UNE ESQUISSE LA THEOSOPHIE

par C.W.Leadbeater


Cinquième Édition - 1931

Disponible chez Les Éditions Adyar, 4, Square Rapp, Paris (7e)

TABLE DES MATIÈRES
Chapitre  
1 Introduction
2 Principes généraux
3 La Divinité
4 Le Composé humain
5 La Réincarnation
6 Un Aperçu nouveau de la nature humaine
7 La Mort
8 Le Passé de l' homme et son Avenir
9 La Cause et l' Effet
10 Les Bienfaits de la Théosophie
Appendice La Société Théosophique

CHAPITRE -1-

INTRODUCTION

CE QU 'EST LA THÉOSOPHIE

Des siècles durant, les hommes ont discuté, argumenté, multiplié leurs recherches au sujet de certaines grandes vérités primordiales, telles que l' existence et la nature de Dieu, ses rapports avec l' humanité, le passé et l' avenir de celle-ci. Ils ont acquis sur ces points des convictions si radicalement différentes, des croyances qu 'ils ont mutuellement attaquées et ridiculisées avec tant d' amertume et d' âpreté, que dans l' esprit des masses il a fini par s' ancrer solidement une opinion des plus simplistes : à savoir que, sur de telles questions, l' on ne peut obtenir aucune certitude et que tout se borne à de vagues théories, à des spéculations nébuleuses, du sein desquelles émerge de temps à autre, quelque déduction fausse, tirée de prémisses mal posées. Et contre cette opinion des foules n' ont pu prévaloir les assertions nettes et précises - mais souvent incroyables aussi - des diverses religions positives.

Est-il nécessaire d' affirmer que cette croyance populaire - que l' on s' explique, d' ailleurs - est absolument erronée? Il existe des faits précis et certains; il en existe beaucoup. La théosophie nous les présente, mais - au contraire des Religions - elle nous les présente comme des sujets d' étude et non comme des articles de foi. Elle n' est point par elle-même une religion; elle est aux religions ce que leur étaient les anciennes philosophies. Elle ne les contredit pas, elle les explique. Elle rejette comme nécessairement indigne de la Divinité, comme opposé à la Divinité ce que l' une ou l' autre de ces religions peut renfermer d' absurde et de déraisonnable; mais ce qu' il y a de raisonnable dans leur ensemble ou dans l' une quelconque d' entre elles, la Théosophie le prend, l' explique et le commente, combinant les vérités particulières en un tout harmonieux.

Elle affirme que sur tous les points de première importance on peut connaître la vérité et qu 'elle est, de fait, largement connue. Elle considère toutes les religions, si différentes qu' elles paraissent, comme l' expression de vérités identiques, mais envisagées à des points de vue et sous des aspects différents; car, en dépit des divergences que l' on relève entre leurs nomenclatures et leurs articles de foi, toutes concordent sur les seules questions réellement importantes : le genre de vie que doit mener un honnête homme; les qualités qu' il lui faut cultiver; les vices qu' il doit fuir. Sur ces points d' ordre pratique, étudiez l' Hindouisme ou le Bouddhisme, le Zoroastrisme ou le Mahométisme, le Judaïsme ou le Christianisme, et vous découvrirez que leurs enseignements sont identiques.

On peut représenter la Théosophie, à qui ne la connaît aucunement, comme une savante hypothèse cosmogonique. Pour ceux néanmoins qui l' ont étudiée, ce n' est pas une simple théorie; c' est l' expression de faits positifs. C' est une science précise, que l' on peut creuser comme toute autre science, et ce qu 'elle nous apprend est susceptible de vérification expérimentale de la part de quiconque veut bien se donner la peine de s' adapter aux conditions nécessaires. Elle est l' affirmation des grands faits naturels, l' explication de tous ceux que connaît la science; elle est enfin la description schématique du coin du monde que nous habitons.

COMMENT ON SAIT CELA

Comment ce schéma a-t-il été connu? Qui l'a découvert, demandera-t-on? Nous ne pouvons dire qu' il a été découvert, car, en réalité, l' espèce humaine l'a toujours connu, bien que cette connaissance ait pu disparaître momentanément sur certains points du globe. Il a toujours existé un collège d' hommes hautement développés - non point d' une seule nation, mais de toutes les nations civilisées - lesquels ont pleinement possédé cette connaissance; et toujours ces hommes ont eu dès disciples, étudiant à fond cette vérité sous leur direction, tandis que les principes généraux en étaient vulgarisés au dehors. Cette réunion d' hommes hautement développés existe maintenant encore comme autrefois, et c' est à leur instigation que les enseignements théosophiques sont donnés au monde occidental par l' intermédiaire de quelques-uns de leurs disciples.

Ceux qui ne savent rien ont parfois objecté avec une âpre insistance que, s' il en était ainsi, ces vérités auraient dû depuis longtemps être publiées, et ils ont très injustement reproché aux possesseurs d' une telle connaissance d' avoir, par un coupable silence, mis en quelque sorte la lumière sous le boisseau. Mais ces critiques oublient un point: c' est que quiconque a réellement cherché ces vérités a toujours pu les trouver, et que le monde occidental vient seulement de commencer cette recherche. Pendant des siècles et des siècles, les Européens, pour la plupart, se sont contentés de vivre dans la plus grossière des superstitions, et quand, à la fin, une réaction est venue les arracher à l' absurdité de leurs croyances bigotes, cette même réaction a amené une période d' athéisme aussi absurde et aussi aveugle que les croyances qu' il avait remplacées.

De sorte qu'en réalité ce n' est pas avant l' époque où nous vivons en ce moment que quelques hommes parmi les plus modestes et aussi les plus sages ont commencé à se rendre compte qu 'ils ne savaient rien et à se demander si tout de même on ne pourrait pas apprendre quelque chose.

Bien que ces chercheurs raisonnables ne soient encore qu 'une petite minorité, la Société Théosophique a été fondée dans le but de les réunir et ses livres sont publiés pour que tout homme qui le désire puisse lire, noter, apprendre et s' assimiler ces grandes vérités. La mission de la Société Théosophique n' est point d' inculquer de force sa doctrine à des esprits rebelles, mais de l' offrir simplement, de façon que puisse la prendre quiconque en éprouvera le besoin. Nous ne subissons nullement l' illusion du missionnaire dont la triste arrogance ose condamner à une éternité de peines tout homme qui ne prononce pas son petit symbole particulier. Nous savons parfaitement qu 'à la fin tout ira bien pour ceux-là; mêmes qui maintenant croient impossible d' admettre la vérité; oui, aussi bien pour ces hommes que pour ceux qui la reçoivent avec avidité. Mais, pour nous et pour des milliers de nos semblables, la connaissance de cette vérité a rendu la vie plus facile à supporter et la mort plus douce à envisager, et c' est le simple désir de faire profiter nos frères de tels avantages qui nous pousse à écrire et à parler sur de tels sujets.

Depuis des milliers d' années, les vérités principales de la grande doctrine ont été connues sur presque toute la surface du globe. Elles le sont encore. Nous seuls, Occidentaux, dans notre incroyable suffisance, nous avons persisté à les ignorer, éclatant même d' un rire méprisant chaque fois qu 'une parcelle de ces vérités venait à se présenter sur notre chemin. Dans la science de l' âme comme dans toutes les autres sciences, les notions les plus circonstanciées ne sont possédées que par les chercheurs qui consacrent leur vie à cette branche particulière. Les hommes qui ont ici la pleine connaissance - ceux que l' on appelle des Adeptes - ces hommes ont, avec patience, développé en eux-mêmes les facultés nécessaires à de pareilles observations. Il y a donc à ce point de vue une différence entre les méthodes de l' investigation dite occulte et les procédés applicables aux formes plus modernes de la science. Celle-ci voue toute son énergie au perfectionnement de ses appareils, tandis que la méthode occulte vise plutôt au développement de l' observateur lui-même.

LA MÉTHODE D' OBSERVATION

Détailler ce développement réclamerait plus d' espace qu' il ne peut en être accordé à cette question dans un manuel élémentaire comme celui-ci. On trouvera dans d' autres ouvrages théosophiques le schéma complet de ce développement. Pour l' instant, qu' il me suffise de dire que c' est entièrement une question de vibrations. Nous n' acquérons aucune connaissance du monde extérieur qu' au moyen de vibrations d' une espèce ou d' une autre, qu' elles agissent sur notre vue, notre oreille ou notre toucher. Si donc un homme parvient à se rendre sensible à des vibrations supplémentaires, il acquerra un supplément de perceptions extérieures; il deviendra par exemple ce que l' on appelle communément un clairvoyant .

Ce mot de « clairvoyance », dans son acception usuelle, n' exprime rien de plus qu 'une légère extension de la vision normale : mais l' homme peut devenir de plus en plus réceptif ; pour des vibrations de plus en plus subtiles, jusqu'au ce que sa conscience, s' appuyant sur mainte faculté nouvellement développée, finisse par suivre librement des routes nouvelles et aussi plus hautes. Alors, il voit s' ouvrir devant lui ce qu' il prend pour des mondes d' une matière plus subtile et ce qui n' est en réalité que des régions nouvelles de ce même monde, dont nous connaissons déjà quelques territoires. Il apprend de la sorte que, toute sa vie durant, un vaste univers imperçu l' enveloppe et l' affecte constamment de mille manières, même quand il reste aveuglément inconscient de cet univers. Mais, lorsqu' il développe les facultés par lesquelles il peut entrer en contact avec ces mondes nouveaux, il lui devient possible de les observer scientifiquement, de répéter souvent ses observations, de les comparer avec celles d' autres hommes, de les cataloguer et d' en tirer les déductions qu' elles comportent.

Tout cela a été fait non pas une fois mais des milliers de fois. - Les Adeptes dont j' ai parlé ont consacré tous leurs efforts à cette oeuvre, et nos propres chercheurs de la Société Théosophique ont aussi dirigé les leurs vers le même but. Grâce à nos investigations, nous avons pu non seulement vérifier un grand nombre des renseignements qui nous avaient été donnés par les Maîtres au début, mais encore en expliquer et en compléter beaucoup.

La contemplation de cette partie habituellement invisible de notre monde porte tout d' abord à notre connaissance un vaste ensemble de faits entièrement nouveaux et du plus grand intérêt. Elle nous donne graduellement la solution des problèmes les plus difficiles de la vie; elle éclaircit bien des mystères; elle nous fait comprendre précisément pourquoi ils nous paraissaient des mystères jusqu 'alors; c' est parce que nous ne voyions qu 'une petite partie des faits; c' est parce que, au lieu de nous élever au-dessus d' eux pour en embrasser l' harmonieux ensemble, nous les regardions d' en bas et qu' alors ils nous semblaient incohérents et en quelque sorte dissociés. Oui, la Théosophie, en un instant, tranche un grand nombre de ces questions qui ont été le plus discutées, celle, par exemple, de la continuité de l' existence humaine après la mort. Elle nous fournit la véritable explication de tout ce que les différentes Églises nous affirment de si impossible au sujet du ciel, de l' enfer, du purgatoire. Enfin, elle éclaire notre ignorance et dissipe notre crainte de l' inconnu en nous donnant de l' univers entier une notion rationnelle et claire que je vais essayer maintenant de vous faire connaître.

CHAPITRE -2-

PRINCIPES GENERAUX

Mon vif désir est de vous donner de la Théosophie une idée aussi claire et aussi facilement compréhensible que je pourrai le faire. Aussi, je n' énoncerai, sur chaque point particulier, que les principes généraux seulement. Les lecteurs, s' ils souhaitent un complément d' informations, voudront bien se reporter à des ouvrages plus importants et aux monographies qui ont été écrites sur chaque sujet spécial. Je donnerai à la fin des chapitres de ce petit traité une liste de ces ouvrages qu 'auraient à consulter les personnes désireuses d' approfondir un système aussi attrayant.

Je commencerai donc par le simple énoncé de ce qu' il y a de plus frappant dans les principes généraux que permet d' établir l' étude de la Théosophie. Certains lecteurs pourront trouver ici des assertions qui leur paraîtront incroyables, absolument opposées à leurs idées préconçues. Qu 'ils veuillent bien se rappeler que ce que je leur expose, je ne le leur soumets pas comme une simple théorie, comme une spéculation métaphysique ou une opinion religieuse qui me serait propre, mais comme un ensemble de faits scientifiques prouvés et analysés mainte et mainte fois, non seulement par moi, mais par bien d' autres personnes encore.

Je proclame de plus que cet ensemble de faits peut être vérifié directement par quiconque aura la volonté de consacrer de son temps et de sa peine ce qu' il en faut pour s' adapter à cette recherche. Je n' offre pas à mon lecteur un Credo qu' il devra avaler comme une pilule; j' essaie de placer devant ses yeux un système qu' il étudiera et, mieux encore, de lui dire comment il doit vivre. Je ne réclame de lui nulle foi aveugle. Je lui demande simplement de considérer la Théosophie comme il considérerait une autre hypothèse, bien que pour moi, elle ne soit point une hypothèse, mais la plus vivante des réalités.

Cette prétendue hypothèse, s' il la trouve plus satisfaisante qu' aucune de celles qui lui ont été soumises jusqu 'à ce jour, si elle lui parait; résoudre un plus grand nombre des problèmes de la vie, répondre a un plus grand nombre des questions qui, nécessairement, se dressent devant le penseur, eh bien! alors il en approfondira davantage l' étude et il y trouvera, je l' espère et je le crois,la satisfaction toujours grandissante et la joie Intérieure que j' y ai moi-même trouvées. Si, au contraire, il juge préférable quelque autre système, il n'y a pas de mal de fait: il a simplement appris quelque chose des croyances d' une société d' hommes avec lesquels, pour le moment, il ne saurait s' accorder; mais j' ai, en ce qui me concerne, assez de foi en ces croyances pour être sûr que tôt ou tard sonnera l' heure ou il les partagera, quand il saura, lui aussi, ce que nous savons.

LES TROIS GRANDES VERITES

II est écrit dans un de nos premiers ouvrages théosophiques, qu' il existe trois vérités absolues et qui ne peuvent jamais disparaître complètement; mais qu 'à de certaines époques cependant, ces vérités subissent comme une obscuration parce que personne ne prend soin de les proclamer. Ces vérités primordiales sont aussi vastes, aussi sublimes que la vie elle-même et nonobstant aussi simples que l' esprit de l' homme le plus simple. Je ne saurais mieux faire que de les citer comme les plus grands des principes généraux que je dois vous exposer.

Ensuite, je vous soumettrai quelques corollaires qui découlent nécessairement de ces vérités premières, et, en troisième lieu, je vous énumérerai quelques-uns des avantages qui résultent non moins nécessairement de ces connaissances précises. Enfin, après avoir esquissé ainsi, de façon schématique, les grandes lignes de mon sujet, je les reprendrai une à une et je m' efforcerai de vous offrir toutes les explications élémentaires que peut comporter ce petit livre à l' usage des commençants.

1. Dieu existe et II est bon. Il est le grand dispensateur de vie qui habite en nous et hors de nous. Il est immortel et éternellement bienfaisant. Il ne peut être ni entendu, ni vu, ni touché, et pourtant le perçoit qui désire le percevoir.

2. L' homme est immortel. La gloire et la splendeur de son avenir n' ont point de limites.

3. Une loi divine de justice absolue gouverne le monde de telle sorte que chaque homme est en réalité son propre juge, l' arbitre de sa propre vie, se dispensant à soi-même gloire ou obscurité, récompense ou châtiment.

COROLLAIRES

A chacune de ces grandes vérités se relient quelques autres vérités subsidiaires qui les expliquent.

De la première on peut déduire celles-ci :

1. En dépit des apparences, toutes choses se combinent avec intelligence et précision pour le bien; tous les événements, si fâcheux qu 'ils puissent paraître, se produisent en réalité exactement comme ils doivent se produire. Notre ambiance tout entière tend à nous aider, non à nous entraver; mais il faut le comprendre.

2: Puisque le plan entier de l' univers est de favoriser le progrès humain, le devoir des hommes est évidemment d' apprendre à connaître ce plan.

3. L' homme qui est parvenu à comprendre ce plan a aussi pour devoir d'y coopérer avec intelligence.

De la seconde grande vérité, on peut déduire celles-ci :

1. L' homme véritable est une âme dont le corps n' est qu 'une annexe.

2. L' homme doit donc se placer au point de vue de l' âme pour envisager toutes choses, et chaque fois qu' un conflit s' élèvera dans son moi, l' homme vrai devra s' identifier avec la portion la plus élevée de son être et non avec l' autre.

3. Ce que nous appelons communément la vie de l' homme n' est qu' un des jours de cette vie plus étendue qui est la véritable.

4. La mort est une question de bien moins d' importance qu' on ne le croit habituellement; en effet, elle n' est pas le terme de la vie, mais seulement le passage d' un échelon de cette vie à un autre échelon.

5: L' homme a derrière lui, dans son passé, une immense évolution dont l' étude est excessivement attrayante, captivante et instructive.

6. Il a également devant lui, dans son avenir, une admirable évolution dont l' étude est plus attrayante et plus instructive encore.

7. Il est absolument certain que l' âme humaine finira par atteindre le but qui lui est fixé, si loin qu 'elle puisse sembler s' être écartée du chemin de l' évolution.

De là troisième grande vérité on peut déduire celles-ci:

1. Chaque pensée, chaque parole; chaque action produit un résultat défini; résultat qui n' est point une récompense où une punition extérieures en quelque sorte; mais une conséquence forcée de l' acte lui-même, ayant avec lui une relation d' effet à cause, cette cause et cet effet n' étant, en réalité; que deux parties inséparables d' un tout complet.

2. Il est à là fois du devoir et de l' intérêt des hommes d' étudier à fond cette loi divine, afin de pouvoir s'y conformer et s' en servir comme on en use avec les autres grandes lois de là nature.

3. Il est nécessaire que l' homme se rende absolument maître de lui-même, afin de pouvoir gouverner sa vie avec intelligence et conformément à la loi divine.


AVANTAGES QUE L' ON RETIRE DE CETTE CONNAISSANCE

Cette connaissance, lorsqu' on se l' est pleinement assimilée, change la face de la vie si complètement qu' il me serait impossible d' énumérer tous les avantages qu 'elle procure. Je ne mentionnerai qu' un petit nombre des directions principales suivant lesquelles le changement se manifeste, et mes lecteurs sans doute, pour peu qu 'ils veuillent réfléchir, ne manqueront pas d' apercevoir quelques-unes des innombrables ramifications qui naissent de ces lignes générales.

Qu' il soit bien entendu, cependant, que ce n' est point une connaissance vague et indéterminée qui pourra produire ces changements. Une croyance analogue à celle que la plupart des hommes professent pour les dogmes de leurs religions respectives, serait absolument inefficace puisque, aussi bien, de telles croyances ne modifient en rien la manière de vivre. Mais si nous croyons à ces grandes vérités comme nous croyons aux autres lois de la nature, comme nous croyons, par exemple, que le feu brûle et que l' eau noie, alors l' effet produit sur votre vie devient immense. Car la foi que nous avons en la, constance des lois de la nature nous force à conformer nos actes à ces lois. Croyant que le feu brûle, nous prenons toutes les précautions nécessaires pour éviter le feu, et croyant que l' eau noie, nous évitons de perdre pied quand nous ne savons pas nager.

Mais ces croyances particulières ne sont aussi précises et effectives que parce qu' elles sont fondées sur une connaissance que vient confirmer l' expérience journalière. Or, pour la même raison, les croyances de celui qui étudie la théosophie ne sont pour lui ni moins réelles ni moins précises. Et c' est pourquoi nous découvrons que, de ces croyances théosophiques découlent les avantages suivants :

1. Nous parvenons à comprendre la raison d' être de la vie; nous apprenons comment et pourquoi nous devons vivre et nous savons alors que la vie, quand on la comprend bien, vaut la peine d' être vécue.

2. Nous apprenons à nous gouverner nous-mêmes, et, par suite, à nous développer.

3. Nous apprenons la meilleure manière d' aider ceux que nous aimons, de nous rendre utiles à qui nous touche, d' abord, et ensuite à la race humaine tout entière.

4. Nous apprenons à envisager toujours les choses du point de vue philosophique le plus 'élevé, et jamais du point de vue infime de la simple personnalité. Conséquemment :

5. Les peines de la vie cessent de nous paraître aussi grandes.

6. Les événements qui se produisent autour de nous, comme aussi notre propre destinée, cessent de nous paraître injustes.

7. Nous sommes libérés de là crainte de la mort.

8. La douleur que fait naître en nous la mort de ceux que nous aimons se trouve largement atténuée.

9. Nous acquérons des vues tout à fait, différentes sur la vie qui succède à la mort, et nous comprenons le rôle de celle-ci dans notre évolution.

10. Nous sommes affranchis de tous soucis ou tourments d' ordre religieux, aussi bien en ce qui nous concerne qu'en ce qui concerne nos amie, - des crainte relatives au salut de l' âme, par exemple.

11. Toute anxiété cesse pour nous au sujet de notre sort futur, et nous vivons dans la paix et la sérénité les plus parfaites.

Nous allons maintenant reprendre ces différents points en détail et nous efforcer de les expliquer brièvement.


CHAPITRE -3-

LA DIVINITÉ

Puisque nous déclarons que l' existence de Dieu est le premier et le plus grand de nos principes, il nous faut définir le sens que nous attachons à ce mot Dieu, dont on a tant abusé; et qui est demeuré si grand. Nous essaierons d' abord de le dégager des étroites limites dont l' entoura l' ignorance d' hommes peu développés et dé lui restituer le sens admirable - quoique infiniment inférieur à la réalité - que lui attribuèrent les fondateurs des religions. Et pour cela nous distinguerons entre Dieu, Existence infinie, d' une part, et, d' autre part, la manifestation de cette suprême Existence par un Dieu révélé, développant et guidant un Univers. Ce n' est qu 'à cette manifestation déjà limitée que l' on appliquera le mot: un Dieu personnel. Dieu en Lui-même est au delà des bornes de toute personnalité; il est « dans tout et à travers tout », En réalité, il est tout: et de l' Infini, de l' Absolu, du Tout, nous pouvons seulement dire : « II est. »

Mais pour tous les besoins de la pratique, il est inutile que nous montions plus haut que cette admirable et glorieuse manifestation de Lui, qui est la grande force directrice ou Déité de notre système solaire et que les philosophes ont appelée le Logos (la conception du Logos étant un peu moins complètement au-dessus de notre intelligence que celle de l'Absolu lui-même). Du Logos est vrai tout ce que nous avons entendu dire de Dieu (en bien, naturellement, car il ne saurait être question ici des conceptions blasphématoires qui ont affublé parfois la Divinité des vices humains). Mais tout ce qui a jamais été dit de l' amour, de la sagesse, du pouvoir suprême, de la patience et de la miséricorde de Dieu, de son omniscience, de son omniprésence, etc., tout cela est vrai du Logos de notre système. C' est bien véritablement « en Lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous agissons », et (si étrange que cela puisse paraître) ce n' est pas là une expression poétique, c' est un fait scientifique et précis; quand donc nous parlons de la Divinité, notre première pensée doit se porter naturellement vers le Logos.

Nous n' avons pas l' espérance vague que peut-être II existe; j' ajouterai que même notre croyance en son existence n'a point les caractères de ce que l' on nomme un article de foi; nous connaissons simplement qu' il existe comme nous connaissons que le soleil brille, car, pour tout chercheur, dont la clairvoyance a été développée par l' exercice, cette Puissante Existence devient une certitude absolue. Non pas qu 'à aucun degré d' une évolution purement humaine nous puissions Le voir directement, non certes; mais l' évidence indéniable de son action et de ses volontés nous assiège et s' impose à nous dès que nous nous attachons à l' étude de ce monde invisible, qui n' est, en réalité, que la partie la plus élevée du monde que nous connaissons normalement.

Ici, nous avons à expliquer un dogme qui est commun à toutes les religions: celui de la Trinité. Si incompréhensible que puisse paraître à un lecteur ordinaire mainte affirmation de nos symboles sur ce point, il faut reconnaître que ces affirmations deviennent significatives et lumineuses dès que l' on en comprend le sens vrai. Tel qu' il se montre à nous dans son oeuvre, le Logos solaire est indubitablement triple - et un, cependant, ainsi que depuis longtemps les religions nous l' ont enseigné; - et dans les livres que je mentionnerai ici, on trouvera l' explication de cet apparent mystère, pour autant que l' intelligence humaine, à notre présent degré d' évolution, peut le pénétrer.

Que Dieu soit en nous aussi bien que hors de nous, en d' autres termes que l' homme lui-même soit d' essence divine, voilà une autre grande vérité. La plupart des hommes, aveugles pour tout ce qui n' est pas le monde extérieur le plus grossier, pourront la discuter ; mais pour qui étudie le côté sublime de la vie, cette vérité se présente comme une certitude absolue. Il sera traité de la constitution de l' homme et de ses différents véhicules dans le paragraphe consacré &. la seconde des grandes vérités. Qu' il me suffise d' indiquer ici que du fait de notre essence divine résulte pour nous l' assurance que tout être humain, tôt ou tard, finira par revenir au niveau de la Divinité.


LE PLAN DIVIN

Nul de nos postulats peut-être ne sera admis plus difficilement par les esprits de moyenne envergure que le premier corollaire de la première grande vérité. Quand nous passons en revue les événements de la vie. quotidienne, nous apercevons tant de tempêtes et d' orages, tant de tristesses et de souffrance, que nous sommes tentés de croire d' abord au triomphe du mal sur le bien. Il semble presque impossible que tant d' apparent désordre fasse partie réellement d' une évolution sagement réglée. Et pourtant c' est la vérité! Et c' est une vérité dont on peut se convaincre facilement. Il suffit pour cela de sortir du nuage de poussière que soulève notre lutte acharnée contre le monde extérieur et d' examiner toutes choses de la plate-forme qui nous est fournie par une connaissance plus complète et par la paix intérieure.

Alors le mouvement véritable de cette machinerie compliquée «devient apparent. On avait cru que les contre-courants du mal prévalaient contre le fleuve du progrès, et l' on voit que ces contre-courants ne sont, en somme, que des remous insignifiants, de légers tourbillons de surface ou quelques gouttes d' eau semblent remonter vers la source de la puissante rivière. Mais celle-ci, en dépit des apparences, continue paisiblement sa course vers le but qui lui est assigné, emportant avec elle remous et tourbillons. Ainsi le grand courant de l' évolution suit obstinément sa voie, et ce que nous prenons pour de terribles tempêtes n' est qu 'une légère ondulation de sa surface. M. C.-H. Hinton, dans ses Scientific Romances (vol. I, pages 18 et 24), développe admirablement une autre analogie, à l' appui de cette vérité.

Par le fait, - notre troisième grande vérité nous l' enseigne, - une justice absolue intervient en toutes choses, et de la sorte, avec quelques circonstances qu' un homme se trouve aux prises, il doit savoir que lui seul, et point un autre, se les est créées; mais ce n' est pas tout : il peut avoir aussi la ferme confiance que, sous l' action des lois de l' évolution, toutes choses sont arrangées de façon à lui assurer les meilleurs moyens de développer en lui-même les qualités dont il a le plus besoin. Il se peut très bien, sans doute, que la position qui lui est faite ne soit pas celle qu' il eût choisie pour lui-même; mais elle est exactement ce qu' il a mérité qu 'elle soit, et, sous la réserve précisément de ce qu' il a mérité (et qui impose fréquemment de réelles difficultés), elle est la mieux appropriée aux progrès qu' il doit faire. La vie peut amener cet homme devant des obstacles de toute nature; mais ces obstacles n' ont qu' un but: lui apprendre à les surmonter et à développer par conséquent en lui-même le courage, la décision, la patience, la persévérance, en un mot toutes les qualités qui lui manquent. Les hommes, bien souvent, parlent des forces de la Nature comme si elles conspiraient toutes contre eux. En réalité, s' ils voulaient bien y réfléchir, ils comprendraient qu' au contraire tout est soigneusement calculé pour leur venir en aide dans leur ascension progressive.

Donc, puisque le plan divin existe bien réellement, le rôle de l' homme est d' essayer de comprendre ce plan; une telle proposition n'a pas besoin d' être prouvée. Ne s' agirait-il que d' une question d' intérêt personnel, quiconque vit sous l' influence de certaines conditions ne saurait mieux faire que de se familiariser avec elles. Mais au moment où l' homme cesse d' obéir à des considérations égoïstes, son devoir est encore plus nettement tracé: il doit se pénétrer du plan divin, dans le but d'y coopérer plus efficacement.

Indubitablement il entre dans ce plan divin que l' homme y coopère avec intelligence aussitôt qu' il est assez développé intellectuellement pour le comprendre et assez évolué moralement pour souhaiter de venir en aide au monde. Mais, en vérité, ce plan divin est si merveilleux et si beau que, dès qu' un homme a pu le contempler une fois, il ne lui est plus possible de ne pas consacrer toutes ses énergies à l' effort par lequel on devient un ouvrier de Dieu, si infime que soit la besogne dont il sera chargé.

Pour plus de détails sur les sujets effleurés dans ce chapitre, le lecteur pourra consulter le Christianisme ésotérique et Sagesse antique d'Annie Besant, ainsi que mon petit livre le Credo chrétien. M. Mead a aussi jeté beaucoup de lumière sur ces questions dans deux ouvrages dont l' un, Orpheus [ Cet ouvrage, Orphée n'a pas été traduit en français], les considère au point de vue grec, et l' autre, Fragments of a Faith Forgotten [Cet ouvrage Fragment d' une foi oubliée n'a pas été traduit en français ], au point de vue gnostique-chrétien.


UNE LEÇON DE LA VIE

J
' apprends à mesure que j' avance dans ma vie
Et que mes yeux voient plus clair, j' apprends
Que sous chaque apparent désordre
Rampe la racine de justice;
Qu 'à chaque douleur, il est un but
Que bien souvent ne peut deviner celui qui souffre;
Que, aussi sûr que l' aurore naît avec le soleil,
Tout ce qui est, est «pour le mieux.

Je sais que toute action coupable
— Aussi vrai que la nuit amène l' ombre -
Quelque part, quelque jour est punie
Si long que soit le délai du châtiment.
Je sais que l' âme est aidée
Quelquefois par la torture du coeur
Et que, pour grandir, souvent il faut souffrir,
Mais tout ce qui est, est pour le mieux.

Je sais qu' on ne peut trouver nulle erreur
Dans le vaste plan éternel,
Et que toute créature collabore
Au bien final de l' humanité.
Et je sais que lorsque mon âme montera plus haut,
Continuant sa grande enquête éternelle,
Je dirai, en regardant en arrière sur notre globe :
Tout ce qui est, est pour le mieux.

(Poésie anonyme publiée par un journal américain.)


CHAPITRE -4-

LE COMPOSE HUMAIN


L' extraordinaire matérialisme pratique auquel l' Europe a été livrée, ne peut guère mieux être démontré que par les locutions mêmes que nous employons dans la vie quotidienne. C' est avec un naturel parfait que nous déclarons communément: l' homme a une âme; nous devons sauver notre âme, etc., etc., et cela comme si l' homme véritable, l' homme réel résidait essentiellement dans le corps physique, l' âme n' étant qu 'une simple annexe, un vague quelque chose appartenant en propre au corps et dépendant de lui.

Avec une telle idée, dont l' extrême inexactitude s' affirme jusque dans la langue, il serait difficile de s' étonner que certaines gens aillent un peu plus loin dans la même voie et se demandent par exemple si ce vague quelque chose que l' on appelle l' âme existe bien réellement.

Et de cela il résulte que bien souvent le commun des mortels ne sait absolument pas s' il a ou non une âme et, a fortiori, si cette âme est immortelle.

Mais ce qu' il y a d' extraordinaire, c' est que l' humanité puisse demeurer dans cette pitoyable ignorance, car une foule de preuves (que fournit même le monde extérieur) démontrent péremptoirement que l' homme a un mode d' existence absolument indépendant de la vie de son corps; une vie particulière qui peut se manifester à une certaine distance du corps charnel, avant la mort; et qui, après celle-ci, se sépare entièrement du cadavre.

Tant que nous ne nous serons pas débarrassés de l' incroyable illusion que nous subissons en nous figurant que notre corps, c' est nous, il nous sera impossible de raisonner sainement sur ces questions. Mais un peu de réflexion nous montrera tout de suite que notre corps n' est qu' un véhicule, un organe, au moyen duquel nous pouvons entrer en contact, entrer en rapport avec ce type particulier de matière grossière dont est constitué le monde visible.

Un peu de réflexion nous démontre encore l' existence d' autres types de matière et la réalité non seulement de cette matière ténue que sous le nom d' éther la science moderne veut bien admettre, en affirmant que toutes les substances connues en sont interpénétrées, mais de matières plus subtiles encore que l' éther et qui l' interpénètrent à leur tour comme celui-ci fait des autres corps, l' emportant sur l' éther en ténuité autant que celui-ci l' emporte sur les corps solides.

Ici, le lecteur se demandera naturellement comment l' homme pourra jamais connaître ces variétés si merveilleusement subtiles et déliées de la matière. Il les connaîtra exactement comme il en connaît actuellement les formes grossières, c' est-à-dire en percevant les vibrations qu' elles émettent. Et il lui sera possible de percevoir ces vibrations par le fait même qu' il possède en lui de la matière de ces variétés subtiles; or, de même que son corps physique est l' organe au moyen duquel il communique soit activement, soit passivement avec le monde physique; ainsi les particules de matière subtile qu' il renferme lui constituent un organe capable de le mettre en communication avec ce monde de matière subtile que ne saurait percevoir la grossièreté des sens physiques ordinaires.

Et cela n' est point du tout une idée nouvelle. Saint Paul fait observer - que l' on s' en souvienne - qu' «il y a un corps charnel et qu' il y a un corps spirituel »; il parle en outre de l' âme de l' homme et de son esprit, et ce sont là deux mots qu' il n' emploie pas du tout comme des synonymes, bien que de nos jours on l' affirme souvent avec une incroyable ignorance, II devient donc évident que la constitution de l' homme est de beaucoup plus complexe qu' on ne le croit ordinairement. Non seulement il est un esprit dan» une âme, mais cette âme elle-même qu 'informe l' esprit comporte plusieurs véhicules de densité croissante, dont le corps physique n' est que ce dernier et le plus matériel. Tous ces véhicules divers peuvent être appelés des corps si on les considère par rapport aux plans spéciaux de matière auxquels ils appartiennent On peut dire, en effet, qu' il existe autour de nous une série de mondes qui s'emboîtent en quelque sorte l' un dans l' autre, par interpénétration, et l' homme possède un corps de même nature que chacun de ces mondes, corps par lequel il peut communiquer avec ce monde et vivre dans ce monde.

Par degrés, l' homme apprend à utiliser ces différents corps qu' il possède, ce qui lui permet d' acquérir progressivement une notion de plus en plus complète de l' univers vaste et compliqué dans lequel il vit, car tous ces autres mondes plus subtils font, en somme, partie intégrante de notre Cosmos. L' homme arrive donc à comprendre de la sorte bien des choses qui auparavant lui paraissaient mystérieuses; il cesse de s' identifier avec ses corps, s' apercevant qu 'ils ne sont que vêtements qu' il peut endosser, quitter ou changer sans changer lui-même en quoi que ce soit. Faut-il répéter, une fois de plus, que ce ne sont point là des spéculations métaphysiques ni de pieuses croyances? Ce sont des faits scientifiques précis, exactement et expérimentalement connus de quiconque a étudié la Théosophie. Plusieurs trouveront étrange d' entendre, sur de telles questions, substituer des affirmations péremptoires aux ordinaires hypothèses; mais je ne parle ici de rien qui ne soit connu d' un grand nombre de chercheurs qui l' ont appris par de nombreuses expériences directes, maintes fois répétées. A coup sûr « nous savons ce dont nous parlons », nous le savons non par ouï-dire, mais par expérience. Aussi parlons-nous avec confiance.

A ces mondes qui s'interpénétrent, à ces différents degrés de matérialité que nous présente la nature, nous donnons le nom de plans. Nous appelons « plan physique » le monde visible, y compris les gaz et les différentes classes de l' éther. Au degré de matérialité qui vient tout de suite après ce plan physique, les alchimistes du moyen âge (qui en connaissaient bien l' existence) ont donné le nom de « plan astral ». Nous avons conservé cette désignation. Mais au delà du plan astral, il existe un monde pétri, si j' ose dire, d' une matière plus subtile encore et que nous appelons le « plan mental », parce que c' est de cette matière qu 'est constitué ce que nous appelons le « mental » de l' homme.

Enfin, il existe des plans plus élevés que le plan mental lui-même, mais je n' ai pas besoin d' embrouiller le lecteur en les lui mentionnant, puisque nous ne nous occupons, pour le moment, que des manifestations du composé humain dans les mondes inférieurs.

Ce qu' il ne faut pas perdre de vue, c' est que ces différents mondes, dans l' espace, ne sont pas plus éloignés les uns que les autres. En réalité, ils occupent tous exactement la même place, nous enveloppant, nous pénétrant tous et toujours également. Pour l' heure, notre conscience est équilibrée, localisée, dans notre cerveau physique; c' est là son organe du moment, et il résulte de ce fait que nous n' avons conscience que du monde physique, et même d' une partie seulement de ce monde physique. Mais il nous suffit d' apprendre à localiser, à concentrer notre conscience dans l' un des véhicules supérieurs; aussitôt les objets physiques s'évanouissent à notre vue et nous percevons à leur place le monde constitué par la matière qui correspond au nouveau véhicule employé.

Souvenez-vous que toute matière est substantiellement la même, La différence entre la matière astrale et la matière physique n' est pas plus essentielle que la différence entre la glace et la vapeur. C' est tout simplement la même chose qui nous est présentée dans des conditions différentes. La matière physique peut être transformée en matière astrale; la matière astrale, en matière mentale il suffit pour cela de la subdiviser assez et de lui communiquer le mouvement vibratoire correspondant, comme rapidité, à ces différents états.


L' HOMME VÉRITABLE

Qu' est-ce donc que l' homme véritable? L' homme véritable est réellement une émanation du Logos, une étincelle du Feu divin. L' Esprit qui est en lui est de l' essence même de la Divinité, et cet esprit porte son âme comme on porte un vêtement; c' est un vêtement qui l' entoure et l' individualise, et qui semble, à notre faible vue, le séparer pour un temps du reste de la Vie Divine. L' histoire de la formation première de l' âme humaine, de l'enrobernent de l' Esprit dans cette âme, est une admirable et intéressante histoire, mais qu' il serait trop long de conter dans un ouvrage aussi élémentaire que celui-ci. On la trouvera, pleinement développée, dans ceux de nos livres qui ont pris pour objet cette partie de la Doctrine. Qu' il suffise de dire ici que les trois aspects de la Vie Divine ont leur rôle dans ce commencement, et que la formation de l' âme humaine constitue, en quelque sorte, le point culminant de ce grand sacrifice du Logos descendant dans la matière, que l' on a appelé l' Incarnation.

Voici donc née l' âme-enfant, et, précisément de même qu 'elle a été « faite à l' image de Dieu », triple dans son aspect comme Dieu lui-même, et, comme lui aussi, triple en sa manifestation, ainsi son processus évolutif sera-t-il la contre-partie de sa descente dans la matière. L' Étincelle Divine porte en soi toutes les potentialités; mais il lui faudra évoluer durant des âges et des âges avant de les pouvoir mettre en valeur. La méthode prévue pour le développement des qualités latentes de l' homme semble être qu' il apprenne à répondre au vibrations extérieures en vibrant synchroniquement avec elles. Mais, au niveau où se trouve l' homme vrai (c' est-à-dire sur le plan mental supérieur), les vibrations sont beaucoup trop ténues pour obtenir, dès à présent, une telle réponse. L' homme commence par ne percevoir que des mouvements plus forts et plus grossiers et c' est en éveillant avec leur aide sa sensibilité assoupie qu' il devient graduellement de plus en plus sensitif, jusqu 'à ce qu' il finisse par répondre parfaitement sur tous les plans à toutes sortes de vibrations.

Tel est donc l' aspect matériel du progrès humain; mais, au point de vue subjectif, l' homme qui peut répondre à toutes les vibrations doit forcément posséder dans sa plénitude la faculté de sympathiser et de compatir. Et telle est exactement, en effet, la caractéristique de l' homme évolué, de l' adepte, de l' instructeur spirituel, du Christ. Cette condition a nécessité le développement de toutes les qualités qui font l' homme parfait, et c' est là la tâche véritable de sa longue vie dans la matière.

Nous avons, au cours de ce chapitre, esquissé la silhouette de bien des sujets de la plus haute importance. Ceux qui voudront en pousser plus loin l' étude trouveront, pour les aider, un bon nombre d' ouvrages théosophiques. Sur la constitution de l' homme, nous citerons les volumes suivants, de Mme Besant: l' Homme et ses Corps, le Soi et ses Enveloppes, Les sept principes de l' homme ; ainsi que mon propre livre, l' Homme visible et invisible, dans lequel on trouvera beaucoup de descriptions des différents véhicules, tels qu 'ils apparaissent au clairvoyant. Sur l' usage des facultés intérieures, se reporter à Clairvoyance. Sur la formation et l' évolution de l' âme, consulter Birth and Evolution of thé Soul d'Annie Besant, le Développement de l' âme d'A.P. Sinnett, aussi mon ouvrage le Credo chrétien. Sur l' évolution spirituelle de l' homme, consulter: Vers le Temple, le Sentier du Disciple (Annie Besant) et les derniers chapitres de mon petit livre : Les Aides invisibles.


CHAPITRE -5-

LA REINCARNATION

Étant donné que tout d' abord des vibrations les plus subtiles ne peuvent pas agir sur l' âme, celle-ci devra se draper dans des vêtements tissés d' une matière suffisamment grossière pour qu' au moins les vibrations moins fines puissent lui être transmises. Elle se revêt donc successivement du corps mental, du corps astral et du corps physique. C' est ce qui constitue une naissance ou incarnation, le commencement d' une vie physique. Durant cette vie, elle acquiert quelque expérience sur toutes sortes de choses; elle apprend, si j' ose dire, certaines leçons et développe en elle certaines qualités.

Après un temps plus ou moins long, elle commence à se retirer de nouveau en elle- même et dépouille, l' un après l' autre, les vêtements dont elle s' était couverte. Le premier à rejeter est le corps physique et c' est l' abandon de celui-ci que nous appelons la mort. Ce n' est pas là le terme de nos activités, comme nous le supposons avec tant d' ignorance. Rien n' est plus loin de la vérité qu 'une telle idée. Cette mort n' est en réalité qu' un simple effort qu' accomplit l' âme pour se replier sur soi-même en emportant comme butin la science qu 'elle a pu acquérir, et après une période plus ou moins longue de repos relatif il lui faudra faire un nouvel effort de même nature.

Donc, ainsi qu' il a été dit, ce que nous appelons ordinairement la vie n' est qu' un jour de cette vie plus vaste qui est la véritable; c' est une journée d' école pendant laquelle notre âme apprend certaines leçons. Mais, qu' est-ce qu 'une courte vie de soixante-dix ou de quatre-vingt's ans pour apprendre toutes les leçons que ce merveilleux et admirable monde nous doit enseigner? De toute nécessité il faudra que notre âme renaisse mainte et mainte fois, revive mainte et mainte ces journées d' école que nous appelons des existences; cela dans différentes classes et dans des ambiances diverses, jusqu 'à ce que soient sues de nous toutes les leçons qu' il nous fallait apprendre;et alors, alors seulement prend fin notre moindre tâche d' écolier, et nous passons à un devoir plus haut et plus glorieux, à notre devoir de vie divine auquel cet apprentissage des vies terrestres n' est qu 'une préparation.

Voilà ce qu' on appelle la doctrine des réincarnations ou des renaissances, doctrine presque universellement admise par les peuples civilisés d' autrefois et à laquelle adhère maintenant encore la plus grande partie de la race humaine.

« Ce qui est incorruptible, a dit Hume, doit être également ingénérable. Donc l' âme, si elle est immortelle, doit préexister à la naissance du corps, et la métempsycose est le seul système spiritualiste que puisse admettre le philosophe [Hume, Essay on Immortality, London, 1875. ]. »

Et Max Müller s' exprime ainsi à propos des théories réincarnatives de l' Inde et de la Grèce :
« Elles reposent sur une idée qui, si elle était exprimée en des termes moins mythologiques, pourrait être considérée comme la meilleure preuve d' une haute culture philosophique [Theosophy or Psychological Religion, page 122, édition 1895. ]»

Puis, dans son dernier ouvrage (ouvrage posthume), ce grand orientaliste revient encore sur la doctrine des réincarnations et déclare que, personnellement, il y croit.

De son côté, Huxley écrit: « De même que la doctrine évolutive elle-même, celle de la transmigration a ses racines dans le monde des faits; elle s' étaie sur tout ce que l' analogie peut fournir de démonstratif en fait d' arguments [voir Evolution and Ethics, page 61, édition 1905. ]. »

On le voit, les écrivains modernes, comme les anciens, reconnaissent dans l' hypothèse réincarnative une de celles qui méritent le plus sérieux examen.

Mais, pas un seul instant il ne faut la confondre avec cette autre théorie, fruit d' une grande ignorance, suivant laquelle une âme que son évolution avait amenée à la condition humaine pouvait rétrograder et redevenir l' âme d' un animal. Non, une telle régression est absolument impossible. Sitôt qu' un homme existe - c' est-à-dire une âme humaine habitant ce que nous appelons dans nos livres un corps causal - il lui est impossible, quelques erreurs qu' il commette, quelque persévérance qu' il apporte à mésuser des occasions de progrès qui lui sont offertes, il lui est impossible de retomber à ce rang animal qui constitue en réalité un règne inférieur au règne humain.Cet homme, s' il est paresseux à cette école de la vie dont nous parlions tout à l' heure, il lui faudra prendre et reprendre encore la même leçon; combien de fois avant de la bien savoir, je ne puis le dire, mais il y arrivera tôt ou tard, si lents que soient les progrès. Il y a quelques années une revue a très joliment exprimé comme suit l' essence même de cette doctrine:

« Un petit garçon vint en classe très petit. Tout ce qu' il savait lui était venu avec le lait de sa mère. Son maître d' école (qui était Dieu) le plaça dans la plus basse classe et lui donna ces leçons à apprendre: Tu ne tueras point. Tu ne feras aucun mal à rien de ce qui vit. Tu ne voleras point. — Notre élève ne tua pas, mais il fut cruel et il vola. A. la fin de la journée (quand sa barbe se trouva grise et que la nuit fut venue), son maître (qui était Dieu) lui dit: « Tu as appris à ne pas tuer, mais tu « n' as pas appris les autres leçons. Reviens « demain. »

« II revint donc le matin suivant, petit garçon. Et son maître (qui était Dieu) le mit dans une classe un peu plus forte et lui donna ces leçons à apprendre; Tu ne feras aucun mal à rien de ce qui vit. Tu ne voleras point. Tu ne tromperas point. Et notre élève ne fit de mal à rien de vivant; mais il vola et mentit. Et, à la fin de la journée (quand sa barbe se trouva grise et que la nuit fut venue), son maître (qui était Dieu) lui dit: « Tu as appris « la pitié, mais tu n' as pas appris les autres leçons. Reviens demain. »

« Et de nouveau, le matin suivant, il revint, petit garçon. Et son maître (qui était Dieu) le plaça dans une classe cependant un peu plus élevée et lui donna ces leçons à apprendre : Tu ne voleras point. Tu ne tromperas point. Tu ne convoiteras point. Et notre élève, à la vérité, ne vola point, mais il trompa et convoita. De sorte qu 'à la fin de la journée (lorsque sa barbe se trouva grise et que la nuit fut venue), son maître (qui était Dieu) lui dit: « Tu as appris à ne pas voler, mais les autres « leçons, tu ne les au point apprises. Mon « enfant, tu reviendras demain. »

« Voilà ce que j' ai lu sur le visage des hommes comme sur celui des femmes et dans le livre qu 'est le monde et sur le parchemin qui se déroule aux cieux, écrit avec des étoiles. » (Berry Benson, The Century Magazine, May 1894.)

Je ne dois pas surcharger ces pages des nombreux arguments irréfutables sur lesquels est basée cette doctrine de la réincarnation ; ils sont développés d' une manière complète dans maints ouvrages théosophiques par une plume de beaucoup plus apte à le faire, que la mienne. Je n' ajouterai ici qu 'une simple observation. La vie nous met aux prises avec une foule de problèmes qu' aucune autre interprétation que l' hypothèse réincarnative ne permet de résoudre. Cette grande vérité les explique; par conséquent elle doit être considérée comme bonne jusqu 'à ce que l' on découvre une autre hypothèse plus satisfaisante. J' ajouterai que pour nombre d' entre nous (et comme d' ailleurs le reste de nos enseignements) cette prétendue hypothèse n' en est pas une, mais est une connaissance ferme et directement obtenue; ce qui, je le reconnais, ne peut pas servir de preuve pour le public en général.

Mais voici une autre considération. Un grand nombre d' hommes bons et droits se sont, avec tristesse, trouvés incapables de concilier les événements dont ils étaient les témoins journellement avec la théorie d' un Dieu à la fois Toute-Puissance et Tout Amour. Le spectacle de toutes nos tortures morales, de toutes nos souffrances physiques leur imposait la conviction que: ou bien Dieu n' était pas tout-puissant et ne pouvait les empêcher, ou bien qu' il n' était pas tout amour et ne prenait point garde à nos misères. Nous autres théosophes, nous possédons l' indéracinable conviction qu' il est à la fois Toute-Puissance et Tout-Amour, et c' est grâce à cette doctrine fondamentale de la réincarnation que nous pouvons concilier avec cette certitude la réalité des tristesses qui nous environnent. A coup sûr, l' unique hypothèse qui nous permette de reconnaître raisonnablement à la Divinité la perfection de l' amour et de la puissance, à coup sûr cette hypothèse mérite d' être examinée soigneusement.

Car elle nous fait comprendre que notre vie présente n' est point un début, mais que nous avons tous derrière nous une longue série d' existences; et c' est au moyen de ce que nous avons appris dans ce passé que nous avons pu nous élever du niveau de l' homme primitif à notre condition actuelle.

Assurément, au cours de ces vies passées, nous avons dû et bien et mal agir. De chacune de nos actions est résulté, suivant une loi d' infaillible justice, telle proportion définie de bien ou de mal. Le bien produit toujours du bonheur d' abord et, en outre, des conditions favorables au développement ultérieur. Le mal, au contraire, génère toujours de la souffrance et restreint les chances favorables au développement.

Si donc nous nous trouvons gênés de quelque manière dans nos aspirations vers le bien, nous devons comprendre que cette infériorité ne provient que de nous mêmes ou tient tout simplement à la jeunesse de notre âme; si nous sommes en proie à la tristesse, à la souffrance, nous seuls nous en sommes responsables. Les mille et une destinées des hommes si variées, si complexes, ne sont qu' autant d' inéluctables et d' exactes résultantes du bien et du mal contenues dans leurs actes antérieurs, et toutes choses progressent régulièrement, en conformité avec la divine loi et en vue de l' apothéose finale de gloire.

Aucun enseignement théosophique, peut-être, n'a été attaqué plus violemment que cette grande vérité de la réincarnation, et pourtant c' est, à coup sûr, une très consolante doctrine, car elle nous garantit le temps nécessaire à l' accomplissement des progrès qu' il nous reste à faire, le temps et la possibilité de devenir même « parfaits comme notre Père qui est au ciel ». Certains adversaires fondent leur principale objection sur ce qu 'ils ont éprouvé tant de chagrins et de douleurs dans cette vie qu' il leur est impossible d' admettre qu' il faille passer à nouveau par de telles épreuves. Pauvre raisonnement ! Nous sommes à la recherche de la vérité. Si donc nous venons à la rencontrer, nous ne devons pas reculer devant elle, qu 'elle nous plaise ou qu 'elle nous déplaise: mais en fait, comme je l' ai dit plus haut, la réincarnation, quand on la comprend bien, est une doctrine profondément consolante.

Certaines gens demandent souvent aussi pourquoi, si nous avons vécu tant d' existences antérieures, nous ne nous en rappelons aucune. En peu de mots, voici la réponse: il est quelques personnes qui se les rappellent, mais c' est une petite minorité, car la plupart des hommes de notre temps ont encore leur conscience localisée dans un de leurs véhicules, dans une de leurs enveloppes inférieurs. On ne peut demander à cette enveloppe de se souvenir d' incarnations précédentes, puisqu 'elle n' en a pas eu, elle; et l' âme, qui les a eues, n' est pas encore pleinement consciente sur son propre plan. Le souvenir du passé tout entier, cependant, n' en est pas moins enregistré dans cette âme, et les qualités que l' enfant apporte en naissant sont précisément l' expression même de ce souvenir. Mais quand un homme s' est développé assez pour pouvoir localiser sa conscience dans son âme et non plus dans ses véhicules inférieurs, alors l' histoire entière de cette vie plus vaste qui est la vraie vie, s' ouvre devant lui comme un livre.

L' ensemble de cette question est entièrement et admirablement développé dans le manuel d'Annie Besant, Réincarnation , dans La Réincarnation, une espérance pour le monde (I. S. Cooper) et dans certains chapitres de Vers le Temple (Mme Besant), que je recommande spécialement à l' attention du lecteur.



CHAPITRE -6-

UN APERÇU NOUVEAU DE LA NATURE HUMAINE

Un peu de réflexion nous montrera bien vite quel changement radical se produit dans la manière de vivre d' un homme qui s' est convaincu que la vie physique n' est rien, rien qu' un jour à passer à l' école, et que son corps physique n' est rien non plus, rien qu' un vêtement que l' on prend un instant pour travailler et que l' on quitte, la besogne terminée. Cet homme comprend maintenant que la seule tâche importante c' est d' apprendre la leçon que l' on doit apprendre , et que se laisser distraire de ce devoir par ceci ou par cela, c' est agir d' une manière absolument inconsidérée.

A qui connaît la vérité, l' existence ordinaire de la masse des hommes, cette existence vouée exclusivement aux biens physiques, à la poursuite de la richesse ou de la gloire, oh ! combien elle paraît puérile! N' est-elle pas le sacrifice absurde 'de tout ce qui est véritablement désirable à la satisfaction momentanée de ce qu' il y a d' inférieur dans notre nature? Le disciple met ses affections dans les choses de là-haut et non,dans celles de la terre , d' abord parce que tel est son devoir et ensuite parce qu' il comprend admirablement l'insignifiance de tout ce qui est terrestre. Il tâche toujours de se placer au point de vue le plus élevé, car on ne saurait attacher aucune importance à ce que l' on regarde d' en bas, la vue étant obscurcie alors par cet épais brouillard que condensent autour de nous les sensations et les désirs inférieurs.

Est-ce à dire, cependant, qu' il ne subira jamais de tentations, le disciple même qui sera le mieux convaincu que la voie haute est celle qu' il doit suivre? Hélas! non. Bien souvent il sera sollicité, entraîné vers la route d' en bas; le grand combat se livrera en lui. Il éprouvera que, suivant la forte expression de saint Paul, "il y a une loi des membres qui entre en lutte contre la loi de l' esprit", et il connaîtra la vérité de cette autre parole: " Ce que je voudrais faire, je ne le fais pas, et ce que je ne voudrais pas faire, je le fais, "

Je dirai, à ce propos, que des gens d' une grande religiosité se méprennent souvent d' une manière très fâcheuse sur la cause de ces batailles intérieures que nous avons tous senti se livrer en nous, avec des degrés divers d' acharnement et de suite; et ces personnes adoptent généralement l' une des deux explications suivantes: ou bien elles supposent que les basses impulsions qu' elles ressentent leur viennent de démons tentateurs et leur sont, en somme, étrangères; ou bien, au contraire, elles déplorent la noirceur et la malice de leur âme et tremblent devant l' abîme de mal qu' elles recèlent dans leur coeur. En vérité, un grand nombre des êtres les meilleurs, hommes et femmes, sont tenaillés, sur ce seul point, par des tortures fort inutiles.

Ce qu' il faut d' abord se représenter si l' on veut comprendre la question, c' est que les désirs inférieurs que nous ressentons ne sont nullement nos désirs. Ils ne sont pas non plus l'oeuvre de quelque démon qui s' acharnerait à perdre notre âme. Il est vrai que de mauvaises entités parfois sont attirées par les mauvaises pensées qui naissent en nous et les renforcent; mais de telles entités sont de fabrication humaine, toutes, et, de plus, temporaires. Elles consistent simplement en formes artificielles créées par la pensée d' autres hommes mauvais, et le semblant de vie qui les anime a une durée proportionnée à la force du sentiment qui les créa.

Mais, habituellement, les impulsions nuisibles nous viennent d' une source tout à fait différente. Nous avons dit que, pendant le travail de l' incarnation, l' homme se revêtait successivement d' enveloppes constituées par de la matière des différents plans. Or, cette matière n' est point de la matière morte (la science occulte nous apprend, d' ailleurs, qu' il n' existe nulle part de la matière morte). C' est de la matière qui vit et dont la vie est accompagnée d' instinct. Mais la vie qui anime cette matière se trouve être à un degré d' évolution qui précède de beaucoup celui où se trouve notre Moi. Ainsi, elle a à descendre encore ; le progrès, pour elle, est de s' épaissir, tandis qu' il est pour notre Moi, de s' affiner. Il est donc facile de comprendre la source des conflits, puisque l' intérêt de l' homme véritable est contraire à celui de la matière vivante qui entre dans la composition de certains de ses véhicules.

Voilà, très sommairement esquissée, l' explication de l' étrange combat intérieur que nous constatons quelquefois en nous, combat qui a fait naître dans certains esprits poétiques l' idée de bons et de mauvais anges se disputant la possession des âmes humaines. On trouvera plus de détails sur cette question dans mon livre le Plan astral. En attendant, il est nécessaire que l' homme comprenne bien qu' il est, lui la force supérieure qui va toujours de l' avant et combat pour le bien; tandis que cette force inférieure n' est pas du tout lui; elle n' est qu' un fragment révolté de l' un de ses véhicules inférieurs. L' homme vrai doit apprendre à soumettre ce fragment rebelle, à le dominer complètement et à le maintenir dans l' obéissance; mais il ne doit pas tomber dans l' erreur qui le lui ferait considérer comme intrinsèquement mauvais. C' est là encore une émanation du Pouvoir divin, cherchant à suivre sa voie normale, qui est, à ce degré dévolution, de descendre dans la matière, au lieu de s' en dégager comme nous devons le faire.

CHAPITRE -7-

LA MORT

Une complète intelligence de ce qu 'est la vérité théosophique se montre féconde en résultats pratiques. L' un des plus importants est de changer du tout au tout notre attitude devant la mort. Il est impossible de calculer tout se que l' humanité a subi de tortures morales, de terreurs et de chagrins par le seul fait de son ignorance et de ses superstitions en ce qui concerne le trépas. Une masse incroyable d' opinions fausses et absurdes sur ce point, ont causé dans le passé et produisent encore aujourd'hui une indescriptible somme de souffrances; et l' extirpation de ces préjugés serait un des plus grands bienfaits que l' on pût apporter à la race humaine.

C' est ce bienfait que reçoivent de la Théosophie ceux qui, grâce aux études philosophiques qu 'ils ont faites dans leurs vies antérieures sont devenus aptes à accepter maintenant son enseignement. Cet enseignement dépouille la mort de toute la terreur et d' une grande partie des tristesses qui l' enveloppent; il nous permet de la contempler dans ses vraies proportions et de comprendre quel est son rôle dans le plan général de l' évolution.

Lorsque l' on considère la mort comme le terme de la vie ou comme l' entrée d' un pays obscur, dangereux et inconnu, il est assez naturel de l' envisager avec une grande appréhension, sinon avec une véritable terreur. Et puisque, en dépit de tout ce que les religions ont fait pour enseigner le contraire, telle est bien la façon générale dont la mort est considérée dans tout le monde occidental, il ne faut pas s' étonner des mille horreurs qui venant se greffer sur cette idée de la mort, ont passé dans nos habitudes et enfin se sont imposées même aux personnes qui connaissent la vérité. Tous ces horribles symboles de malheur, le crêpe, les vêtements de deuil, le papier bordé de noir ne sont que des preuves de l' ignorance des personnes qui en font Usage. L' homme qui commence à comprendre ce qu 'est la mort, celui-là met de côté toute cette mascarade comme un fol enfantillage. Il sait qu 'elle est un bien, et déplorer ce qui arrive d' heureux à un ami, simplement parce que l' on va se trouver en apparence séparé de lui, c' est, il s' en rend compte, une manifestation d' égoïsme. Sans doute il ne peut se soustraire au heurt de la séparation momentanée, mais ce qu' il peut éviter, c' est de permettre à sa peine de devenir une gêne pour l' ami qui s' en est allé.

L' homme qui comprend la mort sait qu' il ne doit ni la craindre ni la déplorer, qu 'elle lui soit envoyée à lui ou qu 'elle atteigne ceux qu' il aime. Tous sont morts bien des fois déjà: la mort est pour tout le monde une très vieille connaissance. Au lieu de la représenter comme l' affreuse reine des terreurs, ne vaudrait-il pas mieux lui donner pour symbole un ange qui, portant une clef d' or, nous ferait entrer dans les glorieux royaumes de la vie supérieure ?

L' homme qui comprend la mort comprend nettement aussi que la vie est continue et que perdre son corps physique ce n' est rien de plus que d' ôter un vêtement, ce qui ne change en aucune manière l' homme véritable qui portait ce vêtement. Il voit que mourir c' est tout simplement être promu d' une vie plus qu 'à moitié physique à une vie complètement astrale, c' est-à-dire bien supérieure. La mort, donc, quand elle vient à lui, est la bienvenue; et quand elle vient à ceux qu' il aime, sans doute il ne peut se défendre d' un certain regret égoïste, devant cette séparation temporaire qui lui est imposée, mais il reconnaît qu 'elle est un grand avantage pour ceux qui lui ont été enlevés ainsi. Il a compris également que cette séparation n' est qu' apparente et point réelle. Il sait que les soi-disant morts sont toujours près de lui et qu' il n'a lui-même qu 'à abandonner momentanément son corps physique, durant le sommeil, pour le rejoindre et communiquer avec eux comme autrefois.

Il voit clairement que le monde est un, que les mêmes lois divines s' appliquent à toutes les parties de ce vaste ensemble, qu' elles soient visibles ou invisibles à nos regards physiques. Il n' éprouve donc ni angoisse ni étonnement à passer de l' une de ces parties à l' autre, il n'a aucune incertitude quant à ce qu' il trouvera de l' autre côté du rideau. L' ensemble du monde invisible lui a été si nettement décrit et détaillé par les soins des étudiants de la Théosophie, qu' il peut le connaître aussi bien que le monde physique et qu' il peut passer du dernier au premier sans aucune hésitation, dès que sera venu le moment le plus favorable à son développement.

Pour des détails complets sur les divers degrés de cette vie supérieure, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux ouvrages consacrés spécialement à ce sujet. Il est suffisant de dire ici que les conditions dans lesquelles l' homme passe d' une vie à l' autre sont précisément celles qu' il s' est faites lui-même. Les pensées et les désirs qu' il a encouragés en lui durant sa vie terrestre, prennent la forme de vivantes entités parfaitement déterminées, qui l'entourent et réagissent sur lui jusqu 'à ce que soit épuisée l' énergie qu' il leur a communiquée. Quand les pensées, quand les désirs de cet homme ont été puissants et persévérants dans le mal, les compagnons qu' il s' est créés ainsi peuvent, à la vérité, être terribles; mais, heureusement, de tels hommes ne forment qu 'une très petite minorité parmi les habitants du monde astral. Le pire que le commun des personnes qui vivent dans le monde se prépare comme vie d' outre-tombe, c' est une existence indiciblement ennuyeuse, dénuée de tout intérêt rationnel suite naturelle, d' ailleurs, des années que de telles personnes ont dissipées ici-bas en commérages, en banalités et en indulgence pour elles-mêmes.

A cet ennui morne et passif peuvent s' ajouter, parfois, de véritables souffrances. Un homme, durant sa vie terrestre, s'est-îl laissé maîtriser par d' intenses appétits physiques; est-il devenu l' esclave de vices tels que l' avarice, la sensualité ou l' ivrognerie, par exemple? Alors il s' est préparé beaucoup de souffrances purgatorielles après sa mort. Car, en perdant son corps physique, il n'a, en aucune façon, perdu ces désirs et ces mauvais penchants qu' il a si bien cultivés. Ceux-ci demeurent aussi vivants que jamais, et même plus actifs puisqu 'ils ne sont plus gênés par l' inertie des particules les plus lourdes de la matière. Mais ce que cet homme a perdu, c' est le pouvoir de satisfaire de tels penchants et de tels désirs qui vont maintenant le torturer et le ronger, inassouvis et inassouvissables. On comprendra que cela constitue pour ce malheureux un très réel enfer, mais un enfer temporaire cependant, puisque ces désirs finiront par se consumer deux-mêmes, dépensant précisément leur énergie dans la souffrance qu 'ils occasionnent.

C' est, à la vérité, une terrible destinée. Il est deux points, cependant, que nous ne devons pas perdre de vue à ce sujet: d' abord, que l' homme n' est pas seulement l' artisan de son malheur, mais qu' il en a lui-même déterminé et l' intensité et l'a durée. C' est lui qui, sur cette terre, a permis à tel ou tel désir d' acquérir telle ou telle puissance; et maintenant il se trouve aux prises avec ce désir et il doit le vaincre. Si, durant la vie physique, il a déjà fait quelques efforts pour le réprimer et le tenir en échec, ces efforts précédemment accomplis viendront en défalcation de ceux qu' il lui reste à faire. C' est lui-même qui a créé le monstre qu' il doit terrasser maintenant, et toute la force que possède son adversaire, c' est lui qui la lui a donnée. Sa destinée ne vient donc que de lui-même, c' est lui qui se l' est créée.

En second lieu, il faut ajouter que la souffrance est maintenant son seul moyen de salut. S' il lui était possible de l' éviter, de traverser la vie astrale sans user ainsi progressivement ses bas désirs, qu' arriverait-il? Tout simplement qu'en reprenant sa vie physique, la fois suivante, il se trouverait complètement dominé par les mêmes passions. Il serait un ivrogne-né, un avare de naissance, .etc., et bien avant qu' on ait pu lui apprendre qu' il faut s' efforcer de vaincre de telles passions, elles auraient crû en lui au point de ne pouvoir plus être domptées; il serait de nouveau leur esclave corps et âme, et ainsi une autre existence terrestre se trouverait usée inutilement, une autre chance de développement perdue à jamais. Ce serait là un cercle vicieux auquel on ne trouve nulle issue, et l' évolution de cet homme serait indéfiniment retardée.

Le plan divin ne présente pas de tels défauts. La passion se consume durant la vie astrale et l' homme se réincarne sans passions. A la vérité, la faiblesse morale, qui a déjà permis précédemment aux passions de prendre le dessus en lui, cette faiblesse morale est encore là; et il n' est pas moins vrai que le corps astral formé en vue de la nouvelle incarnation se trouve organisé de façon à pouvoir subir et exprimer exactement les mêmes passions que son prédécesseur; il ne serait donc pas difficile à l' homme réincarné de recommencer la vie mauvaise qu' il a déjà vécue. Mais son Ego, l' homme véritable qui est en lui, a reçu une terrible leçon et assurément il fera tous ses efforts pour empêcher sa manifestation inférieure de renouveler la faute ainsi châtiée et de retomber sous le joug des mêmes instincts. Sans doute, il y a encore les germes en lui, mais, s' il a mérité par ailleurs de naître de parents bons et sages, ceux-ci l' aideront à développer ce qui est bon dans sa nature en réfrénant ce qu 'elle contient de mauvais. Ne pouvant fructifier, les germes passionnels s' atrophieront: encore une incarnation et ils n' apparaîtront même plus. C' est ainsi que par de lents progrès l' homme arrive à détruire en lui les mauvaises tendances et à développer à leur place toutes les vertus.

D' autre part, l' homme intelligent et altruiste, l' homme qui comprend les conditions de cette existence hyper-physique et qui veut bien prendre la peine de s'y adapter et de remplir le plus grand nombre possible de ces conditions, cet homme voit s' ouvrir devant lui un admirable champ d' occasion et de possibilités, tant de s' instruire que de travailler utilement. Il découvre que la vie, hors du corps grossier, possède une intensité et un éclat auxquels les joies terrestres les plus vives ne ressemblent pas plus que le clair de lune ne ressemble à un midi rayonnant de soleil. Sa claire connaissance et sa confiance calme font resplendir sur lui et sur tous ceux qui l'entourent les pouvoirs de la vie qui ne se termine point. Il devient un ineffable centre de paix et de joie pour des centaines d' hommes, ses frères, et il peut, en quelques années de cette existence astrale, faire plus de bien que ne lui aurait permis d' en faire la vie physique la plus longue.

Il sait bien, surtout, qu' il a encore devant lui une autre période de sa vie d' outre-tombe et que celle-ci est plus grandiose encore. De même que par ses pensées et par ses désirs inférieurs il s' est créé l' ambiance de sa vie astrale, ainsi par ses pensées les plus hautes et par ses plus nobles aspirations s'est-îl préparé lui-même sa vie céleste. Car le ciel n' est point un rêve, mais une vivante et glorieuse réalité. Ce n' est point une cité lointaine, sise au-dessus des étoiles, avec des portes en perles fines et des rues pavées d' or, patrie d' un petit nombre de privilégiés. Non, le ciel est simplement un état de conscience par lequel tout homme a passé, passe et passera durant l' intervalle qui sépare ses incarnations. Ce ciel n' est donc pas, naturellement, un séjour éternel; mais c' est un état d' inexprimable bonheur, qui se prolonge pendant des centaines d' années. Et ce n' est pas tout, car, bien que ce ciel contienne la réalité de tout ce que les diverses religions ont promis de meilleur et de plus sublime sous le nom de ciel, néanmoins on ne doit pas le considérer à ce seul point de vue.

Mais c' est un royaume de la nature qui a pour nous une extrême importance; c' est un immense et admirable monde de vie intense dans lequel nous vivons dès maintenant, aussi bien que pendant les périodes qui séparent deux incarnations. Seuls, notre manque de développement et cette sorte de diminution de notre Ego qui nous est imposée par ce vêtement de chair, peuvent nous empêcher de comprendre pleinement que toute la gloire du ciel le plus élevé nous environne de tous côtés et à tout moment, et que les influences de ce monde supérieur ne cessent de nous envelopper, de nous pénétrer de toutes parts. Si impossible que cela paraisse à l' homme ordinaire, ce n' est là pour l' occultiste que la plus positive des réalités; et aux personnes qui n' ont pas encore compris cette vérité fondamentale nous ne saurions mieux faire que de répéter l' avis donné par l' Instructeur bouddhiste : « Ne vous plaignez de la prière, des cris et des plaintes, mais ouvrez les yeux et voyez. La lumière brille tout autour de vous et vous n' avez qu 'à retirer le bandeau qui est sur vos yeux et à regarder. Cela est si merveilleux, si beau, cela dépasse de si loin tout ce que l' homme a rêvé ou demandé dans ses prières! Et cela durera toujours et toujours! » (The Soul of a People, page 163.)

Lorsque le corps astral, véhicule des pensées et des désirs d' un ordre inférieur, lorsque le corps astral a été peu à peu usé et dépouillé, alors l' homme se trouve habiter ce véhicule formé d' une matière plus haute et plus fine, que nous avons appelé le corps mental. Il a maintenant centré sa conscience dans ce véhicule, et il peut, par cet intermédiaire, perce voir les vibrations qui proviennent des particules du monde externe correspondant à la densité du corps mental, c' est-à-dire les vibrations de la matière du plan mental. Son temps de purgatoire est achevé; la partie inférieure de sa nature s' est consumée d' elle-même, et il ne reste plus maintenant que les pensées et les aspirations les plus hautes qu' il a eues pendant sa vie terrestre. Elles se serrent autour de lui et forment une sorte de coquille, au moyen de laquelle il peut répondre à certaines modalités vibratoires de cette matière très subtile, et au moyen de laquelle également il puise au trésor commun du monde céleste. Car ce plan mental est, si j' ose dire, le reflet même de l' Esprit divin, l' inépuisable réserve d' où les habitants du Ciel peuvent extraire exactement ce que leur permettent d'y prendre les aspirations et les pensées qu 'ils ont eues pendant leurs existences physique et astrale.

Toutes les religions ont parlé du bonheur céleste; mais peu d' entre elles ont su mettre en lumière cette idée maîtresse qui seule permet d' expliquer rationnellement de quelle façon tout le monde indistinctement peut être heureux au ciel. C' est là pourtant la clef de la question, ce fait que chacun est le créateur de son propre ciel en choisissant parmi les indicibles splendeurs de la Pensée divine elle-même les biens qu' il a le plus passionnément désirés. C' est ainsi que chacun règle pour soi-même, au moyen des causes qu' il génère ici-bas, et la durée et le caractère de sa vie supérieure; chaque homme ne peut donc qu' avoir exactement la quantité de bonheur qu' il a méritée, et ses joies célestes seront de la qualité la mieux appropriée à ses idiosyncrasies. Le ciel est un monde «dans lequel chaque être (du fait même qu' il y est conscient) jouit du plus grand bonheur spirituel qu' il soit susceptible de goûter; c' est un monde qui peut satisfaire toutes les aspirations, sans mesure, sans autre mesure du moins que celles de ces aspirations elles-mêmes.

On trouvera de plus amples détails sur la vie astrale dans le Plan astral; la vie céleste est décrite dans le Plan mental; on trouvera également des renseignements sur l' une et sur l' autre dans les deux ouvrages suivants : La Mort et l' Au-delà et l' Autre Côté de la Mort.

CHAPITRE -8-


LE PASSÉ DE L' HOMME ET SON AVENIR

Dès que l' on a bien compris que ce n' est qu'en traversant une longue série de vies différentes que chaque homme en est arrivé à son degré actuel d' évolution, voici une question qui vient s' imposer tout naturellement à l' esprit : jusqu 'à quel point peut-on être renseigné sur ce passé? Le problème est évidemment d' un indéniable intérêt. Eh bien, par bonheur, on peut être renseigné d' une manière certaine sur ce point, non seulement par la tradition, mais encore d' une autre façon beaucoup plus sûre. Je n' ai pas la place de m' étendre ici sur les merveilles de la psychométrie. Je dirai simplement que l' on a de nombreuses preuves qu' il n' est pas de si petit événement on incident qui ne s' enregistre de soi-même immédiatement et d' une manière indélébile, dans ce que l' on a appelé la mémoire de la Nature; et c' est dans la mémoire de la Nature aussi que l' on peut retrouver avec une exactitude absolue la représentation vraie, complète et fidèle de quelque scène que ce soit, de n' importe quel événement, depuis que le monde a commencé. Les personnes pour qui ce sujet serait absolument neuf, et qui, par conséquent, réclameraient des preuves, voudront bien se référer à Psychometry (docteur Buchanan) ou à Soul of Things (professeur Denton); mais tous les étudiants de l' occultisme savent qu' il est possible de lire les enregistrements du passé; et parmi ces étudiants beaucoup savent comment on les lit.

Dans son essence, cette mémoire de la Nature ne peut être que la Divine Mémoire elle-même, laquelle est bien au-dessus de la portée de nos esprits, mais cette Mémoire divine est exactement réfléchie sur des plans moins élevés; de sorte que l' intelligence humaine, lorsqu 'elle est entraînée à cet exercice, peut retrouver sur ces plans la trace de tous les événements qui les ont affectés. Donnons un exemple : Tout ce qui se passe devant un miroir se réfléchit sur la surface de ce miroir et nos yeux aveugles croient que toutes ces images ne laissent aucune trace sur la surface réfléchissante. Cependant il pourrait en être différemment. Il n' est pas difficile d' imaginer que ces images pourraient impressionner le miroir de même que tous les sons impressionnent le cylindre enregistreur d' un phonographe; et rien n' empêcherait de trouver une manière de reconstituer les images à l' aide de leurs traces sur le cylindre.

La psychométrie supérieure nous montre que non seulement il pourrait en être ainsi, mais qu' il en est ainsi, et que non seulement un miroir, .mais n' importe quel objet physique garde la trace de tout ce qui s' est passé devant lui (si l' on peut ainsi parler). Nous avons de la sorte à notre disposition une méthode rigoureuse et précise qui nous permet de reprendre à son début l' histoire de notre monde et de notre race, et c' est ainsi qu 'une infinité de choses du plus palpitant intérêt peuvent être observées dans leurs moindres détails et comme si les scènes du passé étaient répétées, pour notre plus grand avantage, par les acteurs mêmes qui les jouèrent autrefois. (Voir Clairvoyance, édition française.)

Les recherches que l' on a faites dans la préhistoire, par de telles méthodes, nous permettent de constater un long processus évolutif, graduel et lent, mais incessant. Le développement de l' humanité a été soumis à deux grandes lois; la première est la loi d' évolution qui, paisiblement, pousse l' homme en avant et en haut; la seconde est la loi de divine justice ou loi de cause et effet qui assure à l' homme, avec une exactitude absolue, la rétribution de ses moindres actes et lui apprend ainsi peu à peu à se conformer intelligemment à la première loi.

Ce long processus évolutif n'a pas la terre pour unique théâtre. Nous l' avons commencé sur d' autres globes du même ordre; mais le sujet est beaucoup trop vaste; il est impossible de le traiter dans un livre élémentaire comme celui-ci. C' est là le thème principal de l' ouvrage monumental de M"" Blavatsky, la Doctrine Secrète; mais avant d' en entamer la lecture, les commençants feront bien de lire les chapitres qui se rapportent à ce sujet dans Sagesse Antique, d'Annie Besant, et le Développement de l' âme, d'A.P. Sinnett.

Les livres que je viens de citer nous renseignent avec autant de détails que de certitude non seulement sur le passé de l' homme, mais encore sur son avenir; et quoique la gloire de cet avenir ne puisse être dite en aucune langue, on peut, cependant, donner une idée des premiers degrés qui conduisent à ces sublimes sommets. Que l' homme soit, dès à présent, divin, et qu' il puisse développer en lui-même les pouvoirs de la divinité, c' est là une idée qui paraît choquante à beaucoup de très braves gens, lesquels seraient même tentés de la trouver blasphématoire. Pourquoi? Il est difficile de le découvrir puisque Jésus lui-même rappelle aux Juifs qui l'entourent le texte de leurs Écritures. : « J' ai dit : vous êtes des Dieux » ; et que la doctrine de la déification de l' homme était très généralement soutenue par les Pères de l'Eglise. Mais à notre époque une grande partie des doctrines les plus pures d' autrefois a été oubliée ou mal comprise, et la vérité ne semble être connue dans son intégralité que par les étudiants de l' occultisme.

On entend demander quelquefois pourquoi, si l' homme était au commencement une étincelle de la divinité, pourquoi il est devenu nécessaire de traverser tous ces éons de l' évolution, qui impliquent tant de tristesses et de souffrances, et tout cela dans le simple but de redevenir Dieu à la fin comme il était au commencement Les personnes qui formulent une telle objection n' ont pas encore compris du tout le plan évolutif. Ce qui a été émané de la Divinité, au commencement, n' était point encore un homme et n' était même pas, proprement, une étincelle, car il n'y avait aucune individualisation dans cette émanation. C' était simplement comme un grand nuage d' essence Divine, capable, cependant, de se condenser éventuellement en une infinité d' étincelles. La différence entre la condition de cette essence divine, au moment de son émanation et au moment de son retour, est exactement la même que celle que l' on peut observer entre un vaste amas de matière nébuleuse luisant faiblement et le système solaire que pourra former cette nébuleuse. Celle-ci est très belle, je le veux bien; mais elle est à peine délimitée et elle ne sert à rien; les soleils auxquels donnera naissance sa lente évolution répandront vie, chaleur et lumière sur un grand nombre de mondes et sur les habitants de ces mondes.

Nous pouvons employer encore une autre comparaison. Le corps humain se compose d' innombrables millions d' infimes particules, dont un grand nombre sont, à chaque instant, rejetées de l' organisme. Supposons que, par un processus évolutif quelconque, chacune de ces particules puisse, avec le temps, devenir à son tour un être humain. Dirions-nous que cette évolution n'a rien fait gagner à ces particules puisque, d' une certaine façon, elles étaient humaines aussi au commencement? Eh bien! l' essence divine est émanée, dans le principe, à l' état de simple force (divine, il est vrai), et elle revient sous la forme de milliers et de milliers de puissants adeptes dont chacun est capable de se développer ultérieurement en un Logos.

On voit par là que nous avions bien le droit de déclarer que l' avenir de l' homme est un avenir de gloire et de splendeur illimitées. Et un point très important à se rappeler, c' est que ce magnifique avenir nous est réservé à tous sans exception. Celui que nous appelons un homme bon, celui qui se conforme à la Divine volonté et dont les actions coopèrent à la marche de l' évolution, celui-là fait de rapides progrès sur le sentier qui mène au terme heureux. L' homme, au contraire, qui, ininteligemment, retarde le grand courant évolutif en s'opiniâtrant, par exemple, à la recherche des satisfactions égoïstes au lieu de collaborer au bien de tous, celui-là ne pourra progresser que très lentement et irrégulièrement. Mais la Divine Volonté est infiniment plus puissante qu' aucun vouloir humain, et la mise en oeuvre du vaste plan est parfaite. L' homme qui n' apprend pas sa leçon le premier jour devra simplement revenir et revenir à l' école jusqu 'à ce qu' enfin il la sache. La patience divine est infinie et, tôt ou tard, chaque être humain atteint le but qui lui est assigné. Pour ceux qui connaissent la Loi et la Volonté, il ne peut y avoir ni crainte ni incertitude. La paix absolue est leur apanage.

CHAPITRE -9-

LA CAUSE ET L'EFFET

Au cours des chapitres précédents, nous avons eu à mentionner constamment cette puissante loi de Cause et d' Effet, sous l' action de laquelle chaque homme reçoit rigoureusement la rétribution qu' il mérite. Sans cette loi, nous ne pourrions pénétrer le reste du Plan Divin. Il est donc nécessaire que nous essayions de la comprendre très exactement, et pour cela, il faut tout d' abord que nous rompions avec le préjugé ecclésiastique d' une récompense ou d' un châtiment consécutifs à toute action humaine. Cette idée de récompense et de châtiment ne saurait être séparée de l' idée d' un juge, d' un distributeur de la récompense ou du châtiment, et cette dernière idée conduit à une autre encore; c' est que le juge pourrait être plus accommodant dans un cas que dans un autre; qu' il pourrait se laisser influencer par les circonstances; qu' un recours en grâce pourrait lui être adressé, et qu' ainsi l' application de la loi pourrait être soit modifiée, soit même escamotée complètement.

Or, chacune de ces suppositions est des plus erronées, et le système de pensée dont elles font partie doit être absolument répudié et abandonné par quiconque veut arriver à l' intelligence véritable des faits. Prenez dans votre main une barre de fer chauffée au rouge, hors de certaines conditions spéciales, vous vous brûlerez grièvement. Il ne nous viendra pas à l' idée, cependant, de dire que Dieu vous a puni d' avoir touché cette barre de fer; mais vous comprendrez fort bien qu' il vous est arrivé cela même qui devait vous arriver conformément aux lois de la nature; et tous ceux qui savent ce que c' est que la chaleur et comment elle agit, seraient à même d' expliquer exactement pourquoi vous vous êtes brûlé.

Veuillez observer, en outre, que votre intention n'a aucun effet sur le résultat physique de votre acte. Que vous ayez saisi cette barre pour accomplir une mauvaise action, ou, au contraire, pour épargner un malheur à quelque autre personne, vous n' en serez ni plus ni moins brûlé. A un autre point de vue, naturellement, à un point de vue plus élevé, les résultats seront très différents. Dans le dernier cas, vous aurez fait une noble action et vous vous sentirez approuvé par votre conscience, tandis que dans le premier vous n' éprouveriez que des remords. Mais la brûlure physique n' en resterait pas moins la même.

Eh bien ! pour avoir une idée vraie de la façon dont opère la loi de cause et d' effet, il faut se représenter qu 'elle agit avec un automatisme semblable. Supposons une masse pesante suspendue au plafond au moyen d' une corde et exerçons un certain effort sur cette masse pour l' écarter de la verticale. Les lois de la mécanique nous enseignent que la réaction de la masse pesante sur notre main correspondra exactement à la force que nous aurons déployée; et cette réaction se produira indépendamment des raisons qui auront pu nous déterminer à détruire l' équilibre du système. De même, l' homme qui commet une . mauvaise action trouble le régime du grand courant évolutif, et celui-ci réagit avec autant de force exactement qu' il en a été déployé contre lui.

Il ne faut pas supposer un seul instant, toutefois, que l' intention qui préside à nos actes soit indifférente. Elle est, au contraire, le facteur le plus important qui les caractérise tout en ne modifiant en rien leurs résultats sur le plan physique. N' oublions pas, en effet, que l' intention elle-même est une force, une force qui agit sur le plan mental, c' est-à-dire sur de la matière si fine et à vibrations si rapides qu 'une même somme d' énergie produit sur ce plan un effet infiniment plus grand que sur des plans inférieurs. L' acte physique produira donc son résultat sur le plan physique; mais en même temps l' énergie mentale de l' intention produira le sien sur le plan mental; ce dernier résultat sera tout à fait indépendant du premier et aura, à coup sûr, une importance bien plus grande. On voit que de cette manière une rétribution parfaite est toujours accordée automatiquement. Si complexes que soient les motifs déterminants de nos actions, quelque proportion de bien et de mal que puissent comporter leurs résultats physiques, l' équilibre, de lui-même, se rétablira toujours exactement et une parfaite justice régnera à tous les degrés.

Nous ne devons pas oublier que c' est l' homme lui-même et l' homme seul qui édifie son caractère futur comme il génère aussi sa future ambiance. On peut dire, d' une manière très générale, que les actes de sa vie présente engendrent les conditions circonstancielles de sa prochaine incarnation, tandis que ses pensées dans une vie sont les principaux facteurs du développement de son caractère au cours de la vie suivante. II est infiniment intéressant d' étudier suivant quelle méthode oeuvrent toutes ces forces diverses; mais nous ne pouvons ici entrer dans tous ces détails. On les trouvera exposés très complètement dans le manuel d'Annie Besant, Karma, ainsi que dans le chapitre de la Sagesse antique (même auteur) relatif à cette question et dans le Bouddhisme ésotérique d'A.P. Sinnett.

Il est patent que de tels faits corroborent admirablement un grand nombre de nos principes de morale. Puisque la pensée a un pouvoir si grand, puisqu 'elle peut produire sur son propre plan des effets de beaucoup plus importants qu' aucun de ceux qui peuvent être générés sur le plan physique, il devient immédiatement évident que chaque homme doit se mettre en mesure de maîtriser une telle force. Car non seulement c' est avec elle qu' il construit son futur caractère, mais par elle encore, et d' une façon aussi constante qu 'inévitable, il agit sur tous les êtres qui l' environnent.

Du fait de sa pensée et suivant l' usage qu' il en fera, va peser sur lui une très sérieuse responsabilité. Lorsqu' un homme ordinaire sent monter en son âme un sentiment de haine ou le désir de nuire à son semblable, il a une tendance naturelle à traduire ce sentiment et ce désir par un acte ou tout au moins par une parole. Néanmoins, les règles communes aux sociétés civilisées lui défendent cet éclat et lui prescrivent de réprimer, autant qu' il lui sera possible, toute manifestation extérieure de ce qu' il éprouve. Et s' il réussit à se conformer de la sorte aux conventions sociales, il se croit fondé à se féliciter et pense avoir rempli tout son devoir. L' étudiant de l' occultisme, lui, sait qu' il doit pousser beaucoup plus loin la maîtrise de soi-même et qu' il doit absolument réprimer la moindre pensée d' irritation, tout aussi bien que sa manifestation extérieure. Car il sait que ses sentiments déchaînent sur le plan astral des forces terribles, que ces forces agiront contre l' objet de sa colère aussi sûrement que s' il le frappait physiquement et que, bien souvent, les effets produits par les forces astrales seront infiniment plus sérieux et plus durables.

Il est vrai, il est très positivement vrai, que les pensées sont des choses. Elles apparaissent à la vue clairvoyante, avec une forme précise, une couleur déterminée, celle-ci dépendant, naturellement, du mode vibratoire de ces pensées. L' étude de leurs formes et de leurs couleurs est d' un grand intérêt. On en trouvera une description illustrée d' aquarelles dans le numéro du mois de septembre 1896 de la revue Lucifer.

Ces considérations nous ouvrent des horizons de différents côtés. Puisque nos pensées peuvent - trop facilement - faire du mal, elles peuvent aussi faire du bien. Par elles nous pouvons créer des courants mentaux qui porteront à maint ami souffrant l' aide de notre sympathie, et de la sorte, tout un monde nouveau s' offre à notre désir de nous rendre utiles. Bien des coeurs pénétrés de gratitude ont gémi de n' avoir pas la richesse matérielle qui leur aurait permis de reconnaître les bienfaits reçus; eh bien, voilà pour eux une manière de s' acquitter, dans un domaine où il importe peu de jouir ou de manquer des biens physiques.

Quiconque pense, peut aider ses frères; et quiconque peut les aider, doit le faire. Dans ce cas, comme dans tous les autres, savoir c' est pouvoir, et qui comprend la loi peut utiliser la loi. Nous savons quels effets certaines de nos pensées peuvent produire sur nous-mêmes et sur nos semblables. Nous devons donc faire en sorte d' obtenir, de propos délibéré, les résultats désirables. C' est ainsi que chacun peut non seulement modeler son caractère durant la vie présente, mais encore déterminer ce que sera son caractère au cours de son incarnation suivante. Car toute pensée est une vibration dans la matière du corps mental et la même pensée répétée avec persévérance éveille des vibrations correspondantes (une octave au-dessus) dans la matière du corps causal. C' est ainsi que s' édifient progressivement dans l' Ego lui-même certaines qualités qui réapparaîtront certainement et feront partie de l'innéité avec laquelle cet Ego entrera dans la suivante incarnation. C' est ainsi encore que, toujours grandissantes, les facultés et les vertus de l' âme se développent petit à petit. Petit à petit également, l' homme prend en main l'oeuvre de son progrès et commence à collaborer avec intelligence au vaste plan de la Divinité.

Pour qui désirerait plus de détails sur ce sujet, le meilleur ouvrage à consulter est celui d'Annie Besant: Le Pouvoir de la pensée.

CHAPITRE -10-


LES BIENFAITS DE LA THEOSOPHIE

Le lecteur attentif a déjà dû voir combien ces conceptions théosophiques changent profondément l' aspect de la vie pour qui s' est une fois convaincu de leur vérité; il a vu également, par ce que nous avons écrit, et le sens de ces changements d' aspect et les raisons qui les motivent.

La Théosophie nous fournit une explication rationnelle de cette existence qui, auparavant, pour un si grand nombre d' entre nous, n' était qu' un problème insoluble, une énigme sans réponse. Elle nous fait connaître, la Théosophie, et pourquoi nous sommes sur cette terre, et ce que nous devons y faire, et quelle méthode de travail employer pour le faire. Si peu digne d' être vécue que nous paraisse la vie, lorsque nous n' envisageons que les tristes plaisirs et les pauvres avantages qu 'elle nous procure sur le plan physique, la Théosophie nous montre le grand bienfait que nous avons reçu avec elle si nous la considérons comme l' école qui nous préparera aux gloires indescriptibles et aux infinies potentialités des plans supérieurs.

A la clarté des enseignements théosophiques nous découvrons non seulement la manière de nous développer nous-mêmes, mais encore la manière d' aider au développement de notre prochain; celle de nous rendre plus utile, par nos pensées et par nos actes, d' abord au petit cercle de ceux de nos frères qui sont plus directement mêlés à notre vie ou que nous aimons le plus; et ensuite, par degrés, à mesure que notre pouvoir augmente, à la race humaine tout entière. De tels sentiments, de tels pensées habituels nous placent à un niveau plus élevé, d' où nous voyons clairement combien étroites et méprisables étaient les préoccupations personnelles qui surchargeaient notre vie passée. Inévitablement, nous commençons à envisager les choses non plus au point de vue de leur influence sur notre infime personnalité, mais au point de vue plus large de leur action sur l' ensemble de la race humaine.

Les soucis et les chagrins divers que nous devons subir ne nous paraissent bien souvent aussi démesurés que parce qu 'ils sont trop près de nous; ils obscurcissent notre horizon tout entier comme une assiette tenue près de nos yeux éclipserait le soleil. Cela nous fait oublier souvent que le fond de l' existence est un repos céleste. L' enseignement théosophique remet tout au point; il nous permet de nous élever au-dessus des nuages, de regarder de haut et d' apprécier ainsi le véritable aspect de tout ce que nous voyions si mal lorsque nous le considérions d' en bas et de trop près. Il nous apprend à dépouiller notre personnalité inférieure et à rejeter en même temps que ce cortège d' illusions et de préjugés qui l' accompagnent, ainsi que le prisme trompeur à travers lequel nous regardions la vie; il nous élève à un niveau où l' égoïsme ne peut plus respirer, où nous ne comprenons plus qu 'une règle de conduite: pratiquer la justice pour l' amour de la justice; où notre plus grande joie enfin ne saurait être que d' aider nos frères.

Et c' est une vie de joies intenses qui s' ouvre à présent devant nous. A mesure que l' homme évolue, son pouvoir de sympathie et de compassion augmente; il devient de plus en plus sensible à la tristesse, aux souffrances, aux fautes qui assombrissent l' univers. Et pourtant, en même temps, il voit de plus en plus clairement la cause de ces souffrances, il comprend de mieux en mieux qu'en dépit de cette souffrance même, toute la création oeuvre en vue du bien final de la création. Et c' est ainsi que s'épand en nous la joie profonde, l' absolue sécurité, fille de la certitude où nous sommes que tout est pour le mieux; et aussi la paix radieuse que nous puisons dans la contemplation du Logos et dans le spectacle de cet accomplissement paisible, progressif et infaillible du plan qu' il a tracé de l' univers. Nous savons que Dieu veut que nous soyons heureux et que notre devoir le plus strict est par conséquent d' être heureux, d' épancher tout autour de nous, sur nos frères, des vagues de bonheur, puisque, aussi bien, c' est un des moyens qui nous sont donnés d' alléger la tristesse du monde.

Dans la vie ordinaire, une grande aggravation des souffrances d' un homme vient souvent de ce qu' il s' imagine souffrir injustement. Que de fois n' entend-on pas gémir : « Pourquoi suis-je en butte à toutes ces infortunes? Voici mon voisin, qui n' est pas meilleur que moi. Pourtant il n' est pas malade, il n'a pas perdu ses amis, sa fortune. Pourquoi donc suis-je si malheureux? »

La Théosophie préserve ceux qui l' étudient d' une pareille erreur, car elle leur a tout d' abord enseigné que jamais souffrance imméritée ne fut envoyée à un homme. Les douleurs que nous avons à supporter, quelles qu' elles soient, ne sont que des dettes contractées par nous et qu' il faut payer tôt ou tard. Le plus tôt est donc le mieux. Et ce n' est pas tout. Chacune de ces douleurs nous offre une occasion de nous développer. Si nous supportons patiemment, courageusement notre peine, sans nous laisser abattre par elle, mais en essayant, au contraire, de tirer le meilleur parti possible de cette épreuve, alors nous accroissons en nous de précieuses qualités : le courage, la persévérance, la détermination ; et de la sorte nous récoltons la moisson du bien dans le champ même .qu 'avaient ensemencé nos fautes d' autrefois.

Nous l' avons déjà dit, toute crainte de la mort est entièrement dissipée par l' enseignement théosophique puisque cet enseignement explique clairement ce qu 'est la mort. Le théosophe cesse de se lamenter sur le sort de ceux qui sont partis avant lui. Ne sait-il pas qu 'ils sont toujours à ses côtés et que donner cours à une douleur égoïste ne pourrait être pour eux qu 'une cause de tristesse et de malaise? Comment en serait-il autrement? Comment un chagrin désordonné ne réagirait-il pas douloureusement sur ces êtres qui sont aussi près de lui que jamais, joints à lui par une sympathie plus ardente que jamais?

Est-ce à dire que la Théosophie préconise l' oubli des morts? Loin de là. Elle conseille tout au contraire de penser aux morts aussi souvent que possible, mais jamais avec une tristesse égoïste, jamais avec le désir de les ramener à la vie terrestre, jamais avec le sentiment de leur perte apparente; toujours avec la pensée du grand avantage qui leur est échu. La Théosophie affirme que de fortes pensées d' amour sont pour les vivants un puissant moyen de favoriser l' évolution des morts et que, si nous voulons penser à eux raisonnablement et comme il convient, nous pouvons leur venir en aide très utilement dans leur développement posthume.

Une étude consciencieuse de ce qu 'est une existence humaine, d' une incarnation à l' incarnation suivante, montre combien petite est la durée de la vie physique en comparaison du cycle tout entier. Prenons le cas d' un homme d' une éducation et d' une instruction supérieures. La durée d' une seule vie - je veux dire d' un seul des jours de sa véritable vie - cette durée serait une moyenne de cinq cents ans environ. Sur ce demi-millénaire, soixante-dix ou quatre-vingts ans peut-être seront remplis par la vie physique, quinze ou vingt ans par la vie sur le plan astral; le reste du temps revient à la vie dans le monde céleste, qui est donc, de beaucoup, la partie la plus importante de l' existence de l' homme. Ces proportions, bien entendu, varient considérablement suivant les différents types humains, et quand, en particulier, nous arrivons à considérer les âmes les plus jeunes, incarnées soit dans les races inférieures, soit dans les classes inférieures de notre propre race, nous trouvons que la proportion est complètement changée; la vie astrale devenant beaucoup plus longue et la vie céleste beaucoup plus courte. Dans le cas d' un sauvage véritable, il n'y a pour ainsi dire pas de vie céleste, cet homme n' ayant encore développé en lui aucune des qualités qui nous permettent d' atteindre le plan correspondant.

La connaissance de tous ces faits nous donne de l' avenir une vue nette et assurée qui nous soulage délicieusement du vague et de l' indécision où flotte ordinairement la pensée sur de tels sujets. Il serait impossible à un théosophe d' éprouver la moindre appréhension par rapport à son salut , par exemple; car il sait bien qu' il n' est rien dont l' homme ait à se sauver, si ce n' est de sa propre ignorance; et il considérerait comme un monstrueux blasphème de redouter que la volonté du Logos ne soit pas un jour accomplie pour la totalité de ses enfants.

Le théosophe n'a point une vague espérance éternelle , mais il possède une absolue certitude, parce qu' il connaît l' éternelle loi; et il ne peut pas craindre l' avenir, précisément parce qu' il le connaît aussi. Son seul souci est donc de se rendre digne de collaborer au grand oeuvre de l' évolution. Il peut bien se faire, à la vérité, que toute coopération importante lui soit interdite pour le moment. Cependant il n' est personne qui ne puisse faire quelque petite chose, tout près de soi, tout autour de soi, dans son petit cercle, si bas que l' on soit placé.

Il n' est pas un homme qui n' ait des occasions de travailler et, partant, de se développer, car tout contact, tout rapport est une de ces occasions. Entrons-nous en relations avec quelqu'un, que ce soit un enfant qui naît dans notre famille, un ami qui vient dans notre entourage, un domestique qui prend du service chez nous; voilà autant d' âmes que nous pouvons aider, autant d' occasions qui nous sont offertes d' une façon ou d' une autre. Je ne prétends pas un seul instant, remarquez le bien, qu' il nous faille, à l'instar de quelques-uns de nos amis pieusement ignorants et maladroits, chercher à inculquer nos idées et nos convictions à quiconque entrera en rapports avec nous. Certes, non; je dis seulement que nous devons être constamment prêts à aider tous ceux qui auraient besoin de notre secours.

Nous veillerons attentivement à ne jamais laisser échapper une occasion de rendre service à quelqu'un, soit matériellement autant qu' il sera en notre pouvoir, soit en faisant part de ce que nous savons si l' on désire profiter de nos conseils ou de nos connaissances. Dans bien des cas il nous est impossible d' aider notre prochain par nos actes ou par nos paroles; mais il n' est pas une occasion où nous ne puissions émettre quelque amicale et sympathique pensée, et nul de ceux qui connaissent le pouvoir de ces courants spirituels ne doutera du résultat, lors même qu' il n' apparaîtrait pas immédiatement visible sur le plan physique.

Le théosophe devrait se distinguer du reste de l' humanité par son inaltérable gaîté, son courage invincible au milieu de toutes les difficultés et sa sympathie toujours en éveil et prête à rendre service. Assurément sa gaîté ne l' empêchera pas de prendre la vie au sérieux, de comprendre que, dans le monde, il y a beaucoup à faire pour chacun et que personne n'a de temps à perdre. Il sentira qu' il est nécessaire d' obtenir un parfait empire sur soi-même et sur ses différents véhicules, parce que l' on ne peut que par ce moyen se préparer à aider ses frères quand l' occasion s' en présentera. Il choisira toujours la pensée la plus haute de préférence à la plus basse; la plus noble de préférence à la plus terre à terre. Voyant le bien en toutes choses, il sera parfaitement tolérant. Il préférera délibérément les explications optimistes aux explications pessimistes; il verra toujours le côté consolant des choses et non leur côté triste, car il ne peut oublier que le bien est le germe, la matière et la fin de la vérité même, tandis que le mal n' est qu 'une ombre temporaire qui s' effacera forcément puisque le bien seul peut subsister.

Le théosophe cherchera donc le bien partout pour lui prêter le secours de sa faiblesse; il essaiera de démêler en toute chose le sens de l' action de la grande loi évolutive, afin de pouvoir oeuvrer, lui aussi, suivant la même direction, contribuant de toute son énergie, si infime soit-elle, à favoriser le puissant courant des forces cosmiques. Ainsi, tâchant toujours de l' aider, ne s' exposant jamais à la contrecarrer, il deviendra, dans son humble sphère d' action, un des pouvoirs bienfaisants de la Nature. Si minime que puisse être sa contribution, si indiciblement lointain que soit le faible secours qu' il apporte, il n' en devient pas moins un collaborateur de Dieu, et c' est là le plus grand honneur, le plus sublime privilège dont puisse jamais être gratifié un homme.



APPENDICE

BUTS DE LA SOCIÉTÉ


1) Former le noyau d' une Fraternité de tous les hommes, sans distinction de race, de religion, de sexe, de caste ou de couleur.

2) Encourager l' étude des religions comparées, de la philosophie et de la science.

3) Étudier les lois inexpliquées de la nature et les pouvoirs latents de l' homme.

La Société Théosophique est composée de chercheurs qui peuvent, soit appartenir à l' une quelconque des religions connues, soit n' appartenir à aucune religion, mais qui sont unis entre eux par l' approbation qu 'ils donnent aux buts ci-dessus énumérés; par leur désir de mettre fin aux antagonismes religieux et de rapprocher les uns des autres tous les hommes de bonne volonté, à quelque confession qu 'ils appartiennent; enfin par leur volonté d' étudier les vérités religieuses, et de partager avec leurs frères le fruit de leurs travaux. Ils ont pour trait d' union non point une profession de foi commune, mais une commune aspiration vers la vérité, une commune recherche de cette vérité. C' est par l' étude, pensent-ils, par la réflexion, par une vie pure et par le dévouement à un sublime idéal que l' on peut obtenir la vérité. Elle est une récompense qu' il faut mériter par ses efforts; elle n' est point un dogme que l' on doive imposer avec autorité. Les membres de la Société Théosophique estiment que toute croyance doit résulter d' une étude ou d' une intuition individuelles, bien loin de pouvoir les précéder; qu 'elle doit reposer sur la connaissance et non sur des affirmations. A tous, même aux intolérants, ils étendent leur vaste tolérance, et cela non pas comme une faveur qu 'ils accorderaient, mais comme un devoir qu 'ils ont à rendre; ils cherchent à dissiper l' ignorance, non à la punir. Considérant chaque religion comme une expression particulière de la sagesse divine, ils aiment mieux l' étudier que la condamner, comme ils préfèrent aussi la voir pratiquer plutôt que propager avec un esprit de prosélytisme. La paix est leur mot d' ordre; la Vérité, leur objectif.

La Théosophie est le corps de vérités qui forme l' ossature de toutes les religions et dont aucune d' entre elles ne peut revendiquer la propriété exclusive. Elle nous expose une philosophie qui rend intelligible la vie et fait voir que notre évolution est guidée par la justice et l' amour. Elle remet la mort à sa vraie place d' incident périodique dans une vie sans fin; elle nous la montre ce qu 'elle est : la porte d' une existence plus active et plus radieuse. Elle restitue au monde la véritable science spirituelle, nous faisant connaître que l' esprit, c' est vraiment nous-même, et que l' âme et le corps sont les serviteurs de l' esprit. Elle illumine les écritures et les doctrines des différentes religions en se dévoilant les significations cachées, et de la sorte elle les justifie devant le tribunal des intelligences comme elles sont justifiées et l' ont toujours été aux yeux de l' intuition.

Les membres de la Société Théosophique étudient toutes ces vérités, et les Théosophes s' efforcent de les vivre. Quiconque veut étudier, être tolérant, avoir un idéal élevé et travailler avec persévérance sera le bienvenu parmi les membres de la Société; et ensuite il appartient à chaque membre de devenir un véritable Théosophe.

 


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