QUELQUES DIFFICULTÉS DE LA VIE INTÉRIEURE

par ANNIE BESANT

Publié en 1903

par les Publications Théosophiques, 10, rue Saint-Lazare, Paris 10

 

Tout homme qui entreprend sérieusement de vivre de la vie intérieure rencontre certains obstacles au début même de la voie qui doit l'y conduire, obstacles qui se renouvellent dans l' expérience de chacun, parce qu 'ils ont leurs sources dans Ia nature commune des hommes. A chaque voyageur ils semblent nouveaux et particuliers à lui-même; ils provoquent ainsi un sentiment de découragement personnel qui entrave la force nécessaire pour les surmonter. Si l' on comprenait que ces obstacles font partie de l' expérience commune des aspirants, qu' on les rencontre toujours et qu 'ils sont constamment vaincus, peut-être la connaissance de ce fait apporterait-elle un peu de consolation au néophyte abattu. Un, serrement de main dans les ténèbres, le son d' une voix amie disant: "Compagnon , j' ai marché où tu marches, et par ce chemin l' on peut arriver". Voilà ce qui peut conduire dans la nuit, et ce pourquoi, c' est-à-dire pour servir le monde, nous, écrivons cet article.

Une de ces difficultés me fut présentée, il y a un certain temps, par un ami et "compagnon de voyage", relativement à des conseils qui lui avaient été donnés pour la purification du corps. Il ne développait pas entièrement la question, mais il affirmait avec beaucoup d' évidence et d' intuition que, pour la plupart d' entre nous, la difficulté se trouve dans l' homme intérieur plutôt que dans ses moyens d' action; que, pour la plupart d' entre nous, les corps étaient suffisamment bons, tout au plus manquaient-ils un peu d' accord, mais que c' est l' homme lui-même qui avait extrêmement besoin de progresser. Lorsque l' harmonie n' était point obtenue, le musicien était plus à blâmer que son instrument, mais, si le premier se perfectionnait, l' instrument pouvait devenir acceptable et devenir capable de vibrer plus harmonieusement puisque cette harmonie découle des doigts qui en touchent les cordes. Mon ami ajoutait avec énergie et même avec un peu d' emphase: "Je peux faire de mon corps ce que je veux; la difficulté c' est que, moi, je ne veux pas ! "

Voilà bien une difficulté que ressent tout aspirant sérieux. L' amélioration de l' homme lui-même est ce qu' il y a de plus nécessaire, et sa faiblesse, son manque de volonté et de résolution tenace, sont des obstacles plus redoutables que tous ceux que le corps peut mettre sur notre chemin. Il y a bien des méthodes connues par lesquelles nous pouvons réaliser des corps d' un type supérieur, si nous le voulons, mais c' est justement notre "vouloir" qui est insuffisant. Nous possédons la connaissance, nous admettons l' avantage qu' il y a à la mettre en pratique, mais nous manquons de l' impulsion nécessaire pour le faire. La difficulté fondamentale se trouve dans notre nature intérieure; elle est inerte, la volonté d' agir est absente; ce n' est pas que les obstacles extérieurs soient infranchissables, mais l' homme lui-même demeure inerte et n'a pas le désir de les surmonter. Cette expérience est sans cesse renouvelée par nous; il semble que notre idéal manque de charmes; il ne réussit pas à nous attirer; nous n' avons pas à coeur de le réaliser, même lorsque nous avons décidé logiquement que sa réalisation est désirable. Il demeure devant nous comme de la nourriture devant un homme qui n'a pas faim; c' est assurément une excellente nourriture, et peut-être en sera-t-il content demain, mais, en ce moment, il ne la demande pas et préfère se chauffer, étendu au soleil, plutôt que de se lever et de la prendre.

Le problème se réduit donc à deux questions: Étant un être rationnel, pourquoi est-ce que je ne veux pas ce que je sais être désirable pour mon bonheur ? Que puis-je faire pour m' obliger à vouloir ce que je sais être profitable à moi-même et à autrui ? L' instructeur spirituel qui pourrait répondre effectivement à ces questions rendrait un bien plus grand service à beaucoup de gens que celui qui ne fait que réitérer sans cesse l' abstraite nécessité de l' idéal que nous reconnaissons tous, et la nature impérative des obligations que nous admettons — tout en les négligeant. La machine est assez bien construite; qui mettra son doigt sur le levier pour la mettre en marche ?

A la première question, on doit répondre par une analyse de la soi-conscïence vraiment capable d'explïquer cette dualité problématique: le fait que nous ne désirons pas ce que nous voyons être désirable. Nous avons l' habitude de considérer la conscience de soi-même comme étant une unité, et pourtant, lorsque nous tournons nos regards au dedans, nous voyons une inexplicable quantité de "moi" et nous sommes étourdis par la clameur des voix contraires sortant toutes apparemment de nous-mêmes. Maintenant, la conscience — et la conscience de soi-même n' est que la conscience attirée vers un centre défini qui reçoit et renvoie — est une unité, et, si elle paraît extérieurement multiple, ce n' est pas parce qu elle a perdu son unité, mais parce qu 'elle s'y présente par de différents indices. Nous parlons couramment des véhicules de la conscience, mais peut-être ne savons-nous pas toujours ce que signifie celle expression. Si le courant d' une pile galvanique passe à travers plusieurs séries de substances différentes, son apparition dans le monde extérieur changera avec chaque fil. Dans un fil de platine, il peut apparaître comme de la lumière, dans un fil de fer comme de la chaleur; autour d' une barre de fer un peu malléable comme de l' énergie magnétique, et, s' il passe dans une solution particulière, comme une force qui décompose et reconstitue à nouveau. Une seule énergie est présente, mais elle apparaît de beaucoup.de façons, car la manifestation de la vie est toujours, conditionnée par ses formes et, selon que la conscience fonctionne dans le corps causal, mental, astral ou physique, le "moi" qui en résulte présente des caractéristiques très différentes. Le "moi" " conscient sera comme Le véhicule qu' il vivifie pour le moment. S' il fonctionne dans le corps astral, il sera le "moi" des sens; si c' est dans le corps mental, il sera le "moi" de l' intelligence. Dans l' illusion, aveuglé par la matière qui l' enveloppe, il s' identifie avec le besoin impérieux des sens ou par le raisonnement de l' intellect, et s' écrie: "Je désire", " je pense". La nature qui développe les germes du bonheur et de la sagesse est l' Homme éternel; elle est la racine des sensations, et des pensées; mais ces sensations et pensées elles-mêmes ne sont que les activités transitoires, dans ses corps extérieurs, mises en action par le contact de sa vie avec la vie extérieure du Soi avec le "non-soi". Il fait des centres temporaires, pour sa vie, dans l' un ou l' autre de ces corps, attiré par les attouchements de l' extérieur qui réveillent ses activités, et, travaillant en ceux-ci, il s' identifie avec eux. Comme son évolution avance, comme il se développe lui-même, Il découvre peu à peu que ces centres physiques, astrals, mentals, sont ses instruments, et non pas lui-même; il les voit comme parties du "non-soi" qu' il a temporairement uni avec lui-même - de même qu' il pourrait prendre une plume ou un ciseau;— il s' en éloigne, les reconnaissant pour des instruments et les employant tels quels : il sait qu' il est la vie, non la forme; la félicité, non le désir; la sagesse, non la pensée; et, alors, pour la première fois, il est conscient de l' unité, et il trouve la paix. Pendant que la conscience s' identifie avec les formes, elle paraît multiple; quand elle s' identifie avec la vie, elle devient une.

Le premier fait important pour nous c' est que, comme l'a démontré H. P. B., la conscience, au point où nous sommes dans l' évolution, a son centre normalement dans le corps astral. La conscience apprend à savoir par sa capacité de sentir, et la sensation appartient au corps astral. Nous sentons, c' est-à-dire nous reconnaissons le contact avec quelque chose qui n' est pas nous-mêmes, quelque chose qui réveille en nous le plaisir, la douleur, ou le point neutre entre les deux. La vie de sensation constitue la plus grande partie de la vie de la majorité d' entre nous. Pour ceux qui sont au-dessous de la moyenne, la vie de sensation compose la vie entière. Pour un petit nombre d' êtres avancés, la vie de sensation est surpassée. La grande majorité occupe les stages divers qui s' étendent entre les termes extrêmes, à savoir : la vie de sensation, celle des sensations, d' émotion et de pensée, en proportions différentes. Dans la vie qui est exclusivement sensation, il n'y a pas de multiplicité de "moi", donc il n'y a pas de conflit; dans la vie qui a dépassé la sensation, il y a un gouverneur intérieur, immortel, et il n'y a pas de conflit; mais,dans tous les stages intermédiaires, il y a des " moi" sans nombre, et, entre eux, le conflit.

Considérons la vie de sensation du sauvage peu évolué. Il y a un "moi" passionné, impérieux, féroce, avide, quand il est excité à l' activité; mais il n'y a point de conflit, sauf avec le monde, hors de son corps physique. Avec celui-là, il peut lutter; mais la lutte intérieure, il ne la connaît pas. Il fait ce qu' il veut, sans hésitation avant, et sans remords après; les actions du corps suivent les suggestions du désir, et le mental ne provoque, ni ne critique, ni ne condamne. Il enregistre tout simplement, amassant des matériaux pour l' élaboration future. Son évolution est avancée par les demandes qui lui sont faites, par le " moi" des sensations, de faire des efforts pour gratifier ce "moi" impérieux. Il est poussé à l' activité par ces suggestions du désir, il commence à travailler sur son fonds d' observations et de souvenirs, développant ainsi un peu de faculté de raisonnement et traçant un plan d' avance pour l' avantage de son maître. De cette manière il développe l' intelligence, mais l' intelligence est totalement subordonnée au désir, agit seulement par ses ordres, et reste complètement l' esclave de la passion. Il ne manifeste aucune individualité, mais est tout simplement l' instrument volontaire du "moi" tyrannique des désirs.

La lutte commence seulement lorsque, après une longue série d' expériences, l' Homme Éternel a développé suffisamment de mental pour repasser et com
parer, en ce séjour dans la partie inférieure du plan mental (Devachan), entre la mort et la naissance, les résultats de son activité terrestre, Alors il observe certaines expériences, desquelles il est résulté plus de peine que de plaisir, et il arrive finalement à la conclusion qu' il ferait bien d' éviter leur renouvellement. Il les considère avec répulsion et note cette répulsion sur les tablettes de son mental, en même temps qu' il note l' attraction d' autres expériences, desquelles il est résulté plus de plaisir que de peine. Lorsqu' il revient sur la terre, il apporte cet enregistrement avec lui, comme une tendance intérieure du mental, et quand le "moi" du désir se lance vers un objet attrayant, tendant ainsi à recommencer une suite d' expériences qui ont conduit à la souffrance, il émet une faible protestation, et un autre "moi" — la conscience fonctionnant comme mental — fait entendre et sentir qu 'elle envisage ces expériences avec répulsion et qu 'elle s' oppose à y être entraînée. La protestation est si faible et le désir si fort que nous ne pouvons guère parler de lutte; le "moi" du désir, longtemps comprimé, écrase à l' instant le rebelle qui proteste faiblement; mais lorsque le plaisir a pris fin et que des résultats pénibles viennent à sa suite, le rebelle élève de nouveau la voix dans un plaintif "Je te l' avais bien dit", et c' est là le premier aiguillon du remords. Comme la vie succède à la vie, le mental s' affirme de plus en plus, la lutte entre le "moi" du désir et le "moi" de la pensée devient toujours plus ardent, et le cri poignant de la mystique chrétienne: "Je ressens dans mon corps une loi qui lutte contre la loi de mon esprit ", est répété dans l' expérience de chaque homme qui évolue. La guerre devient de plus en plus violente lorsque, pendant la vie dévachanique, les décisions de l' homme sont imprimées toujours plus fermement sur le mental, se manifestent comme des idées innées après la naissance suivante, et prêtent de la force au « moi " de la pensée. Celui-ci, se retirant des passions et des émotions, les considère comme au dehors de lui, et répudie leur prétention à le contrôler. Mais le long héritage du passé est en faveur du monarque personnel, et la guerre est longue et de fortune variable. La conscience, dans ses activités débordantes, glisse facilement dans les errements vécus d' une multiplicité de vies : d' autre part, elle cède aux efforts de l' homme pour la contrôler, et elle est obligé de. suivre la voie tracée par ses décisions. C' est sa volonté qui détermine la direction des forces de la conscience qui fonctionnent dans les véhicules supérieurs, tandis que l' habitude détermine en grande partie la direction de celles qui fonctionnent dans le corps des désirs. La volonté, guidée par l' intelligence claire et précise, indique le sublime idéal, seul digne d' être poursuivi; la nature inférieure ne veut point l' atteindre, reste somnolente devant lui; n'y voyant point de beauté désirable, elle est même souvent froissée par l' apparence austère de sa grave et chaste dignité.

"La difficulté est que je ne veux pas". Nous ne voulons pas faire ce que, dans nos heures d' enthousiasme, nous avons résolu de faire. Le "moi " inférieur est influencé par les attractions du moment plutôt que par les résultats enregistrés du passé qui influent sur le "moi" supérieur, et la véritable difficulté c' est de nous faire sentir que le "moi" inerte, ou despotique, de la nature inférieure, n' est pas le vrai "moi ".

Comment surmonter cette difficulté ? Comment pouvons-nous faire, de ce que nous reconnaissons comme supérieur, le "moi" Soi-conscient et habituel ?

Que personne ne se décourage si nous disons que ce changement est une question de croissance, et ne peut être accompli dans un moment. Le Soi humain ne peut pas plus s' élever, par un effort unique du bas âge à la virilité, qu' un corps ne peut changer de l' enfance à la maturité dans une seule nuit. Si l' exposé de la loi de croissance nous apporte un sentiment d' abattement, parce que nous la considérons comme obstacle dans notre désir de la perfection immédiate, rappelons-nous l' autre côté de la question: le progrès est assuré, ne peut être finalement empêché, et si la loi nous refuse un miracle, elle nous donne au moins de la sécurité.

D' ailleurs, nous pouvons hâter le progrès, et il est en notre pouvoir de lui présenter les meilleures conditions, puis de nous fier à la loi pour le résultat. Considérons alors quels moyens nous pouvons employer pour hâter le progrès dont nous sentons la nécessité, pour transférer l' activité de la conscience de l' inférieur au supérieur.

Il est deux choses dont nous avons à nous rendre compte: la nature des désirs n' est pas notre Soi. mais un instrument formé par le Soi pour son propre usage; ensuite, c' est un instrument très précieux qui n' est que mal employé. Le désir ou l' émotion est en nous la force motrice et se tient toujours entre la pensée et l' action. L' intellect voit, mais ne se meut pas, et un homme sans désirs et sans émotions ne serait qu' un spectateur dans la vie. Le Soi doit avoir développé quelques-unes de ses plus hautes facultés avant qu' il puisse se passer de l' emploi des désirs et des émotions ; pour les aspirants, la question est de savoir comment employer ces désirs pour ne pas être employé par eux; comment les discipliner, et non pas comment les détruire. Il faut bien "vouloir" atteindre ce qu' il y a de plus élevé, car sans ce vouloir nous ne ferons aucun progrès. Nous sommes retenus par le désir de nous unir avec les objets transitoires, mesquins et bornés; ne pouvons-nous pas nous avancer avec le désir de nous unir avec ce qui est éternel, noble et grand ? Réflexion faite, nous voyons qu' il faut cultiver nos émotions et les diriger de manière qu' elles purifient et ennoblissent le caractère. La base de toutes émotions du côté du progrès est l' amour, et telle est la faculté que nous devons cultiver. George Eliot a dit avec justesse: "La première condition de la bonté humaine est d' aimer; la seconde, de révérer". Maintenant la révérence ou le respect n' est que l' amour dirigé vers un supérieur, et l' aspirant doit chercher quelqu'un de plus avancé que lui auquel il puisse adresser son amour et sa révérence. Heureux l' homme qui le trouve quand il le cherche: c' est la condition la plus importante pour faire de l' émotion une force progressive au lieu d' une force retardatrice et pour obtenir l' énergie nécessaire pour "vouloir" ce qu' il sait être le meilleur. Nous ne pouvons pas aimer sans chercher à faire plaisir, et nous ne pouvons pas révérer sans trouver de la joie dans l' approbation de celui que nous révérons. De là un stimulant continuel pour nous améliorer, pour former le caractère, pour purifier la nature, pour vaincre tout ce qui est vil en nous, pour poursuivre tout ce qui est noble. Nous nous trouvons spontanément, "voulant" atteindre un haut idéal, et la grande force motrice est envoyée le long de la voie que le mental lui a tracée. Il n'y a pas de moyen plus efficace d' utiliser la nature des désirs qu'en nouant un tel lien, qui est la simple réflexion, ici-bas, du lien parfait qui unit le disciple à son maître.

Un autre excellent moyen de stimuler la nature du désir, comme force progressive, est de chercher la compagnie des personnes plus avancées que nous dans la vie spirituelle. Il n' est pas nécessaire que ces personnes nous instruisent oralement, ni même quelles nous adressent la parole. Leur présence seule est une bénédiction qui harmonise, qui élève, qui inspire. Respirer leur atmosphère, être entouré de leur magnétisme, être influencé par leurs pensées, — voilà ce qui nous ennoblit, inconsciemment, nous-mêmes. Nous attachons trop de prix aux paroles et déprécions à tort ces forces subtiles du Soi, qui, "ordonnant toutes choses avec douceur et puissance", créent dans le chaos turbulent de notre personnalité les bases certaines de la paix et de vérité.

Moins puissant mais aussi sûr, est le secours qu' on peut retirer d' un livre qui présente l' exemple d' une noble vie, ou bien nous offre un bel idéal, ou l' étude d' un grand caractère. Des livres tels que la Bhagavad Gîlâ, la Voix du Silence, la Lumière sur le Sentier, l'Imitation de Jésus-Christ, sont parmi les plus puissants de ces auxiliaires. Nous sommes portés à lire trop exclusivement pour apprendre, et nous perdons la force créatrice que la pensée élevée sur de grands idéals peut exercer sur nos émotions. C' est une habitude fort utile de lire chaque matin quelques phrases des livres ci-dessus, et de porter ces phrases avec nous pendant toute la journée, créant ainsi autour de nous une atmosphère protectrice pour nous-mêmes et bienfaisante pour tous ceux qui sont en contact avec nous.

Une autre chose absolument essentielle, c' est la méditation journalière, — une paisible demi-heure le matin, avant que le tracas de la journée commence, pendant laquelle nous nous éloignons délibérément de la nature inférieure, nous la reconnaissons comme instrument hors de nous-même, et nous nous concentrons dans la conscience la plus élevée où nous puissions atteindre et qui est notre véritable "moi". "Ce qui est Existence, Félicité et Sagesse, cela je le suis. Vie, Amour et Lumière, cela je le suis".Car notre nature essentielle est divine, et l' effort pour la réaliser aide sa croissance et sa manifestation. Pure, calme, paisible, c' est" l' Astre qui brille au dedans", et cet astre, c' est notre Soi. Nous ne pouvons pas habiter constamment cet astre, mais, comme nous essayons journellement de nous y élever, quelque rayon de son éclat éclaire le "moi" illusoire composé des ombres parmi lesquelles nous vivons. Nous pouvons convenablement nous élever vers cette contemplation de notre divine destinée, qui nous procure la perfection et la paix, en adorant de la dévotion la plus fervente dont nous soyons capables, — si nous avons le bonheur de pouvoir en ressentir une semblable, — le Père des mondes et l' Homme Divin que nous vénérons comme notre maître. Nous reposant sur cet Homme Divin comme le Soutien et l' Ami de tous ceux qui veulent s' élever, — qu' on l' appelle comme on voudra, Shri Krishna, le Bouddha, Christ ou le Maître, — osons lever les yeux vers l'Etre Unique, duquel nous venons, auquel nous allons, et, dans la confiance que nous sommes réellement son fils, proférons: "Moi et le Père nous sommes Un", "Je suis Cela"!

Une des plus désolantes difficultés à laquelle l' aspirant doit faire face provient du flux et reflux des sentiments: les variations de l' atmosphère émotionnelle à travers laquelle il aperçoit le monde extérieur aussi bien que son propre caractère avec ses puissances et ses faiblesses. Il voit que sa vie consiste dans une série d' états de conscience toujours changeants, de conditions alternantes dépensée et de sentiment. A un moment il sera rempli d' animation; à un autre, il sera comme mort; il est gai ou morbide, expansif ou renfermé, sérieux ou indifférent, dévoué ou froid, rempli de zèle ou comme endormi. Il est constant seulement dans son inconstance, persistant uniquement dans sa variabilité. Et ce qui est surtout désagréable, c' est qu' il lui est impossible de remonter à la cause bien définie de cet effet ; ils "vont et viennent, sans permanence", et sont aussi peu faciles à prédire que les vents d' été. Pourquoi, hier, la méditation fut-elle facile, douce, féconde ? Pourquoi est-elle difficile, irrégulière, stérile, aujourd'hui ? Pourquoi cette noble idée l' aurait-elle enflammé d' enthousiasme, il y a une semaine, et le laisserait-elle froid, maintenant ? Pourquoi, il y a quelques jours seulement, était-il plein d' amour et de dévotion, et se trouve-t-il maintenant vide, contemplant son idéal d' un oeil froid et sans éclat ?Le fait est évident, mais l' explication lui échappe; il semble être à la merci du hasard, être sorti du domaine de la loi.

C' est cette incertitude même qui donne l' amertume à son affliction. On est toujours maître de ce que l' on comprend, et, quand nous avons remonté d' un effet à sa cause, nous ne sommes pas loin de le contrôler. Toute nos plus vives souffrances ont-elles cette partie constituante d' incertitude; nous sommes sans ressource parce que nous sommes ignorants. C' est l' incertitude de nos émotions qui nous épouvante, car nous ne pouvons guère nous tenir en garde contre ce que nous ne pouvons pas prévoir. Comment donc atteindrons-nous un endroit où ces humeurs ne nous tourmenteront plus, un rocher sur lequel nous puissions nous tenir, tandis que les flots s' agitent autour de nous?

Le premier pas vers ce point d' équilibre est accompli lorsque nous reconnaissons le fait, — quoique l' expression puisse en paraître un peu brutale, — que nos humeurs n' ont point d' importance. Il n'y a pas de relation constante entre notre progrès et nos sentiments; nous n' avançons pas nécessairement lorsque le flux de l' émotion nous réjouit, et nous ne rétrogradons pas non plus lorsque le reflux nous chagrine. Ces dispositions changeantes se classent, parmi les leçons que la vie nous apporte, pour que nous apprenions à distinguer entre le Soi et le non-Soi et à nous réaliser comme le Soi. Le Soi ne change pas, et ce
qui change n' est pas le Soi, mais fait partie des entourages transitoires dans lesquels le Soi est revêtu et parmi lesquels il se meut. Cette vague qui nous traverse n' est pas le Soi, mais n' est qu 'une manifestation temporaire du non-Soi. "Que toutes ces choses s' agitent, écument et se débattent, elles ne sont pas de Moi". Que la conscience réalise ceci un seul instant, et la violence de la vague est morte, et le rocher solide se fait sentir sous le pied. Nous retirant de l' émotion, nous sentons qu 'elle ne fait plus partie de nous-mêmes, et nous cessons ainsi de verser notre vie en elle comme une expression du Soi; nous rompons la liaison qui lui permettait de devenir une voie pour la douleur. Cette retraite de conscience peut être bien facilitée si, dans nos heures tranquilles, nous nous efforçons de comprendre et d' assigner à leurs vraies causes ces alternatives désolantes des émotions. Ainsi, au moins, nous nous débarrasserons d' une partie de l' impuissance et de la perplexité, qui, comme nous l' avons vu, sont dues à l' ignorance.

Ces alternatives de bonheur et d' abattement sont primitivement des manifestations de cette loi de périodicité, ou loi du rythme, qui régit l' univers. La nuit et le jour alternent dans la vie physique de l' homme de même que le font le bonheur et l' abattement dans sa vie émotionnelle. Tels que sont le flux et le reflux dans l' océan, ainsi sont le flux et le reflux dans les sentiments humains. Il y a des marées dans le coeur humain de même que dans les affaires des
hommes et de même que dans la mer. La joie suit le chagrin et le chagrin suit la joie, aussi sûrement que la mort suit la naissance et la naissance la mort. Cette réalité n' est pas seulement une théorie delà loi, mais un fait de l' exactitude duquel témoignent tous ceux qui ont acquis de l' expérience dans la vie spirituelle. Dans cette fameuse Imitation de Jésus-Christ, on dit que la paix et le chagrin alternent ainsi, et "cela n' est ni nouveau ni étrange pour ceux qui ont l' expérience des voies de Dieu: les grands Saints et les anciens Prophètes ont souvent éprouvé ces vicissitudes. Or, puisque Dieu en use ainsi avec les plus grands, nous ne devons pas perdre courage, pauvres infirmes que nous sommes, si quelquefois nous éprouvons de la ferveur et quelquefois du refroidisse ment. Je n' ai jamais rencontré d' homme si pieux et si parfait qui n' ait éprouvé quelquefois cette privation de la grâce et une diminution de ferveur". (Livre II, lix, 4, 5, 7.) Cette alternative d' états étant reconnue comme le résultat d' une loi générale, la manifestation spéciale d' un principe universel, il nous devient possible d' utiliser cette connaissance comme avertissement et encouragement. Il peut se faire que nous passions par une période de grande illumination spirituelle, quand tout nous semble facile à accomplir, quand le feu de la dévotion répand son éclat sur la vie, et quand la paix de la véritable lumière est en nous. Une telle condition renferme souvent un danger considérable: sa félicité même nous endort dans une sécurité nonchalante, et laisse croître tous les germes de la nature inférieure qui sont restés. Dans de tels moments, il est très utile de se souvenir des périodes de tristesse antérieures, pour que la félicité ne devienne pas une enflure du coeur, et la jouissance ne mène pas à s' attacher au plaisir; balançant ainsi le plaisir présent par le souvenir du malheur passé et la calme prévision du malheur à venir, nous atteignons l' équilibre et nous trouvons au milieu un point de repos; nous pouvons alors obtenir tous les avantages qui surviennent lorsqu' on saisit l' occasion favorable au progrès sans risquer un recul provoqué par un triomphe prématuré. Lorsque la nuit arrive et que toute la vie s' est retirée, lorsque nous nous trouvons froids et indifférents, ne donnant aucune attention aux objets qui nous attiraient jadis, alors, connaissant la loi, nous pouvons dire tranquillement : "Ceci passera à son tour; la lumière et la vie doivent revenir, et l' ancien amour luira de nouveau de tout son éclat". Nous refusons d' être injustement abattus dans l' obscurité, de même que nous refusions d' être indûment exaltés dans la lumière; nous balançons deux expériences l' une par l' autre, éloignant l' épine de la douleur présente par le souvenir des jouissances passées et l' avant-goût des jouissances qui vont venir; dans la joie, nous apprenons à nous souvenir du chagrin, et dans le chagrin à nous souvenir de la joie, jusqu 'à ce que ni l' un ni l' autre ne puissent émouvoir l' inébranlable fermeté de notre âme. Ainsi nous commençons à nous élever au-dessus des stages inférieurs de la conscience, dans lesquels nous sommes jetés d' un extrême à l' autre, et à gagner l' équilibre que l' on appelle yoga. Ainsi l' existence de la loi devient, pour nous, non une théorie, mais une conviction, et, graduellement, nous apprenons quelque chose de la paix du Soi.

Ce nous serait un grand bien de comprendre que la manière dont nous envisageons et surmontons l' obscurité et l' engourdissement intérieurs est une des plus sûres épreuves de l' évolution spirituelle. "Quel est l' homme du siècle qui ne reçut volontiers les joies et les consolations spirituelles, s' il pouvait en jouir toujours ? Car les consolations spirituelles surpassent toutes les délices du monde et toutes les voluptés de la chair ... Mais nul ne peut jouir toujours, à son gré, des consolations divines, parce que la tentation ne cesse jamais longtemps. Ne sont-ce pas des mercenaires ceux qui cherchent toujours des consolations ?... Où trouvera-t-on quelqu'un qui veuille servir Dieu pour Dieu seul ? Rarement on rencontre un homme assez avancé dans les voies spirituelles pour être dépouillé de tout". (Livre II, x, i: xxii, 3, 4) Ces germes subtils de l' égoïsme persistent longtemps dans la vie de disciple, quoiqu 'ils imitent alors, dans leur croissance, l' apparence de vertus, et cachent le serpent du désir sous la belle fleur de la bienfaisance ou de la dévotion. Rares, en effet, sont ceux qui servent pour rien, qui ont déraciné le germe du désir, et n' ont pas tout simplement coupé les branches qui s' étendent au-dessus du sol. Plus d' un qui a goûté les joies subtiles de l' expérience spirituelle trouve là sa récompense pour les plaisirs grossiers auxquels il a renoncé, et lorsque l' épreuve amère de l' obscurité spirituelle lui barre le chemin et qu' il entre dans l' obscurité, sans ami et seul, en apparence, alors il apprend par l' amère et humiliante leçon de la désillusion qu' il a servi son idéal tout le temps pour un salaire et non par amour. Tant mieux pour nous si nous pouvons être aussi heureux dans l' obscurité que dans la lumière, par la foi inébranlable en — non encore la vision de — cette Flamme qui brûle éternellement en dedans, CELA, de la lumière duquel nous ne pouvons jamais être séparés, car, en vérité, c' est le Soi réel. Il faut que nous ayons fait banqueroute dans le Temps pour que les richesses de l' Éternel puissent être à nous, et ce n' est que lorsque la vitalité nous abandonne que la Vision de la Vie se présente à nous.

Une autre difficulté qui embarrasse et désespère l' aspirant est la présence non sollicitée de pensées et de désirs incompatibles avec sa vie et ses aspirations. Lorsqu' il voudrait bien contempler ce qui est saint, les idées profanes l' envahissent; lorsqu' il voudrait voir la figure radieuse de l' Homme Divin, le masque du satyre l' observe du coin de l' oeil. D' où vient cette foule de formes horribles qui l' entoure? D' où ces murmures et ces chuchotements, comme de démons, à son oreille ? Ces choses-là le remplissent de répulsion et d' horreur, et pourtant elles semblent bien à lui; est-il vraiment possible qu' il soit le père de ce vil troupeau ? Encore une fois, la connaissance de la cause efficiente peut écarter du résultat les conséquences empoisonnées et nous délivrer de l' impuissance due à l' ignorance. C' est un lieu commun de l' enseignement théosophique que la vie s' incorpore en des formes, et que l' énergie vitale qui émane de cet aspect du Soi, qui est la sagesse, moule la matière du plan mental en formes-pensées. Les vibrations qui affectent le corps mental déterminent les matériaux qui sont insérés dans sa composition, et ces matériaux sont changés graduellement en conformité des modifications de vibrations émises. Si la conscience cesse de travailler d' une certaine façon, les matériaux qui répondaient à ce travail antérieur perdent peu à peu leur activité, deviennent finalement de la matière émoussée, et le corps mental s' en défait. Pourtant, un certain nombre de stages se trouvent entre la pleine activité de la matière qui répond incessamment aux impulsions mentales et son engourdissement final, lorsqu 'elle est prête à être expulsée. Jusqu 'à ce que le dernier stage soit atteint, elle est capable d' être jetée dans une activité renouvelée par des impulsions mentales de l' intérieur ou de l' extérieur, et, longtemps après que l' homme a cessé de lui donner de l' énergie, ayant dépassé le stage qu 'elle représente, elle peut être jetée dans une vibration active, peut être forcée, par une influence toute extérieure, de surgir comme une pensée vivante. Par exemple, un homme a réussi à purifier ses pensées de toute sensualité, et son esprit n' engendre plus d' idées impures ni ne prend plaisir à contempler des images impures. La matière grossière qui, dans les corps mentals et astrals, vibre sous de telles impulsions, n' est plus vivifiée par lui, et les formes-pensées jadis créées par lui sont en train de mourir, si même elles ne sont déjà mortes. Mais il rencontre quelqu'un en qui ces choses sont actives, et les vibrations envoyées par cette personne revivifient ses formes-pensées mourantes, lui prêtent une vie temporaire et artificielle, les font surgira nouveau comme si c' était ses propres pensées, les enfants de son esprit, à lui, aspirant, qui ignore que ce ne sont que des cadavres de son passé, réanimés par la magie mauvaise de la proximité impure. Le contraste même qu' elles présentent à son esprit purifié ajoute au tourment de leur présence, comme si un cadavre était lié à un homme vivant. Mais quand il apprend leur véritable nature, elles perdent leur pouvoir de le tourmenter. Il peut alors les envisager calmement comme les restes de son passé, et c' est ainsi qu' elles cessent d' être les empoisonneuses de son présent. Il sait que la vie en elles est étrangère, qu 'elle ne vient pas de lui, et il peut "attendre, avec la patience de la confiance, l' heure où elles ne l' affecteront plus".

Quelquefois, dans le cas où le progrès d' une personne est très rapide,cette revivification temporaire est causée délibérément par ceux qui cherchent à retarder l' évolution, par ceux qui se rangent contre la Bonne Loi. Ces êtres-là peuvent envoyer une forme-pensée calculée de manière à donner une activité fantastique aux ombres mourantes, dans le but déterminé d' entraver l' aspirant, même lorsque celui-ci est hors de la portée de la tentation de ce côté. De nouveau la difficulté cesse quand on sait que ces pensées tirent leur énergie du dehors et non du dedans, quand l' homme peut dire avec calme à cette foule d' éléments de tourment: "Vous n' êtes pas à moi, vous ne formez aucune partie de moi, votre vie n' est pas tirée de ma pensée. Avant longtemps vous serez morts, hors toute possibilité de résurrection, et, en attendant, vous n' êtes que des fantômes, des ombres qui furent jadis mes ennemis".

Une autre source très féconde d' ennuis est le grand magicien du Temps, ce grand maître de l' illusion. Il nous impose un sentiment de hâte et d' inquiétude en déguisant l' unité de notre vie avec les voiles des naissances et des morts. L' aspirant crie impatiemment: "Quel point puis-je atteindre, quel progrès réaliser dans ma vie présente?" La réponse est que "la vie présente" n' existe pas: il n'y a qu 'une seule vie — passée et future, avec le moment toujours changeant qui est leur point de rencontre; d' un côté, nous-voyons le passé, de l' autre, l' avenir, et il est lui-même aussi invisible que la parcelle de terre sur laquelle nous sommes. Il n'y a qu 'une seule vie, sans commencement et sans fin, sans âge, sans temps, et les divisions arbitraires que nous lui donnons selon les incidents toujours revenants des naissances et des morts, nous trompent et nous apportent une déception.

Voilà quelques-uns des pièges que dresse au Soi la nature inférieure, car elle voudrait bien retenir par force l' Immortel ailé qui cherche à s' éloigner de ses voies bourbeuses. Cet oiseau de paradis est une chose; si belle, lorsque ses plumes commencent à pousser, que toutes les puissances de la nature se mettent à l' adorer et à tendre des pièges pour l' emprisonner; or, de tous les pièges, l' illusion du Temps est le plus subtil.

C' est quand une vision de vérité est tard venue dans la vie physique que l' on est porté à ressentir avec le plus d' intensité ce découragement à propos du temps. "Je suis trop vieux pour commencer; si j' avais seulement connu cela dans ma jeunesse!" - est le cri proféré. Pourtant la voie est une, de même que la vie est unique, et ce n' est que la même voie qu' il y a à suivre dans la vie; et l' on doit marcher sur la voie; qu 'importe alors qu 'une des étapes de cette voie soit faite ou non dans une partie particulière de la vie? Si A et B doivent jeter dans deux ans leur premier coup d' oeil sur la réalité des choses, qu 'importe que A soit alors âgé de 70 ans, tandis que B n' est qu' un garçon de 20 ans? A reviendra et recommencera son travail lorsque B sera en train de vieillir, et chacun d' eux passera bien des fois encore par l' enfance, la jeunesse et la vieillesse du corps, pendant qu 'ils voyageront sur les stages supérieurs de la voie de la vie. Le vieillard qui commence " tard dans la vie", comme nous disons, à apprendre les vérités de la Sagesse Antique, au lieu de se lamenter sur son âge et de répéter: "Combien peu puis-je faire dans le court espace de temps qui me reste! "devrait dire: "Quelle solide base puis-je poser pour ma prochaine incarnation, grâce à cette connaissance de la vérité?" Nous ne sommes pas les esclaves du Temps, sauf quand nous nous inclinons devant sa tyrannie impérieuse et quand nous lui permettons de boucher nos yeux avec les bandeaux de la naissance et de la mort. Nous sommes toujours nous-mêmes, et nous pouvons marcher droit devant nous, à travers les lueurs et les ombres jetées par sa lanterne magique sur la vie qu' il ne peut pas faire vieillir. Pourquoi les Dieux sont-ils figurés toujours jeunes, sinon pour nous rappeler que la véritable vie n' est jamais affectée par le Temps ? Nous empruntons un peu de la vigueur et du calme de l' Éternité lorsque nous cherchons à vivre en elle en échappant aux filets du grand enchanteur.

Plus d' une autre difficulté surviendra sur la voie ascensionnelle lorsque l' aspirant essaiera de la gravir, mais une volonté déterminée et un coeur dévoué, éclairés par la sagesse, vaincra tout, finalement, et fera atteindre le but suprême. Avoir confiance dans la loi est l' un des secrets de la paix; il faut se fier à elle dans tous les temps, surtout lorsque l' obscurité se fait. Une âme qui aspire ne peut jamais manquer de s' élever; un coeur qui aime ne peut jamais être abandonné. Les difficultés n' existent que pour être surmontées et accroître ainsi notre force: ceux-là seuls peuvent sauver le monde qui ont souffert et qui aiment.


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