produits par la prière, qui sont dus au fait que la prière attire l’attention de quelque être humain évolué, ou de quelque intelligence surhumaine; il peut en résulter une aide directe donnée au moyen d'un pouvoir supérieur à celui que possède celui qui prie. Mais nous ne nous occuperons pas davantage dans ce chapitre de ce genre de "réponse à la prière".

Tout ce qui peut être fait par la pensée pour les vivants, peut l'être encore plus facilement pour les [Page 96] "morts". Comme nous l'avons expliqué dans Le Corps astral, la tendance de l'homme après la mort est de tourner son attention vers l'intérieur, et de vivre dans ses sentiments et dans son esprit plutôt que , dans le monde extérieur. De plus, la réorganisation du corps astral par l’élémental du désir tend à enfermer les énergies mentales et à empêcher leur expression extérieure.

Mais la personne ainsi empêchée de diriger ses énergies vers l'extérieur est tout à fait réceptive aux influences du monde mental, et peut, par suite, être aidée, réconfortée, et conseillée d'une manière beaucoup plus effective que lorsqu'elle était sur la terre.

Dans le monde de la vie post-mortem, une pensée d'amour est aussi sensible qu'ici-bas un mot d'amour ou une tendre caresse. Il est donc souhaitable que tous ceux qui disparaissent soient suivis de pensées d'amour et de paix, et de souhaits pour leur passage rapide dans les mondes supérieurs. Il y a malheureusement trop d'infortunés qui restent dans l'état intermédiaire plus longtemps qu'ils y resteraient s'ils avaient des amis sachant comment les aider.

Les occultistes qui fondèrent les grandes religions n'oublièrent pas les services dus par ceux qui restent sur la terre à ceux qui viennent de la quitter. D'où les cérémonies Hindoues du Shraddha, les messes et les prières chrétiennes pour les "morts".

La transmission de la pensée peut s'effectuer de la même manière en sens inverse, c'est-à-dire des désincarnés à ceux qui sont physiquement vivants. Par exemple, la forte pensée d'un conférencier peut attirer l'attention d'entités désincarnées qui s'intéressent au sujet exposé; d'ailleurs, l'assistance contient souvent un plus grand nombre de personnes dans leurs corps astraux que dans leurs corps physiques.

Quelquefois, l'un de ces visiteurs astraux en sait plus long que le conférencier; alors il peut l'aider par des suggestions ou des exemples. Si le conférencier est clairvoyant, il peut voir celui qui l'assiste, et les idées nouvelles [Page 97] qui sont matérialisées en une matière subtile devant lui. S'il n'est pas clairvoyant, l'aide imprime les idées sur son cerveau, et, dans un tel cas, le conférencier peut croire que les idées lui appartiennent. Cette sorte d'assistance est souvent fournie par un "aide invisible". (Voir Le Corps astral, chapitre 28)

La puissance mise en jeu par un groupe de personnes qui, toutes ensemble, pensent d'une manière délibérée sur un même sujet est bien connue à la fois des occultistes et de tous ceux qui ont quelques connaissances de la science profonde de l'esprit. Ainsi, dans certaines parties de la Chrétienté, il est d'usage de faire précéder l'envoi d'une mission destinée à évangéliser un pays, par des pensées bien définies et soutenues. De cette manière, on crée dans le pays en question une atmosphère de pensée très favorable à la propagation des enseignements, et les cerveaux réceptifs sont préparés à recevoir l’instruction qu'on va leur donner.

Les Ordres contemplatifs de l’Église Catholique Romaine font beaucoup de travail utile au moyen de la pensée, de même que les reclus des religions Bouddhique et Hindoue. Chaque fois qu'une intelligence bonne et pure se met délibérément au travail en diffusant à travers le monde des pensées nobles et élevées, il y a effectivement un service rendu à l'humanité, et le penseur solitaire devient un des sauveurs du monde.

Nous trouvons un autre exemple de la manière suivant laquelle l'atmosphère de pensée d'un homme peut affecter un autre homme dans l'association d'un disciple avec son gourou ou instructeur spirituel (alors le phénomène est partie conscient, partie inconscient).

Ceci est parfaitement compris en Orient où l'on reconnaît que la partie la plus importante et la plus effective de l'entraînement du disciple est due au fait qu'il vit constamment en présence de son instructeur et baigne dans son aura. Les divers véhicules de l’instructeur vibrent tous puissamment et d'une manière stable à un degré très supérieur à celui que peut atteindre l’élève, [Page 98] sauf par instants. Mais la pression constante des fortes ondes de pensée de l'instructeur élève graduellement la pensée de l'élève à leur niveau. La musique fournit une analogie: une personne qui a l'oreille peu musicale a peine à chanter juste, mais si elle se joint à un musicien exercé, il lui est alors beaucoup plus facile de chanter correctement.

 Le point important est celui-ci: la note dominante de l'instructeur résonne sans cesse, et son action affecte l'élève jour et nuit sans qu'ils aient besoin d'y penser spécialement. Il en résulte que les véhicules subtils de l'élève se développent dans la bonne voie avec la plus grande facilité.

L'homme ordinaire qui agit automatiquement et sans intention définie ne peut pas produire le centième de l'effet que produit l'influence délibérée d’un instructeur spirituel. Mais le nombre peut compenser dans une certaine mesure le manque de puissance individuelle, de sorte que la pression incessante quoique inaperçue exercée sur nous par les opinions et sentiments de nos semblables nous fait souvent absorber sans le savoir certains de leurs préjugés, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, au sujet des influences des races et des nations.

Un élève "accepté" d'un Maître est si étroitement en contact avec la pensée du Maître qu'il peut s'entraîner à voir à tout instant ce qu'est cette pensée sur un certain sujet; cette méthode peut lui éviter de commettre des erreurs. Le Maître peut à chaque instant envoyer une pensée à travers l'élève soit sous forme de suggestion, soit sous forme de message. Si, par exemple, l'élève est en train d'écrire une lettre ou de faire une conférence, le Maître en est averti par Son subconscient, et Il peut à tout instant projeter dans l'esprit de l'élève une phrase à inclure dans la lettre ou à employer dans la conférence. Au début, l'élève est souvent inconscient de ces interventions, et il suppose que les idées ont jailli spontanément dans son esprit, mais il apprend rapidement à reconnaître [Page 99]la pensée du Maître. Il est, d'ailleurs, très désirable qu'il apprenne, à la reconnaître, car il y a beaucoup d'entités sur les plans astral et mental qui, avec les meilleures intentions, sont prêtes à faire des suggestions analogues, et il est évidemment nécessaire que l'élève apprenne à les distinguer de celles du Maître. [Page 100]

CHAPITRE - 12 -

LES CENTRES DE PENSÉES

Il y a dans le monde mental des centres de pensées localisées dans l'espace, c'est-à-dire des endroits séparés vers lesquelles les pensées du même type sont attirées par la similitude de leurs vibrations, de même que les hommes qui parlent la même langue sont attirés les uns vers les autres. Les pensées sur un sujet donné gravitent vers l'un de ces centres qui absorbe toutes sortes d'idées, cohérentes ou incohérentes, justes ou fausses, et le centre se comporte comme une sorte de foyer pour toutes les lignes de pensées convergentes sur ce sujet, celles-ci étant d'ailleurs reliées par des millions d'autres lignes à toutes sortes d'autres sujets.

La pensée philosophique, par exemple, a un royaume distinct qui lui est propre, avec des subdivisions qui correspondent aux principales idées philosophiques. Toutes sortes d'interrelations curieuses existent entre ces diverses subdivisions, qui montrent la manière suivant laquelle les divers systèmes philosophiques sont reliés entre eux. Ces collections d'idées représentent la totalité de ce qui a été pensé sur le sujet.

Toute personne qui pense profondément, par exemple à une question philosophique, se met en rapport avec ce groupe de tourbillons. Si elle est dans son corps mental, qu'elle soit endormie ou "morte", elle est attirée dans la région convenable du plan mental. Si elle est empêchée de faire ce déplacement par un corps physique, elle vibre en harmonie avec l'un ou l'autre de ces tourbillons, et elle en reçoit ce qu'elle est capable d'assimiler; mais alors le résultat est moins grand que si elle avait pu pénétrer dans le centre.

Il n'y a pas précisément de centre de pensée pour le [Page 101] drame et la fiction, mais il y a une région pour ce que l'on peut appeler la pensée romantique. Cette région comprend un groupe très vaste de formes irrégulières, parmi lesquelles on trouve, d'une part, une légion de combinaisons vagues mais brillantes associées aux relations entre les sexes, d'autre part, les émotions caractéristiques de la chevalerie médiévale, et, en outre, une immense quantité d'histoires merveilleuses.

 L'influence des centres de pensée sur les hommes est une des raisons pour lesquelles ils pensent en troupeaux comme des moutons. Car il est beaucoup plus facile à un homme de mentalité paresseuse d'accepter une pensée toute faite provenant de quelqu'un d'autre, que de se donner la peine d'examiner le sujet mentalement et de former un jugement personnel.

Le phénomène correspondant dans le monde astral est quelque peu différent. Les formes-émotions ne se rassemblent pas par centres, mais les formes de même nature qui sont proches les unes des autres s'agglomèrent et constituent d'énormes masses d'émotion flottant dans l'atmosphère un peu partout. L'homme vient très facilement en contact avec elles, et il est facilement influencé par elles. On trouve des exemples de cette influence dans les cas de panique, de fureur populaire, de neurasthénie générale, etc. Les courants d'émotion indésirables atteignent l'homme par l'intermédiaire du chakra ombilical. Les émotions nobles lui parviennent par le chakra du coeur.

Il est difficile de décrire l'apparence de ces réservoirs de pensée. Chaque pensée semble avoir tracé un chemin pour elle-même dans la matière du plan. Ce chemin, une fois tracé, peut être ouvert ou plutôt rouvert facilement, et ses particules revivifiées par un effort nouveau. Ce nouvel effort étant dirigé suivant le chemin en question, il lui est beaucoup plus facile de, le suivre que d'en frayer un autre suivant une ligne différente, si voisine soit-elle de celle qui existe.

Le contenu de ces centres de pensée dépasse de beaucoup [Page 102] la faculté d'absorption d'un penseur ordinaire. Mais pour ceux qui sont suffisamment forts et persévérants, les centres de pensée offrent les possibilités suivantes:

Premièrement : Par l'intermédiaire de ces centres de pensée, il est possible. d'atteindre l'esprit de ceux qui ont engendré leur force. C'est ainsi que tous ceux qui sont suffisamment sérieux, respectueux et capables de comprendre peuvent actuellement recevoir les enseignements des grands penseurs du passé au sujet des grands problèmes de la vie.

L'homme peut donc arriver à "voir" les différentes pensées d'un centre, suivre leurs traces jusqu'aux penseurs, avec qui elles sont reliées, et obtenir d'eux de nouveaux renseignements.

 Deuxièmement: Il existe une chose que l'on peut appeler: la Vérité en soi. Si cette idée semble trop abstraite, on peut dire: la conception de cette Vérité dans l'esprit du Logos Solaire. Cette pensée peut être touchée par celui qui a atteint l'union consciente avec la Divinité, mais elle ne peut pas être atteinte par ceux qui sont encore au-dessous de ce niveau. Cependant, les reflets qu'elle projette de plan en plan peuvent être aperçus; bien entendu, ils sont de plus en plus sombres à mesure que l'on descend sur les plans inférieurs. Quelques-uns de ces reflets sont à la portée de l'homme dont la pensée peut s'élever jusqu'à eux.

L'existence de ces centres de pensée a une autre conséquence du plus gros intérêt. De nombreux penseurs peuvent être attirés simultanément par la même région mentale où ils puisent exactement les mêmes idées. Lorsque cela se produit, il est possible que l'expression de ces idées dans le monde physique ait lieu en même temps ; alors l'ignorant peut accuser l'un d'eux de plagiat. Si cela n'arrive pas plus souvent, c'est parce que les cerveaux humains sont très denses et que, par suite, il est rare qu'ils puissent exprimer ce que les hommes apprennent sur les plans supérieurs.

Ce phénomène se produit non seulement dans la littérature, [Page 103] mais aussi dans le domaine des inventions, et l'on observe souvent dans les offices de brevets l'arrivée simultanée de plusieurs inventions identiques.

L'écrivain peut aussi puiser des renseignements dans les annales akasiques, mais cette question sera examinée plus loin. [Page 104]

CHAPITRE - 13 -

LA CONSCIENCE PHYSIQUE
(OU LA CONSCIENCE DE VEILLE)

Dans ce chapitre, nous allons étudier le corps mental tel qu'il existe et est utilisé pendant la conscience "de veille" ordinaire, c'est-à-dire pendant la vie physique ordinaire.

Il est commode d'envisager successivement les trois facteurs qui déterminent la nature et le fonctionnement du corps mental pendant la vie physique, c’est-à-dire :

1. La vie physique;
2. La vie émotionnelle;
3. La vie mentale.

1) LA VIE PHYSIQUE

Dans Le Corps astral, chapitre 8, nous avons énuméré et décrit les facteurs qui affectent le corps astral pendant la vie physique. Presque tout ce qui a été dit alors s’applique d’une manière analogue au corps mental. Par suite, nous allons simplement ici récapituler ces facteurs brièvement, en y ajoutant le minimum de commentaires indispensables.

Puisque toute particule du corps physique a une contrepartie astrale et une contrepartie mentale, un corps physique grossier et impur aura tendance à rendre les corps astral et mental grossiers et impurs.

Les sept sortes de matière mentale correspondant aux sept états de la matière physique, il semble que le corps mental soit affecté particulièrement par les états solide, liquide, gazeux et éthérique de la matière physique, c’est-à-dire par les quatre états inférieurs.

 L’étudiant comprendra facilement que le corps mental [Page 105] composé des variétés grossières de matière mentale répondra aux pensées de types les plus grossiers plus facilement qu’aux pensées subtiles.

La nourriture et la boisson grossières tendent à produire un corps mental grossier. Les viandes, l’alcool et le tabac sont particulièrement nuisibles aux corps physique, astral et mental. Il en est de même de presque toutes les drogues. Lorsqu’une drogue, telle que l’opium, est prise pour calmer une grande douleur, il est bon d’en prendre le moins possible. Ceux qui ont la connaissance savent comment faire disparaître le mauvais effet de l’opium sur le corps astral et mental après qu’il a produit son effet sur le corps physique.

De plus, un corps nourri de viande et d’alcool est particulièrement susceptible d’être déséquilibré par l’éveil de la conscience supérieure. Les maladies nerveuses sont dues en partie au fait que la conscience supérieure cherche à s’exprimer à travers des corps encombrés de déchets de viande et empoisonnés par l’alcool.

La saleté est encore plus nocive dans les mondes supérieurs que dans le monde physique. Ainsi, par exemple, les contreparties astrale et mentale des particules physiques qui sont constamment rejetés par la transpiration sont essentiellement indésirables.

Les bruits soudains, aigus ou très grands doivent être autant que possible évités par celui qui veut préserver la tranquillité de ses corps astral et mental. C'est une des raisons pour lesquelles la vie dans une grande ville ne convient pas aux étudiants en occultisme. Il en est de même pour les enfants dont les corps astral et mental très plastiques sont affectés d'une manière désastreuse par le bruit incessant de la cité. L'action prolongée du bruit sur le corps mental finit par produire une sensation de fatigue et de difficulté à penser clairement.

Le corps mental de l'homme est affecté par presque toutes les choses environnantes. Ainsi, par exemple, les tableaux suspendus aux murs de son appartement l'influencent, non seulement parce qu’ils offrent à sa vue [Page 106] l'expression de certaines idées, mais aussi parce qu'ils contiennent tout ce que l'artiste a mis de lui-même dans son oeuvre, un fragment de ses pensées et de ses sentiments les plus intimes; nous pouvons appeler cela la contrepartie invisible du tableau, qui est clairement exprimée en matière astrale et en matière mentale, et qui émet des ondes exactement comme une fleur émet un parfum.

Les livres constituent des centres de formes-pensées particulièrement puissants, et leur influence sur la vie d'un homme est souvent très grande, bien qu'elle, ne soit pas toujours remarquée. Il est par suite maladroit de conserver dans sa bibliothèque des livres d'un caractère mauvais.

Les talismans ou amulettes affectent la vie de l'homme dans une certaine mesure. Ils ont été décrits dans Le double Éthérique et dans Le Corps astral. Ils opèrent. de deux manières:

1. Ils émettent des ondes qui sont essentiellement utiles;

2. La connaissance de la présence et du but du talisman éveille la foi et le courage de celui qui le porte, ce qui met en jeu la réserve de force de sa propre volonté.

Si le talisman est "relié" à celui qui l’a fait, et si le porteur fait appel mentalement à l'auteur, alors l'égo répond et renforce les vibrations du talisman par des ondes de pensée puissantes.

Un talisman fortement chargé de magnétisme peut constituer une aide d'une valeur inappréciable. Il faut que la nature physique soit maîtrisée aussi bien que les émotions et le mental, et la nature physique est sans aucun doute la plus difficile à traiter. Certaines personnes méprisent les talismans; mais d'autres trouvent le Sentier de l'occultisme si ardu qu'elles sont bien contentes de pouvoir profiter de l'aide qui leur est ainsi offerte.

Le talisman le plus puissant qui existe sur notre planète est probablement le Sceptre du Pouvoir qui est conservé à Shamballa et utilisé pendant les Initiations.

L'homme est aussi affecté par les couleurs des objets [Page 107] qui l'entourent. Car, de même qu'un sentiment ou une pensée produisent dans la matière subtile une certaine couleur, inversement, la présence d'une couleur sur un objet physique exerce une pression continue qui tend à éveiller le sentiment ou la pensée correspondant à cette couleur. Ceci est la raison, par exemple, du choix de certaines couleurs par l'Église Chrétienne pour parer les autels, les vêtements du culte, etc., dans l'intention d'éveiller l'état d'esprit ou les sentiments qui correspondent à la cérémonie que l'on va célébrer.

L'homme est affecté par les murs et l'ameublement de son appartement pour la raison suivante: par ses pensées et ses sentiments, il magnétise inconsciemment les objets physiques qui l'entourent, de sorte qu'ils acquièrent le pouvoir de suggérer des pensées et des sentiments du même type à la fois en lui-même et en ceux qui viennent dans les limites de leur influence. On observe des exemples frappants de ce phénomène dans les prisons et autres endroits analogues.

C'est le même phénomène qui produit la valeur des "lieux saints" où l'atmosphère est véritablement d'une nature supérieure. Si l'on réserve une chambre pour la méditation, elle acquiert rapidement une atmosphère plus pure et plus subtile que le monde extérieur, et l’étudiant avisé prendra note de ce fait tant pour lui-même que pour l'aide de ceux qui l'entourent.

Un autre exemple de l'action de ce genre de formes-pensées nous est fourni par certains bateaux ou certaines machines qui ont la réputation de "porter malheur" ? On connaît des cas où des séries d'accidents se produisirent sur un tel engin sans qu'on puisse en expliquer la fréquence.

Un tel effet peut avoir été produit de la manière suivante: il se peut que des sentiments de haine intense aient été entretenus contre le constructeur du navire ou contre le premier commandant; ces sentiments ne seraient sans doute pas suffisants à eux seuls pour produire des accidents maintenant. [Page 108]

Mais dans la vie d'un navire, il y a de nombreux cas où l'accident est tout juste empêché par la vigilance et la promptitude, et où un instant de retard ou de négligence suffirait à produire une catastrophe.

La masse de formes-pensées que nous venons de décrire est largement suffisante pour produire une hésitation momentanée ou un manque de vigilance temporaire, et voilà le chemin de moindre résistance que l'influence maligne peut suivre.

Il est bien évident que l'inverse peut aussi se produire et qu'une atmosphère de "chance" peut être construite autour d'objets matériels par les pensées optimistes et sereines de ceux qui emploient ces objets.

 Il en est de même pour les reliques. Tout objet puissamment chargé de magnétisme personnel peut continuer à émettre son influence pendant des siècles avec une diminution de force insignifiante. Et même si la relique n'est pas authentique, la force qu'elle a accumulée pendant des siècles de dévotion l'a magnétisée et en a fait un centre d'énergie pour le bien.

Les recommandations suivantes, si étranges qu'elles paraissent au premier abord, sont pleines d'une grande sagesse : "Pétrissez l'amour dans le pain que vous cuisez; enveloppez de force et de courage le paquet que vous ficelez pour une cliente au visage fatigué; donnez la confiance et la simplicité en même temps que l'argent que vous comptez à l'homme au regard soupçonneux". L'étudiant de la Bonne Loi a d'innombrables opportunités de distribuer des bénédictions tout autour de lui sans avoir d'obstacle à surmonter et cela malgré le fait que les récepteurs soient inconscients de l'origine de ces bénédictions.

Comme nous l'avons dit au chapitre 11 au sujet de la transmission de la pensée, la proximité physique d'une personne hautement évoluée constitue une aide considérable pour le développement du corps mental. De même que les radiations d'un grand feu réchauffent les objets environnants, les puissantes radiations-pensées d'un penseur [Page 109] plus fort que nous font vibrer notre corps mental en harmonie avec le sien, et nous sentons alors un accroissement temporaire de puissance mentale.

Ceci se produit souvent au cours d'une conférence: un auditeur comprend parfaitement pendant qu'il écoute le conférencier, mais plus tard, les idées qu'il avait comprises si facilement semblent s'obscurcir et il se peut même qu'il soit incapable de les reproduire. L'explication de ce phénomène est très simple: les puissantes vibrations du conférencier ont modelé les formes perçues par l'auditeur, mais, plus tard, le corps mental de l'auditeur ne peut pas reproduire les mêmes formes parce que son pouvoir n'est pas assez grand.

Le véritable Instructeur aide donc beaucoup mieux ses disciples en les gardant près de lui qu'en leur adressant n'importe quelles paroles.

Les entités invisibles de l'océan, de la montagne, de la forêt, de la chute d'eau, émettent des vibrations qui éveillent certaines parties des corps mental, astral et éthérique, et c'est pourquoi les voyages peuvent être très utiles à ces trois corps.

 D'une manière générale, tout ce qui contribue à l'établissement et au maintien d'une bonne santé physique réagit favorablement sur les véhicules supérieurs.

Inversement, la vie émotionnelle et la vie mentale ont des effets très importants sur le corps physique. Car, si les corps mental et astral sont plus faciles à soumettre au contrôle de la pensée que le corps physique, il n'en est pas moins vrai que la matière physique elle-même peut être moulée par le pouvoir des émotions ou de la pensée. Ainsi, par exemple, il est bien connu que certaines habitudes de pensée, certaines vertus ou certains vices marquent leur trace sur le corps physique; ce phénomène est très commun, mais sa véritable signification passe souvent inaperçue. Un autre exemple est celui des stigmates qui apparaissent sur le corps des saints. La littérature moderne sur la psycho-analyse fournit des exemples innombrables de ce fait. [Page 110]

Chez l'homme hautement évolué de la Cinquième Race, de nos jours, le corps physique est largement influencé par le mental; c'est pourquoi l'anxiété, le souci et toutes les souffrances mentales produisent une tension nerveuse et troublent facilement les phénomènes organiques, produisent ainsi la faiblesse ou la maladie. La pensée vraie et l'émotion pure réagissent sur le corps physique et augmentent son pouvoir d'assimiler prana ou la vitalité.

La force mentale et la sérénité favorisent donc directement la santé physique, car l'homme évolué de la Cinquième Race vit sa vie physique littéralement dans son système nerveux.

2) LA VIE EMOTIONNELLE

Les corps mental et astral sont si étroitement associés qu'ils réagissent puissamment l'un sur l'autre. La liaison intime qui existe entre Kama (le désir) et Manas (le mental), ainsi que leurs réactions mutuelles ont été étudiées au chapitre 6 sur Kama-Manas. Dans ce chapitre, nous allons décrire les quelques autres phénomènes résultant de l'action du corps astral sur le mental, et aussi l'influence du corps mental sur le corps astral.

Lorsque le corps astral est soulevé par un flot d'émotion, il n'en résulte pas une action directe importante sur le corps mental, mais, pendant ce temps, l'activité du corps mental ne peut plus être transmise au cerveau physique. Cela n'est pas parce que le corps mental lui-même est affecté, mais parce que le corps astral, qui sert de pont entre le corps mental et le cerveau, est entièrement occupé à vibrer suivant le mode correspondant à l'émotion et est incapable de transmettre toute autre espèce de vibration.

Un exemple frappant de l'effet d'une émotion puissante sur l'activité mentale nous est fourni par un homme qui devient "amoureux" ; dans ce cas, en effet, le jaune de l'intellect disparaît entièrement de son aura. [Page 111]

La sensualité grossière qui est exprimée dans le corps astral par une teinte particulièrement désagréable, n'a rien qui lui corresponde dans le corps mental. Ceci est un exemple du fait que la matière des différents plans, à mesure qu'elle s'affine, perd graduellement le pouvoir d'exprimer les qualités inférieures.

Ainsi, l'homme peut former une image mentale qui évoque chez lui des émotions sensuelles, mais la pensée et l'image s'expriment alors dans la matière astrale et non dans la matière mentale. Cette image fait une impression bien définie sur la couleur correspondante du corps astral, mais, dans le corps mental, elle intensifie les couleurs qui représentent l’égoïsme, ainsi que les nuances voisines.

Il arrive quelquefois que certains groupes de sentiments et de pensées, les uns bons et les autres mauvais, soient intimement liés entre eux. Ainsi, par exemples il est bien connu que la dévotion profonde et une certaine forme de sensualité sont souvent inextricablement mélangées.

L'homme qui soufre de ce désagréable mélange peut récolter les bénéfices de la dévotion et éliminer en même temps la sensualité en entourant son corps mental d'une coque rigide faite de la matière des subdivisions inférieures. De cette manière, il cesse de subir les influences inférieures, et en même temps il reste sensible aux influences supérieures.

Ceci n'est qu'un exemple d'un phénomène très fréquent dans le monde mental sous des formes très variées.

L'action du corps mental sur le corps astral est très puissante et ce fait intéresse tout particulièrement l’étudiant. Il se souviendra que chaque corps est contrôlé par le corps immédiatement supérieur. Ainsi, le corps physique ne peut se gouverner lui-même, mais les passions et les désirs du corps astral peuvent le diriger.

Le corps astral à son tour doit être entraîné et placé sous le contrôle du corps mental, car c'est par la pensée [Page 112] que nous pouvons modifier le désir et commencer à le transformer en volonté, aspect supérieur du désir. C'est seulement le Soi dans sa manifestation Pensée qui peut dominer le Soi dans sa manifestation Désir.

La sensation de liberté que l'on éprouve en choisissant parmi les désirs montre l'existence de quelque chose de supérieur au désir, et ce quelque chose est Manas dans lequel réside la volonté, du moins en ce qui concerne les choses inférieures à Manas.

L'étudiant se souviendra aussi que les chakras ou centres de force dans le corps astral sont construits et contrôlés du plan mental, de même que les centres du cerveau physique sont construits du plan astral.

Toute impulsion envoyée du corps mental au cerveau physique doit passer par le corps astral, et, comme la matière astrale est plus sensible aux vibrations de la pensée que la matière physique, l'effet produit sur le corps astral est aussi beaucoup plus grand. Nous avons traité cette question dans Le Corps astral, chapitre 8.

Comme les vibrations de la matière mentale excitent celles de la matière astrale, les pensées de l'homme tendent à éveiller ses émotions. Ainsi, par exemple, l'homme qui pense à ce qu'il considère comme étant ses propres fautes, se met facilement en colère. L'inverse est également vrai, bien que souvent oublié. En pensant avec calme, l'homme peut éviter la colère et les autres émotions indésirables.

Un exemple de l'effet des habitudes d'ordre de l'esprit nous est donné dans L'Homme visible et invisible, planche XX, qui représente le corps astral d'un homme du type scientifique. Les couleurs astrales ont tendance à se disposer en bandes régulières et les lignes de démarcation sont nettement indiquées. Dans certains cas extrêmes, le développement intellectuel conduit à l'élimination complète des sentiments dévotionnels, et réduit considérablement la sensualité.

 Le développement du pouvoir de concentration et, en général, le développement du corps mental, affectent [Page 113] aussi la vie des rêves et ceux-ci deviennent clairs, continus, rationnels et même instructifs.

Le corps astral devrait être en réalité, et chez l'homme avancé il est, un simple reflet des couleurs du corps mental, prouvant ainsi que l'homme ne se permet de sentir que ce que sa raison lui dicte.

Inversement, aucune espèce d'émotion ne devrait affecter le corps mental, car il est le siège non des émotions, mais de la pensée.

3) LA VIE MENTALE

Dans la construction et l'évolution du mental de l'homme, une partie insignifiante du travail peut être accomplie par les forces extérieures; la presque totalité de ce travail résulte de l'activité de la propre conscience de l'homme. Si donc un homme veut avoir un corps mental fort, plein de vitalité, actif, capable de comprendre les pensées les plus élevées qui lui sont présentées, il faut qu'il se mette sérieusement au travail d'éducation de la pensée.

C'est l'homme lui-même qui affecte son propre corps mental de la manière la plus continue. Les autres hommes, les orateurs, les écrivains l'affectent occasionnellement, mais lui l'affecte constamment. Sa propre action sur la composition de son corps mental est beaucoup plus grande que celle de toute autre personne, et c'est lui-même qui détermine le mode vibratoire normal de son mental. Les pensées qui ne sont pas en harmonie avec ce mode sont repoussées lorsqu'elles touchent son mental. S'il pense vérité, le mensonge ne peut trouver aucune place dans son mental; s'il pense amour, la haine ne peut pas le troubler; s'il pense sagesse, l'ignorance ne peut pas le paralyser.

Il ne faut pas que le mental reste pour ainsi dire en jachère, car toute espèce de pensée pourrait y prendre racine et s'y développer. Il ne faut pas non plus qu'il vibre à sa fantaisie, car il répondrait à toutes les ondes qui passent. [Page 114]

Le mental de l'homme est sa propriété, et il ne devrait permettre de pénétrer qu’aux pensées que lui, l’égo, choisit.

 La majorité des gens ne savent même pas penser, et même ceux qui sont un peu plus avancés pensent rarement d'une manière définie et avec force, sauf lorsqu'ils sont occupés à quelque travail qui nécessite toute leur attention. Par suite, un très grand nombre d'esprits sont toujours en jachère, toujours prêts à recevoir n'importe quelle espèce de semence.

La plupart des gens, s'ils surveillent leurs pensées attentivement, s'aperçoivent qu'elles forment un courant de pensées dont ils ne sont pas les auteurs et qui sont de simples fragments rejetés par les autres. C'est à peine si l'homme ordinaire sait exactement à quoi il pense à un instant donné, et pourquoi il y pense. Au lieu de diriger son esprit sur un sujet particulier, il lui permet de s'ébattre sans surveillance, ou bien il le laisse en jachère, de sorte que toute semence qui tombe sur lui peut y germer et donner des fruits.

L'étudiant qui s'efforce sincèrement de s'élever quelque peu au-dessus de la pensée de l'homme moyen, ne doit pas oublier qu'une très grande partie des pensées dont il subit la pression incessante est à un niveau inférieur au sien, et que, par suite, il doit se préserver de cette influence. Il existe un si vaste océan de pensées sur des sujets sans importance qu'il est nécessaire de s'efforcer énergiquement de les exclure. C'est pourquoi "Couvrir la Loge" est le "souci constant" de chaque Franc-Maçon.

L'homme qui se donne la peine de créer l'habitude de penser d'une manière soutenue et concentrée, s'aperçoit que son cerveau, dès qu'il est entraîné à écouter la voix de l'égo - le véritable Penseur - reste tranquille lorsqu'il n'est pas occupé, et ne répond plus aux courants éventuels de l'océan de pensées qui l'entoure. Par suite, il a cessé d'être insensible aux influences des plans supérieurs [Page 115] où la vue est plus pénétrante et le jugement plus sûr qu’ici-bas.

C’est seulement lorsque l’homme peut réduire son esprit à un état de tranquille quiétude, et l’y maintenir sans penser, que la conscience supérieure peut se manifester. Alors, l’homme est prêt à entreprendre le travail de la méditation et du Yoga, comme nous le verrons plus loin.

Voilà le but de l’entraînement du corps mental. L’homme qui le pratique découvre bientôt que grâce à la pensée la vie peut être rendue plus noble et plus heureuse, et que grâce à la sagesse il est possible de mettre fin à la souffrance.

 L’homme sage surveille ses pensées avec le plus grand soin, car il sait qu’il possède un puissant instrument et qu’il est responsable de l’usage qu’il en fait. C’est son devoir de gouverner sa pensée, pour cesser d’errer et de faire du mal à lui-même et aux autres. C’est son devoir de développer le pouvoir de la pensée au moyen duquel il peut faire tant de bien.

La lecture ne construit pas le corps mental; c’est la pensée qui le construit. La lecture n’est bonne que parce qu’elle fournit des matériaux à la pensée, et la croissance mentale de l’homme est en rapport avec la quantité de pensée qu’il met en jeu pendant ses lectures. L’exercice régulier et persistant – mais sans excès – fait croître le pouvoir de penser de même qu’il fait croître un muscle. Sans l’éducation de la pensée, le corps mental reste inorganisé; sans concentration – la faculté de fixer la pensée sur un certain point – le pouvoir de la pensée ne peut pas s’exercer efficacement.

La loi générale de la vie d’après laquelle la croissance résulte de l’exercice, s’applique aussi bien au corps mental qu’au corps physique. Au cours de l’entraînement du corps mental à vibrer sous l’action de la pensée, de la matière nouvelle est attirée de l’atmosphère mentale ambiante et est unie au corps mental qui, de cette manière, augmente de grandeur tandis que la complexité de sa [Page 116] structure s'accroît. C'est la quantité de pensée qui détermine la croissance du corps mental; le genre de matière employé à cette croissance est déterminé par la nature de la pensée.

Il est fort utile d'analyser en détail ce qui se passe pendant la lecture. Dans un livre écrit avec soin, chaque phrase ou chaque paragraphe contient une idée bien définie, qui est représentée par une forme-pensée créée par l'auteur. Cette forme-pensée est généralement entourée de formes secondaires qui expriment les corollaires ou déductions nécessaires de l'idée principale.

Dans l'esprit du lecteur devrait se construire une reproduction exacte de la forme-pensée de l'auteur, soit immédiatement, soit par degrés. L'apparition des formes secondaires dépend de l'esprit du lecteur, c'est-à-dire dépend de sa promptitude à voir les conséquences de l'idée principale.

Une personne non développée mentalement ne peut pas créer une forme précise; elle construit une masse amorphe au lieu d'une forme géométrique. D'autres personnes peuvent bâtir une forme reconnaissable, mais incomplète ou déformée.

D'autres encore sont capables de bâtir une sorte de squelette de la forme, montrant ainsi qu'elles ont saisi le principe de l'idée, mais non ses détails, et que l'idée n'est pas vivante dans leur esprit. Certaines personnes saisissent un côté de l'idée et construisent la moitié de la forme, ou bien elles en saisissent un seul point et négligent tout le reste.

L'étudiant sérieux doit pouvoir reproduire l'image de l'idée centrale exactement et du premier coup; les idées secondaires viendront plus tard et à mesure qu'il tournera l'idée centrale dans son esprit.

Une des causes les plus importantes de l'imperfection des images est le manque d'attention. Le clairvoyant peut voir l'esprit du lecteur occupé d'une demi-douzaine de sujets à la fois. Dans son cerveau s'agitent les soucis de la maison, les préoccupations au sujet de ses affaires, la [Page 117] mémoire ou l'espérance des plaisirs, la fatigue de l'étude, etc., tout cela forme les neuf dixièmes de son activité mentale; le dixième restant est formé par un effort désespéré pour comprendre l'idée exprimée dans le livre qu'il lit.

Le résultat d'une telle lecture est de remplir le corps mental d'une foule de petites formes-pensées sans aucune liaison entre elles, au lieu de construire un édifice ordonné.

Il est clair, par suite, que pour devenir capable de se servir de son corps mental et de son esprit efficacement, l'entraînement de l’attention et de la concentration sont essentiels, et que l'homme doit apprendre à délivrer son esprit de toute pensée étrangère pendant qu'il étudie.

Un étudiant entraîné peut, grâce à la forme-pensée de l'auteur, venir en contact avec l'esprit de l'auteur, et obtenir de lui des renseignements supplémentaires sur les points difficiles; mais si l'étudiant n'est pas très développé, il s'imaginera facilement que les pensées nouvelles qui lui viennent ainsi sont les siennes propres et non celles de l’auteur.

Nous rappelons ici que tout travail mental effectué sur le plan physique doit passer par le cerveau physique; il faut donc entraîner celui-ci, de sorte qu'il puisse servir d'instrument commode au corps mental.

Il est bien connu que certaines parties du cerveau sont en rapport avec certaines qualités de l'homme ou avec sa faculté de penser suivant certaines lignes. Toutes ces parties doivent être saines et en relation directe avec les zones correspondantes du corps mental.

L'étudiant de l'occultisme s'entraîne délibérément à l'art de penser. Par suite, sa pensée est plus puissante que celle de l'homme non entraîné, et il a la possibilité d'influencer un cercle plus grand et de produire des effets plus importants. Ceci se produit tout à fait en dehors de sa propre conscience et sans qu'il fasse aucun effort spécial dans ce but.

Mais justement parce que l’occultiste connaît l’énorme [Page 118] pouvoir de la pensée, sa responsabilité dans l'emploi de cette puissance est grande et il s'efforce de l'utiliser à aider les autres.

L'avertissement suivant sera peut-être utile à ceux qui ont tendance à discuter. Qu'ils se souviennent que lorsqu'ils se précipitent sur le terrain de la discussion, ils abandonnent leur forteresse mentale toutes portes ouvertes et sans défense. Alors, toute force mentale qui se trouve à proximité peut entrer et se rendre maître de leur corps mental. Tandis que l'homme gaspille en vain ses forces pour des choses de peu d'importance, la stabilité de son corps mental est compromise par les influences qui le traversent. L'étudiant de l'occultisme devrait faire, très attention lorsqu'il se permet de prendre part à une discussion. C'est un fait bien connu que la discussion a rarement pour résultat de faire changer d'avis l'une des parties; dans la plupart des cas, chacune d'elles tient davantage à sa propre opinion qu'avant la discussion.

Chaque instant de notre existence est une opportunité offerte à la conscience pour construire notre corps mental. Éveillés ou endormis, nous sommes toujours occupés à construire nos véhicules mentals. Tout frémissement de conscience, même s'il n'est dû qu'à une pensée passagère, attire dans le corps mental des particules de matière mentale et en rejette d'autres. Si l'on fait vibrer le corps mental au moyen de pensées pures et élevées, la rapidité des vibrations fait partir des particules de matière grossière, et leur place est prise par des particules plus fines. De cette manière, il est possible de rendre le corps mental de plus en plus pur et plus fin. Alors, le corps mental étant composé de matière subtile ne réagit plus aux pensées grossières et mauvaises; au contraire, un corps mental formé de matériaux grossiers serait affecté par toute énergie mauvaise qui passe, et resterait insensible aux énergies du bien.

Ce qui précède s'applique essentiellement au côté "forme" du corps mental. En ce qui concerne le côté [Page 119] "vie", nous rappelons que l'essence même de la conscience est de s'identifier sans cesse avec le Non-Moi, et sans cesse également de s'affirmer de nouveau en rejetant le Non-Moi. En fait, la conscience est essentiellement constituée par ces affirmations et ces négations alternatives: "Je suis cela" ; et "Je ne suis pas cela". C'est pourquoi la conscience produit dans la matière ces attractions et répulsions que nous appelons vibrations. C'est donc la qualité des vibrations mises en jeu par la conscience qui détermine le degré de finesse ou de grossièreté de la matière attirée dans le corps mental.

Comme nous l'avons vu au chapitre 11, les vibrations pensées d'un homme dont les pensées sont élevées, tendent, lorsqu'elles agissent sur nous, à éveiller dans notre corps mental les vibrations de l’espèce de matière qui leur correspond; en même temps, elles déplacent ou même rejettent une portion de la matière qui est trop grossière pour vibrer sous leur impulsion. Le bénéfice que nous retirons de la présence d'un autre dépend donc largement de nos pensées passées, puisque, pour être affectées par des pensées élevées, il faut que nous ayons déjà dans notre corps mental de la matière correspondant à ces pensées.

Le corps mental est soumis aux lois de l’habitude tout comme les autres véhicules. Si nous l'accoutumons à un certain genre de vibrations, il apprend à les reproduire facilement et rapidement. Ainsi, par exemple, si un homme prend l'habitude de penser du mal des autres, il lui devient rapidement beaucoup plus facile de penser au mal que de penser au bien qui se trouvent chez une autre personne. Souvent naissent de cette manière des préjugés qui aveuglent l'homme à un point tel qu'il ne voit plus chez les autres aucune bonne qualité, mais y voit seulement le mal considérablement amplifié.

Beaucoup de personnes, par ignorance, prennent l’habitude d'entretenir des pensées mauvaises; il est évidemment aussi facile d'en entretenir de bonnes. Ce n'est pas une chose difficile que de s'entraîner à rechercher [Page 120] chez les personnes que nous rencontrons les bons côtés plutôt que les mauvais. Il en résultera l'habitude d'aimer les gens au lieu d'être dégoûtés par eux. Notre esprit commencera à travailler plus facilement dans la voie de l'admiration au lieu de rester dans celle de la suspicion et du mépris. L'usage systématique du pouvoir de la pensée nous rendra la vie plus facile et plus agréable, et construira notre corps mental au moyen de la matière la plus souhaitable.

Bien des gens n'exercent pas leurs facultés mentales comme ils le devraient; leurs esprits sont récepteurs et non créateurs; ils absorbent sans cesse les pensées des autres au lieu d'en créer eux-mêmes.

La claire compréhension de ces faits pousse l'homme à changer l'attitude de sa conscience dans la vie journalière et à surveiller l'activité de son mental. Tout d'abord il se peut que l'homme éprouve une grande détresse lorsqu'il s'aperçoit qu'une grande partie de ses pensées ne sont pas littéralement à lui; que les pensées lui viennent il ne sait d'où; et qu'en somme son mental n'est guère plus qu'un lieu de passage pour les pensées errantes.

Ayant atteint ce stade préliminaire de soi-conscience, l'homme doit ensuite observer quelle différence il y a entre la nature des pensées qui entrent dans son esprit et la nature de celles qui sortent, c'est-à-dire ce qu'il y a ajouté pendant qu'elles ont séjourné chez lui. Par ce moyen son esprit devient rapidement actif et il développe son pouvoir créateur.

Ensuite, l'homme doit choisir délibérément ce qu'il permet à son esprit de garder. Alors, lorsqu'il trouve dans son esprit une pensée qu'il juge bonne, il porte son attention sur elle, la renforce, puis la renvoie comme un agent pour le bien; lorsqu'il y trouve une pensée qu'il juge mauvaise, il la rejette rapidement.

Si l'homme laisse par négligence sa pensée s'occuper d'idées indésirables, c'est un jeu très dangereux, car il en résulte la formation d'une tendance vers ces choses indésirables, [Page 121] et cette tendance conduit souvent à des actes. L’homme qui joue avec l’idée d’une mauvaise action peut fort bien tout à coup s’apercevoir qu’il est en train d’accomplir cette mauvaise action, sans avoir eu le temps de se rendre compte de ce qui lui arrive. Lorsque s’ouvre la porte de l’opportunité, l’énergie mentale se précipite et l’action s’accomplit. Car toute action procède de la pensée. Même quand l’action est accomplie, comme nous disions, sans penser, elle est toujours l’expression instinctive de pensées, désirs et sentiments que l’homme a laissé croître en lui dans les jours passés.

 Après avoir pratiqué pendant quelque temps ce choix des pensées l’homme s’apercevra que les pensées mauvaises qui entrent dans son esprit sont de plus en plus rares; et que ces pensées finissent par être repoussées automatiquement par son esprit lui-même. Son esprit commence alors à se comporter comme un aimant vis-à-vis des pensées qui l’entourent. L’homme rassemble donc dans son corps mental une masse de bons matériaux et son corps mental s’enrichit d’année en année.

Nous voyons donc que le grand danger à éviter est la création d’images-pensées sous les impulsions extérieures; il ne faut pas que les stimuli du monde extérieur fassent naître des images dans le corps mental et moulent la matière mentale créatrice en formes-pensées chargées d’une énergie qui cherchera nécessairement à se dépenser en réalisant ces pensées. C’est dans cette activité indisciplinée du corps mental que réside la source de presque toutes nos luttes intérieures et nos difficultés spirituelles. C’est l’ignorance qui permet le fonctionnement indiscipliné du corps mental; que l’ignorance soit replacée par la connaissance, et nous apprendrons à contrôler notre corps mental, de sorte qu’il ne soit pas mis en activité de l’extérieur, mais qu’il soit bien à nous et que nous l’utilisions suivant notre volonté.

Une grande quantité de souffrance est causée par l’imagination indisciplinée. Le manque de contrôle des passions inférieures (particulièrement du désir sexuel) [Page 122] provient du manque de discipline de l'imagination, et non d'une volonté trop faible. Même lorsque l'homme éprouve un puissant désir, c'est de la pensée créatrice que procède l'action. Il n'y a aucun danger à regarder simplement l'objet du désir et à y penser, mais dès que l'homme se représente en train de satisfaire son désir et permet au désir de renforcer l'image qu'il avait créée, alors commence le danger. Il est très important de bien comprendre que l'objet du désir ne possède en lui aucun pouvoir tant que nous ne mettons pas en jeu notre imagination qui, elle, est créatrice. Si nous la mettons en jeu, il est certain qu'une lutte en résultera.

Dans cette lutte nous pouvons faire appel à ce que nous croyons être notre volonté, et essayer d'échapper aux conséquences de l'activité de notre imagination par une résistance acharnée. Mais bien peu ont appris que la résistance frénétique ou anxieuse inspirée par la peur est très différente de la volonté. Le mieux est d'employer la volonté tout d'abord pour contrôler l'imagination, nous attaquons ainsi la cause de nos troubles elle-même.

 Comme nous le verrons dans un chapitre suivant, les matériaux que nous rassemblons dans cette vie sont, après la mort, élaborés en facultés mentales qui trouveront leur expression dans les vies futures. Le corps mental de la prochaine incarnation dépend du travail que nous faisons dans le corps mental actuel. Le Karma nous donne la récolte qui correspond à ce que nous avons semé; nous ne pouvons pas isoler nos vies les unes des autres, ni créer miraculeusement quelque chose avec rien.

Comme il est écrit dans le Chandagyopanishad, "L'homme est une créature de réflexion; ce qui fait l'objet de ses réflexions dans cette vie, il le devient dans le futur".

Pour modifier nos habitudes de pensée, il faut rejeter du corps mental une partie de ses particules et les remplacer par d'autres d’un type supérieur; cela est évidemment difficile au début, de même qu'il est difficile de [Page 123] changer les habitudes physiques. Mais c'est chose possible, et à mesure que l'ancienne forme se modifie, la pensée droite devient de plus en plus facile, jusqu'à ce qu'enfin elle soit spontanée.

Il ne semble pas y avoir de limite aux possibilités qui sont offertes à l'homme décidé à se refaire par l'activité mentale concentrée. Comme nous l'avons vu, les écoles de traitement mental - telles que la Christian Science, la Mental Science et d'autres - utilisent ce puissant moyen pour produire leurs résultats, et leur utilité dépend en grande partie des connaissances de l'opérateur en ce qui concerne les forces qu'il emploie. Des succès innombrables prouvent l'existence de cette force. Les échecs montrent que l'emploi de cette force était maladroit, ou que l'opérateur n'était pas capable de se procurer une quantité de force suffisante pour le travail qu'il avait à accomplir.

En d'autres termes, la pensée est la manifestation de la faculté de créer, le Troisième Aspect de la trinité humaine. Dans la terminologie Chrétienne, la volonté est la manifestation de Dieu le Père; l'amour, de Dieu le Fils; et la pensée, ou activité créatrice, de Dieu le Saint-Esprit. C'est la pensée qui en nous agit, crée, exécute les décrets de la volonté. Si la volonté est le Roi, la pensée est le Premier Ministre.

L'occultiste applique son pouvoir créateur à activer l'évolution humaine. Le Yoga Oriental est l'application des lois générales de l’évolution de l'esprit à l'activation de l'évolution d'une conscience particulière. Il a été prouvé, et cela peut toujours l’être, que la pensée, en se concentrant attentivement sur une idée, la construit dans le caractère du penseur; ainsi l'homme peut créer en lui-même n'importe quelle qualité par la pensée attentive et soutenue, par la méditation.

Connaissant cette loi, l'homme peut construire son propre corps mental comme il le désire, absolument comme un maçon peut construire un mur. Le processus de la construction du caractère est aussi scientifique [Page 124] que le développement de la puissance musculaire. La mort même n'arrête pas le travail, comme nous le verrons dans les chapitres suivants.

Dans ce travail, la prière peut être très efficace. L'exemple le plus remarquable de cette efficacité est sans doute dans la vie du Brahmane. La totalité de cette vie est pratiquement une prière continue. Bien que plus étudié et plus détaillé, son contenu est analogue à celui des prières utilisées dans certains couvents Catholiques où l'on enseigne au novice à prier à chaque fois qu'il mange pour que son âme soit nourrie par le pain de vie; à chaque fois qu'il se lave pour que son âme reste pure; à chaque fois qu'il entre dans une église pour que sa vie puisse être un long service, etc. La vie du Brahmane est analogue, mais sa dévotion est plus étendue et entre davantage dans les détails. L'homme qui obéit réellement et honnêtement à ces instructions est sans doute profondément affecté, et cela d'une manière continue, par son activité mentale.

Comme nous l'avons vu au chapitre 4, le corps mental offre cette particularité d'augmenter de taille et d'activité à mesure que l'homme se développe. Le corps physique reste sensiblement le même depuis très longtemps; le corps astral croît dans une certaine mesure; mais le corps mental (ainsi que le corps causal) s'étend énormément dans les dernières étapes de l'évolution, manifestant un éclat magnifique avec ses lumières multicolores qui brillent dans une splendeur indescriptible lorsqu'il est au repos, et émettent des éclairs éblouissants lorsqu'il est en activité.

Chez une personne non développée, le corps mental est à peine visible; il est si peu important qu'il faut faire un effort pour l'apercevoir. Un grand nombre de personnes sont incapables de penser clairement, particulièrement en Occident, au sujet des choses religieuses. Tout est pour eux vague et nébuleux. Mais le développement occulte n'a rien de commun avec le vague et nébuleux. Il faut que nos conceptions soient précises et nos [Page 125] images-pensées bien définies. Ces qualités sont essentielles dans la vie de l’occultiste.

L'étudiant doit bien comprendre aussi que chaque homme voit nécessairement le monde extérieur à travers son propre esprit. Le résultat peut être judicieusement comparé à ce qui se produit quand on regarde un paysage à travers un verre coloré. Un homme qui n'aurait jamais vu le monde autrement qu'à travers des verres rouges n'aurait aucune idée des changements que ces verres apportent aux véritables couleurs. De la même façon, l’homme est habituellement inconscient de la distorsion apportée dans sa vision par son propre esprit. C'est dans ce sens que l'esprit a été appelé "le créateur d'illusion". L'étudiant de l'occultisme a nettement devant lui le devoir de purifier et développer son corps mental, d'éliminer les "verrues" (voir chapitre 5) et les préjugés, de sorte que ce corps mental réfléchisse la vérité avec un minimum de distorsion dû à ses propres défauts.

L'influence de l'homme sur les animaux doit être exposée ici brièvement pour que notre étude soit complète.

Si un homme dirige des pensées affectueuses vers un animal, ou bien s'il fait des efforts pour lui enseigner quelque chose, il y a un effet direct et voulu produit par le corps astral ou mental de l'homme sur le véhicule correspondant de l'animal. Mais cela est relativement rare, car, en général, les effets produits ne sont pas délibérément voulus de part ou d'autre, ils sont simplement la conséquence inévitable de la proximité des deux entités en question.

Le caractère de l'homme a une grande importance sur la destinée de l'animal. Si les influences en jeu sont principalement émotionnelles, il est probable que l’animal développera surtout son corps astral et que la rupture finale avec l'âme-groupe animale sera due à un accès soudain d'affection intense qui atteindra l’aspect [Page 126] bouddhique de la monade flottant au-dessus, d'où résultera la formation de l'égo.

Si les influences réciproques sont surtout mentales, le corps mental naissant de l'animal sera stimulé et l'animal s'individualisera vraisemblablement par l'intellect.

Si l'homme a une forte volonté ou une spiritualité intense, l'animal s'individualisera sans doute par stimulation de sa volonté.

Individualisation par l'affection, par l'intellect et par la volonté, voilà les trois méthodes normales. Mais il est possible d'arriver à l'individualisation par des moyens moins souhaitables, par l'orgueil, la peur, la haine ou le désir du pouvoir.

Ainsi, par exemple, un groupe d'environ deux millions d'égos individualisés dans la Septième Ronde de la Chaîne Lunaire, le furent uniquement par l'orgueil, sans autre qualité qu'une certaine adresse, et leurs corps causals n'ont presque pas de coloration en dehors de l'orange.

L'arrogance et l'indiscipline de ce groupe apportèrent le trouble dans toutes les périodes de l'histoire, causant bien des souffrances à eux-mêmes et aux autres. Quelques-uns d'entre eux devinrent les "Seigneurs de la Face Noire" d'Atlantis, d'autres devinrent des conquérants dévastateurs ou des millionnaires sans scrupule bien dénommés "les Napoléons de la finance".

Quelques-uns de ceux qui s'individualisèrent par la peur engendrée par la cruauté devinrent les inquisiteurs du moyen âge et ceux qui torturent les enfants de nos jours.

Le mécanisme de l'individualisation est décrit plus en détail dans Étude sur la conscience, par Annie Besant. Il sera également décrit dans Le Corps causal. [Page 127]

CHAPITRE - 14 -

FACULTÉS

Au cours de l'évolution, le corps mental sera, comme le corps astral, éveillé à l'activité consciente, et il apprendra à répondre aux vibrations de la matière de son propre plan, découvrant ainsi à l'égo un monde nouveau et immense de connaissance et de pouvoir.

Toutefois, il ne faut pas confondre le plein développement de la conscience dans le corps mental avec la possibilité beaucoup plus restreinte d'utiliser le corps mental dans certaines limites. L'homme utilise son corps mental à chaque fois qu'il pense, mais il y a loin de là à l'emploi du corps mental comme véhicule indépendant à travers lequel la conscience peut s'exprimer complètement.

Comme nous l'avons vu au chapitre 4, le corps mental de l'homme moyen est beaucoup moins évolué que son corps astral. Chez la majorité des hommes, la partie supérieure du corps mental est encore en sommeil même quand la partie inférieure est en pleine activité. Le corps mental de l'homme moyen ne constitue pas en réalité un véhicule, car l'homme ne peut pas s'en servir pour se déplacer, et il ne peut pas employer ses sens pour recevoir des impressions à la manière ordinaire.

Parmi les personnes à l'esprit scientifique de notre époque, le corps mental est généralement très développé, mais ce développement correspond principalement à l'utilisation par la conscience de veille, et l'utilisation directe sur les plans supérieurs reste très imparfaite.

Très peu de gens, à part ceux qui ont été délibérément entraînés par des instructeurs appartenant à la Grande Fraternité des Initiés, travaillent consciemment dans leur corps mental. Ceux qui en sont capables ont derrière [Page 128] eux des années de pratique de la méditation et d'efforts spéciaux.

Jusqu'à l'époque de la Première Initiation, l'homme travaille pendant la nuit dans son corps astral, mais dès qu'il est capable d'utiliser complètement le corps mental, le travail dans ce corps commence. Quand le corps mental est complètement organisé, il constitue un véhicule beaucoup plus souple que le corps astral, et bien des choses impossibles sur le plan astral peuvent être accomplies dans ce nouveau véhicule.

Le pouvoir de fonctionner librement dans le monde mental doit être acquis par le candidat avant la Seconde Initiation, car celle-ci a lieu sur le plan mental inférieur.

De même que la vision sur le plan astral est différente de celle du plan physique, la vision sur le plan mental est différente des deux précédentes. Dans le cas du plan mental, nous ne pouvons plus parler de sens séparés comme la vue et l'ouïe, mais il nous faut postuler un sens général qui réagit si parfaitement aux vibrations qui l'atteignent, que, lorsqu'un objet vient à sa portée, il le voit, l'entend, le sent, et connaît tout ce qu'il est possible de savoir à son sujet, ses causes, ses effets, ses possibilités, du moins en ce qui concerne le monde mental et les mondes inférieurs, tout cela instantanément, en une seule opération. L'action directe de ce sens supérieur n'est pas affligée par le doute, l'hésitation ou le retard. S'il pense à un endroit déterminé, il y est; s'il pense à un ami, celui-ci est devant lui. Il n'y a plus de malentendus, plus d'erreurs, l'homme ne peut plus être trompé par les apparences extérieures, car les pensées et les sentiments de son ami s'offrent à lui comme les pages d'un livre ouvert sur le plan physique.

Si l'homme est avec un ami dont le sens supérieur est aussi développé, leurs rapports atteignent une perfection dont nous n'avons pas idée sur la terre. Pour eux la distance et la séparation n'existent plus. Leurs sentiments ne sont plus cachés ni imparfaitement exprimés [Page 129] par des mots maladroits; les questions et les réponses sont inutiles, car les images-pensées sont lues dès qu'elles sont créées et l'échange des idées est aussi rapide que leur naissance instantanée dans l’esprit.

Cette faculté merveilleuse diffère de celles dont nous disposons actuellement, par le degré de développement et non par l'essence. Car sur le plan mental comme sur le plan physique, les impressions sont transmises au moyen des vibrations qui vont de l'objet à l'observateur. Il n'en est pas de même sur le plan bouddhique, mais nous ne nous occuperons pas de ce plan dans le présent livre.

Il n'y a pas grand chose qui puisse ou qui doive être dit au sujet de la clairvoyance mentale, car il est peu probable que des exemples de cette clairvoyance puissent être observés en dehors du cercle des élèves délibérément entraînés dans les écoles supérieures d'occultisme. Devant eux s'ouvre un monde nouveau au sujet duquel tout ce que nous pouvons imaginer de plus glorieux n'est pour eux que l'existence ordinaire.

Tout ce que ce nouveau monde peut offrir est à la portée de l'étudiant entraîné, mais le clairvoyant non entraîné a bien peu de chances d'atteindre ce monde. Il n'y a sans doute pas un clairvoyant ordinaire sur mille qui soit arrivé à toucher ce nouveau monde. Cela peut se produire lorsque pendant la transe mesmérique le sujet échappe au contrôle de l’opérateur, mais c'est très rare, car cela nécessite des qualifications presque surhumaines sur le chemin de l’aspiration spirituelle, et une pureté absolue de pensée et d'intention de la part de l'opérateur et du sujet. Même dans ce cas, le sujet ne rapporte sur le plan physique guère plus que le souvenir intense d'une félicité indescriptible, généralement coloré par ses propres convictions religieuses.

Non seulement toute connaissance - du moins celle qui ne dépasse pas le plan mental - est à la portée de ceux qui fonctionnent sur le plan mental, mais le passé du monde leur est aussi accessible que le présent, car [Page 130] ils disposent de la mémoire indélébile de la nature (voir chapitre 28).

Ainsi, par exemple, pour celui qui fonctionne librement sur le plan mental, il est possible de prendre connaissance d'un livre autrement qu'en le lisant. Le plus simple est de lire dans l'esprit de quelqu'un qui a étudié le livre, mais alors on n'obtient que la conception de l'étudiant.

Une autre méthode consiste à examiner l'aura du livre. Chaque livre est entouré d'une aura mentale construite par les pensées de ceux qui l'ont lu et étudié. En examinant cette aura on obtient généralement une idée assez exacte et complète du contenu du livre, malgré les franges constituées par les opinions des divers lecteurs, opinions non exprimées dans le livre lui-même.

Comme nous l'avons dit au chapitre 8, de nos jours, les lecteurs n'étudient pas avec autant de soin qu'autrefois, de sorte que les formes-pensées reliées à un livre moderne sont rarement aussi claires que celles qui entourent les manuscrits d'autrefois.

 Une troisième méthode consiste à dépasser le livre pour atteindre l'esprit de l'auteur, comme nous l'avons décrit au chapitre 10.

Une quatrième méthode nécessite des pouvoirs plus étendus: elle consiste à "voir" le sujet du livre comme dans le phénomène de psychométrie et à visiter mentalement le centre de pensée où convergent tous les courants de pensée relatifs à ce sujet. Cette question a été traitée au chapitre 12 sur les centres de pensée.

Pour être capable de faire des observations sur le plan mental, il faut savoir arrêter ses pensées de sorte que les créations de l'esprit n'influencent pas la matière sensible qui l'entoure.

Il ne faut pas confondre l'état ci-dessus dans lequel l'esprit est en suspens, avec l'état de passivité que l'on obtient au moyen d'un si grand nombre de pratiques de Hatha Yoga. Dans ce dernier cas, l'esprit est amené à la passivité absolue, à peu près comme chez un médium. [Page 131]

Au contraire, dans le premier cas, l'esprit est tout à fait alerte et aussi positif qu'il lui est possible; il retient ses pensées simplement pour éviter de mêler des éléments personnels aux observations qu'il désire faire.

Les chakras, ou centres de force, existent dans le corps mental comme dans les autres véhicules. Ce sont les points de communication par où passe la force qui va d'un véhicule à l'autre. Les chakras du corps éthérique ont été décrits dans Le Double éthérique, chapitres 3 et suivants, et ceux du corps astral dans Le Corps astral, chapitre 5. Nous ne possédons jusqu'à présent que peu de renseignements sur les chakras du corps mental.

Chez l'homme d'un type particulier, le chakra du sommet de la tête est courbé jusqu'à ce que son tourbillon coïncide avec l’organe atrophié connu sous le nom de glande pinéale. Pour ce type, l’organe est vivifié et il forme une communication directe avec le mental inférieur sans passer auparavant par le plan astral à la manière ordinaire. C'était pour ces gens que Mme Blavatsky insistait tant sur l'importance de l'éveil de cet organe.

La faculté de grossissement appelée par les Hindous "anima" appartient au chakra situé entre les sourcils. La partie centrale de ce chakra projette ce que l'on pourrait appeler un microscope dont l'objectif est formé d'un seul atome, ce qui constitue un appareil dont les dimensions correspondent à celles des particules très petites à observer.

 L'atome employé ainsi peut être physique, astral ou mental, mais quel qu'il soit, il exige une préparation spéciale. Il faut que tous ses spirilles soient en activité comme cela sera pour tous les atomes à la septième Ronde de notre Chaîne.

La faculté ci-dessus appartient au corps causal, de sorte que si l'objectif en question est un atome du niveau inférieur, il faut y ajouter un dispositif capable de réfléchir les contreparties des niveaux inférieurs au niveau causal. L'atome peut être adapté à n'importe quel sous-plan, [Page 132] de sorte qu'il permet le grossissement de n'importe quel objet.

La même faculté permet aussi à l'opérateur de concentrer sa conscience dans l'atome-objectif, ce qui lui procure la vision à distance.

Toujours le même pouvoir peut être utilisé d'une manière différente pour réduire les images perçues lorsque l'on désire voir d'un seul coup un ensemble si vaste qu'il échappe à la vision ordinaire. Cette faculté est appelée par les Hindous "mahima".

La clairvoyance mentale n'est bornée que par les limites du plan mental lui-même, qui, comme nous le verrons au chapitre 27, ne s'étend pas jusqu'aux plans mentaux des autres planètes. Cependant, la clairvoyance mentale permet d'obtenir pas mal de renseignements sur les autres planètes.

Lorsqu'on échappe à l'influence troublante de l’atmosphère terrestre, la vision devient beaucoup plus claire. De plus, il devient alors facile de mettre en oeuvre un pouvoir grossissant considérable qui permet d'obtenir des informations astronomiques très intéressantes.

Prana, ou la vitalité, existe sur le plan mental comme sur tous les plans que nous connaissons. Il en est de même de Koundalini ou le Feu-Serpent, et aussi de Fohat ou l'électricité, et de la force vitale désignée dans Le Double éthérique sous le nom de "Force Primaire".

Nous ne savons pas grand-chose actuellement de Prana ni de Koundalini sur le plan mental. Toutefois, nous savons que Koundalini vivifie tous les véhicules.

La Force Primaire dont il est question ici, est l'une des expressions de la Deuxième Effusion, du Deuxième Aspect du Logos. Sur le plan bouddhique, elle se manifeste comme le principe Christique de l'homme. Dans les corps mental et astral, elle vivifie diverses couches de matière, apparaissant à la partie supérieure du corps astral sous forme de nobles émotions, et à la partie inférieure sous forme d'un simple flux de force vivifiant la matière astrale. Dans sa manifestation la moins élevée, [Page 133] elle s'enveloppe de matière éthérique, lorsqu'elle sort du corps astral et pénètre dans les chakras qui sont à la surface du corps éthérique, où elle rencontre Koundalini qui jaillit de l'intérieur du corps humain.

L'étudiant se souviendra (voir Le Double éthérique, chapitre 8) que le courant de Prana violet stimule la pensée et l'émotion spirituelles, la pensée ordinaire étant stimulée par l'action du courant bleu mélangé d'une partie de jaune; et aussi que dans certains cas d'idiotie le flux de vitalité dans le cerveau (à la fois jaune et bleu-violet) est presque entièrement arrêté.

Depuis la publication du Double éthérique, un nouveau livre de C.W. Leadbeater est paru, Les Chakras ou centres de force dans l’homme, qui contient quelques nouveaux renseignements intéressants au sujet des chakras, en particulier en ce qui concerne leurs relations avec les différents plans. Pour cette étude, le tableau suivant peut être utile:

 

 

   
TABLEAU DES CHAKRAS
   
No. Nom
Français
Nom
Sanskrit
Situation Rayons Groupe Force
Correspondante
1 Base Colonne Vertébrale Muladhara Base Colonne Vertébrale 4
I
Physiologique
Koundalini
2 Splénique   Au dessus de la rate 6 Prana
3 Ombilical Manipura Ombilic, au-dessus du plexus solaire 10
II
Personnel
Astral inférieur
4 Cardiaque Anahata Au dessus du coeur 12 Astral supérieur
5 Gorge Visuddha Devant la gorge 16 Mental inférieur
6 Frontal Ajna Entre les sourcils 96
III
Spirituel
Forces supérieures à travers le corps pituitaire
7 Coronal Sahasrara Sommet de la tête 12 + 960 Forces supérieures à travers la glande pinéale

Le tableau ci-dessus montre que la Force Primaire, Prana et Koundalini ne sont pas directement en rapport avec la vie mentale et émotionnelle de l'homme, mais [Page 134] seulement avec son bien-être corporel. D'autres forces pénètrent dans les chakras, que l'on peut appeler psychiques et spirituelles. Les chakras de la base de la colonne vertébrale et de la rate en sont dépourvus, mais le chakra ombilical et les chakras supérieurs sont les portes d'entrée pour les forces qui affectent la conscience humaine.

Il semble bien qu'il y ait une certaine correspondance entre les couleurs des flux de Prana qui traversent les divers chakras et les couleurs assignées par H. P. Blavatsky aux principes de l'homme dans La Doctrine Secrète, comme il résulte du tableau suivant:

Couleurs
du Prana
Chakras
Traversés
Couleurs indiquées
dans la
Doctrine Secrète
Principes
représentés
Bleu Clair Gorge Bleu Atma (enveloppe aurique).
Jaune Coeur Jaune Bouddhi
Bleu foncé Sourcils Indigo ou bleu foncé Manas supérieur
Vert Ombilic Vert Kama-Manas: mental inférieur
Rose Rate Rouge Kama-Roupa
Violet Coronal Violet Double Éthérique
Orangé-rouge (avec un autre violet) Base col. (ensuite vers sommet de la tête - -

Koundalini appartient à la Première Effusion venant du Troisième Aspect. Au centre de la terre, Koundalini opère dans un vaste globe dont seules les couches extérieures peuvent être approchées; elles sont en relation avec les couches de Koundalini dans le corps humain. C'est pourquoi l'on dit que Koundalini dans le corps humain provient du "laboratoire du Saint-Esprit" au plus profond de la terre. Il appartient au feu souterrain qui fait un contraste frappant avec le feu de Prana ou vitalité. Prana appartient à l'air, à la lumière et à l'espace libre; le feu souterrain est beaucoup plus matériel, comme le feu d'un fer rouge. Cette force puissante présente [Page 135] d'un certain point de vue un aspect terrible: elle donne l’impression de descendre de plus en plus profondément dans la matière, poursuivant son mouvement lentement, mais irrésistiblement, avec une inflexible certitude.

Il ne faut pas oublier que Koundalini est la puissance de la Première Effusion sur le chemin du retour, et qu'il travaille en contact étroit avec la Force Primaire mentionnée plus haut, ces deux forces ensemble amenant la créature qui évolue au point où elle peut recevoir l’effusion du Premier Logos et devenir un égo humain.

L'éveil prématuré de Koundalini a des conséquences très désagréables. Il intensifie toutes choses dans la nature humaine, et il stimule les qualités inférieures plus facilement que les bonnes. Dans le corps mental, par exemple, l'ambition est rapidement excitée, et elle se développe d'une manière incroyable. En même temps, on peut observer une grande intensification de l’intellect, mais qui est accompagnée d'un orgueil satanique inconcevable. L'homme ne devrait jamais essayer d'éveiller Koundalini sans être guidé par un instructeur compétent, et si l'éveil se produit par accident, l’homme ferait bien de consulter immédiatement quelque personne expérimentée. Il est dit dans Hathayogapradipika: "Il donne la libération aux Yogis et l’esclavage aux fous".

La conquête de Koundalini doit être répétée à chaque incarnation, puisque les véhicules sont renouvelés à chaque nouvelle naissance, mais après une première victoire complète, il est très facile de recommencer. L'action de Koundalini se manifeste de diverses manières suivant les individus: Certains, par exemple, voient le soi supérieur, tandis que d'autres entendent sa voix. De plus, le rattachement au soi supérieur se fait en plusieurs étapes; pour la personnalité, il signifie l’influence de l'égo, mais pour l’égo il signifie l'influence de la monade; pour la monade enfin, il signifie devenir une expression consciente du Logos.

Pour pouvoir utiliser les pouvoirs du corps mental, [Page 136] il est nécessaire de concentrer la conscience dans ce corps. La conscience de l'homme ne peut être concentrée que dans un seul véhicule à la fois, bien que nous puissions être conscients à travers les autres d'une manière vague en même temps. Ainsi, l'homme qui possède la vue mentale et la vue astrale peut concentrer sa conscience dans le cerveau physique; alors il voit parfaitement les corps physiques de ses amis et perçoit en même temps leurs corps mentaux et astraux obscurément. En un instant il peut changer son centre de conscience, et voir le monde astral parfaitement; alors il voit les corps physiques et mentaux d'une manière quelque peu confuse. Il en est de même de la vue mentale et de la vue des plans supérieurs.

Pour transmettre au cerveau physique ce qui a été vu sur le plan mental, il faut accomplir deux fois de suite la difficile opération du transfert d'un plan au plan inférieur, car la mémoire doit traverser le plan astral intermédiaire. Même quand l'homme est capable d'utiliser les facultés mentales tandis qu'il est éveillé dans son corps physique, il est paralysé dans l'incapacité du langage physique à exprimer ce qu'il voit.

Pour faire descendre la conscience du corps mental dans le cerveau physique, il faut avoir développé la liaison entre les différents corps. Cette liaison existe sans que l'homme en ait conscience, mais elle n'est pas vivifiée: elle est dans un état analogue à celui des organes rudimentaires du corps physique qui seront développés plus tard par l'usage. Cette liaison réunit les corps dense et éthérique au corps astral, et l'astral au mental, et le mental au causal. L'action de la volonté commence à la vivifier, et, dès qu'elle fonctionne, l'homme l'utilise pour transférer la conscience d'un véhicule à l'autre. L'emploi de la volonté pour vivifier cette liaison libère Koundalini, le Feu Serpent.

L'organe de liaison entre le corps physique et le corps astral est le corps pituitaire; entre le corps physique et le corps mental, c'est la glande pinéale. Comme nous l'avons [Page 137] indiqué plus haut, certaines personnes développent d'abord le corps pituitaire, d'autres la glande pinéale, chacun doit suivre la méthode prescrite par son propre gourou, ou instructeur spirituel.

Lorsque l'homme a appris à quitter le corps physique en pleine conscience, comme le développement de la liaison entre les véhicules le lui permet, il a évidemment supprimé la solution de continuité entre la vie physique et le sommeil. Ceci est facilité par l'entraînement du cerveau à répondre, aux vibrations du corps mental; alors le cerveau devient un instrument de plus en plus obéissant à la volonté de l'homme, et il répond à la plus légère impulsion.

Le travail préparatoire pour recevoir dans le véhicule physique les vibrations de la conscience supérieure peut être utilement résumé comme suit: purification des corps inférieurs par une nourriture pure et une vie pure; domination complète des passions; culture d'un esprit et d'un caractère calmes et bien équilibrés, non affectés par les vicissitudes et le tumulte de la vie extérieure; l'habitude de la méditation tranquille (voir chapitres 15 à 17) sur des sujets élevés; la cessation de l'agitation, particulièrement de cette agitation de l'esprit qui maintient le cerveau constamment tendu sur des sujets sans cesse renouvelés; l'amour véritable des choses du monde supérieur, de sorte que l'esprit reste constamment en leur compagnie comme celle d'un ami bien-aimé.

Lorsque l'homme est capable d'utiliser les facultés mentales pendant la conscience de veille ordinaire, il est évidemment capable de recevoir des impressions de toutes sortes du monde mental, de sorte qu'il perçoit toutes les activités des autres hommes aussi bien que leurs mouvements corporels. En apprenant à employer les pouvoirs du corps mental, l'homme ne perd pas l'usage des pouvoirs inférieurs, car ils sont compris dans les supérieurs.

Arrivé à ce stade, l'homme peut considérablement accroître son utilité en créant et dirigeant consciemment [Page 138] des formes-pensées qu'il utilise pour accomplir des travaux en certains endroits qu'il ne peut pas, momentanément, visiter dans son corps mental. Il dirige ces formes-pensées à distance; il surveille leur travail, et elles sont les agents fidèles de sa volonté.

Lorsque l'homme commence son développement occulte, la totalité de son corps mental doit être purifiée et apte au travail organisé. Il est absolument nécessaire qu'il soit capable de créer des formes-pensées claires et fortes; de plus, c'est pour lui une aide très grande s'il est capable de les voir nettement.

Il ne faut pas confondre, en effet, les deux choses: la formation d'une pensée résulte directement de l'action de la volonté agissant à travers le corps mental; la faculté de voir une pensée est celle qui permet de voir par clairvoyance la forme qui vient d'être créée. Lorsqu'un homme pense fortement à un objet, l'image est dans son corps mental, qu'il soit capable de la voir ou non.

 Ainsi, l’étudiant doit continuellement s'efforcer de conserver cette pureté morale et cet équilibre mental élevés, sans lesquels la clairvoyance est une malédiction et non une bénédiction pour son possesseur.

Le développement de la conscience du corps mental transforme la vie de l'homme et sa mémoire en un ensemble continu à travers les incarnations successives.

Lorsque l'homme est capable de fonctionner consciemment dans son corps mental, apprenant à connaître ses pouvoirs et leurs limitations, il apprend évidemment aussi à distinguer entre le véhicule qu'il utilise et lui-même. Au stade suivant, il apprendra à percevoir le caractère illusoire du "moi" personnel, le "moi" du corps mental, et à s'identifier avec l'homme réel, l'individualité où égo qui vit dans le corps causal.

Ce pas franchi, la conscience ayant atteint le niveau de l’égo sur le plan mental supérieur, l'homme acquiert alors la mémoire de ses vies passées.

Mais avant que l'homme puisse briser la barrière qui pour lui sépare le plan astral du plan mental, de sorte [Page 139] qu'il jouisse d'une mémoire continue, il faut qu'il ait pratiqué depuis longtemps l'usage du corps mental comme véhicule séparé. (Par analogie nous voyons que l'égo doit être conscient et actif sur son propre plan pendant longtemps avant que la conscience de cette existence arrive au cerveau physique.)

Le corps mental est incapable de fatigue. Il n'y a rien que l'on puisse appeler la fatigue de l’esprit. Ce que l'on désigne au moyen de cette expression, c'est uniquement la fatigue du cerveau physique à travers lequel l’esprit s'exprime.

Cependant la fatigue purement physique peut avoir une influence sur le corps mental. Ainsi, l’homme qui est très fatigué perd en grande partie le pouvoir de coordination des idées. Toutes les cellules physiques souffrent, et il en résulte dans les autres véhicules (éthérique, astral et mental) la formation d'un grand nombre de petits tourbillons vibrant chacun à sa manière, de sorte que tous les corps perdent leur cohésion et leur puissance de travail. Dans l'état actuel de nos connaissances, le fonctionnement de la mémoire ordinaire est un phénomène que nous ne savons pas analyser. Cependant, il est clair qu'il comporte une vibration du corps mental, plus autre chose que nous ne connaissons pas, et que le corps causal n'est pas en jeu.

Il y a des milliers d'années, certains hommes employaient une cérémonie dans le but d'éveiller les facultés des corps supérieurs. Dans une chambre obscure, l’officiant prononçait le mot "Om" ce qui mettait tous les assistants en harmonie avec lui, tous partageant les sentiments qui remplissaient son esprit. Lorsque l’officiant prononçait le mot "Bhour" la chambre se remplissait, pour leurs sens, de lumière ordinaire. Au son d'un autre mot, la vue astrale était temporairement éveillée chez les assistants; un autre mot éveillait de la même manière la vue mentale. Ces effets étaient temporaires, mais il en résultait une plus grande facilité de les reproduire à l’occasion. [Page 140]

Il est très important pour l'étudiant d'apprendre à distinguer entre l'impulsion et l'intuition. Comme toutes deux arrivent au cerveau, de l'intérieur, elles semblent identiques au premier abord; c'est pourquoi il faut beaucoup d'attention pour les séparer. Quand les circonstances le permettent, il est sage d'attendre avant d'agir, car les impulsions vont habituellement en s'affaiblissant, tandis que les intuitions ne sont pas affectées par le temps. Une impulsion est généralement accompagnée d'excitation, et il s'y rattache quelque chose de personnel; une véritable intuition, même si elle est très forte, est accompagnée d'une sensation de calme puissance. L'impulsion provient du corps astral. L'intuition est un fragment de connaissance transmis par l'égo à la personnalité; elle provient donc du plan mental supérieur, et même quelquefois du plan bouddhique.

Pour pouvoir distinguer entre l'impulsion et l'intuition avant d'avoir parfaitement équilibré le caractère, il est nécessaire de se livrer à un examen tranquille, et il est essentiel d'attendre, comme nous venons de le dire. Le calme et la sérénité permettent au mental inférieur d'entendre plus clairement la voix de l'intuition et de mieux sentir sa puissance. Ainsi, l'intuition ne perd rien, au contraire, elle gagne du fait de l'attente sereine.

De plus, l'intuition est toujours en rapport avec quelque chose d'altruiste. S'il y a quelque trait d'égoïsme dans l'impulsion qui provient d'un plan supérieur, nous pouvons être sûrs qu'il s'agit d'une impulsion astrale, et non d'une véritable intuition bouddhique.

 L'intuition, qui ressemble quelque peu à la vision directe sur le plan physique prend éventuellement la place de la raison que l'on peut comparer au sens du toucher. L'intuition naît du raisonnement de la manière que la vue naît du sens du toucher, par évolution progressive, sans changement de nature.

Mais l'intuition de l'être inintelligent est impulsion, née du désir; elle est inférieure au raisonnement. [Page 141]

CHAPITRE - 15 -

LA CONCENTRATION

Il résulte des considérations qui précèdent au sujet du mécanisme et du pouvoir de la pensée, que le contrôle du mental est d'une importance généralement insoupçonnée, à la fois pour l'homme lui-même et pour les autres.

Le contrôle de la pensée est une condition préliminaire essentielle pour le développement des pouvoirs de l'âme.

Dans La Voix du Silence, il est écrit: "Le mental est le destructeur du réel; que le disciple détruise le destructeur". Ceci ne veut pas dire, bien entendu, que le mental doive être détruit, car il est indispensable à l'homme, mais qu'il doit être dominé et maîtrisé; il n'est pas l'homme lui-même, mais un instrument au service de l'homme.

L'étudiant doit apporter le plus grand soin dans le choix des pensées et des émotions qu'il se permet d'entretenir. L'homme ordinaire pense rarement à essayer de dompter une émotion, sauf peut-être dans sa manifestation extérieure; quand il la sent surgir en lui, il s'y abandonne, et il trouve naturel de faire ainsi. L'étudiant de l'occultisme doit adopter une attitude toute différente: au lieu de permettre à ses émotions de l'entraîner dans leur course, il faut qu'il les contrôle parfaitement, et ceci est réalisé grâce au développement et au contrôle du corps mental. L'un des premiers pas vers ce but est la réalisation du fait que le mental n'est pas l'homme lui-même, mais un instrument dont il doit apprendre l'emploi.

L'étudiant a donc devant lui le double travail de maîtrise de ses émotions et de son mental; il faut qu'il sache exactement à quoi il pense et pourquoi, de sorte qu'il [Page 142] puisse à chaque instant disposer de son mental comme il l'entend, de même qu'un escrimeur exercé dirige son arme où il veut et la tient aussi fermement qu'il est nécessaire. En d'autres termes, il faut que l'étudiant acquière le pouvoir de concentration qui est le préliminaire nécessaire à tout travail mental.

Il faut qu'il apprenne à penser intensément et avec suite, sans permettre à son esprit de courir d'un sujet à l'autre, ni laisser son énergie s'effriter sur un grand nombre de pensées insignifiantes.

La plupart des gens s'aperçoivent que toutes sortes de pensées errantes traversent leur conscience sans avoir été invitées, et comme ils n'ont aucun entraînement au contrôle du mental, ils sont impuissants à endiguer ce torrent de pensées. Ces gens ne savent pas ce qu'est la véritable concentration de la pensée; et c'est ce manque absolu de concentration, cette faiblesse d'esprit et de volonté qui rendent si pénibles les premiers pas sur le chemin du développement occulte. De plus, comme dans l'état de choses actuel, il flotte dans, l'atmosphère un plus grand nombre de mauvaises pensées que de bonnes, cette faiblesse mentale voue l'homme à toutes sortes de tentations qui auraient pu être évitées avec un peu de soin et d'efforts.

Si l'on considère le côté forme, se concentrer, c'est maintenir le corps mental moulé sur une image stable; si l'on considère le côté vie, c'est diriger fermement son attention sur cette forme pour la reproduire en soi-même. C'est la force de la volonté qui contraint l'esprit à conserver la même forme, à rester moulé sur la même image en restant insensible à toutes les influences extérieures.

Plus brièvement, la concentration consiste à centrer l'esprit sur une idée et à l'y maintenir.

Encore plus simplement, se concentrer, c'est faire attention. Si l'homme fait attention à ce qu'il est en train de faire, alors son esprit est concentré.

Le chakra de la gorge, qui est en rapport avec les [Page 143] formes supérieures d'audition, est aussi étroitement en rapport avec la faculté d'attention à laquelle tous les systèmes occultes attachent une très grande importance. C'est pourquoi dans l'école de Pythagore, par exemple, les élèves devaient rester pendant quelques années dans la section des "Akoustikoï" ou Auditeurs, et il leur était formellement défendu de se lancer sur le terrain périlleux de la création avant qu'ils aient parfaitement assimilé les principes de la philosophie. C'est pour des raisons analogues que dans les Mystères de Mithra la classe inférieure était celle des pies, ainsi appelée parce que ses membres n'étaient autorisés qu'à répéter ce qu'ils avaient entendu, comme les pies ou les perroquets. Le Franc-Maçon reconnaîtra facilement la correspondance des catégories précédentes avec les Degrés de E. A. dans son système.

Lorsqu'un homme appelle à son aide une classe particulière d'intelligences non-humaines du monde subtil au moyen du s... du E. A., il faut que l'opération soit faite tout à fait correctement et en lieu propre. Si l'homme opère négligemment et sans penser à ce qu'il fait, il peut alors s'abandonner à des influences dont il n'a pas conscience et auxquelles il n'est pas préparé. Lorsque l'homme emploie de telles formes de "magie", il faut qu'il soit sur ses gardes, sans quoi il ouvre la porte à des influences désagréables.

L'étudiant fera bien de penser aux contractions musculaires qui accompagnent souvent la concentration mentale, par exemple le froncement des sourcils. Une telle tension n'a pas seulement pour effet de fatiguer le corps; elle est aussi un obstacle aux flux des forces spirituelles. Par suite, l'étudiant fera bien, périodiquement pendant sa méditation, et aussi pendant la vie journalière, de porter son attention sur son corps et de le " relâcher" délibérément. Un instant de relâchement complet suffit à procurer à l'organisme tout entier un repos appréciable.

Les personnes douées d'une nature forte ont particulièrement besoin de porter leurs efforts sur le relâchement, [Page 144] et il leur est souvent utile de pratiquer certains exercices dans le but d'acquérir l'habitude de se relâcher parfaitement. Bien des livres traitent ce sujet; l'un des meilleurs est Power through repose, par Annie Payson Call.

La concentration n'est pas le résultat d'un effort physique; dès que l'esprit se tourne vers une pensée, il est concentré sur elle. Il ne s'agit pas non plus de maintenir de force l'esprit sur une certaine pensée, mais de laisser l'esprit sur cette pensée dans une parfaite quiétude. L'étudiant ne doit pas oublier que le siège de la pensée n'est pas dans le cerveau, mais dans le corps mental. Par suite, la concentration concerne le corps mental beaucoup plus que le cerveau physique.

La concentration n'est pas un état passif; au contraire, c'est un état d'activité intense et bien réglée. On peut lui comparer dans le monde physique le fait de rassembler ses membres pour le salut, ou de tendre ses muscles en vue d'un gros effort.

 Il est très important pour le commençant de ne pas dépasser cinq ou dix minutes d'attention soutenue, car un effort plus long pourrait fatiguer le cerveau. Cette durée sera allongée très progressivement jusqu'à quinze, vingt ou trente minutes.

Il ne faut pas pousser la concentration ou la méditation jusqu'à percevoir une sensation d'obscurité ou de lourdeur dans le cerveau, car ces symptômes sont les signaux avertisseurs du danger que l'homme court en faisant dans la matière des divers corps des changements trop rapides pour la conservation de sa santé.

Beaucoup de gens trouvent qu'il est plus difficile de maîtriser la pensée que de maîtriser l'émotion; c'est sans doute parce qu'ils ont été élevés dans l'idée que l'on ne doit pas permettre aux émotions de s'exprimer librement, tandis qu'ils ont toujours permis à leurs pensées de défiler suivant la fantaisie de l'imagination.

Lorsque l'homme commence à essayer de maîtriser son esprit, il se trouve aux prises avec les vieilles habitudes [Page 145] de son corps mental. De même que la conscience collective de son corps astral forme ce que l'on appelle l'élémental du désir (voir Le Corps astral, chapitre 8), il y a un élémental mental dans le corps mental de l'homme. Cet élémental mental a pris l'habitude de suivre son propre chemin et de passer d'un sujet à l'autre à sa fantaisie.

La lutte contre l'élémental mental est quelque peu différente de celle que l'homme a engagée contre l'élémental du désir. L'élémental mental étant en arrière d'une étape dans l'évolution sur l'élémental du désir, est moins intéressé par les choses matérielles; il est donc plus actif que l'élémental du désir, on pourrait dire plus agité, mais moins puissant et moins précis.

Il est donc par nature plus facile à maîtriser, mais moins apte à être commandé, de sorte qu'il faut pour maîtriser une pensée dépenser moins de force que pour maîtriser un désir, mais il faut appliquer, cette force pendant plus longtemps.

En outre, l'esprit est sur son propre terrain lorsqu'il opère sur le plan mental, et il se sert de sa propre matière, de sorte qu'il n'y a pour lui qu'une simple question d'entraînement pour apprendre à commander parfaitement à l'élémental mental. Au contraire, lorsque nous essayons de dominer l'élémental du désir, nous faisons descendre l'esprit dans un monde qui lui est étranger.

L'importance des considérations ci-dessus est si grande que nous allons les récapituler brièvement. Le contrôle du mental est en lui-même une chose plus facile que le contrôle des émotions. Mais en général, nous avons derrière nous un certain entraînement au contrôle des émotions, et rien du tout en ce qui concerne l'esprit. C'est pourquoi l'exercice mental nous semble si difficile. Cependant, les deux buts ci-dessus constituent une tâche beaucoup plus facile que la maîtrise parfaite du corps physique. Mais nous nous exerçons à cette maîtrise depuis un grand nombre de vies bien que nous n'ayons pas encore obtenu un succès complet. Tout ceci est très encourageant [Page 146] pour l'étudiant. Celui qui comprend parfaitement ces choses doit sentir vivement la vérité de cette remarque de La Voix du Silence d'après laquelle notre terre est le seul enfer véritable que l'occultiste connaisse.

Que l'étudiant considère la difficulté qu'il y a, à guérir un mal de dents; par exemple, par le pouvoir de la pensée (cela même peut être fait dans certaines conditions); il est évidemment beaucoup plus facile de vaincre par le pouvoir de la pensée la dépression, la colère, la jalousie ou toute autre émotion pénible, et encore plus facile de détourner la pensée d'un sujet désagréable ou inutile et de la diriger vers quelque chose de bien, ou même d'arrêter l’activité mentale.

Nous allons maintenant étudier en détail les obstacles à la concentration. Ils peuvent être rangés en deux groupes principaux: Le premier est en rapport avec Kama; le second est en rapport avec la nature de la matière mentale elle-même.

La difficulté du contrôle du mental fut admirablement décrite il y a 5.000 ans par Arjouna dans son immortel dialogue avec Shri Krishna (voir Bhagavad Gîtâ, VI, 34, 35)

"Ce Yoga que Tu nommes équilibre, ô destructeur de Madhu, je ne vois aucune fondation stable pour elle, à cause de l'agitation incessante; car le mental est très agité, ô Krishna. Il est impétueux, puissant et difficile à courber. Je le crois aussi difficile à courber que le vent".

Et voici la réponse vraie, celle qui montre le seul chemin qui mène au succès.

 "Il est vrai, ô homme puissamment armé, que le mental est difficile à courber; mais il peut l'être par la continuité de l'effort (abhyasa) et par l'indifférence (vairagya)".

Nous allons étudier les deux obstacles et les remèdes soulignés ci-dessus dans l'ordre inverse

1) L 'INDIFFERENCE

Il est clair que ceci se rapporte [Page 147] au pouvoir de Kama, ou désir, qui influence le mental et peut même le dominer. Au chapitre 6, nous avons étudié en détail la relation qui existe entre Kama et Manas, et nous avons vu comment le désir sans cesse agit sur l'esprit et s'efforce d'en faire le ministre des plaisirs. L'esprit est ainsi poussé à rechercher ce qui procure le plaisir et à éviter ce qui cause la douleur. C'est donc seulement en courbant ou maîtrisant les émotions qu'on peut les empêcher d'entraîner l'esprit loin de la tâche qu'il s'est imposée lui-même.

Il est bon que l'étudiant pense qu'il est indigne d'un être raisonnable d'être la proie d'un chaos d'émotions méprisables, et qu'il est absolument inconcevable que l'homme, étincelle Divine, se laisse dominer par l’élémental du désir, qui n'est même pas encore un minéral.

Nous voyons deux chemins principaux qui permettent d'acquérir l'indifférence et l'utiliser comme moyen de concentration. Nous les appellerons: a) La méthode philosophique; b) La méthode dévotionelle.

a) La méthode philosophique. - Elle consiste à modifier et raffermir l'attitude de l'homme envers toutes choses qui normalement l'attirent et l'asservissent, de telle façon que Kama ou désir soit complètement maîtrisé. L'homme devient alors indifférent à toutes choses, qu'elles soient extérieures, ou qu'elles lui soient présentées intérieurement par l'esprit. Cette méthode, d'après les observations de l'auteur, semble difficile aux personnes de tempérament Occidental, pour qui elle crée souvent plus de perplexités nouvelles qu'elle n'en résout; cependant, elle ne semble pas présenter de grosses difficulté pour les personnes de tempérament Oriental (cette classification des tempéraments n'est pas précise, mais elle est très commode).

 Pour exposer cette méthode complètement, il faudrait écrire un traité de philosophie. Nous nous bornerons à donner en quelques mots une idée de la méthode.

La philosophie du système est décrite dans les discours 5 et 6 de la Bhagavad Gîta qui sont appelés respectivement [Page 148] le Yoga de la Renonciation à l’Action et le Yoga de la Domination du Soi.

Dans ce système, l'homme "cesse de haïr et de désirer; … il est libéré des paires d'opposés ; … il perçoit que les sens se meuvent parmi les objets de sensation; ... il place toutes les actions dans l’Éternel, abandonnant l'attachement; ... il renonce mentalement à toutes les actions ; il a le même respect pour un Brahmane élevé , par sa culture et son humilité, et pour une vache, un éléphant, ou même un chien et un paria; … il ne se réjouit jamais d'obtenir ce qui est agréable ni ne s'attriste d'obtenir ce qui est pénible; ... il est détaché des contacts extérieurs et trouve sa joie dans le Soi; ... il est capable d'endurer … la force née du désir et de la passion......... harmonisé … heureux … appliqué au bien-être de toutes les créatures … libéré du désir et de la passion".

"Il fait son devoir indépendamment du fruit de l'action … il a renoncé à la volonté qui agit sur les formes … équilibré et paisible, toujours le même dans la chaleur, le froid, le plaisir, la peine, aussi bien que dans l'honneur ou le déshonneur; ... il considère impartialement ceux qui aiment, les amis et les ennemis, les étrangers, les neutres, la famille, et aussi le juste et l’injuste; … il est libéré de l'espoir et de la convoitise; … il a cessé de souhaiter les choses désirables; ... il est comme une lampe à l'abri des vents; … il n'est pas ébranlé même par une grande peine; … il abandonne sans réserve tous les désirs nés de l'imagination; … peu à peu, il acquiert la tranquillité … car son esprit habite le Soi; … il voit le Soi résider dans tous les êtres, tous les êtres dans le Soi; … il est … l'harmonie parfaite".

Ce qui précède constitue une simple esquisse de ce que nous avons appelé la méthode philosophique. Cette méthode peut, et en fait doit être modifiée et adaptée dans de larges limites suivant les individus et leurs tempéraments particuliers.

Mais comme nous l'avons dit, la méthode philosophique est pour beaucoup de gens un sentier dur et semé de [Page 149] perplexité; comme "le dharma d’un autre est plein de danger", que ces gens suivent la seconde méthode, moins énergique.

b) La méthode dévotionelle. – Dans cette méthode, au lieu de s’efforcer d’éliminer Kama, c’est-à-dire le désir ou l’attachement, l’étudiant emploie la force de Kama elle-même pour fixer le mental. Ceci est par excellence la méthode du dévot qui cultive Kama dans sa forme la plus élevée, à un degré tel que tous les autres attachements deviennent relativement insignifiants, et par suite impuissants à distraire son attention.

Celui qui a un tempérament dévotionnel peut atteindre son but en fixant son esprit sur un objet aimé ou une image, et c’est le plaisir même qu’il éprouve à contempler cette image qui l’aide à tenir l’esprit fixé sur elle; même si l’esprit est entraîné de force loin de cette image, il y revient sans cesse. De cette manière, le dévot atteint un degré de concentration très élevé.

Tandis que le dévot utilise l’élément d’attraction vers une personne, un homme à l’esprit plus philosophique peut employer comme image attractive quelque idée profonde ou même un problème; car pour lui, l’intérêt intellectuel, le profond désir de connaître fournissent la force d’attraction qui fixe l’esprit.

Nous plaçant à ce point de vue, nous pouvons donner de la concentration la définition suivante: l’exercice mental appelé concentration consiste à dominer le mental, à le dominer par un état d’âme qui lui est imposé par la volonté, de façon que tout le processus mental soit dirigé vers le but que vous avez choisi.

Pour ceux qui ne sont pas précisément dévotionnels, la méthode ci-dessus peut être considérablement modifiée; et c’est cette méthode modifiée qui est probablement la plus facile pour la majorité des gens, car elle est souvent employée dans la vie ordinaire. Elle consiste à s’intéresser et à s’absorber tant dans le sujet choisi que toutes les autres pensées sont ipso facto exclues du mental. Le mental doit être si absorbé qu’il en résulte [Page 150] un état de concentration très intense. L'étudiant doit apprendre à réaliser cet état à volonté, et il y réussira d'autant mieux qu'il aura davantage cultivé la faculté d'observer les choses extérieures avec attention.

 Qu'il prenne un objet, l’examine et l'étudie minutieusement à un grand nombre de points de vue. Aucun objet n'est absolument dépourvu d'intérêt; si l'un d'eux semble l'être, c'est à cause de notre manque d'attention ou de faculté de perception qui nous empêche d'apprécier sa beauté.

Il faut acquérir un certain degré de maîtrise dans l'exercice élémentaire ci-dessus pour pouvoir efficacement visualiser, c'est-à-dire reproduire mentalement un objet avec ses détails exacts sans qu'il soit visible aux yeux. La visualisation correcte est une faculté nécessaire pour certains travaux occultes, par exemple ceux qui se rapportent aux cérémonies.

Si l'on choisit au lieu d'un objet concret une idée, par exemple une vertu, elle doit éveiller l'enthousiasme et la dévotion chez l'étudiant et, dans ce cas, la concentration est principalement celle des sentiments et moins visiblement celle du mental. Il est plus facile d'avoir l'unité dans les sentiments que dans la pensée, car la pensée est beaucoup plus subtile et active; mais si l'on obtient la concentration des sentiments, le mental suit dans une certaine mesure.

Dans la pratique de la concentration ainsi que de la méditation, il se peut que le débutant ait l’attention fréquemment détournée par une foule de petits désirs non satisfaits et de problèmes non résolus. Pour vaincre ces obstacles, il est inutile d'essayer de les supprimer. Il vaut mieux leur accorder l'attention qui leur est due, choisir une heure pour cela, et résoudre les questions en suspens. Un esprit qui ne peut pas dominer la vacillation résultant des problèmes non résolus ne saurait réussir dans la concentration.

Il faut que l'étudiant arbitre lui-même les problèmes qui se présentent à lui, s'en tienne à ses propres décisions, [Page 151] et ensuite refuse de revenir maintes et maintes fois sur la même question. La faculté de réaliser cela croît avec l’exercice et avec l'habitude de mettre ses décisions en pratique.

2) LA CONTINUITÉ DE L'EFFORT

Il s'agit là de dominer l'agitation qui est une propriété de la matière et de l’essence élémentales. En fait, l'essence élémentale mentale est en grande partie responsable de nos pensées errantes, parce qu'elle court sans cesse d'un sujet à l'autre.

Mais comme la matière mentale est soumise aux lois de l’habitude comme toute matière, il est possible de lui faire acquérir, par un exercice continu, la qualité opposée à l’agitation, et d'en faire le serviteur obéissant de l'homme réel, du Penseur.

Le meilleur moyen et le plus rapide pour dominer les écarts du mental est certainement l'emploi de la volonté. Quelle que soit la méthode choisie, il faut toujours employer la volonté dans une certaine mesure. Il y a des gens qui se reposent uniquement sur la force de la volonté (et il n'y a aucune limite au développement de la volonté), tandis que d'autres préfèrent assister leur force de volonté par la philosophie, la dévotion, ou tout autre moyen dont ils ont découvert eux-mêmes l'efficacité.

Il est possible de former une coque autour de soi pour exclure les pensées extérieures; mais l’usage permanent de cette méthode n'est pas recommandé, car les coques ne sont en somme que des béquilles pour les infirmes.

Si l'on emploie une telle coque, il ne faut pas oublier qu'elle n'empêche pas les pensées errantes de naître dans le propre mental de l'homme; mais elle arrête le flot des pensées abandonnées dans l’ambiance par les autres personnes.

Il est bon de n'employer que la matière mentale inférieure pour construire une coque, sans quoi les bonnes pensées seraient exclues et les pensées que l'homme lui-même dirige vers son Maître seraient arrêtées. [Page 152]

Dans la Franc-Maçonnerie, le processus correspondant est celui de Couvrir la Loge, qui est employé sur le plan correspondant au Degré dont il s'agit.

Le pouvoir de concentration peut, et doit être acquis dans la vie ordinaire. Quoi que nous fassions, nous devrions centrer notre attention sur notre travail, et le faire avec toutes nos facultés, aussi bien que possible. Si nous écrivons une lettre, par exemple, il faut le faire avec soin, et il faut éviter que par négligence dans les détails nous en fassions une chose insignifiante. Un livre doit être lu avec toute notre attention, et un effort sérieux pour comprendre la pensée de l'auteur. Qu'aucun jour ne s'écoule sans un exercice mental défini. Car c'est uniquement par l'exercice que nous acquérons de la force; l'inaction signifie toujours faiblesse et éventuellement atrophie.

Il est souhaitable que l'étudiant réalise parfaitement le mécanisme du souci et la manière de l'éliminer. Le travail ou l'exercice quand il n'est pas excessif, ne fait aucun mal à l'appareil mental; au contraire, il le fortifie. Mais le processus mental du souci blesse le mental, et il en résulte au bout d'un certain temps l'épuisement et l’irritabilité qui rendent tout travail mental soutenu impossible.

Le souci est la répétition de la même suite de pensées, continuellement, avec des modifications insignifiantes, sans aboutir à un résultat, et même souvent sans poursuivre un but défini. C'est la reproduction continue de formes-pensées créées par le corps mental et le cerveau, mais non par la conscience, et imposées par eux à la conscience.

Le Penseur qui n'a pas résolu son problème, n'est pas satisfait; la crainte, l'appréhension le maintiennent dans un état anxieux et agité. Sous cette influence, qui n'est pas dirigée par le Penseur, le corps mental et le cerveau continuent à projeter les images qui viennent d'être formées et rejetées. Dans le souci, le Penseur est l’esclave au lieu d'être le maître de ses corps. [Page 153]

Le souci étant dû en majeure partie à l'automatisme, cette propriété même de la matière peut être utilisée pour dominer le souci. Le meilleur moyen de débarrasser du "canal du souci" est peut-être, d'en creuser un autre dans la direction opposée. Ceci peut être réalisé en méditant sur une pensée telle que la suivante: "Le Soi est Paix; je suis le Soi. Le Soi est Force; je suis le Soi". A mesure que le méditant nourrit cette pensée, la Paix qu'il contemple naît en lui, et il est bientôt rempli de la Force qu'il a imaginée dans son esprit. Nous ne formulons pas d'une manière précise les idées utiles à la méditation, car cela doit être fait par chaque individu lui-même.

Il faut non seulement que l'étudiant apprenne à penser, mais aussi qu'il apprenne à cesser de penser à volonté. Lorsque le travail de la pensée est terminé, il faut l'arrêter complètement et ne pas tolérer une activité flottante qui tantôt effleure la conscience, tantôt s'en éloigne, comme un bateau ballotté par les vagues heurte de temps en temps les rochers. L'homme ne laisse pas tourner ses machines lorsqu'elles ont fini de travailler, pour ne pas les user inutilement. Il devrait en être de même pour la machine mentale, dont la valeur est immense, et qu'il ne faut pas laisser tourner sans but, l'usant sans résultat utile. De même que les membres fatigués croissent dans le repos complet, l'esprit prend des forces quand on lui permet de se reposer parfaitement.

Lorsque l'étudiant a fini son travail de pensée, il faut qu'il cesse de penser, et si d'autres pensées apparaissent qu'il en détourne son attention.

Une autre méthode, que l'auteur emploie avec succès, consiste moins à détourner son attention (ce qui est un acte positif) qu'à ne pas s'intéresser aux pensées qui surgissent. Laissez venir les pensées comme elles veulent, mais restez complètement indifférents. Au bout d'un temps très court, aucune vie nouvelle ne leur étant infusée, elles cessent d'apparaître et l'homme jouit d'un calme parfait, entièrement libéré de toute espèce de pensée, [Page 154] ce qui est extrêmement reposant pour les corps astral et mental.

(Cette méthode peut aussi être utilisée pour guérir l'insomnie; l’auteur l’a trouvée très efficace dans un grand nombre de circonstance.)

La cessation de la pensée est un préliminaire indispensable au travail sur les plans supérieurs. Quand le cerveau a appris la tranquillité, alors s'ouvre devant la conscience la possibilité de quitter le vêtement physique.

L'étudiant doit être maintenant en mesure de comprendre la signification profonde de l’aphorisme de Patanjali d'après qui, pour pratiquer le Yoga, l'homme doit arrêter "les modifications du principe pensant". L’oeuvre à accomplir est l'acquisition d'un tel contrôle sur le corps mental ou "principe pensant" qu'il ne peut pas être modifié sans le consentement donné délibérément, de l'homme lui-même, le Penseur.

Le terme employé par Patanjali pour définir le Yoga est "chitta vritti-nirodha" qui signifie contrainte (nirodha) des tourbillons (vritti) du mental (chitta).

Il faut que l'homme devienne capable de se servir de son mental, puis de le laisser comme un outil; quand il en est arrivé là, alors s'ouvre devant lui la possibilité de se retirer du corps mental lui-même.

 Le Yoga est donc l'inhibition de toutes les vibrations et toutes les modifications propres du corps mental. Dans le corps mental d'un Maître, il n'y a pas d'autre changement de couleur que ceux qui ont une cause intérieure. La couleur de Son corps mental est comme "le clair de lune sur l'Océan" Dans cette blancheur résident toutes les possibilités de colorations, mais rien dans le monde extérieur n'est capable de produire la plus petite variation de nuance dans cette radiation persistante. Son corps mental est simplement une enveloppe extérieure qu'Il utilise lorsqu'Il a besoin de communiquer avec le monde inférieur.

Un des résultats de la concentration est que le Connaissant, tandis qu'il contemple avec son esprit concentré, [Page 155] une seule image à la fois, obtient une bien plus grande connaissance de l’objet qu'au moyen de n'importe quelle espèce de description verbale. L'esquisse grossière que crée la description faite en paroles est complétée petit à petit à mesure que l’image se forme dans le corps mental, et la conscience vient progressivement en contact avec la chose décrite.

Pour plus de détails sur la théorie et la pratique de la concentration et du pouvoir de la pensée, l’étudiant est prié de se référer à Le Pouvoir de la Pensée, sa maîtrise et sa culture, par Annie Besant, et à l’admirable manuel pratique sur la concentration de M. Ernest Wood, La Concentration. [Page 156]

CHAPITRE - 16 -

LA MÉDITATION

La concentration ne constitue pas une fin par elle-même, mais un moyen en vue d'une fin. La concentration façonne l'esprit en un instrument qui peut être utilisé à la volonté de son possesseur. Lorsque l'esprit concentré est fermement dirigé vers un objet, dans l’intention de percer le voile et d'atteindre la vie, puis d'unir cette vie avec la vie à laquelle l'esprit appartient, tout cela est méditation. La concentration est la formation de l'organe; la méditation est son usage.

Comme nous l'avons vu, concentration signifie fixation de l'esprit sur un seul point, sans aucun écart, et sans subir l'influence des distractions d'origine extérieure, ni celle de l'activité des sens ou de l'esprit lui-même. Il faut que l'esprit soit amené à un état de fermeté et de fixité inébranlables, jusqu'à ce qu'il ait appris à retirer son attention du monde extérieur et du corps à un tel point que les sens restent parfaitement tranquilles, tandis que l'esprit animé d'une vie intense, toutes ses énergies tournées vers l'intérieur, s'élance vers un seul point de pensée, le plus haut qu'il puisse atteindre. Quand il est capable de se dresser ainsi avec une certaine facilité, alors il est prêt pour un nouveau progrès. Au moyen d'un effort puissant mais calme de la volonté, il peut s'élancer au delà de la plus haute pensée qu'il puisse atteindre, tandis qu'il travaille dans le cerveau physique, et dans cet effort il s'élève jusqu'à la conscience supérieure et s'unit avec elle; il est alors libéré du corps physique.

Ainsi, toute personne qui est capable de faire attention, de penser fermement sur un sujet donné pendant quelque [Page 157] temps sans laisser l'esprit errer, est prête pour commencer la méditation.

Nous pouvons définir la méditation comme l'attention soutenue de l'esprit concentré sur un objet de dévotion, sur un problème qui nécessite l'illumination pour être intelligible, sur toute chose, enfin, dont la vie doit être comprise et assimilée, plutôt que la forme. C'est la manière d'envisager un sujet ou de le tourner dans l'esprit pour en apercevoir les différents aspects.

Une autre définition de la méditation est la suivante: c'est l’effort pour amener à la conscience de veille (l’esprit dans son activité normale) un fragment de la compréhension de la conscience supérieure, pour créer par le pouvoir de l’aspiration un canal à travers lequel l’influence du principe divin ou spirituel - l’homme véritable - peut irradier la personnalité inférieure. C'est l'élan de l’esprit et des émotions vers un idéal, et l’ouverture des portes de la conscience inférieure emprisonnée à l'influence de cet idéal. La méditation, disait H. P. Blavatsky, "est l’inexpressible aspiration de l’homme intérieur vers l'infini". Saint Alphonse de Ligori disait : "c'est le foyer béni où les âmes sont enflammées de l'amour divin".

L'idéal choisi peut être abstrait comme une vertu; il peut être la Divinité dans l’homme; il peut être personnifié par un Maître ou instructeur Divin. Mais dans tous les cas, il est essentiellement une élévation de l'âme vers sa source divine, le désir du soi individuel de s'unir au Soi Universel.

La méditation est à la vie spirituelle ce que la nourriture est à la vie physique. L'homme qui médite est toujours celui dont l'influence est la plus grande dans le monde. Lord Rosebery, parlant de Cromwel, le décrivait comme un "mystique pratique", et il déclarait qu'un mystique pratique était la plus grande force du monde. La concentration de l'intellect, le pouvoir de se retirer du tumulte extérieur, tout cela signifie puissance de travail considérablement accrue, plus de fermeté, de maîtrise [Page 158] de soi et de sérénité. L'homme qui médite est celui, qui ne perd pas de temps, ne gaspille aucune énergie, ne manque aucune opportunité. Un tel homme commande aux événements parce qu'en lui se trouve le pouvoir dont les événements sont l'expression extérieure. Il partage la vie divine et, par suite, partage le pouvoir divin.

Comme nous l'avons dit plus haut, lorsque le mental est moulé sur une seule image, et que le Connaissant la contemple avec persistance, il obtient de l'objet une connaissance bien plus grande qu'au moyen d'aucune description verbale. Pendant la concentration, l'image est formée dans le corps mental; la concentration sur l'esquisse provenant, par exemple, d'une description verbale, y ajoute progressivement les détails, et la conscience vient petit à petit en contact avec la chose décrite.

Toutes les religions recommandent la méditation, et toutes les écoles de philosophie en reconnaissent l'utilité. De même qu'un homme fait des exercices déterminés pour développer ses muscles, l'étudiant de l'occultisme qui veut développer ses corps astral et mental fait des exercices appropriés.

II y a évidemment bien des sortes de méditation, de même qu'il y a de nombreux types d'hommes. Il est clair qu'une seule méthode de méditation ne pourrait pas produire des résultats également bons chez tous les individus. Chaque personne doit trouver pour elle-même le type de méditation qui lui convient le mieux.

La méditation a de nombreux objets; les principaux sont les suivants :

1) Il en résulte qu’au moins une fois par jour l’homme pense à des choses saintes et élevées, et que ses pensées se retirent des mesquineries de la vie journalière, de ses frivolités et de ses soucis.

2) Elle habitue l’homme à penser à ces choses, de sorte qu’au bout d’un certain temps, elles forment un fond auquel l’esprit retourne avec plaisir quand il est libéré des exigences immédiates de la vie journalière. [Page 159]

3) Elle sert de gymnastique astrale et mentale, pour conserver ces corps supérieurs en bonne santé et pour que le courant de la vie divine continue à les traverser. C'est pourquoi la régularité des exercices est d'une importance capitale.

4) Elle peut être utilisée pour développer le caractère, pour y construire les diverses qualités de vertus.

5) Elle élève la conscience aux niveaux supérieurs, et la conscience commence à englober les choses supérieures et subtiles; grâce à la méditation, l'homme peut s'élever jusqu'à la présence du Divin.

6) Elle ouvre la nature aux bénédictions des plans supérieurs.

7) C'est le premier pas sur le chemin qui conduit au développement supérieur et à la connaissance, à la clairvoyance et, éventuellement, à la vie supérieure, au delà du monde physique.

 La méditation est la méthode la plus rapide et la plus sûre pour développer la conscience supérieure. Il est absolument certain que l'homme, au cours des temps, en méditant, par exemple, sur le Logos ou sur le Maître, peut s'élever jusqu'au niveau astral, puis, jusqu'au niveau mental. Mais nul ne peut dire combien de temps il faut, car cela dépend du passé de l'étudiant et des efforts qu'il fait.

L'homme profondément occupé à l'étude des choses supérieures s'élève au-dessus de lui-même et crée une puissante forme-pensée dans le monde mental, qui est immédiatement utilisée comme un canal par l'énergie potentielle du monde supérieur.

Lorsque plusieurs personnes se réunissent pour créer des pensées de cette nature; le canal qu'elles font est extraordinairement plus large que la somme des canaux individuels. Une telle assemblée est une inestimable bénédiction pour la communauté dans laquelle elle travaille.

Grâce à leurs études intellectuelles, ces personnes peuvent [Page 160] être la cause dans le monde mental inférieur d'une effusion de force appartenant au monde mental supérieur.

Si leurs pensées sont d'ordre éthique, et traitent du développement de l'âme dans ses divers aspects, elles peuvent former un canal d'essence supérieure à travers lequel la force du monde bouddhique descend dans le monde mental.

Ces personnes sont donc susceptibles de faire bénéficier des influences supérieures à bien des gens qui sont insensibles à ces forces tant qu'elles restent au niveau où elles ont leur origine.

Et ceci est la plus noble fonction d'une organisation telle qu'une Loge de la Société Théosophique, - fournir un canal pour la distribution de la Vie Divine. Car chaque Loge de la Société Théosophique attire l'attention des Maîtres de la Sagesse et de Leurs élèves. Par suite, les pensées des membres de la Loge, lorsqu'ils étudient, discutent, etc. peuvent être utilisées par les Maîtres pour la diffusion d'une force très supérieure à celle que les membres eux-mêmes sont capables de mettre en jeu.

Il est intéressant pour les membres de la Société Théosophique de se souvenir de cette affirmation d' Annie Besant: lorsqu'une personne est reçue dans la Société, nous a dit un Maître, elle est reliée à Eux par un minuscule cordon de vie. Ce cordon de vie constitue un lien magnétique avec le Maître, et l'étudiant peut, par un effort soutenu, par la dévotion et le service altruiste, fortifier et élargir ce lien jusqu'à ce qu'il devienne une ligne de lumière vivante.

Il est possible de faire descendre une bénédiction d'un niveau encore plus élevé. La Vie et la Lumière de la Déité pénètrent la totalité de Son système, et la force correspondant à chaque plan est strictement limitée à ce plan. Mais si un canal spécial lui est préparé, elle peut descendre à un niveau inférieur et l'illuminer.

Un tel canal est toujours construit lorsqu'une pensée ou un sentiment ont un aspect entièrement altruiste. [Page 161] Le sentiment égoïste se meut sur une courbe fermée, et rapporte sa propre réponse à son propre niveau. Au contraire, une émotion absolument altruiste est une effusion d'énergie qui ne revient pas, mais qui, dans son mouvement ascendant, fournit un canal pour la descente de la Puissance divine du niveau immédiatement supérieur. Là est la réalité qui réside au fond de l'idée de réponse à la prière.

Pour le clairvoyant, ce canal est visible comme un gigantesque tourbillon. Il est impossible d'en donner une description plus approchée dans le monde physique, mais on peut ajouter que la force, en traversant ce canal, s'unit pour ainsi dire avec lui, et en sort colorée par lui et portant les marques distinctives du tourbillon, ce qui montre par quel canal elle a passé.

Par la méditation, les corps astral et mental de l'homme cessent graduellement d'être un chaos et commencent à manifester l'ordre; ils croissent lentement, et apprennent à répondre à des vibrations de plus en plus élevées. Chaque effort contribue à diminuer l'épaisseur du voile qui sépare l'homme du monde supérieur et de la connaissance directe. Ses formes-pensées deviennent de jour en jour plus précises, et la vie qui leur est infusée d'en haut est de plus en plus riche.

La méditation facilite l'entrée des types de matière supérieurs dans les véhicules. Elle conduit souvent à des émotions élevées, celles-ci ayant leur origine au niveau bouddhique et étant reflétées par le corps astral. Mais elle nécessite, en outre, le développement des corps mental et causal pour que l'homme acquière l'équilibre et la stabilité. Sans quoi les émotions bonnes qui poussent l'homme dans la bonne direction pourraient fort bien dévier et le pousser dans une voie moins désirable. L'équilibre et la stabilité ne peuvent pas être réalisées au moyen des sentiments seuls. L'homme au besoin du pouvoir directeur du mental et de la volonté aussi bien que de la force déterminatrice de l'émotion.

La connaissance des cinq états mentaux décrits par [162] Patanjali peut être utile à l'étudiant qui pratique la méditation. Toutefois, il ne faut pas oublier que ces états ne se rapportent pas seulement au plan mental; ils existent, sous la forme appropriée, sur chaque plan. Ce sont:

1. Kshipta: la conscience du papillon qui vole constamment d'un objet à l'autre. Elle correspond à l'activité sur le plan physique.

2. Mudha: l'état confus dans lequel l'homme est mû par les émotions; il correspond à l'activité dans le monde astral.

3. Vikshipta: (état de préoccupation par une idée; l'homme est possédé, nous pourrions presque dire obsédé, par une idée. Cela correspond à l'activité dans le monde mental inférieur. L'homme doit alors apprendre Viveka (voir chapitre 33) qui se rapporte à l’aspect connaissance de la conscience.

4. Ekagrata: unité de but; dans cet état l’homme possède une idée au lieu d'être possédé par elle. Cela correspond à l’activité sur le plan mental supérieur. Alors l’homme doit apprendre Vairagya (voir chapitre 33) qui se rapporte à l'aspect activité de la conscience.

5. Niruddha: maîtrise de soi; s'élevant au-dessus des idées, l'homme choisit comme il veut, suivant sa Volonté illuminée. Cela correspond à l'activité sur le plan bouddhique. L'homme doit alors apprendre Shatsampatti (voir chapitre 33) qui se rapporte à l'aspect Volonté de la conscience.

Lorsque l'homme a acquis une parfaite maîtrise de soi, de sorte qu'il commande à tous les mouvements de l’esprit, il est prêt pour le Samadhi qui correspond à la Contemplation dont nous parlerons plus en détail dans le chapitre suivant. Mais pour compléter notre exposition, nous allons donner ici une idée préliminaire du Samadhi.

 Étymologiquement, Samadhi signifie rassembler; on peut le traduire en français par l'expression "se recueillir", c'est-à-dire rassembler les forces de l'esprit, et [Page 163] écarter toute distraction. Le Yoga, dit Vyasa "est le recueillement de l'esprit". Telle est la signification originale de Samadhi; mais ce mot est souvent employé pour désigner l'état de transe qui est la conséquence naturelle du recueillement parfait.

Il y a deux sortes de Samadhi:

1. Samprajnata Samadhi, c'est-à-dire Samadhi avec conscience, conscience tournée vers les objets extérieurs;

2. Asamprajnata Samadhi, c'est-à-dire Samadhi sans conscience ou conscience tournée vers l'intérieur, retirée en elle-même de sorte qu'elle passe dans le véhicule immédiatement supérieur.

Le tableau ci-dessous présente l'ensemble des faits que nous venons de décrire:

 

No. ÉTAT MENTAL

QUALITÉ

à acquérir

ASPECT de la conscience
  Sanscrit Français
1 Kshipta Conscience du papillon - -
2 Mudha Confusion - -
3 Vikshipta Préoccupation Viveka (discrimination) Connaissance
4 Ekagrata Unité de but Vairagya (détachement) Activité
5 Niruddha Maîtrise de soi Shatsampatti (les six qualifications mentales) Volonté
         
6 Samadhi Recueillement de l'esprit conduisant à la trance    

 Il p eut être également intéressant pour l’étudiant de connaître les quatre états mentaux énumérés par le Yoga. Ce sont :

1. Jagrat: conscience de veille.

2. Svapna: conscience du rêve; c'est la conscience à l’oeuvre dans le corps astral et apte à imprimer ses expériences sur le cerveau. [Page 164]

3. Sushupti: conscience du sommeil profond; c'est la conscience à l’oeuvre dans le corps mental, et incapable d'imprimer ses expériences sur le cerveau physique.

4. Turiya: conscience de la transe; si éloignée du cerveau qu'on ne peut pas en rapporter le souvenir facilement.

Ici s'impose une remarque essentielle: ces quatre états de conscience existent sur chaque plan. Le tableau suivant donne des exemples de ces quatre états dans la conscience physique:

LES QUATRE ÉTATS DE CONSCIENCE

 

Nom
Sanscrit

Nom
Français

EXEMPLES DANS LA CONSCIENCE PHYSIQUE
Jagrat Veille Livre un livre Regarder un montre
Svapna Rêve Percevoir la signification des mots Imaginer la montre
Sushupti Profond sommeil Toucher l'esprit de l'auteur Concevoir la montre idéale
Turiya Trance Pénétrer l'esprit de l'auteur Passer à l'idée abstraite du temps

De plus, il faut prendre les termes que nous venons d'employer dans un sens relatif. Ainsi, pour la plupart des gens, jagrat ou la conscience de veille, est la fraction de la conscience totale qui fonctionne dans le cerveau et le système nerveux, et qui est bien sûrement soi-consciente. Nous pouvons nous représenter la conscience totale comme un grand oeuf de lumière dont une extrémité seulement est insérée dans le cerveau; cette extrémité est la conscience de veille.

Mais à mesure que la soi-conscience se développe dans le monde astral, et que le cerveau se développe suffisamment pour répondre à ses vibrations, la conscience astrale commence à faire partie de la conscience de veille. Alors c'est la conscience mentale qui est svapna ou conscience de rêve. [Page 165]

De même, quand la soi-conscience mentale s'est développée et que le cerveau y répond, alors la conscience de veille comprend la conscience mentale. Et ainsi de suite jusqu'à ce que la conscience sur les cinq plans soit tout entière comprise dans la conscience de veille.

Cet élargissement de la conscience de veille sous-entend le développement des atomes du cerveau ainsi que de certains organes du cerveau, et des moyens de communication entre cellules.

Pour que la .conscience astrale puisse faire partie de la conscience de veille, il faut que le corps pituitaire soit développé et que le quatrième jeu de spirilles dans les atomes soit totalement éveillé.

Pour que la conscience mentale puisse faire partie de la conscience de veille, il faut que la glande pinéale soit active et que le cinquième jeu de spirilles soit bien éveillé.

Tant que ces développements physiques ne sont pas effectués, les consciences astrale et mentale ne peuvent pas s'exprimer à travers le cerveau et restent des phénomènes superconscients au sens ordinaire du mot.

D'autre part, si un homme ne possède pas de corps physique, sa conscience de veille ou jagrat est la conscience astrale. Ainsi la définition la plus générale de jagrat est : fragment de la conscience totale qui est à l’oeuvre dans le véhicule extérieur.

Nous pouvons considérer Samadhi du même point de vue. Samadhi est l'état de conscience dans lequel le corps est insensible mais l'esprit est pleinement conscient, et d'où il revient au cerveau physique avec la mémoire de ses expériences super physiques.

Si un homme se met lui-même en état de transe et qu'il est alors actif sur le plan mental, son Samadhi est mental.

L'homme qui pratique le Samadhi peut donc se retirer du corps physique, le laisser insensible, et conserver la pleine conscience sur le plan qu'il atteint.

Samadhi est aussi un terme relatif. Ainsi, pour un [Page 166] Maître, le Samadhi commence sur le plan d'Atma, et de là s'élève jusqu'aux plans cosmiques supérieurs.

Le mot Samadhi est employé quelquefois pour désigner la condition immédiatement supérieure au niveau où l'homme est capable de rester conscient. Ainsi, pour un sauvage qui est évidemment conscient sur le plan physique seulement, le plan astral serait son Samadhi. D'après cette définition, quand l'homme revient à son véhicule inférieur, il ne rapporte aucune connaissance nouvelle, ni aucun pouvoir nouveau. Cette sorte de Samadhi n'est pas encouragée dans les écoles supérieures d'occultisme.

S'endormir et entrer en Samadhi sont deux choses peu différentes, mais la première est un phénomène ordinaire sans signification particulière, tandis que la seconde est le résultat de l'action d'une volonté entraînée, et elle constitue un pouvoir d'une valeur inestimable.

Les moyens physiques sont tels que l'hypnotisme, les drogues, le fait de fixer un point noir sur un fond blanc, ou fixer la pointe du nez, etc., appartiennent aux méthodes du Hatha Yoga pour produire la transe; ils ne sont jamais employés en Raja Yoga.

La différence entre un sujet Mesmérisme et un Yogi qui s'est mis lui-même en état de transe apparaît immédiatement au clairvoyant. Chez le sujet Mesmérisme ou hypnotisé, tous les "principes" sont présents, Manas supérieur paralysé, Bouddhi séparé de Manas par cette paralysie, et le corps astral entièrement soumis à Manas inférieur et à Kama.

Chez le Yogi, au contraire, les "principes" du quaternaire inférieur disparaissent complètement, sauf les vibrations à peine perceptibles du Prana nuancé d'or et d'une flamme violette striée d'or qui s'élève du sommet de la tête et se termine en pointe.

La personne Mesmérisme ou hypnotisée ne rapporte à son cerveau aucun souvenir de ses expériences; au contraire, le Yogi se souvient de tout ce qui lui est arrivé.

Nous allons donner maintenant des exemples pratiques [Page 167] pour illustrer quelques-unes des méthodes employées dans la méditation.

L'étudiant fera bien de commencer par cultiver la pensée d'après laquelle le corps physique est un instrument de l'esprit, et cela jusqu'à ce que cette pensée devienne habituelle. Il pensera au corps physique, à la manière de le maîtriser et de le diriger, puis il s'en séparera en pensée comme s'il le rejetait.

Ensuite, percevant la possibilité de maîtriser les émotions et désirs, il rejettera de même le corps astral avec ses désirs et émotions. Puis il se représentera dans le corps mental et commencera à envisager la possibilité de maîtriser et diriger ses pensées; alors il rejettera son corps mental et planera dans la libre atmosphère de l'Esprit où réside la paix éternelle (le mot Esprit est pris ici dans le sens de: principe supérieur au corps mental; dans les pages précédentes, nous avons employé le mot esprit comme équivalent approché du mot mental. Note du traducteur); il s'efforcera de faire durer cette pensée et de réaliser que c'est Cela qui est le véritable Soi.

Revenant ensuite à la conscience ordinaire, il s'efforcera de rapporter à ses différents véhicules la paix spirituelle.

Un autre exercice consiste à diriger la méditation vers la construction du caractère en choisissant dans ce but une vertu, par exemple l'innocuité (harmlessness, qualité de celui qui n'est jamais nuisible). L'attention ayant été concentrée, le sujet est envisagé dans ses différents aspects, par exemple innocuité en paroles, en pensées, en actes, en désirs; comment cette qualité s'exprimerait dans la vie de l'homme idéal; comment elle affecterait sa vie journalière, comment il se comporterait vis-à-vis des autres personnes s'il avait parfaitement acquis cette vertu, et ainsi de suite.

Ayant ainsi médité sur l'innocuité, l'étudiant apportera dans sa vie journalière un état d'esprit qui s'exprimera bientôt dans ses actes et dans ses pensées. Les autres qualités peuvent, évidemment, être traitées de la [Page 168] même manière. Quelques mois seulement d'efforts sérieux dans cette direction produisent des changements merveilleux dans la vie de l'homme, suivant les paroles mémorables de Plotin "Retire-toi en toi-même et regarde. Si tu ne te trouves pas encore assez beau, fais comme le sculpteur qui achève une statue: il coupe ici, il adoucit là, il rend cette ligne plus légère, cette autre plus pure, jusqu'à ce que l'ensemble soit beau. Fais-en autant. Coupe ce qui est excessif, redresse ce qui est tordu, remets en lumière ce qui est dans l'ombre, travaille afin pour que la beauté resplendisse sur toutes les parties de toi-même, et ne cesse pas de ciseler la statue avant qu'elle brille de la splendeur divine de la vertu et que tu sois bien certain d'abriter la perfection finale dans un sanctuaire sans tache".

La méditation sur une vertu fait ainsi naître et se développer cette vertu dans le coeur de l'homme; c'est ce que disent les Écritures Hindoues: "Ce à quoi l'homme pense, il le devient; par suite, pense à l’Éternel." et encore: "L'homme est la création de la pensée".

Un exemple de ce qui peut être accompli de cette manière par la méditation, est celui de cet homme qui depuis quarante ans méditait chaque jour sur la vérité; il était tellement uni à la vérité qu'il percevait toujours les mensonges que l'on disait devant lui à cause de la discordance que cela faisait naître en lui. Cet homme était un juge, et la faculté qu'il avait ainsi acquise lui était très utile.

Dans ce genre de travail, l'homme emploie son imagination, le principal outil du Yoga. S'il se représente lui-même en pensée comme possédant une certaine qualité, il est à mi-chemin de la possession de cette qualité. S'il se représente comme débarrassé d'un certain défaut, il est à mi-chemin de la libération de ce défaut. L'imagination bien entraînée constitue une arme si puissante que l'homme peut, grâce à elle, se débarrasser de la moitié de ses peines et de ses défauts.

Il n'est pas sage de penser souvent à ses fautes, parce [Page 169] que cela tend à encourager la dépression et les sentiments morbides, et cela équivaut à la création d'un mur qui arrête les influences spirituelles. Dans la pratique, il vaut beaucoup mieux ignorer chaque faute autant que possible, et se concentrer sur la construction de la vertu opposée. Le succès dans la vie spirituelle s'acquiert beaucoup moins par la lutte ardente contre la nature inférieure que par la culture progressive de la connaissance et de la joie des choses supérieures. Car, dès que nous avons suffisamment expérimenté la bénédiction et la joie de la vie supérieure, par contraste, les désirs inférieurs pâlissent et perdent leur puissance attractive. Un grand Instructeur a dit que la meilleure forme du repentir au sujet d'une faute était de regarder l’avenir avec courage et confiance, le coeur rempli de la ferme résolution de ne plus commettre cette faute.

Supposons maintenant que le but de la méditation soit de comprendre intellectuellement un objet et ses rapports avec les autres objets.

Il est essentiel pour l'étudiant de se souvenir que le premier travail du Connaissant est d'observer exactement; c'est de la précision de l’observation que dépend en grande partie la valeur de la pensée; si l'observation est inexacte, de cette erreur première résultera toute une série d'erreurs impossibles à corriger sauf en revenant à l’origine même.

L'objet ayant été observé avec soin, le courant de pensée est dirigé sur lui pour en saisir tous les aspects naturels, superphysiques et. métaphysiques, et un effort est fait pour éclaircir ce qui, dans la conscience, est encore nébuleux.

Prenons, par exemple, comme objet de la méditation, l’harmonie. Considérons-la dans ses rapports avec les divers sens; envisageons l'harmonie dans la musique, dans les couleurs, dans un nombre de phénomènes aussi grand que possible; cherchons à découvrir les principales caractéristiques de l'harmonie, et comment l'idée d'harmonie diffère des idées analogues et des idées contraires; [Page 170] cherchons quelle part elle joue dans la succession des événements, quels sont ses usages, et ce qui résulte de son absence. Ayant répondu à toutes ces questions et à bien d'autres, faisons un effort pour rejeter toutes les images et pensées concrètes, et penser à l’idée abstraite d'harmonie.

Il faut que l’étudiant se souvienne de ce que la vue mentale est aussi réelle et satisfaisante que la vue physique. Ainsi, il est possible d'entraîner l'esprit à voir mentalement, par exemple, l'idée d'harmonie ou la racine carrée du nombre deux, aussi clairement et avec autant de certitude que l'on voit habituellement une chaise ou un arbre dans la vue physique.

Prenons pour troisième exemple la méditation dévotionelle. Pensons à l'homme idéal, au Maître, ou à la Déité, ou encore à une manifestation de la Déité. Que la pensée joue sur ce sujet dans ses différents aspects, de façon qu'elle éveille constamment l'admiration, la gratitude, la vénération, l’adoration. Arrêtons-nous sur toutes les qualités manifestées par le sujet et envisageons-les sous tous leurs aspects et dans tous leurs rapports.

D'une manière générale, un idéal abstrait et une personnalité sont également bons pour la méditation. Les gens au tempérament intellectuel préfèrent d'habitude l'idée abstraite; ceux dont le tempérament est émotionnel ont besoin de la personnification concrète de leur pensée. L'inconvénient de l'idée abstraite est de ne pas toujours soutenir l'aspiration. L'inconvénient de la personnification est de tomber quelquefois au-dessous de l'idéal.

Ici s'impose une remarque spéciale au sujet des résultats de la méditation sur un Maître. Elle crée un lien défini avec le Maître, lien que le clairvoyant est capable de voir comme une sorte de ligne lumineuse. Le Maître sent toujours d’une manière subconsciente l’impact de cette ligne, et il y répond par l'envoi d'un courant persistant [Page 171] de magnétisme dont l'effet se fait sentir longtemps après que la méditation est terminée.

Si l'on emploie une image pour la méditation, il peut arriver que l'expression de cette image change. C'est parce que la volonté est capable d'agir sur la matière physique: les particules physiques de l’image employée sont affectées par le pouvoir de la pensée soutenue agissant pendant longtemps.

Il existe une autre forme de méditation appelée méditation mantrique.

Un mantram est une série de sons arrangée d'une certaine manière par un occultiste dans le but de produire certains résultats. Ces sons, répétés rythmiquement toujours dans le même ordre, synchronisent les vibrations des véhicules avec eux-mêmes. Un mantram est donc un moyen mécanique d'arrêter certaines vibrations ou de mettre en jeu les vibrations désirées. Son efficacité dépend des phénomènes de résonances (voir Le Corps astral, chapitre 17).

Plus le mantram est répété, plus puissant est le résultat. C'est ce qui fait la valeur de la répétition des formules ecclésiastiques, et du rosaire, qui permet à la conscience d'être pleinement concentrée sur ce qui est fait et dit sans être distraite par le fait de compter.

Dans cette méthode de méditation qui est beaucoup pratiquée dans l'Inde, le dévot dirige son esprit, par exemple, vers Shri Krishna, le Dieu incarné, l'Esprit d'Amour et de Connaissance dans le monde. La même phrase est répétée ou chantée sans cesse tandis que sa signification profonde et vaste est sérieusement examinée. Ainsi, le dévot vient en contact avec le Grand Seigneur Lui-même.

Ce qui précède constitue une description très succincte de certaines formes de méditation. Pour plus de détails, l'étudiant est prié de se référer à l’excellent ouvrage de Ernest Wood, Concentration, au livre de J. I. Wedgwood, La Méditation à l’usage des commençants, et aux admirables chapitres consacrés par Annie Besant à la maîtrise [Page 172] de la pensée et à la construction du caractère dans Vers le temple.

J. J. Van Der Leeuw donne, dans son livre Dieux en exil, une excellente méthode appelée "Méditation sur l'Égo" décrite à la fin de cet admirable petit livre.

Beaucoup de gens méditent seuls chaque jour avec succès. Mais les possibilités offertes sont beaucoup glus grandes lorsque plusieurs personnes à la fois concentrent leur esprit sur le même sujet. Il en résulte un effet sur l'éther physique aussi bien que sur les matières astrale et mentale, qui équivaut à la création d'un chemin dans la direction envisagée. Par suite, au lieu d'avoir à lutter contre l'ambiance comme d'habitude, celle-ci est une aide, pourvu que tous les méditants réussissent à empêcher leur esprit d'errer. Un esprit errant dans une telle assemblée produit une coupure du courant et, au lieu d'obtenir une puissante masse de pensée qui se meut en un flux majestueux, le courant est brisé comme celui d'un torrent l'est par des rochers.

Nous allons maintenant envisager le côté physique de la méditation. La posture du corps physique est une chose importante. Il faut que le corps soit mis dans une position confortable et ensuite qu'on l'oublie. S'il n'est pas à son aise, il ne peut pas être oublié, car il appelle sans cesse l'attention sur lui.

De plus, certaines pensées et émotions ont tendance à s'exprimer par des mouvements caractéristiques du corps; inversement, certaines positions du corps ont tendance à faire naître des états d'esprit déterminés; elles peuvent donc aider l'homme à conserver les états d'esprit correspondants.

 Pour la majorité des Occidentaux, la position la plus confortable est la position assise dans un fauteuil dont le dossier n'est pas trop incliné. Les mains peuvent s'appuyer sur les bras du fauteuil ou bien reposer tout simplement sur les genoux. Les pieds peuvent être rassemblés ou croisés l'un sur l'autre. Ce rassemblement des [Page 173] extrémités s'oppose à la fuite du magnétisme par les mains ou les pieds.

La position doit être très confortable, le corps en état de relaxation, la tête équilibrée et non pas tombant sur la poitrine, les yeux et la bouche fermée, la colonne vertébrale (le long de laquelle circule le plus de magnétisme) droite.

Les Orientaux s'assoient habituellement les jambes croisées sur le sol ou sur une chaise basse; cette position est, dit-on, un peu plus avantageuse parce que tout le magnétisme libéré tend à s'élever au-dessus du corps en formant une coque protectrice.

Un autre facteur à envisager dans la détermination de la position favorable à la méditation, est la possibilité de perdre conscience physiquement. L'Indien qui est assis sur le sol tombe simplement en arrière sans se blesser. Ceux qui méditent dans un fauteuil devront choisir un fauteuil à bras, de sorte qu'ils ne puissent pas tomber s'ils perdent conscience.

Sauf dans des cas très rares, la position couchée doit être évitée à cause de la tendance naturelle au sommeil qui en résulte.

Un bain froid ou une promenade animée avant la méditation, sont utiles pour empêcher toute tendance à une circulation paresseuse du sang, ce qui serait un obstacle à l'activité du cerveau.

Il y a un rapport étroit entre la méditation profonde et la respiration. A mesure que l'on pratique la méditation, on s'aperçoit que le corps s'harmonise et que la respiration devient plus profonde, plus régulière et rythmique, jusqu'à ce qu'elle arrive progressivement à être si lente et si tranquille qu'elle est presque imperceptible. Le Hatha Yoga renverse l'ordre des phénomènes, et cherche à harmoniser les fonctions du corps par la régulation délibérée de la respiration; il devrait en résulter l'harmonisation des fonctions de l'esprit.

Mais l'étudiant est mis en garde contre la pratique des exercices respiratoires. Il vaut beaucoup mieux apprendre, [Page 174] à maîtriser la pensée suivant les instructions du Raja-Yoga; les efforts accomplis dans la méditation produiront automatiquement leur effet normal sur le corps physique.

Cependant, si certains exercices respiratoires sont très dangereux, il n'y a aucune objection à élever contre la respiration profonde simple, pourvu que l’étudiant ne fatigue pas les poumons ni le coeur, et qu'il ne fasse aucun effort pour concentrer sa pensée sur les divers centres ou chakras du corps.

L'encens de bonne qualité est aussi avantageux, car il a tendance à purifier "l’atmosphère" au point de vue occulte. L'étudiant peut enfin s'aider aussi de belles couleurs, de fleurs, d'images et de tous autres moyens susceptibles d'élever son esprit et ses émotions.

Il est utile d'appliquer certaines restrictions diététiques (voir Le Corps astral, chapitre 8) et, si cela peut être fait sans nuire à la santé, de s'abstenir de viande et d'alcool.

Chez les personnes qui boivent de l'alcool, la méditation est susceptible de faire naître des symptômes d'inflammation dans le cerveau, et en particulier dans le corps pituitaire (voir Le Corps astral, chapitre 8).

Le meilleur moment pour la méditation est probablement le matin de bonne heure, parce que les désirs et les émotions sont habituellement plus tranquilles après le sommeil et avant que l'homme se soit plongé dans le tumulte du monde. Mais quel que soit le moment choisi, il faut que l'homme ait l'assurance de ne pas être dérangé. De plus, comme nous l’avons déjà fait remarquer, il faut que la méditation ait toujours lieu à la même heure, car la régularité est un facteur essentiel de l'efficacité de la méditation.

Les anciens choisissaient pour la méditation le lever du soleil, midi et le coucher du soleil parce que ces heures sont magnétiquement les plus favorables. Il est bon de cultiver l'habitude de diriger l'esprit pendant quelques instants, à chaque fois qu'une heure sonne dans [Page 175] la journée, vers la réalisation de l'homme Spirituel en soi-même. Cette pratique conduit à ce que les mystiques chrétiens appelaient "le recueillement intérieur", et elle aide l'étudiant à entraîner son esprit à revenir automatiquement aux pensées spirituelles.

Il n'est pas indiqué de méditer immédiatement après un repas parce qu'il en résulte une tendance à retirer le sang des organes digestifs. Il n'est pas bon de méditer la nuit, parce que les corps sort fatigués et que le double éthérique est plus facilement déplaçable; de plus, l'influence négative de la lune opère alors, de sorte que des résultats indésirables pourraient se produire plus facilement.

Il peut arriver que la méditation soit moins effective que d'habitude à cause de l’action d'influences astrales ou mentales défavorables.

Certaines personnes disent aussi que les influences planétaires agissent de manières différentes suivant les époques. Un astrologue a dit que la position de Jupiter par rapport à la lune produisait dans certains cas une extension de l'atmosphère éthérique d'où il résultait une plus grande facilité de méditation. Certains aspects de Saturne, au contraire, compriment, dit-on, l'atmosphère éthérique, et rendent la méditation plus difficile.

Les systèmes de méditation que nous venons d'esquisser brièvement ont pour but le développement spirituel, mental et éthique, ainsi que la maîtrise du mental et des sentiments. Ils n'ont pas pour but le développement des facultés psychiques; mais ils peuvent avoir comme conséquence naturelle l’éclosion d'une forme de psychisme intuitif chez les personnes dont l'organisation sensitive est favorable. Cette éclosion se manifeste par l’augmentation de la sensibilité à l'influence de certaines personnes ou de certains lieux, dans le souvenir fragmentaire de certaines expériences astrales pendant le sommeil, dans une faculté de réponse plus rapide aux directives de l'égo, dans la faculté de reconnaître l’influence [Page 176] des Maîtres ou des personnes développées spirituellement, etc.

La méditation peut avoir pour conséquence l'illumination et celle-ci peut être de trois sortes:

1. Par la pensée intense et profonde sur un certain sujet, l'homme peut arriver lui-même à certaines conclusions;

2. Il peut obtenir l'illumination du soi supérieur, découvrant ainsi ce que l'égo pense sur son propre plan à ce sujet;  

3. Il peut, s'il est hautement évolué, venir en contact avec les Maîtres ou les Dévas.

Dans un seul cas (1), ses conclusions sont susceptibles d'être viciées par ses propres formes-pensées; le soi supérieur est au-dessus de cette possibilité d'erreur, et il en est de même d'un Maître ou d'un Déva.

Ce que nous accomplissons pendant la méditation dépend de ce dont nous sommes capables dans la vie ordinaire. Si, par exemple, nous avons des préjugés, nous ne leur échappons pas du fait que nous nous mettons à méditer.

La méditation physique se rapporte évidemment à l'entraînement des véhicules inférieurs et non de l'égo. Pendant la méditation, l'égo accorde à la personnalité un peu plus d'attention que d'ordinaire - d'habitude il est un peu dédaigneux vis-à-vis de la personnalité.

Si l'égo est développé, il médite à son propre niveau, mais il n'est pas nécessaire que sa méditation soit synchrone avec celle de la personnalité.

La méditation est un moyen d'acquérir l'art de quitter le corps physique en pleine conscience. La conscience étant amenée à un état de fermeté et de fixité inébranlables, l'attention est graduellement retirée du monde extérieur et du corps, les sens restant calmes tandis que l'esprit est très attentif, mais toutes ses énergies étant dirigées intérieurement, prêtes à être lancées vers une pensée unique, la plus élevée qu'il puisse atteindre. Lorsqu'il est capable de se tenir là avec une certaine aisance, il peut, par un effort puissant mais calme de la volonté, se projeter au delà de la pensée la plus élevée qu'il puisse [Page 177] atteindre, tandis qu'il travaille dans le cerveau physique, et, dans cet effort, s'élever jusqu'à la conscience supérieure et s'unir à elle; il est alors libéré du corps physique. Lorsque cela est accompli, il n'y a plus ni sommeil ni rêve, ni aucune perte de conscience; l'homme se trouve en dehors de son corps avec la sensation de s'être débarrassé d'un vêtement encombrant, et non pas avec la sensation d'avoir perdu une partie de lui-même.

Il y a d'autres moyens de se séparer du corps. Par exemple, par l'intensité de la dévotion, ou par des méthodes spéciales qui peuvent être indiquées par un grand instructeur à son élève.

 L'homme peut revenir à son corps à volonté. Dans ces conditions, il peut imprimer sur le cerveau la mémoire des expériences vécues en dehors du corps physique.

La véritable méditation comporte un effort sérieux; elle n'a rien de commun avec la sensation de bonheur qui résulte de l'état de demi-sommeil ou de la plénitude physique engendrée par la bonne santé. De même, elle est absolument différente de la médiumnité passive développée par le spiritisme.

Il n'y a aucune contradiction entre les deux recommandations de s'ouvrir aux influences spirituelles, et en même temps de rester positif. Un effort positif est nécessaire au début; il élève la conscience à un niveau élevé où les influences supérieures peuvent agir; alors, mais alors seulement, l'effort d'élévation peut être relâché en toute sécurité pour réaliser la paix acquise. La phrase "s'ouvrir aux influences spirituelles" peut-être comprise de la manière suivante: conserver une attitude de calme profond à un niveau spirituel élevé, comme l'oiseau qui, en apparence passif et immobile, s'appuie sur le vent par un effort puissant et continu de ses ailes. [Page 178]


 

Cliquez sur >>>> pour Partie 2

 


Haut de la Page
Page d'Accueil
Page- Documents en Ligne

Используются технологии uCoz