L'ÉVOLUTION
selon l'enseignement occulte


par
Phan-chon-Tôn


ΔΔ

            Tout membre de la Société Théosophique, ou même toute personne ayant une teinte d"ésotérisme" comme il est courant de le dire de nos jours, vous dira que l'évolution est l'une des lois naturelles régissant l'univers manifesté. Et vous lui direz qu'il a raison. Reste à définir ce qu'est l'évolution.

            Il est fort regrettable que les livres de Madame Blavatsky, tels "La Doctrine Secrète", soient si compliqués et parfois même embrouillés. Ceci  a fait que lorsque le nouveau mouvement théosophique fut lancé au début du dernier quart de siècle dernier; et qu'il a mis en avant des notions telles que l'évolution, au moment même où la science matérialiste développait aussi sa - ou ses - théorie (s) de l'évolution, les vulgarisateurs des enseignements théosophiques, faute d'un exposé clair dans les documents de base, se sont empressés d'adopter le scénario scientifique (de l'évolution) pour étayer la doctrine occulte (de l'évolution). En réalité; ce terme n'a pas du tout la même connotation dans l'un et dans l'autre système. Et Madame Blavatsky a même émis une réserve sévère (D.S.,III,1): "En ce qui concerne l'évolution de l'humanité, La Doctrine Secrète postule trois nouvelles propositions, qui sont en direct antagonisme avec la Science Moderne, ainsi qu'avec les dogmes religieux qui ont cours." (Pour ce contexte, cette déclaration suffit, nous  verrons les trois propositions une autre fois.) D'ailleurs, quelques lignes plus loin (D.S.,III,211), H.P.B. est revenue à la charge: "Cela est diamétralement à l'opposé des théories qui sont généralement acceptées, de nos jours, sur l'évolution..."

            Malheureusement, l'intellect, qui est souvent comparé à un singe, est aussi un perroquet, et le mental des membres de la Société Théosophique est tout aussi "répétitif" que celui de leurs semblables d'alors et d'aujourd'hui; c'est pourquoi la phrase citée est restée lettre morte, et ce qui est appelé l'enseignement théosophique continue à propager la contre-vérité scientifique au sujet de l'évolution. La formule Satyan nasti paro dharma est plus facile à dire, qu'à mettre en pratique...!

            Il est très plausible, reconnaissons-le, de penser avec la science (ou plutôt de répéter ce que disent les scientifiques) que le règne végétal évolue pour engendrer le règne animal, et que l'évolution de l'animal - des animaux dits supérieur - a donné naissance à l'homme. C'est logique, une logique en ligne droite, en "rail de chemin de fer".

            Mais, si nous lisons avec tant soit peu d'attention "Le Bouddhisme Ésotérique" d'A.P.Sinnett, - le premier livre théosophique paru dans les temps modernes et pourtant très peu lu par les membres de la S.T.: mais peut-être la faute en incomberait-elle à H.P.B. elle-même qui l'a quelque peu décrié - nous apprenons que les différentes "impulsions" (qui ont donné naissance, successivement, au règne minéral, puis au règne végétal, ensuite au règne animal, et enfin au règne humain) sont indépendantes les unes des autres, et, si leurs représentants, sur un globe donné, "cohabitent, per-habitent et même in-habitent, les uns avec les autres (selon la formule du théosophe Martines de Pasqually), leurs chemins se croisent mais ne fusionnent pas: Ils appartiennent à des groupes  différents d'évoluants. On peut lire (ibidem, p.76): "Le développement complet de l'époque minérale sur le globe A prépare la voie pour le développement du végétal, et une fois celui-ci commencé, la vie minérale se déverse sur le globe B. Puis lorsque le règne végétal sur le globe A est complet, et que le développement animal commence, l'impulsion végétale passe au globe B, et l'impulsion minérale au globe C. C'est enfin à ce moment et alors seulement, que l'impulsion de la vie humaine arrive sur le globe A." C'est très clair: chaque impulsion poursuit son chemin, et sur chaque globe, manipule et malaxe la matière de sorte que celle-ci acquiert le degré d'organisation et de  sensibilité correspondant au niveau et au type d'évolution de l'impulsion en question. Cette matière évoluée peut alors recevoir l'impulsion suivante, qui la manipulera et malaxera à sa façon et l'amènera à un autre degré et à un autre type d'organisation et de sensibilité. Sinnett a lui-même mis en garde le lecteur (p.75): "Il résulte de ce que nous venons de dire que, pour expliquer le progrès des organismes sur le globe A, le règne minéral ne pourra évidemment pas plus développer le règne végétal sur ce globe, avant d'avoir reçu une impulsion du dehors, qu'il n'ait été possible à la terre de développer l'homme à partir du singe, jusqu'à ce qu'elle en ait reçu l'impulsion."

            Autrement dit, le minéral n'est pas l'ancêtre du végétal, ni celui-ci l'ancêtre de l'animal, et surtout l'animal n'est pas le progéniteur de l'homme. Du point de vue de la forme, la science matérielle, en faisant la synthèse de ses nombreuses et patientes observations, a constaté dans la nature une gradation allant des formes simples et peu sensibles à des formes complexes et hautement sensitives. Avec sa logique linéaire, elle a conclu à la filiation minéral-végétal-animal-humain. La science occulte fait la même remarque - et l'on peut lire (D.S.,III,232) que "l'homme fut, tour à tour, une pierre, une plante et un animal"-, mais l'explication occulte est toute autre, comme nous essaierons de le démontrer plus bas.

            Avant de le faire, revenons à notre globe A, au moment où l'impulsion humaine s'y est établie. A ce moment-là, il y avait sur ce globe, des humains, des animaux, des plantes et des minéraux (pour ne nous limiter qu'à ces quatre règnes, car la science occulte en compte sept - ou même douze -). Mais, encore une fois, ce n'est pas en évoluant (selon la théorie de Darwin) que les pierres sont devenues des plantes, que les plantes sont devenues des animaux, ni que les animaux ont généré des hommes. Car les pierres évoluent effectivement, mais restent pierres, et passeront pierres sur le globe suivant; il en est de même avec les autres règnes. Ceci soit dit en se plaçant du point de vue de l'impulsion de vie correspondant à chaque règne, autrement dit en considérant l'évolution des Monades dans chaque règne. (Encore faut-il faire attention aux remarques faites par H.P.B. sur cette question - voir D.S.,I,p.161 et suivantes). Car, du point de vue matériel, nous savons tous que - occultement aussi bien que scientifiquement - le règne minéral (les atomes par exemple) est la substance avec laquelle toutes les formes sont construites, que sur le substrat minéral, poussent les plantes, qui servent de nourriture aux animaux et aux humains, et pour terminer ce cycle que les corps morts des humains, des animaux et des plantes reviennent à l'état minéral. Ceci est ce que veut dire le mot per-habitation cité plus haut, une interpénétration de la substance des différents règnes.

            Lorsque l'impulsion humaine se manifeste, une nouvelle "vie" anime la matière du globe sur lequel elle arrive. Cette vie est ce que H.P.B. appelle "l'homme spirituel" dans le VIème volume de la Doctrine Secrète (p.146), c'est-à-dire la Monade spirituelle enveloppée de buddhi, manas, kama, prana, et sa base (upadhi) est ce que H.P.B. appelle "l'homme astral" (attention à la signification de ce mot dans le langage de H.P.B.!). C'est dans cette base que réside l'homme pour commencer son évolution sur cette terre. De cette base astrale comme tête de pont, l'homme envoie, pour ainsi dire, des missions pour explorer la matière dense qui s'offre autour de lui, et dans laquelle s'affairent déjà minéraux, végétaux et animaux. Il cherche à se fabriquer un véhicule. Et d'où puiserait-il son inspiration sinon des formes archétypales qui lui ont servi dans la ronde précédente, les animaux de la chaîne lunaire. Ce sont ces modèles que son mental essaie d'imprimer à la matière du nouveau milieu où il se trouve, et ainsi créer un véhicule pour sa conscience. Or les caractéristiques que l'homme doit développer sont différentes de celles des formes de l'ancienne ronde. C'est pourquoi, avant de pouvoir réutiliser les formes déjà évoluées de la chaîne lunaire, il lui a fallu fabriquer des formes très rudimentaires, chacune conçue pour véhiculer une caractéristique humaine. (C'est là l'origine des animaux inférieurs.) Et l'homme astral "inhabite" cette forme pendant un certain temps (c'est-à-dire de nombreuses incarnations) jusqu'au jour où, la trouvant trop étroite pour sa conscience grandissante, il l'abandonne et "imagine" une nouvelle forme offrant plus de possibilités de réponse et d'expression. C'est ainsi que, successivement, mais non de façon linéaire, l'homme astral se fabrique forme après forme, des formes de plus en plus complexes et de plus en plus sensibles. Ici, nous devons introduire une précision importante: en réalité, ce n'est pas l'homme qui fabrique toutes ces formes, mais plutôt, il demande à l'évolution physique de lui fabriquer des formes selon ses "idées". En effet, on peut lire dans La Doctrine Secrète (I,158): "L'évolution de la forme externe, ou corps, autour de l'astrale, est effectuée par les forces terrestres, tout comme dans le cas des règnes inférieurs. "Notons que c'est ici que réside la cause principale de la confusion. L'homme astral - ou plutôt la Monade qui l'habite - ne fait qu'émettre - tel une station de radio - une impulsion, c'est-à-dire une "idée", un "patron", et ce sont les êtres qui constituent la matière terrestre qui, mettant en jeu les lois de "compacité" dont ils sont les spécialistes, modèlent cette matière autour du mannequin astral pour fabriquer la forme physique correspondante. Bien que cette forme serve de véhicule à l'homme, elle ne lui appartient pas, elle est toujours une partie intégrante de la matière physique, et a sa propre évolution à poursuivre, évolution identique à celle des autres formes physiques fabriquées à la demande d'autres "impulsions de vie", c'est-à-dire, au moment où nous parlons, des règnes minéral, végétal et animal per se. (Soit dit en passant que de ce qui vient d'être dit, il appert que, cohabitant sur ce globe, existent des animaux non-humains et des animaux humains ce qui augmente encore la confusion.)

 

            L'homme, donc, pour disposer d'un corps, demande à la matière terrestre de l'agencer de sorte qu'il puisse répondre à certaines potentialités qu'il a en lui  et qu'il veut actualiser, et ainsi, après maints essais, au temps de la troisième race, la forme la plus élaborée alors obtenue, celle des mammifères, avait suffisamment de sensibilité pour que l'aperception purement physique commence à faire place à la perception, c'est-à-dire la capacité de traduire en langage physique les impulsions mentales et émotionnelles de l'homme astral, pour que celui-ci commence à l'in-habiter et à l'employer. L'entrée de l'esprit humain dans la forme matérielle la fait se redresser, et de bête à quatre pattes, le nouvel homme relève la tête loin de la surface de la terre, et la pointe vers l'azur, l'élément air, découvrant ainsi la troisième dimension: la verticale, d'abord la hauteur puis la profondeur.

            L'évolution n'a donc pas transformé la pierre en plante, la plante en animal, ni l'animal en homme. Mais elle consiste en l'amélioration de la forme dans chaque règne grâce à l'expérience que le règne en question a acquise dans une ronde antérieure, et s'il y a inter-échange entre les règnes, c'est dans l'utilisation d'une matière commune pour la construction - selon des archétypes différents, chacun propre à chaque règne - des formes correspondantes.

            Mais il y a plus. Lorsque l'homme a expérimenté un corps -à apparence animale, mais qui a servi de véhicule à sa conscience humaine - et qu'il le trouve, au bout d'un certain temps, dépassée, il le laisse, et en retire sa conscience. Et cette forme est reprise par l'évolution matérielle et "perfectionnée" selon les critères de cette ligne d'évolution. Ce perfectionnement s'oriente généralement vers une plus grande puissance de destruction: ainsi l'évolution physique a fait, des modèles laissés par l'homme, des animaux de plus en plus féroces, que certains ont appelés les "insuccès de la nature". Il se peut aussi que, comme il n'y a plus une direction organisatrice, il y a soit stagnation (comme dans le cas du coelacanthe) soit dégénérescence, régression vers des formes plus viles (animaux se nourrissant de cadavres).

            Toutes ces formes meurent, et leurs restes, lorsqu'ils persistent, sont mélangés aux couches géologiques contemporaines. Et la science établit une relation "logique" entre ces formes disparates, grâce à ses techniques de datation, pour nous proposer les théories sur l'évolution, telles que celle de Darwin. Ce sont les résultats de bons raisonnements, mais faits sur des matériaux qui n'ont rien de commun entre eux, et là où réside de l'erreur fondamentale, c'est lorsqu'elle établit entre ces formes des liens de filiation. Et c'est cette erreur que l'enseignement théosophique officiel propage. Il faut donc que les membres sincères, soucieux de propager "la vérité et rien que la vérité" (Lettre du Maha Chohan), aient le courage de reconnaître cette erreur et de rectifier ce point important de notre doctrine.

            Pour résumer et plus ou moins conclure ce premier point, citons ce passage de La Doctrine Secrète: "Ceux qui croient à la loi d'évolution et de développement graduel et progressif... (de la science)... sont certainement incapables de limiter leur croyance à une seule ligne d'évolution! Les types de vie sont innombrables et, de plus, les progrès de l'évolution ne marchent pas du même pas chez toutes les différentes espèces. La nature de la matière primordiale à l'époque silurienne - nous voulons parler de la matière "primordiale" de la Science - était, dans tous ses points essentiels, sauf son degré actuel de grossièreté, la même que celle de la matière primordiale vivante de nos jours. Nous ne constatons pas non plus ce que nous devrions constater, si la théorie de l'évolution, actuellement considérée comme orthodoxe, était tout à fait correcte, c'est-à-dire un progrès constant, incessant, chez toutes les espèces de l'être. Au lieu de cela, que voyons-nous? Tandis que les groupes intermédiaires des êtres du règne animal tendent tous vers un type supérieur et tandis que les spécialisations, tantôt vers un type, tantôt vers un autre, se développent au cours des époques géologiques, modifient les formes, en assument de nouvelles, apparaissent et disparaissent avec une rapidité de kaléidoscope, les deux seuls exceptions à la règle générale, suivant la description que donnent les paléontologistes du passage d'une époque à une autre, sont représentées par les deux pôles opposés de la vie et des types, savoir: l'HOMME et les espèces inférieures d'être!

            Certaines formes bien marquées d'êtres vivants ont existé durant d'énormes périodes de temps, non seulement survivant aux changements des conditions physiques, mais aussi relativement inchangées, alors que d'autres formes de vie apparaissaient et disparaissaient. On pourrait appeler ces formes des "types persistants" de vie; et l'on en rencontre d'assez nombreux exemples tant dans le monde animal, que dans le monde végétal. (Huxley, Proceedings of the Royal Institution, III, 151)" [Addendum: Je viens d'assister à une conférence d'une collègue américaine, dont il ressort essentiellement que, contrairement à ce que nous avons toujours cru - la planète, en tant qu'entité minérale, s'est faite avant que la vie s'y installe - , une importante part des roches a été créée par des organismes vivants, des biota comme elle les appelle, qui ont absorbé le gaz carbonique atmosphérique et qui l'ont rejeté sous forme de carbonate solide, dont le dépôt constitue une couche très épaisse du sol; de même, plusieurs minerais métalliques, dont ceux du fer, sont aussi le résultat du travail des bactéries.

            La conférencière a cité le livre "Symbionticism and the origin of species" que L.E. Waller a publié en 1927 et qui est demeuré jusqu'à présent ignoré. Il apporte pourtant une nouvelle dimension à l'idée d'évolution. En effet, on se base toujours, à ce sujet, sur les travaux de Darwin, selon qui la diversité des espèces est dûe à la transformation des êtres vivants par leur adaptation aux changements de l'environnement grâce à des mutations, c'est-à-dire des modifications du patrimoine génétique à l'intérieur de chaque espèce. La théorie du symbionticisme fait au contraire intervenir la symbiose - la contribution de plusieurs espèces en vue de la transformation d'une collectivité de plusieurs espèces qui ainsi devient une unité biologique (un biont). Cette idée est plus proche de l'enseigne­ment occulte qui met l'accent sur l'évolution coopérative d'une unité (temporelle) constituée par l'union de représentants de trois lignées différentes (voir D.S., I, 164).]

            Un point mérite d'être relevé. Dans le volume III de la Doctrine Secrète, page 213, H.P.B. cite ces quelques lignes d'Agassiz: "L'homme est la fin vers quoi a tendu toute la création animale, depuis la première apparition des premiers poissons paléozoïques." (Principe de zoologie, p.206). Et H.P.B. de renchérir: "Parfaitement... l'Homme est l'alpha et l'oméga de la création objective." Il y a une gradation  entre ces deux phrases. Celle d'Agassiz s'arrête à la création animale, la deuxième, de H.P.B., parle de "création objective".

            Il est utile de s'arrêter quelques instants sur ce point. Car, effectivement, il y a une "ressemblance croissante avec l'homme" (D.S.,III,213). Et nous venons de voir que cette ressemblance a déjà commencé avec les poissons paléozoïques. Nous connaissons ces "réminiscences" des différentes étapes animales qui se reflètent dans les formes que prend le fœtus humain lors de son "évolution" vers la forme dite humaine. Mais les autres formes, pour ce qui concerne l'"homme astral", étaient "humaines" aussi, car ce sont des essais successifs, des  véhicules de plus en plus élaborés dans lesquels l'"homme spirituel" (D.S.,VI,146) a résidé.

            Mais nous lisons aussi (D.S.,III,235): "Après trois ou quatre semaines, l'ovule a pris l'aspect d'une plante, car l'une de ses extrémités est devenue sphéroïde et l'autre pointue, comme une carotte. En le disséquant, l'on constate qu'il est formé, comme un oignon, de délicates lamelles ou enveloppes, qui renferment un liquide. Les lamelles se rapprochent les unes des autres à l'extrémité inférieure et l'embryon est suspendu à la racine de l'ombilic, presque comme un fruit à une branche..."

            L'une des plus grandes vérités découvertes par la science est la similitude entre les végétaux et les animaux. Une cellule végétale et une cellule animale se ressemblent dans leur structure et leur fonctionnement. A tel point qu'une nouvelle science est née, la biologie cellulaire. Il y a évidemment des caractéristiques propres aux plantes, et d'autres propres au animaux. Mais les constituants du cytoplasme sont les mêmes chez les plantes et chez les animaux, de même que ceux du noyau. Le mode de division de la cellule est le même chez la plante que chez les animaux et chez l'homme. Et si l'on examine les rouages biochimiques de la vie et même l'évolution des structures des tissus et des organes du corps humain, on s'aperçoit que tout cela dérive d'"essais" faits non seulement dans le règne animal,  mais même dès le règne végétal. Il est intéressant de noter, par exemple, que chez les végétaux supérieurs, les plantes qui peuvent se dresser, les plus primitives ont une tige pratiquement creuse, la "coque" étant externe, alors que les plantes plus évoluées développent le bois dur à l'intérieur de l'écorce. Chez les animaux, c'est la même évolution: les crustacés, les mollusques et les insectes ont une coque protectrice, alors que les vertébrés sont justement appelés ainsi, parce qu'ils ont développé des os "internes". Cela rappelle étrangement la Stance de Dzyan VIIIn 30: "Durant la troisième, les animaux sans-os crûrent et changèrent: ils devinrent des animaux avec os; leurs ombres devinrent solides." (Lire: leur corps, qui était éthéré, devint compact; c'est aussi le moment où l'homme développe un corps physique dense.) Et ce commentaire (D.S.,I,167): "L'homme intérieur, maintenant caché, était alors [dans les commencements] l'homme externe." Eh bien ce processus a déjà été expérimenté chez les végétaux.

            Mais il y a plus. En examinant la composition élémentaire des animaux et des végétaux, on se rend compte que celle-ci est très semblable chez les animaux et chez les végétaux, avec des différences spécifiques: par exemple, le sodium est un élément très fréquent chez l'animal, alors que c'est le potassium qui est abondant dans le végétal. Et les composés organiques sont constitués des mêmes éléments que les composés inorganiques, seuls les modèles changent. (Voir D.S.,I,249) "Tout se passe comme si (cette formule est très employée en science) le monde minéral a été orienté dans son évolution de façon à aboutir finalement au monde humain, en passant par les mondes végétal et animal. Et l'on pourrait dire que le "projet homme" (comme je l'ai appelé dans "L'homme selon la D.S.") a commencé tout au début de ce manvantara et affecte depuis son tout début - la création bhuta (celle des éléments, le règne minéral) avant d'influencer la création mukhya  (la première création organique, celle des plantes), la création tiryaksrota (celle des animaux), et enfin la création arvâksrota (création humaine) D.S.,II,179); en langage clair, l'homme se construit déjà dans la pierre, puis dans le végétal et dans l'animal. On peut alors comprendre la phrase: "Car la Monade "humaine", qu'elle soit immétallisée dans l'atome de la pierre, invégétalisée dans la plante, ou inanimalisée dans l'animal, n'en est pas moins une Monade divine et, par suite, une Monade HUMAINE aussi "(D.S.,III,232). [Nous avons repris les trois termes tels qu'ils sont écrits dans la version originale anglaise; ce préfixe in- indique qu'il ne s'agit pas d'une transformation, mais d'une inclusion, du fait que la Monade "habite" le métal, le végétal, et enfin l'animal. N'oublions pas le mot hindou purusha qui signifie "habitant (usha) de la cité (pura)".] Et cette autre (D.S.,I,142) [qui confirme ce qui vient d'être dit entre crochets]: "L'Homme, passe à travers toutes les formes et tous les règnes [et non "toutes les règles", traduction erronée dans l'Édition française!] pendant la Première Ronde, et à travers toutes les formes humaines pendant les deux Rondes suivantes." Car, pour reprendre ce que nous avons dit plus haut, c'est l'"homme astral" qui fait tout ce travail, en projetant des archétypes successivement sur la matière minérale, sur la matière végétale, et sur la matière animale, lesquelles matières lui ont été seulement prêtées -avec intérêt cependant, puisqu'une fois qu'il a expérimenté une combinaison élémentaire dans le monde minérale, ou une structure dans le monde végétal, ou une fonction dans le monde animal, et qu'il abandonne la forme qu'il a façonnée et que maintenant il ne trouve plus suffisamment adéquate, le règne correspondant s'empresse de la récupérer et cherche à la reproduire et à la perpétuer. Comme les règnes sub-humains n'ont pas de mental créatif, l'idée peu à peu se perd, et la progéniture - minérale, végétale ou animale- ainsi entretenue perd de plus en plus sa teinte humaine et devient soit dégradée, soit plus perfectionnée  dans l'"idée" - si idée il y a- du règne en question.

            Concluons ce deuxième point par une autre citation de La Doctrine Secrète: "Comme l'embryon de l'homme ne tient pas plus du singe que de tout autre mammifère, mais renferme en lui la totalité des règnes de la nature et comme il paraît constituer un "type persistant" de vie, ... il est aussi illogique de le faire descendre du singe, qu'il le serait de faire remonter son origine à la grenouille ou au chien...."

            Et je voudrais aussi que vous vous  reposiez la question de la succession des règnes sur cette Terre, en considérant ce passage de La Doctrine Secrète: "En ce qui concerne l'Évolution de l'humanité, la DOCTRINE SECRÈTE postule trois nouvelles propositions, qui sont en complète opposition avec la Science Moderne, comme aussi avec les dogmes religieux qui ont cours. Elle enseigne: (a) l'évolution simultanée de sept Groupes humains, sur sept différentes parties de notre globe; (b) la naissance du corps astral avant le corps physique, le premier servant de modèle au second, et (c) elle enseigne enfin que, durant cette Ronde, l'homme a précédé tous les mammifères -y compris les anthropoïdes - dans le règne animal." [Note: Voyez la Genèse, II, 19. Adam est formé dans le 7è verset, et dans le 19è, il est dit: "Le Seigneur Dieu forma, de la terre, toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux des cieux; puis il les fit venir vers Adam afin de voir comment il les nommerait." Ainsi l'homme fut créé avant les animaux, car les animaux mentionnés au chapitre I sont les signes du Zodiaque, tandis que l'homme "mâle et femelle" n'est pas l'homme, mais la Légion des Séphiroth, des FORCES ou des Anges "créés à son image (celle de dieu) et selon sa ressemblance". L'homme Adam n'est pas créé selon cette ressemblance et la Bible ne parle pas de cela. De plus, le second Adam est, au point de vue ésotérique, un septénaire qui représente sept hommes ou plutôt sept groupes d'hommes. Car le premier Adam, Kadmon, est la synthèse des dix Séphiroth. Sur ces dix, la triade supérieure reste dans le Monde Archétype, comme la future "Trinité", tandis que les sept Séphiroth inférieurs créent le monde matériel manifesté; c'est ce septénaire qu'est le second Adam. La Genèse et les mystères sur lesquels elle est construite, viennent d'Égypte. Le "Dieu" du premier chapitre de la Genèse est le Logos, et le "Seigneur Dieu" du deuxième chapitre les Elohim Créateurs, les Puissances inférieures. (D.S., III, 3)]

            Ceci étant établi, j'aimerais me tourner vers un autre aspect de la loi d'évolution. Et c'est de l'avenir qu'il s'agit maintenant.

            L'impulsion humaine a ceci de particulier qu'elle apporte un élément créateur. (Voir l'Anthropogenèse.) Une partie du mental de l'homme lui permet de comprendre les lois régissant l'évolution et lui donne, par cela même, le pouvoir de participer activement à l'orientation de cette évolution. Nous avons vu plus haut que les formes laissées à elles-mêmes évoluent selon les normes physiques et tendent à devenir soit plus perfectionnées dans le sens de la destruction, soit dégénérées. Eh bien, depuis longtemps déjà, l'homme a su orienter l'évolution physique de ces formes; il a créé les animaux domestiques, qui représentent, dans l'évolution physique, une nouvelle voie de perfectionnement, vers plus de sensibilité, de régularité, de subtilité.

            L'homme a su aussi orienter l'évolution du règne végétal et créer des espèces et variétés de plantes cultivées. Avec la culture des tissus, l'hybridation somatique et les transformations génétiques, il continue cette oeuvre, d'une part vers l'obtention d'espèces plus productives et plus résistantes, d'autre part pour redonner au monde végétal sa diversité génétique originelle, durant les siècles derniers à cause des manipulations basées sur une connaissance insuffisante des lois génétiques. Et maintenant, l'homme commence à modifier son milieu minéral. Dans ce domaine, à cause de sa cupidité et de sa connaissance encore limitée, l'homme a, dans les siècles passés, modifié ce milieu minéral de façon abusive (pollution atmosphérique, épuisement des sols...). Il a appris, par la suite, à réparer ces dégâts. Maintenant il est à même de régénérer la nature, grâce à un emploi judicieux de formes primitives de vie (bactéries, plantes), ou grâce à une combinaison adéquate de systèmes énergétiques (surgénérateurs).

            Tout ceci se fait selon le Plan. En effet, ne lit-on pas dans La Doctrine Secrète (I,142) cette petite phrase qui passe souvent inaperçue: "L'Homme est, pour ainsi dire, la première forme qui y paraisse (sur  la Terre), puisqu'il n'est précédé que par les règnes minéral et végétal - et (voici la partie importante) ce dernier doit d'ailleurs continuer son évolution par l'intermédiaire de l'homme." Il faut que les théosophes comprennent que, bien que toutes ces tentatives sont encore très maladroites et souvent malveillantes, l'humanité est arrivée - selon la doctrine occulte -à un stade où elle doit participer consciemment à la création universelle.

            N'oublions pas que les égos humains font partie de la Quatrième Hiérarchie créatrice (D.S.,I,202). Ils ont été des enfants, sont allés à l'école, ont fait des expériences heureuses et malheureuses, et ont graduellement appris "les lois inexpliquées de la Nature". Maintenant, ils doivent remplir le rôle dévolu à - et attendu de - la Quatrième Hiérarchie. L'univers a existé grâce aux efforts conjugués de la Septième Hiérarchie Créatrice, qui a donné la "compacité" - c'est-à-dire la cohésion- aux formes, de la Sixième Hiérarchie Créatrice, qui a animé toutes les formes en les dotant de "relations" (sensibilité, désir, attraction et répulsion, etc.) et qui, comme dit la D.S., est, pour l'humanité, "les os de ses os et la chair de sa chair"; enfin la Cinquième Hiérarchie Créatrice a apporté l'élément créateur et, surtout, a fait d'une "ombre", l"homme doté de sens. Au tour donc de l'homme, la Quatrième Hiérarchie de faire son travail. Comme les autres, cette hiérarchie  humaine est créatrice, c'est-à-dire qu'elle fait partie des ouvriers qui créent l'univers. Il faut qu'elle apprenne son métier et fasse son travail; la suite de l'évolution dépendra  de cette participation, de plus en plus consciente, de plus en plus pleine et entière, de l'homme à l'oeuvre que de création universelle. C'est ainsi que, les membres de cette humanité apprennent à devenir, un jour, collectivement, le créateur d'un autre globe, le Dieu d'une future évolution, le Logos d'un nouveau manvantara.

            Comme conclusion générale, et pour vous troubler encore une fois, lisons cette phrase de La Doctrine Secrète: "On ne voit pas beaucoup de traces d'une loi uniforme, dans une pareille façon d'agir de la Nature et cela ressemble plutôt à l'action caractéristique d'une sélection super-physique; il se peut que l'aspect du Karma que les Occultistes Orientaux appellent la Loi de Retardement n'y soit pas étranger." (D.S., III, 325)

            Pendant les trois Rondes à venir, l'Humanité, comme le Globe sur lequel elle vit, tendra sans cesse à reprendre sa forme primitive, celle d'une collectivité Dhyan Chohanique. L'Homme, en effet, comme tout autre atome de l'Univers, tend à devenir un Dieu, et ensuite, - DIEU. D.S.,I,142)


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