PRÉPARATION À L'ASCÈSE SPIRITUELLE

par Phan-Chon-Tôn

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            Chaque être humain est d'essence divine, contient en lui-même, à l'état de germe, toutes les qualités et toutes les énergies que nous associons à l'idée de la Divinité...

             ..Toutes les qualités et énergies que nous associons avec la perfection divine sont présentes lorsque la Vie émerge de son Origine Divine dans un état latent ou germinal, tout comme un arbre est caché dans une graine.

            Ces phrases écrites par Taimni servent parfaitement d'introduction à cette causerie, dans laquelle la germination de la graine, puis la croissance et le développement de l'arbre seront suivis selon les indications données par notre Grand Frère dans son merveilleux ouvrage Autoculture.

            Et afin de bien commencer notre route, jetons un coup d'oeil sur la fin de celle-ci: (point 9) "L'évolution de l'humanité sur notre terre est guidée par une Hiérarchie Occulte d'Etres Humains arrivés à la perfection, qui ont épanoui en eux-mêmes des énergies et des facultés transcendantes dont nous ne pouvons nous faire aucune conception à notre présent stade d'évolution."

            Cette phrase non seulement nous donne la "suite et fin" de notre route, mais est érconfortante par le fait qu'elle dit bien que cette Hiérarchie est composée d'êtres humains. Car lorsqu'on lit au sujet de cette Hiérarchie Occulte, de ce Gouvernement Intérieur du Monde, on s'attend, consciemment ou non, à voir des Etres Sublimes qui ont certes la responsabilité de nous, mais qui viennent de loin et ne sont pas humains. [Précisons qu'un nombre de ces Etres viennent effectivement d'ailleurs, mais la plupart de leurs collaborateurs sont issus de notre humanité.] Ce sont donc nos Frères Aînés, qui, pouvons-nous lire dans Principe du Travail Théosophique, "ont atteint l'illumination mais qui restent en contact avec notre humanité pour promouvoir le travail afférant au Plan Evolutif". Et puisque j'ai mentionné cette autre merveille laissée par Taimni, citons un autre passage concernant un des trois rôles de la S.T.: "Fournir des agents dans le monde extérieur qui comprennent le Plan dans son ensemble et qui peuvent ainsi coopérer consciemment avec les Frères Aînés dans le travail qu'Ils font pour le mieux être de la race humaine."

            Afin de "comprendre le Plan" et de "pouvoir coopérer consciemment avec les Frères Aînés", il faut nous en rendre capables: c'est là qu'intervient la Préparation, que Taimni expose sous le vocable "autoculture". Et, pour démontrer que cela n'est pas une invention de sa part, Taimni a pris la précaution d'énumérer quelques principes fondamentaux, au nombre de 14. Je lirai pas tous ces 14 points, seulement quelques uns concernant l'homme et son évolution sur cette terre (point 7, 8, 9, 10, 11, 14) et il définit l'Autoculture dans le point 15: "La Science de l'Autoculture est basée sur l'application au problème de l'évolution de l'homme, de ces lois naturelles dans leur totalité et par conséquent offre autant de certitude et de confiance pour atteindre des résultats précis que les lois opérant sur le plan physique offrent dans le domaine de la Science Moderne." J'attire votre attention sur le fait que Taimni parle de l'Autoculture comme d'une Science. Il fait d'abord cette constatation: "L'un des traits frappants du présent âge est qu'il est tout à fait dépourvu de compréhension réelle en ce qui concerne la nature de l'homme. L'homme essaie de connaître tout ce qui est dans l'univers... Mais à son propre sujet, il ne sait pratiquement rien, et ce qui est encore plus frappant il est satisfait de vivre sans se soucier de savoir d'où il vient, ce qu'est sa nature réelle, pourquoi il est ici, au monde, ni où il va après la mort."

            Il fait remarquer que le mot autoculture est souvent compris comme étant "l'édification du caractère". Mais il précise tout de suite qu'il ne faut pas que cette expression nous induise dans l'erreur de penser qu'il s'agit de rassembler des matériaux extérieurs pour construire un édifice. En réalité, il s'agit de l'étude et de l'entraînement qui aboutiront à l'actualisation de ce que nous avons en potentialité. Ce n'est donc pas une construction ou l'acuisition d'un plus, mais l'épanouissement de ce qui est inhérent, latent, dans l'être humain. "Edifier (ou forger) notre caractère, au sens le plus vaste du terme, ne consiste en rien d'autre que d'extraire des replis cachés de notre nature divine les qualités qui y sont déjà sous forme latente..." D'où le terme qu'il a choisi: autoculture; mettre en terre les semences qui sont enfouies en soi et veiller à leur germination, à leur croissance et à leur développement.

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            Entrons donc dans le sujet.

            Qu'est l'être humain? La description générale qu'en donne Taimni est, on ne peut plus clair: "L'homme a une constitution très complexe et il fonctionne dans plusieurs véhicules de conscience. Sa conscience est enracinée sur le plan le plus élevé dans la conscience du Logos de notre Système Solaire, conscience dont elle est une partie, et descend graduellement jusqu'au plan physique, lequel se trouve, pour ainsi dire, à la périphérie de la conscience divine." Mais, "en dépit de leur multiplicité et de la nature grandement différente des choses qui se manifestent par leur intermédiaire, la conscience qui s'en sert pour fonctionner est seule et unique, c'est un rayon de la conscience divine. Quand nous étudions l'homme et sa constitution complexe, il se peut que, par commodité, nous le divisions en différents éléments constitutifs,... La conscience qui fonctionne au moyen d'un jeu complet de véhicules est indivisible; seuls ses divers aspects ressortent plus ou moins selon la nature et le degré de développement du véhicule dontelle se sert à un moment considéré." Il remarque que "ces véhicules semblent fonctionner par ensembles de trois à la fois,..." et que "la conscience qui utilise chaque ensemble considéré comme un tout est une unité, bien que cette unité soit subordonnée à l'unité plus vaste de la manifestation immédiatement supérieure dans laquelle elle est contenue." Et il illustre cette phrase par un diagramme (figure III, p.32) que je considère comme l'une des plus belles nouveautés dans l'exposé théosophique. Au lieu de placer l'Esprit au-dessus de l'âme, et l'âme -au-dessus de la personnlité, son diagramme représente la personnalité -active sur les trois plans les plus denses- entourée par (ou subordonnée à) l'individualité -active sur les plans suivants- elle-même emtourée de la Monade dont le champ d'activité s'étend jusqu'au plan Adi. Ainsi, l'être humain a une série de véhicules qui fonctionnent par trois groupes de trois, mais, à la différence des schémas antérieurs, le premier englobe le deuxième qui, à son tour, englobe le troisième. Et c'est l'éveil successif, d'abord de la personnalité, ensuite de l'individualité, enfin de la Monade, qu'on appelle "expansion de conscience", expression par laquelle notre Présidente Radha Burnier désigne l'"initiation".

            Ce schéma a aussi l'avantage de ne pas couper l'être humain en tranches, mais met l'accent sur ces trois groupes fonctionnels. Déjà le Professeur van de Stok a insisté sur l'interrelation étroite entre le corps astral et le corps mental, qui forment l'ensemble fonctionnel qu'il appela "complexe astro-mental". De même, le corps physique ne peut pas fonctionner sans les influx et les réponses des deux autres corps, et ainsi, chez l'être humain moyen, la "vie" a sa base fonctionnelle dans le groupe de trois qu'on peut dénommer "complexe physico-astral-mental", ou pour employer des termes plus usuels "complexe physico-psycho-intellectuel".

            Mais laissons ce côté anatomique et voyons l'aspect expérimental de l'autoculture.


            Sans vouloir faire de cette conférence une analyse du livre, je pense qu'il est juste et justifié d'admirer la méthode pédagogique du professeur Taimni. Dans treize chapitres, il examine successivement les différents véhicules de l'homme, du physique, en passant par l'astral, le mental inférieur, le mental supérieur, au bouddhi et à l'atma. J'ai fait cette énumération de cette façon, car, si les corps soi-disant "inférieurs" sont souvent expliqués, rares sont les renseignements donnée sur bouddhi et atma.

            De plus, sur chaque corps, il consacre un premier chapitre à ses caractéristiques et un deuxième chapitre sur son contôle -cours théorique et T.P. (travaqux pratiques); on reconnaît bien là le professeur de biochimie qu'il était. Le principe est: pour bien employer un instrument, il faut d'abord bien le connaître.

            Nous pouvons ainsi lire successivement "Les Fonctions du Corps Physique" suivi de "Contrôle, purification et sensibilisation du corps physique"; même schéma pour le corps astral, le corps mental inférieur, le corps mental supérieur ou causal, même pour bouddhi et atma qui, pour une fois, est considéré -à juste titre- comme un simple véhicule de la conscience humaine. Une troisième partie traite de questions plus  générales, la prise de conscience du Soi, la nature de la dévotion et l'essentiel du Yoga.

            Il est hors de question que nous traitions ici de tous ces points. (Vous savez que j'ai donné un cours sur ce livre, qui a duré six mois.)

            Je n'examinerai donc, plus ou moins en détails, que quelques chapitres. Voyons d'abord le corps physique.

            La principale fonction reconnue au corps physique est qu'il est l"instrument mis à la disposition de l'âme pour travailler sur le plan physique". Si le corps physique est un instrument mis à la disposi­tion de l'âme, il est implicitement différent de l'âme, séparé de l'âme, et ne peut être une partie intégrante de l'âme. S'il est une partie intégrante de l'âme (Monade) comme le montre la figure III, on devrait dire, non pas que "l'âme se sert du corps physique", mais plutôt, "l'âme fonctionne comme corps physique", ou, pour introduire la notion de conscience (men­tionnée aussi dans le chapitre I), "l'âme, lorsqu'elle a sa conscience dans le plan physique, fonctionne comme corps physique". Ceci est ce que les hindous appelle la "conscience de veille", jâgrat. Je vous renvoie au "Suprême Joyau de Sagesse" de Shankarâchârya, qui explique tout ceci très clairement.

            Mais voyons le mot "instrument". Nous venons de voir que ce mot implique qu'il y a séparation entre le corps physique et l'âme (Monade). Si nous adoptons la présentation de la figure III, le corps physique est plutôt une "transformation", ou plutôt "transformé" de l'âme. Cette notion de "transformé" -vikara- est très importante dans l'analyse des tattvas de l'univers par la philosophie sâmkhya.

            Ainsi, le corps physique n'est pas seulement un instrument, mais il est le véhicule par lequel et dans lequel l'homme parfait sa composition, sa stature, et, en fin d'évolution, sa volonté (attribut d'âtma). D'où l'importance très grande du corps physique, qu'il ne faut donc pas "mépriser et maîtriser", mais comprendre et apprendre à collaborer avec lui.

            Une image amusante: le corps physique est un "instrument portatif". Ici aussi, c'est une expression à première vue anodine. Mais si on y réfléchit bien, elle résume tout le but et l'effort de l'évolution "animale" qui a arraché l'individu à la terre, lui donnant une liberté de mouvement que ne connaît pas le végétal. C'est la volonté de l'âtma -encore très latent, mais faisant déjà sentir son influence- qui libère cette forme physique de la base physique d'où elle provient, et qui a toujours tendu à l'immobiliser.

            Et la comparaison du corps physique avec un poste de radio émetteur récepteur est juste à plus d'un titres. Etant de même composition que le plan dont il est issu, il est en résonance avec les longueurs d'ondes physiques, et ainsi est réceptif aux impacts des informations venant du plan et d'autres corps phy­siques. Mais, dans l'autre sens, il reçoit les informations venant des plans supérieurs, et surtout de l'âtma, et les ré-émet dans le plan physique: le corps physique a ainsi la fonc­tion de convertisseur de vibrations, fonction qui réside sur­tout dans ses composants les plus subtils, formant ce qu'on appelle le double éthérique.

            Ce qu'en dit Taimni est un reflet fidèle de l'enseignement "officiel", et il insiste bien sur le fait que le double éthérique, étant composé des matières des quatre sous-plans supérieurs du plan physique, est "l'exacte réplique" du corps physique, dont il est "le complément... les deux constituant ensemble le corps physique tout entier".

            Ayant étudié ce sujet depuis de nombreuses années, je ne puis que vous dire qu'au sujet de ce "corps", il y a beaucoup de flottements, même H.P.B. n'était pas "consistante" d'un de ses écrits à un autre. Mais, avant d'aller plus loin, passons au paragraphe suivant, où Taimni parle de la fonction du double éthérique: il "sert de véhicule à Prâna", terme qu'on traduit habituellement par "vitalité". Prâna, selon notre auteur, est "l'énergie spécialisée qui, par ses diverses modifications, entretient la marche du corps physique et assure la régulation de ses activités". Les mots "vitalité" et "énergie", dans les langues occidentales, évoquent des entités immatérielles qui, pour beaucoup, n'ont rien à avoir avec la matière. Dans la même catégorie, on peut citer aussi la force, l'électricité et le magnétisme. La science moderne a déjà levé la barrière entre matière et énergie; ce cheminement, qui a commencé avec la Mécanique Ondulatoire de H. de Broglie, a trouvé son couronne­ment dans la fameuse formule d'Einstein: e=mc2, qu'on peut traduire en langage profane par: "lorsque la matière est mûe à une très grande vitesse (c étant la vitesse de la lumière), elle devient énergie". Les Hindous, en parlant de prâna, le conçoivent plutôt comme le "souffle", mot qui rallie à la fois matière (l'air déplacé) et énergie (la vitalité véhiculée par cet air déplacé). Cette attitude se retrouve dans toutes le notions hindoues, comme on peut le voir en examinant les tattvas tels qu'ils sont détaillés par la philosophie samkhyâ. La preuve de cette ambiguité (au sens étymologique de "dans tous ses aspects") est justement la reconnaissance des "modifications" dont parlait Taimni. Les Hindous, en effet, reconnaît cinq mouvements du souffle, qu'ils appellent les "cinq airs vitaux": 1/ le prâna, qui s'écoule par la bouche et le nez, et se manifeste à l'intérieur de la poitrine (c'est l'énergie apportée par l'air mis en mouvement par la respira­tion); 2/ le samâna, qui se manifeste jusqu'au nombril; il est ainsi nommé parce qu'il distribue également (sama), dans toutes les parties du corps, le jus de la nourriture (ce sont les mouvements péristaltiques du tube digestif); 3/ l'apâna, qui se manifeste vers la plante des pieds, ainsi appelé parce qu'il laisse fuir (apa) l'énergie (la digestion, l'excrétion, les pets -souffles "fuyants"); 4/ l'udâna, qui se manifeste jusqu'à la tête, ainsi nommé parce qu'il transporte vers le haut (ut) (rots); 5/ le vyâna, qui est ainsi appelé parce qu'il imprègne le corps tout entier, dans toutes les directions (de vyas: dispenser) (circulation sanguine). Tout bien examiné, c'est une conception très scientifique; en effet, la science moderne a bien reconnu que la respiration sert à faire entrer l'oxygène dans les poumons -et l'on sait que l'oxygène est certainement l'élément chimique le plus énergétique-, et le vyâna a reconnu que cette énergie inhalée avec l'oxygène dans les poumons, est dispensée dans tout le corps grâce à l'hémoglobine du sang. Il convient de ne pas faire l'erreur occidentale d'abstraire l'énergie de la matière, mais de garder présent à l'esprit ce rôle de véhicule joué par la matière vis-à-vis de l'énergie; la vitalité circule d'abord et surtout par des mouvements de matières -air, sang, si on limite notre attention sur les sous-plans les plus denses du plan physique, matières plus fines sur les autres sous-plans (les nâdis qui véhiculent kundalini). Autrement dit, le prâna ne circule pas seulement dans les quatre sous-plans supérieurs du plan physique, il circule et opère aussi dans les trois sous-plans denses.

            Ayant démontré cette interpénétration intime de la matière et de l'énergie, je voudrais attirer votre attention sur deux points importants. Premièrement, oui, le prâna a comme siège primaire le premier sous-plan, et ce, pas seulement du plan physique, mais de tous les plans. Relisez ce livre, malheureu­sement épuisé, de Jinarajadasa, "L'Evolution Occulte de l'Huma­nité" (encore disponible en anglais, sous le titre -plus juste- de "First Principles of Theosophy"), et vous verrez la figure où il représente les plans terrestres et cosmiques par un cube: eh bien, dans ce cube, l'ensemble des premiers sous-plans des plans terrestres constitue le premier plan cosmique, et ce premier plan cosmique est le réservoir de l'énergie cosmique, qui s'écoule dans chacun des plans terrestres par leur premier sous-plan, appelé "atomique". Donc, prâna, vu sous l'angle énergie, est bien différente de la matière, et il vivifie tous les plans, pas seulement le physique. Mais ce qui est plus important de savoir, c'est que tous ces premiers sous-plans sont reliés entre eux, ce qui a pour conséquence que, lorsque la conscience "atomique" est développée, elle peut s'élever du plan physique à tous les autres, jusqu'au plan atomique; ceci est une des bases de l'Occultisme pratique, et je ne peux que vous en toucher ces quelques mots.

            Le deuxième point est plus troublant. Si vous regardez la première figure de la page 273 du volume VI de la D.S., vous verrez qu'il y a un "principe" appelé "prâna", qui est distinct du "corps " (dont il est d'ailleurs séparé par le "linga" (6); mais laissons ce détail pour l'instant). Et si vous reprenez le tableau déjà mentionné plus haut (page 140, vol. I), vous verrez que, selon le Védanta, l'homme est constitué par cinq koshas (enveloppes), successivement l'annamaya kosha (enveloppe de nourriture, corps physique), le prânamaya kosha (l'enveloppe de vitalité), le manomaya kosha (l'enveloppe pensante), le vijnânamaya kosha (l'enveloppe de sagesse) et l'anandamaya kosha (l'enveloppe de félicité). Il n'est pas utile d'examiner tout ceci en détails pour le moment. Ce que je voulais vous faire remarquer, c'est le fait que, et pour H.P.B., et pour le Védanta, le "corps de prâna" est distinct du corps physique et n'en est pas du tout un "double". Si vous voulez approfondir ce point, un bon départ est la légende du diagramme 1, donnée à la page 146 du volume VI de la D.S.

            Le premier paragraphe du chapitre V fait allusion à un point très important, et je préfère y revenir plus tard. Pour le moment, prenons les points comme ils ressortent successi­ve­­ment de la lecture du chapitre. Celui-ci met en avant deux aspects; le premier est, si l'on peut dire, la prise en main du corps physique tel qu'on le trouve à notre naissance, au début de la présente incarnation, et le deuxième est ce qu'on en fait pour l'avenir. Dans le premier aspect donc, les deux idées maîtresses sont, primo, le contrôle, et secundo, la purification.

            "Contrôle" est un mot souvent mal compris. Un mot qui vise la même chose, mais qui est pire encore dans son acception habituelle, est "maîtriser". On nous prêche de considérer le corps comme l'animal qui nous sert, le cheval qu'on monte, ou l'esclave dont nous sommes, en pricipe, le maître. Dans ce terme, il y a, implicite, un classement: l'homme "intérieur" est supérieur et le corps est inférieur, l'homme intérieur est pur et le corps, impur. De là, s'ensuit naturellement une attitude de mépris: relation maître-esclave; et même, dans certaines disciplines, le rejet. Si on y réfléchit bien, toute cette attitude vient du fait qu'on considère le corps comme quelque chose qu'on reçoit de ses parents, mais dont on n'est pas responsable; même lorsque les Bouddhistes parlent de "corps d'emprunt", ils sous-entendent "corps qu'on nous prête", encore une excuse pour croire que ce corps nous est venu sans qu'on n'y puisse rien. C'est ici qu'un approfondissment, voire une révision, de notre conception du karma s'imposent. Et le livre qui ne parle le plus clairement (que je connaisse, il y en a peut-être d'autres) est le Viveka cudamani (Suprême Joyau de Sagesse) de Shankarâchârya. Taimni a reconnu "que le corps physique est un instrument vivant... Il possède... des habitudes définies et des indiosyncrasies et quelque chose qui correspond à notre vouloir, de sorte qu'il peut résister, et résiste en fait, quand nous essayons de changer ses façons de faire". D'où viennent ces habitudes définies, ces idiosyn­cra­sies, et ce "vouloir" propre? Shankara explique (verset 459): "Le corps est créé par le karma." Et le karma est de trois sortes: prârabdha, samcita et âgâmi. Et nous devons à Chatterji ces explications: le prârabdha est "le karma déjà engendré dans une incarnation antérieure", le samcita est "le karma engendré durant la présente incarna­tion", et l'âgâmi est "le karma futur". Le prârabdha est appelé "karma mûr", car il est prêt à produire ses effets, et son actualisation façonne les corps, en particulier le corps physique.

            Vu sous cet angle, le corps n'est pas quelque chose d'extérieur, qu'on hérite des parents, qu'on emprunte pour une vie, mais est l'aboutissement des actes que nous avons "semés" dans le passé; autrement dit, ce ne sont pas nos parents qui ont fabriqué notre corps selon leur bon vouloir ou leur hérédité: mon corps a été construit par moi-même, et est mon karma concret. Je suis responsable -et personne d'autre- de la composition de mon corps, de ses "habitudes définies", de ses idiosyncrasies. Mon corps, mais c'est une facette de la pierre que j'ai taillée tout au long de mes incarnations. S'il n'est pas moi, il est un reflet de moi-même, car c'est moi qui l'a façonné tel. Il ne s'agit donc pas de le "contrôler", "maîtri­ser", encore moins le mépriser. Ce qui est recommandé, c'est d'essayer de connaître ses composants profonds, de déceler ses "tendances innées", afin de les déraciner, de les neutraliser à la base. Un bon cavalier n'est pas celui qui maîtrise ou méprise son cheval, mais celui qui connaît le cheval (avec ses qualités et ses défauts) et qui "fait corps" avec le cheval. Alors il peut le monter, non en l'opprimant ou en le contra­riant, mais en se servant des propres caractéristiques du cheval. Le mot juste est, non pas contrôler ou maîtriser, mais prendre conscience de mon corps avec ses tendances, et orienter mon activité en conséquence.

            Ceci nous amène à la "purification". Généralement, lorsqu'on dit qu'on purifie quelque chose, on pense au fait de la nettoyer, d'en enlever les impuretés qui la souillent. Lorsqu'on applique cette conception à notre corps physique, on s'imagine en train de nettoyer nos cellules une à une, afin qu'elles deviennent toutes propres. Croire cela, c'est oublier un point très important: notre corps est un agglomé­rat de cellules, et les cellules sont constituées par des molécules, les molécules par des atomes, les atomes par des constituants sub-atomiques, et, si nous adoptons l'analyse théosophique, ces constituants sub-atomiques sont composés à leur tour d'éléments des quatre sous-plans subtils du plan physique.

            Mais comment peut-on faire résonner cette vibration voulue? Nous avons jusqu'ici vu la question sous un angle statique: la composition du corps physique. Le changement de vibration est un travail dynamique. Taimni a touché à cet aspect en parlant de la sensibilisation du cerveau. Et il a dit que celle-ci se fait par la méditation, et que les exercices correspondants sont connus sous le nom de yoga.

            Taimni a parlé enfin de la sensibi­li­sation du cerveau. Mais la discipline couvre tous les domaines de l'activité du (des) corps, et qui sont énoncés comme les "six possessions" (satsampatti), dont "la maîtrise du mental" et "la maîtrise de soi dans l'action". Dans le cas particulier du corps physique, tous ces exercices ont pour but de le connaître, de le voir en activité, et de diriger cette activité de telle sorte qu'en fin de compte, la vibration dont il était question plus haut résonne; alors le travail d'échange commence et se terminera par la purifica­tion du corps.

            Ceci nous ramène à la question relevée au début du chapitre, et que j'ai laissée volontairement pour la fin. Taimni a fait allusion aux limitations de la matière physique, du moins de notre corps , et au fait que les Hommes Parfaits auront des "corps physiques bien mieux agencés pour répondre aux vibrations venues des plans supérieurs". Ceci est une affirmation tirée de l'Occultisme. Mais il est possible de la faire en se basant uniquement sur la science. L'homme, qui a une certaine intelligence, et s'en est servi pour dominer les autres règnes de la nature, a l'impression qu'il est le summum de l'évolution. Cela est peut-être vrai sur un plan relatif: l'homme est le règne le plus évolué sur la terre. Mais il n'est pas encore au stade le plus élevé de son évolution. Cependant cet orgueil renforcé par l'identification lui fait croire que son corps a sa composition ultime, c'est-à-dire qu'il a tout ce qu'il devait avoir. Ceci est une illusion, et est démenti par les nouvelles découvertes scientifiques. Il y a dans les chromosomes (supports de l'hérédité) une grande proportion de matière dite "nucléique" dont on ne connaît pas encore les destinations génétiques; les gènes reconnus ne représentent qu'environ un centième du patrimoine héréditaire. Ceci veut dire, en termes profanes, que les "caractères" génétiques attachés à ces gènes inconnus ne sont pas encore exprimés dans le corps, que le corps va acquérir d'autres caractères qu'il n'a pas encore. La transformation est longue et très graduelle, et, pour la majorité des gens, se fera au rythme des expériences imposées par le prârabdha, le samcita et l'âgâmi dont nous avions parlé plus haut. Pour quelqu'un qui se prend en main, la transforma­tion peut se faire à un rythme plus rapide, et surtout délibéré. Et c'est ici qu'intervient l'Autoculture.


            Nous allons passer par-dessus les corps astral et mental inférieur, et arrivons directement au corps Mental Supérieur ou Corps Causal.

            On peut d'emblée citer cette phrase: "Le corps causal est composé de la matière des trois sous-plans supérieurs du plan mental et forme le véhicule externe de l'Ego immortel qui fonctionne grâce à Atma-Bouddhi-Manas."

            Ces remarques faites, voyons ce que Taimni nous dit des fonctions du corps mental supérieur. Il en voit deux: première­ment, le corps mental supérieur est l'organe de la pensée abstraite; deuxièmement, il sert de dépositaire des fruits de l'évolution de l'homme au travers des vies successives.

            Voyons d'abord la "pensée abstraite". Taimni donne l'exemple du concept "triangle", qui réunit toutes les propriétés de tous les triangles "réels". On voit, dans cet exemple, que même ce triangle "idéal" peut se représenter par une figure à trois côtés, dans laquelle on peut tracer les hauteurs, les médianes, les bissectrices, ..., qui, donc, n'est pas, à proprement parler, abstraite: ce triangle idéal est plutôt l'essence de tous les triangles, et, par conséquent, on devrait plutôt parler de "pensée essentielle", ou "principielle", et le mot sanscrit correspondant peut justement être ce vijñâna vu plus haut. A la différence des notions concrètes qui peuvent s'acquérir par l'observation, la comparaison et la déduction (modes de fonctionnement du mental inférieur), la "pensée abstraite", ou "essentielle", ou "principielle" s'atteint par induction, le processus qui va des détails à l'essence ou au principe, et qui est propre au mental supérieur.

            La deuxième fonction du corps mental supérieur est celle de servir de "dépositaire des fruits de l'évolution de l'homme à mesure que ces fruits sont récoltés au cours des vies successives de l'Ego". Cette récolte se fait lorsque l'âme humaine "se repose" au Dévachan (que je vous laisse rechercher et étudier), et ce ne sont pas les fruits eux-mêmes, mais leur "essence" qui imprègne le noyau réincarnateur de l'Ego. Ces fruits, dans leur essence, constituent l'expérience recherchée dans l'aventure évolutive.  Et comme ce corps sert de véhicule à l'Ego qui se réincarne et reprend sur ses épaules ses dettes karmiques qui détermineront les caractéristiques de sa nouvelle personnalité, il a reçu le nom de "corps causal": il contient la cause des caractéristiques de chaque naissance.

            Cette deuxième fonction ne doit pas être interprêtée comme celle d'un simple entrepôt, mais, comme vu plus haut, de l'enregistrement de l'essence de ces expériences, avec, pour effet, de "faire entrer dans l'âme, comme parties constituti­ves permanentes, toutes les vertus et toutes les facultés acquises au cours du processus de l'évolution". Il s'agit bien d'expériences faites dans les véhicules inférieurs, et c'est pourquoi la purification de ces véhicules ont comme conséquence un raffinement progressif de leur essence; c'est donc par ce travail déterminé et patient pour la purification des véhicules que se fait le développement du Mental Supérieur. Cette purification, d'autre part, permet une communication de plus en plus ouverte entre les véhicules inférieurs et le Mental Supérieur, avec, comme conséquence, que l'influx supérieur contribue à son tour à l'amélioration des véhicules inférieurs. Cette amélioration se fait donc seulement sur chaque plan, par exemple un plus grand nombre de gènes actualisés dans le corps physique (voir chapitre V); mais "il se produit dans le corps causal une amélioration correspondante qui dure d'une vie à l'autre, et ainsi les gains faits à chaque vie vont en s'accumu­lant, faisant de l'âme un instrument de plus en plus efficace de la Vie Divine" (p.127).

Un autre aspect de cette deuxième fonction est la "croissance" de l'âme humaine. Ici Taimni reconnaît deux "influences sous-jacentes qui exercent une pression constante et déterminent la direction de la croissance". La première est l'"unicité de l'individu"; la deuxième est "la fonction que l'Individu, la Monade, va exercer dans le Plan Divin". Ces deux phrases satisfont superficiellement notre intellect, mais les comprenons-nous réellement? Elles impliquent la connaissance du passé trans-cosmique de l'Individu, ce qu'il a fait et n'a pas fait avant son arrivée dans cet univers. A ce propos, ce deuxième aphorisme du Pratyabhijnâ Hrdayam m'a toujours intrigué: "Cette Réalité, en tant que Puissance Divine, par sa propre volonté indépendante, déroule l'univers manifesté sur l'écran de sa propre conscience." Etant donné que "notre univers n'est qu'un parmi un nombre infini d'univers, tous des Fils de la Nécessité parce qu'ils sont les maillons dans la grande Chaîne Cosmique des Univers, dans laquelle chacun est relié aux autres, comme effet par rapport à son prédécesseur et cause vis-à-vis de son successeur" (D.S., I, 21), je me demande à quel point "sa propre volonté" est "indépendante"! Et si l'univers dont l'Individu fait partie n'est pas indépendant, l'Individu a forcément un passé pré-cosmique qui pré-oriente toute sa "croissance" durant ce manvantara, une sorte de trame de fond sur laquelle les "fruits" karmiques intra-cosmiques ne sont que des modifications accessoires, mais qui, néanmoins, feront partie de son "passé" lorsqu'il entrera dans l'univers suivant.


            "Bouddhi apparaît comme une faculté à plusieurs fonctions", remarque Taimni qui ajoute que cela "signifie qu'elle permet à la conscience de fonctionner d'un certain nombre de façons qui, du moins ici dans le domaine du mental, apparaissent comme différen­tes les unes des autres". Ce dernier membre de phrase dit éloquem­ment qu'en réalité (et non plus dans l'apparence intellec­tuelle), ces fonctions ne sont que des aspects d'une seule et même faculté. Plus, Taimni précise que ces "fonctions se développent l'une après l'autre", à mesure qu'avance notre évolution.

            Ces fonctions sont, de la plus élémentaire à la plus profonde: 1. l'entendement, 2. l'intelligence, 3. le discerne­ment, et 4. la capacité à reconnaître et à comprendre les vérités de la vie spirituelle, ou intuition. Ces termes peuvent prêter à confusion si nous nous contentons de les prendre de la façon habituelle, c'est-à-dire intellectuelle. Et les explications de Taimni valent la peine qu'on les lise attentivement. C'est pourquoi tout ce que j'en dis ici, c'est qu'on comprendra mieux la portée, à la fois vaste et profonde, de ces quatre fonctions si on les considère comme quatre aspects, ou consséquences, de la vision de l'unité. Essayons de bien comprendre cette expression. Le mot vision peut faire penser au fait de voir, au fait, pour un observateur, de diriger sa vue sur un objet. Non, il s'agit plutôt d'une prise de conscience, d'une réalisation, du fait, pour une personne qui a "compris", de dire "je vois". [Il y a, en anglais, un mot intraduisible en français; c'est le mot "insight", qu'on pourrait traduire par le barbarisme "in-vision" ou "intravision". Le mot "sight", qui est le substantif du verbe "to see", voir, a une connotation différente de celle du mot "view" ou "vision"; "sight" désigne "ce qu'on voit", "ce dont on est conscient", plutôt que le fait de voir avec les yeux physiques.] Cette vision de l'unité est, donc, plutôt la "conscience de l'unité". Taimni l'a rendue par "sympathie", "sentiment de parenté avec toutes les créatures vivantes". "L'Ego s'aperçoit sur le plan bouddhique de l'unité de la Vie." Dans cette optique, la deuxième des fonctions énumérées plus haut, l'intelligence, ne conssite pas à "faire le lien (ligens) entre (inter) les différentes choses" comme le fait l'intellect (mental inférieur ou mental concret), mais à "établir la relation entre les images-reflets et la source de ces reflets". Car, selon Shankarâchârya, "Bouddhi est le miroir qui reflète la lumière d'Atma"; Taimni a d'ailleurs écrit à peu près la même chose. Et, en conséquence, la troisième fonction, le discernement, n'est pas une comparaison entre les différentes images, mais le fait de prendre conscience de ces images comme étant les reflets dans l'irréel de ce qui est réel. "De l'Irréel, conduis-moi au Réel", voilà la voie du discernement spirituel.

            Mais nous devons surtout à Taimni une information inédite: le caractète double de Bouddhi. Vision, intuition, sagesse, ces mots qui tentent de désigner la connaissance au niveau bouddhique, ont tous une connotation plutôt "passive". Comme Taimni le fait remarquer, "cette fonction passive correspond aux fonctions des jnânendriyas dans le domaine du mental". Et il ajoute: "Mais Bouddhi a aussi une fonction active qui correspond aux karmendriyas dans le domaine du mental." C'est cet aspect "énergie" de Bouddhi qui donne à ceux qui ont atteint la Sagesse la puissance d'agir -créer, maintenir, détruire- c'est-à-dire d'exprimer en action (en karma, et dans ce cas, en nishkama karma -voir La Science du Yoga), la Volonté d'Atma. Et comment conclure ce passage de façon plus belle qu'en reproduisant la dernière phrase de Taimni: "C'est à cause de cette double fonction de Bouddhi que, dans le cas de la véritable Sagesse, la Vérité et vivre la Vie sont inséparables."


            "L'Atmâ est le principe ultime dans le Jîvâtmâ", "le noyau de l'âme spirituelle". Cette définition est certainement l'une des meilleures qu'on puisse donner à l'âtmâ, encore faut-il qu'on se place du point de vue du jîvâtmâ lui-même, c'est-à-dire, en termes très profanes, de l'être humain. Ainsi que nous l'avons dit auparavant, notre intellect ne peut absolument pas visualiser ce qu'est l'âtmâ, car il n'y a rien, justement, à visualiser. C'est à cause du besoin que nous avons de nous rassurer que notre intellect a conçu pour chacun de nous un Centre Spirituel, appelé Esprit ou Atmâ. Mais ce mot "centre" doit être compris, non comme un noyau existant par lui-même, mais comme n'ayant qu'une existence fonctionnelle: de même que la crête d'une vague n'est pas séparée de l'eau de l'océan bien qu'elle ait une apparence individuelle à un moment donné, de même "Atman, bien que classé exotériquement comme le septième principe, n'est pas un principe du tout et appartient à l'Ame Universelle" (D.S., VI, 146, légendes du Diagramme 1). Cette Ame Universelle est justement ce "cercle dont le centre (âtmâ) est partout et la circonférence nulle part".

            Nous avons touché à la question des "principes" dans la partie précédente. Il y a toujours eu une confusion concernant principes, véhicules et corps. Je propose une solution à ce problème: Un corps est un agrégat de matière façonné selon le (degré de ténuité et de vibration du) principe, et sert de véhicule à la Conscience lorsqu'elle fonctionne sur le plan correspondant.

            Et c'est dans cet esprit qu'il convient de regarder la figure II (p. 31), que nous avons vue auparavant, et dont certaines caractéristiques ne sont explicitées qu'ici: Il y a une grande différence entre les véhicules dits inférieurs et les autres. En effet, les premiers sont délimités par une "surface enveloppe", qui persiste encore pour le véhicule mental supé­rieur; dans ce sens, on peut dire que, pour ces plans, les véhicules sont des corps. Mais cette surface enveloppe disparaît avec le véhicule bouddhique, qui apparaît (à notre intellect) comme un "centre de lumière d'où des rayons partent dans toutes les directions". Et le véhicule atmique n'est plus qu'un "unique atome du plan atmique dans lequel la conscience a le pouvoir de se dilater et de se contracter alternativement avec une inconce­vable rapidité" (encore une fois, pour notre intellect).

            C'est pourquoi Taimni, en parlant du rôle de ce véhicule, dit: "Le plan de l'Atmâ est la région à partir de laquelle opère l'énergie de la Volonté du Logos." Nous avons vu plus haut que cette "opération" était la "fonction active" de Bouddhi. Cette précision introduit du même coup une imprécision quant à la fonction exacte de l'Atmâ. De ce que nous avons vu plus haut, on peut se hasarder à dire que l'Atmâ (qu'on peut nommer "indivi­duel" pour satisfaire notre besoin de sécurité) n'est que le point focal vers lequel se dirige une partie infinité­simale de la Conscience Cosmique, dont l'énergie crée, main­tient (... et plus tard détruit) l'univers dans son état manifesté, et, sur le plan individuel, crée et dirige les différents véhicules que cette Conscience utilise pour agir sur les différents plans cosmiques. L'Action est l'expression de la Volonté sur le plan physique.

            Un point d'une très grande importance est le fait que l'Atma est "un Principe auto-illuminé, auto-déterminé et indépendant".

            Lorsque la Volonté spirituelle est développée, Taimni dit que l'être acquiert à la fois "la capacité d'entreprendre n'importe quelle sorte d'activité et de l'exercer très inten­sément aussi longtemps que l'on veut", et celle "d'arrêter n'importe quand l'activité instanément et complètement". Alors il n'est plus "qu'un simple centre au moyen duquel la Divine Volonté exécute sans y rencontrer d'obstacle le Projet Divin" (p.177). L'Action est l'expression de la Volonté sur le plan physique. Et à ce propos, le schéma de la page 161 montre clairement la réflexion du plan atmique sur le plan physique. On parle souvent de la "relation entre la Volonté et l'Action". En réalité, l'Action est la Volonté manifestée.


            Généralement, lorsqu'on examine l'être humain, surtout du point de vue de l'ascèse spirituelle, on ne considère que les composants de la personnalité, à savoir les corps physique, astral et mental inférieur. Et l'on dit qu'il faut maîtriser ces corps afin de permettre à l'influence des principes supérieurs de "descendre" dans ces corps.

            L'apport de Taimni consiste dans le fait qu'il traite du travail que l'homme peut et doit faire sur tous ses principes, y compris le corps causal, bouddhi et même atma. De plus, il a clairement indiqué que ce travail ne fait pas que purifier les corps inférieurs et leur permettre de recevoir plus d'influx supérieurs, mais qu'il y a une influence mutuelle du haut vers le bas et du bas vers le haut. Ce travail aboutit à la purification et à la sensibilisation des corps inférieurs, mais aussi à l'actualisation des potentialités des principes supérieurs. Autrement dit, la présence des corps dits inférieurs n'est pas seulement nécessaire à l'expression de la conscience sur les plans denses, mais le fonctionnement de la conscience sur ces plans est nécessaire pour le développement des corps dits supérieurs eux-mêmes.

            Dans cet ordre d'idées, j'aimerais attirer votre attention sur le schéma de la page 161, dont voici les commentaires de Taimni.

            "Avant d'exposer comment s'expriment la vie et la conscience de l'Atma dans la vie de la personnalité, il est nécessaire de rappeler au lecteur l'inversion qui se produit quand la conscience descend du niveau de l'Individualité à celui de la personnalité. Par suite de cette inversion, les trois plans inférieurs sur lesquels la personnalité fonctionne se trouvent par rapport aux trois plans supérieurs sur lesquels l'Individualité fonctionne, comme le reflet sur l'eau d'un bâtiment par rapport à ce bâtiment lui-même...    

         Par suite de cette inversion, la conscience atmique se reflète ... dans la conscience physique, la bouddhique dans l'astrale et la mentale supérieure dans la mentale inférieure. Cette réflection signifie non seulement une certaine similitude des caractéristiques des plans homologues mais aussi une liaison et un rapport plus directs entre eux. Ainsi la vie et la conscience du plan atmique trouvent des voies mystérieuses pour s'exprimer plus complètment sur le plan physique que sur les deux autres plans où fonctionne la personnalité en dépit du fait que le physique soit le plus éloigné de l'atmique. Semblablement, la conscience bouddhique a de mystérieux rapports avec l'astral, et bien entendu les rapports entre le Mental Supérieur et le mental inférieur se voient facilement et sont bien connus."

            Nous avons volontairement omis de parler de l'astral. Mais il est bon, dans le contexte de ce qui vient d'être dit, de rappeler que, selon Taimni, le désir est l'expression sur le plan astral de l'amour qui est le propre de bouddhi.

            Et cette remarque clairement exprimée, que "l'homme n'est complet en tant que personnalité que sur le plan physique, qu'il ne peut résoudre le problème de sa libération que durant une vie physique et non durant la vie d'après la mort sur le plan astral et le plan mental. La vie passée sur le plan physique est ainsi celle qui est la plus significative d'une incarnation, et ceci est dû sans aucun doute au fait qu'elle reflète et incarne spécialement la vie de l'Atma, l'aspect supérieur de l'Individualité. C'est sans doute la raison pour laquelle toutes les traditions orientales, aussi bien hindouiste que bouddhiste, accordent une très grande importance aux "libérés vivants", aux jivanmukti.

            Les rapports spéciaux et ces correspondances entre les plans de la personnalité et ceux  de l'individualité ont une importance pratique parce quIls indiquent dans une certaine mesure d'une part les chemins d'approche faciles que peut emprunter la personnalité vers les plans supérieurs, et d'autre part, les couloirs de descente suivis par les forces des plans supérieurs vers les plans inférieurs. Aussi peut-on dire grosso modo que l'accès au mental supérieur passe par le mental inférieur, celui à bouddhi par les émotions, et celui de l'atma par l'action." Et plus loin "l'action joue un rôle prépondérant dans ce processus (de nous rapprocher du Principe Divin)".

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            Concluons donc cette étude par cette phrase de Taimni: "Ainsi donc, l'action qui prend sa source dans le Soi et qui forme la base de l'Autoculture, est la méthode à employer pour s'approcher de l'Atma..."

                                                PCT,   d'après "Autoculture"

            Séminaire I.K. Taimni, 30-31 mars 1996

 


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